NOMINATION 1) UNE COMMISSION DE CARDINAUX
institua une commission de cinq cardinaux pour discuter les questions préliminaires au concile. En étaient nommés membres, les cardinaux Patrizi, Reisach, Panebianco, Bizzarri et Caterini (i). En même temps, le procureur général de l'ordre de Saint-Dominique, le I'. Mariano Spada, était chargé de taire pour l'usage de la commission un résumé des quinze consultations déjà rédigées par les cardinaux. Ce résumé (2) fut imprimé et remis aux membres de la commission. Des quinze avis exprimés, treize étaient favorables à la tenue d'un concile, un y était opposé; quant au quinzième, son auteur, sans adopter le projet, déclarait qu'il fallait laisser au Saint-Père la décision de la question.
Le 9 mars, la « Congrégation directrice de préparation », nommée aussi « Commission centrale », tint sa première séance chez le cardinal vicaire Patrizi. C'est grâce aux délibérations de cette commission et aux consultations des cardinaux qu'il nous est permis de pénétrer plus à fond les motifs de la convocation du concile, son but et les matières destinées à faire l'objet de ses débats. Avec les paroles du pape lui-même, ce sont les sources les plus dignes de foi, les seules aussi où il faille chercher la réponse à ces questions. Tout ce qu'on en a dit, sans tenir compte de ces renseignements, n'est le plus souvent qu'imaginations fantaisistes inspirées par la haine et la passion.
A cette première séance, Mgr Pierre Giannelli, évèque titulaire de Sarde, prosecrétaire de la congrégation du concile, nommé par le Saint-Père secrétaire de la Commission centrale, lut son rapport sur les quatre questions proposées à
(1) Voir le procès-verbal du 9 mars 1865. Cfr C. V. 1013 c. sirq. — La feuille où Pie IX a écrit de sa propre main le nom des cinq membres est encore conservée aux archives du concile.
(2) Quadro dei senlimenli, che gli eminenlissimi Cardinali. invitait dal S. Padre Pio IX, hanno rnanifestalv sulla convocazione di un Concilio ecumenico. 6 p. fol. Cfr C. V. ibidem.
cette première réunion (i) : nécessité de la convocation d'un concile, obstacles qui pourraient s'y opposer, dispositions à prendre avant la convocation, matières à discuter au concile.
Lvant de traiter la première question, M51- Giannelli l'ait cette remarque préliminaire : en thèse générale, l'Eglise ne regarde pas les conciles comme absolument nécessaires ; elle en reconnaît seulement la nécessité relative et la grande utilité. C'est en ce sens qu'il veut être compris, lorsqu'il parlera de la nécessité actuelle d'un concile.
L'Eglise, dit-il en substance, n'a pas, comme à l'époque du concile de Trente, à déplorer l'apparition de quelque grande hérésie ou d'un nouveau schisme: au contraire, un lien très solide tient unis, comme les membres d'un même corps, les pasteurs de tout le troupeau avec le pasteur suprême. Sans parler cependant du jansénisme qui, au siècle dernier (XVIIIe), a troublé si profondément l'Eglise et qui n'a pas encore disparu, dans le domaine des sciences naturelles pullulent les erreurs les plus funestes et les plus répandues qui ne tendent à rien de moins qu'à détruire la foi et la morale chrétienne, ainsi qu'à bouleverser complètement la société humaine. En outre, de la clôture du concile de Trente à nos jours, plus de trois siècles se sont ('coulés sans concile, fait sans exemple depuis l'époque des persécutions; on ne peut contester, d'ailleurs, que les changements considérables survenus au cours de cette longue période ne rendent nécessaire un renouvellement ou même une transformation de la discipline ecclésiastique, et pour la masse des croyants et pour les deux clergés séculier et régulier. Il y aurait, enfin, à délibérer sur les moyens de procurer, avec la grâce de Dieu, la conversion des hérétiques et surtout le retour à l'unité de l'Eglise schismatique.
(1) Procès-verbal du 3 mars. Pièce B. — Le rapport dont nous parlons commence par les mots : Dalla stampa.
RAPPORT DE M"1' GIANNELLI 27
Assurément, les papes et Pie IX tout particulièrement ont donné tout le soin possible à ces affaires, mais, au témoignage de l'histoire et suivant l'esprit de l'Eglise, pour atteindre le but de tous ces efforts rien ne saurait être aussi efficace qu'un concile général.
Le secrétaire de la Commission ne prévoit qu'une objection : c'est que l'Europe et la pauvre Italie surtout sont en étal <le révolution; personne ne peut prévoir les changements qui se produiront, ni quelle sera, au terme de l'agitation, la situation définitive; il n'est donc pas possible encore de prendre les mesures que réclamera, dans quelques années peut-être, un nouvel état de choses. Mais cette difficulté ne concerne qu'une partie des matières dont aurait à s'occuper le concile; <le plus, il ne s'ouvrirait pas avant deux ans au moins, et l'on peut espérer que dans cet intervalle les événements auront suivi leur cours et suffiront à indiquer le sens des dispositions à prendre. On ne doit pas oublier, d'ailleurs, qu'un grand nombre de conciles ont été convoqués au moment des troubles les plus graves.
La réponse de Mgr Giannelli à la première question est donc affirmative : la convocation d'un concile est très utile, même relativement nécessaire.
