LA CONVOCATION DES ORIENTAUX NON-UNIS I4S
négociations entamées par Grégoire X. Si l'entente se faisait, on pourrait décider l'envoi en Orient d'une ambassade spéciale, au cours de laquelle la formule serait souscrite et la
primauté reconnue. Si les évêques y consentaient, la bulle de convocation les inviterait au coneile; sinon, on pourrait du moins mentionner dans la bulle les tentatives faites pour le rétablissement de l'unité, afin (pie le monde catholique sut ce qu'avait fait le siège apostolique pour le bien de la chrétienté.
Le rapport de l'archevêque fut examiné parla Commission centrale dans la séance du 22 mars 1868. Les cardinaux furent d'accord pour proposer l'arrangement suivant : par une lettre-circulaire distincte de la bulle de convocation, mais envoyée en même temps, on inviterait les Orientaux — y compris les Russes et les Ethiopiens — à profiter de l'occasion du concile général pour rétablir l'unité avec l'Eglise romaine et quand l'union serait faite à prendre part au concile. Cet écrit serait rédigé en un style affectueux, sans aucun mot qui pût blesser la susceptibilité de ces frères séparés; on pouvait prendre comme modèle l'écrit qu'au début de son pontificat, le Saint-Père avait adressé aux Orientaux. Les prélats schismatiques étant véritablement prêtres et évêques, rien ne s'opposait à ce qu'après l'abjuration de leur erreur.et la souscription de la profession de foi. ils fussent admis au concile. S'ils se refusaient à souscrire. on pourrait, à l'exemple du concile de Florence, former une commission d'évêques et de théologiens, qui entreraient en pourparlers avec eux.
La Commission centrale se prononça contre l'envoi préalable d'une députation en Orient. Dans la situation actuelle, telle qu'elle existait depuis la chute de l'empire d'Orient, cette démarche ne conviendrait pas. Mais il était bon, à l'occasion de l'envoi de la circulaire, d'entamer des négociations avec les évêques par l'intermédiaire d'un ou plusieurs
prélats catholiques résidant en Orient. Le cardinal Barnabe fut prié d'écrire a Mgr Valerga, patriarche de Jérusalem, de mettre à profit le voyage qu'il avait l'intention de faire à Constantinople et dans les autres pays de l'Orient pour entrer en pourparlers avec les patriarches et autres évêques plus spécialement dignes de considération.
Le 19 juillet 1868 le cardinal Bilio soumit à l'examen de la commission centrale le projet de lettre aux évêques orientaux non unis. Ce texte reçut l'approbation de tous les membres et fut présente le lendemain au Saint-Père.
Avec les jansénistes on crut devoir en agir autrement. Cette petite secte, qui prolonge en Hollande une existence assez misérable, compte environ 6,000 adhérents sous un archevêque et deux évêques dont le caractère épiscopal ne fait aucun doute. Quoique la secte oppose une résistance constante et opiniâtre aux décisions du siège de Rome, elle cherche à donner l'illusion d'une certaine union avec lui ; à chaque élection et consécration d'un nouvel évèque, elle en t'ait part à Home. Le silence que d'abord le siège de Rome avait gardé en ces occasions, ayant été interprété comme une adhésion, le pape a maintenant la coutume de répondre en déclarant l'élection invalide, la consécration sacrilège et en rappelant quelles censures atteignent ceux qui y ont pris part.
Pour rédiger une consultation sur cette affaire, la commission choisit le consulteur Henri Feye, professeur de droit canonique a l'université de Louvain (1). //
Son mémoire est une brève exposition de l'histoire de la communauté janséniste depuis ses origines jusqu'à nos jours; il montre, comme le fait ressortir l'auteur à maintes reprises,
1 1 Quai temperamento convenga première riguardo ail arciveseoio Giansewsta di Llrecht ed alli suoi suffraganei, i quali sogliono essere nominalumenle si omunicati?
LES JANSENISTES 1) UTRECHT 141
qu'une désobéissance extrêmement opiniâtre aux décrets du siège apostolique, un effort persévérant, infatigable, par le mensonge et les ruses de toutes sortes, pour retenir leurs adhérents, attirer les catholiques et tromper le publie, constituent le caractère propre de la secte ( i). Cet expose établit en même temps que la patience, les ménagements à l'égard des jansénistes n'ont jamais obtenu le résultat' espéré, mais ont nourri leur orgueil; qu'au contraire la sévérité et la vigueur, tempérée de douceur pour ceux qui revenaient sincèrement à l'Eglise, ont donné d'excellents résultats (2). Aussi le rapport conseille de ne pas inviter les évêques jansénistes au concile, de s'abstenir même de toute exhortation à leur adresse dans le cours ou à la fin du concile. On devait seulement engager les adhérents de la secte à revenir à l'Eglise, mais en même temps que les autres dissidents, sans faire mention spéciale des jansénistes (3).
Cet écrit dénotait une remarquable science juridique et historique, et surtout la parfaite connaissance d'un sujet familier à l'auteur. Les cardinaux de la Commission centrale, dans la séance du 124 ma,i J868 où ils en firent le sujet de haïr délibération, lui adressèrent de grandes louanges et conformèrent entièrement leurs conclusions à ce qui y était propose (4).
L'Eglise anglicane a conservé la hiérarchie. On devait donc examiner, comme pour les schismatiques orientaux, si leurs évèques devaient être convoqués. Sur cette question encore, le professeur Feye fut chargé d'exposer son avis (5),
Par une longue série d'arguments le consulteur prouve
(1) Yotum Prof. Feije, p. 12-20.
