CHAPITRE III
Rapports des cardinaux résidant à Rome sur le projet du pape.
Lorsqu'il leur avait manifesté son projet de convoquer un concile, Pie IX avait demandé aux cardinaux présents de lui faire connaître par un mémoire leur opinion sur ce sujet (i). Plus tard cette invitation avait été étendue à tous les cardinaux résidant à Rome (2). D'après le compte rendu imprimé du Père Spada (2), au moment de la séance delà Commission dont il a été question au chapitre précédent, quinze de ces consultations avaient déjà été remises; les six autres se succédèrent plus ou moins rapidement (4). De celles, eu petit nombre, qui sont datées, la première est celle du cardinal Caterini, du 22 décembre 1864, la dernière celle du cardinal Riario Sforza, du 5 janvier 1866. Les cardinaux Pentini, Bifondi, Ugolini, Villecourt et le cardinal vice-chancelier Amat écrivirent en latin ; les autres en italien. La pièce la plus volumineuse, quarante-six colonnes in-folio, écrites, il est vrai, en caractères assez gros, est due au cardinal Reisach; le cardinal Bizzarri le suit de près avec trente colonnes. Le plus bref a été le cardinal Pentini qui exprime son avis en moins d'une colonne.
(1) Page 21.
(2) Ibidem.
(3) Page 25, note 2.
(4) Voici les noms des vingt et un cardinaux : Barnabe, Reisach, Caterini, Altieri, Cagiano, Panebianco, Patrizi, Bizzarri, Roberti, Pentini, Sacconi, Rifondi, Ugolini, Villecourt, Paracciani Clarelli, Asquini, de Luca, Milesi, Riario Sforza, Mattei et Amat.
Dans ce qui va suivre nous conservons l'ordre choisi par la plupart «les éminents auteurs : nous donnons leurs opinions sur la nécessité et l'opportunité d'un concile général, sur les matières à y traiter, enfin les propositions particulières de chacun.
Pour répondre à la première question, écrit le cardinal Reisach, — dont le travail, sur ce point du moins, est le plus approfondi, — quelques remarques générales sont nécessaires sur la situation de l'Eglise, touchant le dogme, la discipline intérieure et ses relations avec le dehors, afin d'apprécier de ce triple aspect l'utilité de la démarche projetée. Grâce au concile de Trente, grâce aussi à la sage et active vigilance du Saint-Siège, le dépôt entier de la foi a été défendu et sauvegardé contre les hérésies des réformateurs et de ceux qui sont venus après eux; de nos jours, la doctrine catholique a suffisamment développé et consolidé tous ses points fondamentaux pour se trouver en mesure de découvrir et de réfuter les erreurs contre ses divers dogmes.
Cependant, on ne saurait le méconnaître, en même temps qu'elle entraînait les communautés séparées à des égarements de toute sorte, au rejet même de la révélation surnaturelle et divine, l'erreur fondamentale de la Réforme, c'est-à-dire, la négation de toute hiérarchie et de toute autorité doctrinale dans l'Eglise, a aussi, par suite des théories modernes et des transformations politiques, exercé sur les catholiques une influence plus ou moins notable; elle a amoindri leur respect et leur soumission à l'égard de l'autorité ecclésiastique et les a exposés au danger d'accepter des opinions qui contredisent plus ou moins la saine doctrine. Les nouveaux systèmes philosophiques inventés tous les jours par l'indifférentisme religieux et le rationalisme ont encore accru ce péril, car ils mènent très vite au naturalisme et au matérialisme ou bien au panthéisme vulgaire et à l'idéalisme; on les a d'ailleurs