QUI LEUR REVIENT DANS LE CONCILE
C'est un point de doctrine catholique bien établi que les évèques qui exercent dans les diocèses particuliers le pouvoir pastoral suprême, sont les membres-nés des conciles généraux et, par conséquent, doivent tous y être convoqués. Déjà dans la plus haute antiquité chrétienne avait cours cet axiome concilia episcoporum esse. Aussi la question de la convocation des évêques résidentiels n'a pas occupé la commission centrale ; nous n'en parlons qXie pour être complet et pour mettre en lumière les principes servant a déterminer qui doit être appelé au concile.
Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs le pouvoir d'enseigner et de gouverner son Eglise, lorsqu'à la fin de sa vie mortelle il les envoya fonder cette Eglise : ce Allez dans le monde entier, leur dit-il, et dans toutes les nations, faites de tous des disciples (ùa6ïjTeù<jaxe), les baptisant... et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai confié. Celui qui croira et se fera baptiser sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné (2). » Déjà auparavant, il leur avait pro-
fil D' Joh. Friedrich Rittek v. Schulte, Die Stellung der Konzilien, Piïpsle und Bischôfe, vont historischen und kanonislichen Standpunkte, und die pàpstliche Konstiltition vom 18 Jirii 1870 (Prague, 1871), p. 243 sqq.
(2)Matth. 28, 19,20. Marc. 16, 15, 16.
CONVOCATION DES EVKQUES RESIDENTIELS -104
mis les pouvoirs les plus étendus dans l'Eglise. « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (i). » Lorsqu'il les envoya prêcher sa doctrine, il leur promit sou assistance permanente : « Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps (2). » // Souvent déjà le même secours leur avait été prédit par la promesse de l'envoi du Saint- Esprit : « Je ne vous laisserai pas orphelins; je prierai pour vous le Père, et il vous enverra un autre consolateur, pour rester toujours avec vous, l'Esprit de vérité. Celui-là rendra témoignage de moi et vous enseignera toute vérité (3). » Les apôtres et leurs successeurs, jusqu'à la fin des temps, sont donc constitués par Jésus-Christ, chefs de* l'Eglise et dispensateurs de la doctrine du Maître; son ordre exprès ohlige tous les hommes, sous peine de damnation éternelle, à se soumettre à leur enseignement, et sa promesse leur assure l'Esprit de vérité qui les guide et les empêche d'enseigner l'erreur.
Les successeurs des Apôtres sont les évêques ; nous les voyons depuis les temps apostoliques exercer la charge de conduire le troupeau du Christ, et, déjà vers le milieu du II1' siècle, se réunir en conciles particuliers, bientôt môme généraux. Evidemment, ils ne sont pas successeurs des apôtres enjce sens qu'ils aient à se déplacer sans cesse, à aller aux nations non encore gagnées au Christ pour constituer partout des communautés nouvelles. L'Eglise une fois fondée, il fallait aux chrétientés formées des pasteurs et des docteurs à poste fixe, investis d'une pleine autorité apostolique; déjà les apôtres en établirent. Ainsi se trouva limité à des territoires déterminés, le pouvoir possédé à titre individuel par leurs successeurs, qui, au cours des siècles, se
(1) Math. 18, 18.
(2) Ibid. 28. 30.
'3) Jo. 14,16 sqq.; 16,7 sqq.
divisèrent, selon les degrés de la hiérarchie, en patriarches,
primats, archevêques et évoques. Mais, en tant qu'unis en un seul corps sous un commun chef, ils gardèrent la mission d'enseigner et de gouverner l'Eglise tout entière. L'autorité du corps des évêques se confond avec l'autorité des apôtres, et c'est avec ce corps que le Christ demeure jusqu'à la fin des temps.
Les évêques ont donc un double pouvoir : l'un que chacun exerce à l'intérieur de son territoire, et dont il est seul le dépositaire; l'autre qu'ils exercent sur l'Eglise universelle et qui réside non dans les particuliers, mais dans la collectivité, dans le collège apostolique. Cette seconde sorte d'autorité apparaît surtout dans les conciles généraux, mais elle est évidemment la même, que les membres du corps soient dans leurs territoires respectifs et ne s'unissent que d'intention , pour un acte collectif, ou qu'à l'exemple des apôtres. ils s'assemblent corporellement en un concile (i).
