CONVOCATION DES ABBÉS ET GÉNÉRAUX D'ORDRE
d'après les constitutions de leur ordre ou en vertu d'un bref pontifical, ils tiennent la place du général avec jouissance de tous les privilèges qu'elle comporte; de même enfin, les généraux des ordres qui n'ont plus qu'un petit nombre de membres et ont- presque disparu; seuls les ordres à qui le Siège apostolique a interdit de recevoir des novices doivent être considérés comme n'existant plus. Les supérieurs des congrégations religieuses qui ne sont pas des ordres proprement dits ne doivent pas être invités (i). Ces conclusions de la Commission centrale reçurent la pleine approbation du Saint-Père.
Cependant, la bulle de convocation qui fut publiée un mois plus tard, était à tout le moins peu claire. L'invitation au concile s'adressait aux évêques, « aux abbés et à tous les autres qui possèdent le droit ou le privilège de siéger et de voler dans les conciles généraux » (2). Etant donnée la généralité de l'expression, / tous les abbés, même ceux des monastères autonomes qui, d'après les conclusions de la Commission approuvées par le Saint-Père, étaient exclus du concile, durent se croire convoqués. Beaucoup, voyant approcher le jour de l'ouverture de l'assemblée, crurent bon de consulter Rome. Alors seulement (juin 1869) quand le cardinal Caterini, après en avoir référé au pape, déclara officiellement ([lie seuls les abbés nullius et les généraux d'Ordres, mais non les abbés des monastères autonomes, étaient invités, on connut les conclusions de la Commission centrale. Elles firent sensation (3), notamment en France, et plusieurs
(1) Procès verbal du 24 mai 1868. — C. V. 1059 b. c.
(2) « Ac proinde volumus, jubemus, omnes ex omnibus locis ta m venerabiles Fratres Patriarchas, Archiepiscopos, Episcopos, quam dilectos Filios Abbates, omnesque alios, quibus jure aut privilegio in Conciliis Generalibus residendi et sententias in iis dicendi facta est potestas, ad hoc œcumenicum Concilium... venire debere. » Cette formule est empruntée presque mot pour mot à la bulle de convocation du concile de Trente.
(3) Les lettres et documents mentionnés dans ce qui suit sont annexés au procès-verbal de la Commission centrale.
évêques comme Mgr Pie, de Poitiers, M>"' Caverot, de Saint- Dié, M"1' Doney, de Montauban, et Msr Roullet de la Bouillerie, de Carcassonne, intervinrent en faveur des abbés supérieurs d'un seul monastère : ils s'adressèrent au pape et au cardinal Antonelli, protecteur de plusieurs ordres ; ils attiraient leur attention sur l'existence du privilège des abbés, privilège équivalent à un droit, sur les mérites des ordres en cause, aussi bien que sur les avantages qui résulteraient de leur représentation au concile. L'évèque de Poitiers proposait d'admettre au moins quelques abbés de monastèreisolés qui seraient choisis parmi tous pour représenter les autres. Le cardinal Schwarzenberg, archevêque de Prague, dans une lettre sur le même sujet qu'il écrivit au cardinal Antonelli (24 juillet 1869), déclare indispensable d'avoir pour représentants des ordres de Latran, des Cistersiens, des Prémontrés, des Bénédictins, qui ont ensemble, en Autriche seulement, près de cinquante grandes abbayes, non pas seulement tel ou tel abbé résidant à Rome, mais aussi d'autres prélats réguliers; si tous ne sont pas convoqués, qu'on en appelle au moins quelques-uns. Il nomme comme particulièrement dignes de considération parmi les abbés bénédictins : dom Wimmer (Amérique), dom Guéranger de Solesmes, dom Maurus Wolter de Beuron et dom Haneberg de Saint-Bonil'ace, à Munich (1). M-1' Mermillod, évêque de Genève, exprima au cardinal Antonelli le désir que non seulement les abbatéâ nultiiis, mais aussi les autres, comme ceux d'Einsiedeln et de
(1| Le cardinal Schwarzenberg écrivit sa lettre au cardinal Antonelli à la requête de D. Théodoric, abbé bénédictin de Lambach, requête que celui-ci lui adressa le 29 juin : « Au nom de plusieurs abbés de notre ordre, animés du meilleur esprit, entre autres de réminent abbé de Saint-Paul de Rome, dom Zelli; » ils demandaient qu'un certain nombre d'abbés fussent convoqués, sinon tous. « Il ne pourra y avoir profit pour Tordre, si on ne consulte pas ses membres les plus zélés pour la réforme; d'autres religieux ne connaissent ni son esprit ni ses traditions. » La lettre, remise par le cardinal, se trouve dans les archives du concile, comme aussi deux lettres traitant le même sujet, que Salesius (Mayer) envoya les 8 et 15 novembre 18(39 au cardinal de Prague à Rome. Il prend lui aussi parti pour les abbés.
CONVOCATION DES ABBES -123
Solesmes, fussent invités à prêter leur concours au concile. Le cardinal Pitra, de l'ordre de Saint-Benoît, transmit au cardinal Antonelli et au secrétaire de la Commission centrale quelques lettres qu'il avait reçues de France sur l'affaire des abbés, avec un court mémoire du célèbre canoniste français Dominique Bouix et un rapport détaillé du canoniste romain Galluzi, qui tous deux se prononçaient en faveur des abbés. Il y joignait un exposé de la situation de l'ordre bénédictin. Ces interventions si nombreuses engagèrent le Saint-Père à charger la Commission centrale de mettre de nouveau en délibération la question de l'admission des abbés. Dans la séance du n juillet 1869, le secrétaire exposa les requêtes adressées par les abbés des diverses nations, et les mesures proposées par les évoques. Les abbés réguliers étaient en trop grand nombre pour qu'il put être question de les admettre tous; faire un choix était un expédient plein de difficultés, et de plus le nombre des élus serait encore si grand que des évèques pourraient en être froissés. Les précédents des anciens conciles s'expliquaient par ce fait qu'alors le pouvoir des abbés n'était pas limité au gouvernement des moines, mais s'étendait sur une quantité notable de laïques; ce pouvoir avait été considérablement amoindri; aussi, malgré la multiplication des monastères, aux deux derniers conciles, peu d'abbés avaient été admis. Les cardinaux maintinrent la décision du 24 mai 1868, déjà confirmée parle Saint-Père. Mais comme le grand nombre et la diversité des ordres rendait difficile l'application des décisions prises, que les titres et revendications de chacun exigeaient un sérieux examen, on résolut de former, si le Saint-Père l'avait pour agréable une commission spéciale de cardinaux qui s'occuperaient de cette enquête ; on choisit dans ce but trois membres de la Commission centrale, les cardinaux Barnabe, Bizzari et Capalti. Le lendemain, le Saint-Père, recevant en audience le secrétaire de la Commission, confirma la décision