‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 63 sur 213 · L INVITATION DES PRINCES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

L INVITATION DES PRINCES CATHOLIQUES

accepter comme le dit plus tard le cardinal Antonelli au marquis de Banneville, ambassadeur de France (1), la présence au concile des représentants des Etats pouvait devenir très gênante quand éclaterait l'opposition entre la doctrine de l'Eglise et les principes qui sont aujourd'hui le fondement de bien des institutions politiques, ce Si l'Eglise était appelée à s'expliquer sur la question de l'enseignement, comment se dispenserait -elle de proclamer qu'elle a reçu de son divin fondateur la mission d'enseigner ? Comment ne protesteraitelle pas contre des lois semblables à celles qui viennent d'être promulguées en Autriche? Comment pourrait-elle reconnaître pour légitimes les lois qui lui interdisent de posséder? Comment pourrait-elle oublier que le mariage est un sacrement, et qu'à ce titre elle seule peut le rendre valable et indissoluble ? »

La question de l'invitation des princes fit donc l'objet d'une enquête nouvelle La Commission centrale n'osant prendre sur elle de la trancher, appela dans son sein le cardinal secrétaire d'Etat ; le pape, apprenant ces hésitations, voulut lui même assister aux délibérations. Le 23 juin 1868 se tint donc une séance extraordinaire coram sanctissimo, et après qu'on eût pesé le pour et le contre, on décida qu'on n'inviterait pas expressément les princes dans la bulle de convocation, mais qu'on choisirait les termes les concernant de façon à leur permettre une certaine coopération, s'ils désiraient la fournir. A l'endroit de la bulle où est exprimé l'espoir que les princes ne mettront pas obstacle à la participation des évêques au concile, mais leur viendront en aide, on inséra ces paroles : « et (Deum effcctiirum speramus ut), studiosissime, uti decet catholicos Principes, iis cooperentur, quae in majorem Dei gloriam ejusdemque Concilii bonum

(1) Ollivier. L'Eglise et l'Etat au concile du Vatican, 1,509.

cedere (jueant. » Le cardinal Antonelli fut chargé d'expliquer ces paroles aux cours dans le sens que nous venons d'indiquer (i)//.

Tout cela concorde avec ce que M. Emile Ollivier nous communique (2) des lettres des ambassadeurs français à Rome, au sujet des éclaircissements que leur donna Antonelli touchant la représentation des puissances au concile.

Peu après la promulgation de la bulle, le secrétaire d'Etat répondit à M. de Sartiges: « Le Saint Père n'avait nullement l'intention de tenir les princes à l'écart : il s'était borné à demander leur concours en termes généraux, à cause de l'impossibilité de convoquer indistinctement tous les souverains de la catholicité, l'un d'eux, le roi d'Italie, étant sous le coup d'une excommunication. Croyez bien et répétez-le à Paris, nous n'avons aucune arrière-pensée lorsque dans la bulle d'indiction nous remplaçons l'invitation directe par une invitation indirecte : c'est seulement expédient. » Le cardinal renouvela bien des fois les mêmes assurances. « Il suffira que les souverains des gouvernements catholiques annoncent trois mois avant la date de la convocation, par leurs ambassadeurs ordinaires à Rome, l'intention de se faire représenter au concile pour que les portes leur soient ouvertes. » En an plus tard, avant l'ouverture du concile, le cardinal donna les mêmes assurances à M. de Banneville, successeur de M. de Sartiges. « Le pape, dit-il , y verrait (au concile) certainement avec plaisir les représentants des princes catholiques. Les termes dont il s'était servi dans la bulle d'indiction, l'indiquaient suffisamment. On s'y était, il est vrai, départi des formes usitées autrefois, mais ces précédents étaient-ils applicables aux temps actuels ?... Pouvait-on inviter le roi

(i) Ç. V. 1061 b, c. Cecconi /. c. Doc. XXXV. Ibid. p. 135 sqq. (2) L.C., p. 508 sqq.

l'invitation des princes CATHOLIQJ ES 455

d'Italie ? Certains présidents de l'Amérique espagnole, M. Jttarès, par exemple ? »

Les princes et leurs représentants lurent expressément autorisés à assister aux sessions solennelles, et même au vote (i).i

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