Passant à la seconde question, celle des obstacles qui peuvent s'opposer à la réalisation du projet, il se demande tout d'abord s'il n'y a pas à craindre que les gouvernements n'empêchent les évêques de prendre part au concile. Four les évêques d'Allemagne, dit M^1" Giannelli, il n'y a rien à redouter, ni des princes catholiques ni des autres ; pas davantage pour l'Espagne, la Belgique, la Hollande, l'Angleterre et l'Amérique. Mais aux évêques de France, de Portugal et surtout d'Italie, ne sera-t-il pas fait défense de répondre à la convocation ? Du côté de la France cependant, cette crainte est moins fondée. Le grand attachement de l'épiscopat au Saint-Siège, les sentiments religieux de la nation font douter
que l'empereur ose empêcher les évêques appelés par le pape et pour le bien général de l'Eglise d'assister à la plus solennelle et à la plus importante de ses délibérations. Au sujet de l'Italie le rapporteur repète qu'il a de sérieuses appréhensions. Mais si les évêques de ce pays ne pouvaient prendre part au concile, il s'y rendrait encore un assez grand nombre de prélats groupés autour de leur chef suprême pour constituer une digne représentation de l'Eglise.
Quant à prévoir si Rome serait un lieu sur pour la tenue d'un concile, s'il n'éclatera pas bientôt quelque guerre qui bouleversera toute l'Europe, surtout l'Europe centrale, c'est impossible ; il faut s'abandonner à la Providence ; au reste il est arrivé plus d'une fois que dans des cas semblables un concile déjà convoqué a dû être différé. Bref, au jugement du rapporteur, les obstacles à redouter m1 sont pas assez graves pour obliger à rejeter la pensée d'un concile.
Qu'y a-t-il à faire avant de convoquer le concile, c'était la troisième question. M81" Giannelli commence par parler de la nécessité de s'entendre avec les princes catholiques ; non seulement l'histoire des conciles, mais la nature même des choses l'exigé, car il importe grandement pour l'heureuse marche et pour le succès de ces assemblées que les princes y soient favorables; toutefois, il ne peut pas y avoir de doute sur le droit du pape de convoquer un concile de sa propre initiative, ("est donc à la sagesse du Saint-Père qu'il faut laisser à décider s'il doit engager des négociations avec les souverains catholiques, spécialement avec l'empereur des Français. Si pour des motifs graves la chose paraissait inopportune, il serait nécessaire, en même temps qu'on publierait la bulle de convocation, de se mettre en relation parles nonces ou par des légats extraordinaires avec les gouvernements pour les décider à favoriser le concile, et. suivant l'ancien usage observé encore au concile de Trente, à s'y faire représenter officiellement.
RÉSOLUTIONS DE LA COMMISSION CARDINALICE ' 2ïJ
L'auteur du rapport propose ensuite d'appeler à Home des ecclésiastiques des divers pays afin de délibérer avec eux sur les besoins de leurs églises respectives ; le principal avantage d'un concile consiste, en effet, à permettre de se rendre compte de l'état de toutes les parties de l'Eglise ; or, on ne saurait mieux obtenir ce résultat qu'en conférant d'avance à ce sujet avec des hommes bien informés et venus de partout.
Quant aux objets des délibérations du concile, Msr Giannelli n'en veut pas parler. Cette question est assez grave pour que la Commission puisse renoncer à la discuter dans sa première séance ; il ne fera donc que deux remarques : premièrement on devra avant le commencement du concile tenir prêtes autant que possible les questions qu'on se propose de lui soumettre ; secondement pendant la tenue de l'assemblée il faudra, comme à Trente, joindre à la condamnation des erreurs, des délibérations sur les matières de discipline.
Le rapport de M81" Giannelli obtint l'assentiment des cardinaux ; c'est à peine si sur un point ils s'écartèrent de sa manière devoir. Cependant les questions discutées par eux en séance ne coïncident pas exactement avec celles qu'il avait traitées.// Ils tombèrent d'accord sur les cinq points suivants :
i° La convocation d'un concile est opportune et relativement nécessaire ;
2" Il n'y a pas à entamer d'avance de négociations avec les princes catholiques; toutefois, il sera utile et convenable, en même temps que sera publiée la bulle de convocation, de faire auprès d'eux « les démarches qui paraîtront opportunes ». On ne dit pas en quoi devront consister ces démarches : on choisit une expression générale, afin de réserver à de plus mûres réflexions la détermination précise de la conduite à tenir ;
3° Avant de publier la bulle de convocation le pape devra, dans la forme à fixer par lui s'entendre avec le Sacré Collège;
4° Il serait bon de nommer mie congrégation extraordinaire chargée de diriger les affaires du concile ;
5° Cette congrégation devrait, aussitôt la balle de convocation publiée, consulter quelques évêques des diverses nations pour en obtenir un tableau sommaire des points de dogme et de discipline (pie d'après les besoins de leurs pays respectifs ils jugeraient bon qu'on traitât au concile.
Les cardinaux décidèrent enfin de proposer la création de consultes subordonnées à la congrégation directrice. Les consulteurs auraient à s'occuper d'étudier et de préparer les matières à soumettre au concile. Le cardinal Bizzarrî fut prié de rédiger un projet dans ce sens (i).
Dans l'audience du i3 mars (2) où le secrétaire de la Commission rendit compte au pape de ses délibérations, le Saint- Père en approuva toutes les décisions. Sur un point seulement un changement lui parut nécessaire. Au lieu de remettre jusqu'à la convocation du concile les informations à prendre auprès des évêques des diverses nations, il décida qu'il valait mieux les inviter tout de suite, et sous le sceau du plus grand secret, à faire connaître leur opinion sur les questions à discuter au concile : lui-même désigna les noms de ceux à qui cette invitation devait être adressée.
(1) Cfr C. V. 1014 c. sq.
(2) Aussitôt après chacune des séances de la commission, le secrétaire allait rendre compte au pape des délibérations. Il est régulièrement tait mention de ces audiences dans une note ajoutée aux procès-verbaux.