Cette participation au gouvernement de l'Eglise universelle appartient-elle aux évêques en vertu d'un droit divin, par le fait qu'il sont pasteurs légitimes d'une Eglise particulière, ou bien ce droit leur est-il donné, chaque fois qu'ils ont à en faire usage, par la convocation du pasteur suprême de l'Eglise universelle ? C'est là une question controversée, dans laquelle nous ne voulons pas entrer. Pratiquement, elle a peu d'importance. Même dans la première hypothèse, les évêques ne peuvent exercer leur droit que lorsque le pape réclame leur participation au gouvernement de l'Eglise universelle; et dans la seconde, c'est cette requête même qui leur donne leur pouvoir. Il est certain, — et cela seul est à signaler ici, — que le pape, quand il veut réunir un concile, doit y appeler les évêques chargés du gouvernement des Eglises particulières. Le concile, en effet, doit représenter
(1) Act. 15, (J sqq,
ROLE DES EVEQUES Al CONCILE 403
toute l'Eglise enseignante : or, celle-ci n'est autre que le collège des successeurs des apôtres, les évêques, ceux tout au moins qui sont à la tête des divers diocèses.
Quant à l'exercice du magistère des évêques dans le concile, il consiste à enseigner à l'Eglise ce qu'ont enseigné les apôtres. Ils sont en effet leurs successeurs, investis de la môme mission : ce Allez dans le monde entier, et enseignez à toutes les nations tous les préceptes que je vous ai donnés. » Et cet enseignement du Christ et des apôtres, ils doivent eux-mêmes, comme tout autre, apprendre à le connaître par les moyens ordinaires, c'est-à-dire par l'étude des sources qui le contiennent, l'Ecriture et la Tradition.
Il devrait être inutile d'exposer dans l'histoire d'un concile, ces simples et claires notions de théologie. Mais les attaques des adversaires nous y contraignent. Dans leurs polémiques contre le concile du Vatican, Dôllinger, Schulte et Friedrich ont toujours répété que la mission des évêques au concile était de témoigner, comme représentants de leurs diocèses, de la foi de leur troupeau. Cette idée fausse trouva un accès facile chez nos contemporains, habitués à la représentation parlementaire, et ses fauteurs en déduisirent toute une série de conclusions, à l'aide desquelles ils attaquèrent la légitimité du concile du Vatican. Si leur théorie sur le rôle des évoques au concile était exacte, // d'une part, les évoques titulaires, auraient siégé sans aucun droit, car n'ayant pas de diocèses, ils n'avaient à témoigner de la foi de personne; d'autre part, on aurait commis une injustice, en refusant une place aux procureurs des évêques absents; leur exclusion empêchait les diocèses dont ils représentaient les évêques de témoigner de leur for. Bien plus, les vicaires capitulaires, qui jamais n'ont paru aux conciles, auraient dû être convoqués, car pourquoi les diocèses vacants qu'ils administraient ne devaient-ils pas être admis à rendre, eux aussi leur témoignage? D'autres erreurs encore découlaient
de ce seul faux principe; par exemple, l'opinion si chère aux adversaires du concile du Vatican que le nombre des diocésains représentés par chaque évêque doit entrer en compte, et que la voix d'un évoque qui a de nombreux sujets, vaut plus que celle du pasteur d'un moindre troupeau.
« Le concile, dit Dôllinger, dans son attaque contre le changement apporté à l'ordre du jour le 20 février 1870 (1), est la représentationj'assembléede l'Eglise universelle; les évèques y sont les députés, les chargés d'affaires de toutes les parties du monde catholique ; ils ont à déclarer, au nom de la collectivité des fidèles, ce que sur une question religieuse cette collectivité pense et croit, ce qu'elle a reçu comme étant la tradition. Il faut donc les regarder comme des mandataires qui ne peuvent outrepasser les pouvoirs reçus. S'ils allaient au delà, l'Eglise dont i\s sont les représentants ne sanctionnerait pas la doctrine définie par eux, mais la rejetterait comme étrangère à sa foi. Les évèques au concile sont donc avant tout des témoins, ils expriment et constatent ce qu'ils ont, eux et leurs communautés, reçu et reconnu jusqu'ici comme enseignement de foi. » A chaque instant, dans sa lutte contre le concile, Dôllinger répète cette théorie et les conséquences qui en découlent. De son côté, Schulte écrit (2) : « L'Eglise ancienne fit consister la mission essentielle du concile dans rétablissement officiel du dogme par le témoignage des évèques déclarant la foi de leurs diocèses. » Ainsi donc, le plein // pouvoir et l'autorité qu'ils exercent dans le concile, les évèques les auraient reçus de leurs diocèses et non du Christ ! A vrai dire, leurs droits y peuvent à peine être appelés une autorité, car ce ne sont pas eux qui y enseignent, c'est le peuple, dont ils sont les chargés d'affaires et les mandataires ; ils ne proposent pas au peuple
(1) Allgem. Zeitung du 11 mars 1870. C, V. 1502a.
(2) Die Slellung der Kon-Jlien, Pàpste, etc., p. 245.