(2) Ibid. p. 13, 27.
(3) Ibid. p. 33.
(4) Procès-verbal du 24 mai 18(>8. — C. V. 10(50 sq.
(5i Le titre du Vohun est : Quai temperamento convenqa nrender riguardo co-idetti vescovi anglicani ?
que les ordinations des évêques anglicans sont invalides et qu'ils doivent, par conséquent, être regardés comme des laïques. En fait on ne pouvait songer à les inviter. En admettant même que la nullité de leur ordination ne fût pas absolument démontrée, la validité en était si peu vraisemblable qu'il n'y avait pratiquement aucun compte à en tenir. / Mais en considération du grand nombre de clercs et de laïques anglais qui reviennent à l'Eglise catholique, le rapporteur conseillait de s'occuper des anglicans à la fin du concile et de les exhorter à rentrer dans l'unité catholique. Dans cet appel au peuple anglais qui émanerait du concile et du pape, et serait transmis par les évêques catholiques d'Angleterre, on devrait faire mention expresse de la nullité des ordinations anglicanes, car le silence sur ce point ferait croire que le siège apostolique conservait encore quelque doute; puis on réfuterait explicitement la théorie répandue en Angleterre tpie la véritable Eglise catholique est composée de trois parties : l'Eglise romano-catholique, l'Eglise grecque sebismatique et l'Eglise anglicane. Car cette théorie, comme la croyance à la validité des ordinations anglicanes, arrêtait un grand nombre d'âmes sur la voie du retour.
Dans une audience antérieure accordée au secrétaire de la Commission centrale, le Saint-Père (i avait promis d'agir sur Pusey, le célèbre professeur d'Oxford, regardé comme un des chefs principaux des ritualistes, et peut-être de lui adresser un bref.
Sur la conduite à tenir vis-à-vis des protestants en général, Mgr Tizzàni avait déjà exposé son sentiment dans la seconde partie du mémoire dont nous avons parlé. Pour les anglicans, il est du même avis que le professeur Feye. Il tient leurs ordinations pour invalides, et rejette le projet d'inviter leurs
(1) Le 23 mars 1868.
TIZZANI SUR LA CONVOCATION DICS PROTESTANTS 1 19
évêques. Il croit pourtant aussi qu'il faut tenir compte <lc l'état présent des choses en Angleterre et de la tendance qui pousse vers l'Eglise catholique un grand nombre de membres de l'Eglise établie. Son sentiment est tout contraire quand il s'agit des protestants des autres pays, surtout de l'Allemagne. Ceux-ci sont bien plus près du rationalisme que de la doctrine de Luther ou de Calvin. Tizzani estime qu'un concile est un moyen peu apte à les ramener à l'unité. Avec eux, dit-il, nous aurions à débattre non plus comme au temps du concile de Trente, la question du nombre des sacrements ou celle de la grâce, mais la question de la nature de Dieu et de l'origine du monde, bref la question de l'existence d'un Dieu distinct du monde et créateur. Il serait pourtant contraire à l'esprit de l'Eglise /,qui doit ramener les égarés sur le chemin de la vérité, de ne rien faire pour les protestants. En gardant le silence a leur égard, Rome se ferait juger sévèrement ; on croirait qu'elle craignait un rapprochement et regardait comme dangereuse une loyale discussion des doctrines. Il fallait donc d'une manière quelconque dans la convocation du concile, tenir compte de ces protestants.
La situation était bien changée depuis le temps du concile de Trente. Alors, certains hommes représentaient une doctrine déterminée, avaient un groupe plus ou moins considérable de partisans, en sorte que, si on réussissait à les convaincre, on pouvait compter sur la conversion de leurs adeptes. A présent les théologiens des diverses sectes ne représentent plus une doctrine et ne possèdent plus assez d'influence sur le peuple pour qu'on puisse attendre de leur conversion la conversion de leur secte. En cet état de choses, il était impossible de désigner certains protestants pour les faire venir au concile. Le rapport propose d'exprimer dans la bulle de convocation le désir de voir tous les dissidents revenir à l'unité de la foi, et de présenter la grande assemblée catholique comme un moyen de restaurer cette unité. Dans
iiiO HISTOIRE DU CONCILE I)C VATICAN
ce but, on devait permettre aux représentants autorisés des communautés de venir à Rome pour exposer leur sentiment en toute liberté, de vive voix ou par écrit, et traiter des points controversés, comme il convient à des chrétiens, avec ceux qui seraient désignés par le concile.
L'avis de la Commission centrale, qui délibéra le 22 mars sur ce sujet, fut aussi que l'on devait tenir compte des protestants ; elle estimait pourtant que le Saint-Père devait les inviter à rentrer dans le sein de l'Eglise, non pas dans la bulle de convocation, mais dans une encyclique spéciale, écrite dans un style tout paternel. L'argument qui détermina cette manière de voir semble avoir été celui-ci : les protestants, du moins en général (1), à la différence des schismatiques orientaux, n'ont pas de prêtres et d'évéques validement ordonnés: on devait donc les considérer comme des laïques et s'adresser à tous sans faire de distinction ; l'encyclique qui leur serait adressée serait publiée après la lettre aux évêques orientaux, afin que ceux-ci ne crussent pas qu'on les mettait sur le même pied que les protestants. Si des protestants se présentaient à Rome au concile, quelques théologiens pourraient être désignés pour conférer avec eux.