L. VEUILLOT ET M8* MARET
reproches : l'événement a montre'' qui avait raison. Mgr Maret se plaint que Veuillot se constitue son juge. Non, il n'est pas son juge, mais il prétend bien être 1' « appréciateur a de ses aetes, et se permet d'émettre son sentiment. M81" Maret luimême lui en donne le droit par ce seul fait qu'il imprime un livre. c< Il l'imprime et le jette dans le publie sans doute pour qu'on le lise : et s'il veut qu'on le lise, il doit vouloir qu'on l'apprécie, il doit souffrir qu'on l'accuse et qu'on le défère au juge compétent. » Veuillot en vient ensuite aux bruits que, depuis plusieurs mois, on l'ait courir partout sur l'ouvrage; il est annoncé comme une batterie destinée à mettre en poudre les prétentions ultramontaines. Dans ces conditions, un journal catholique ne peut se taire. 11 n'est question ici ni d'une atteinte à la liberté du concile, ni d'une attaque contre un acte épiscopal. Mgr Maret n'a point de juridiction. Il s'agit uniquement d'un travail particulier, soumis au publie par un docteur privé (i).
Dans salettre, M-1 Maret, quoique simple évèque titulaire, s'attribuait les mêmes droits au concile que les évêques résidentiels; son affirmation souleva encore en France une autre controverse : les évêques titulaires avaient-ils d'une façon générale siège et voix dans l'assemblée? Nous avons traité plus haut cette question (2).
L'ouvrage de l'évêque de Sura ne parut qu'en septembre 1869; les polémiques qui suivirent seront racontées plus tard.
("est surtout autour du livre de M81" Maret que jusqu'à l'année 1869 se déchaîne la bataille. Déjà pourtant apparaissent de profondes scissions entre les catholiques, les
(1) Les deux lettres se trouvent dans Ckcconi, Stcriadel Concilio Vat., vol. II, Sez. 2, doc. GCVX et CGXVI (trad. fr. t. IV pp. 36 et 38). Sur toute cette controverse, cf. ibid. Sez. I, p. 397 et suiv. (trad. fr. t. II, p. 342 et suiv.).
(2) P. 108 sqq.
18H HISTOIRE 1)1 CONCILE Dl VATICAN
partis so séparaient nettement d'après leurs espérances ou leurs craintes. La presse religieuse libérale, lit-on dans un mémoire en français adressé au cardinal Àntonelli au commencement de janvier 1869, // telle que la France, la Gazette de France, le Français, les Villes et Campagnes, est très favorable au concile, seulement elle affecte une certaine prédilection pour les doctrines de l'ancien clergé de France... La presse religieuse romaine, désignée, dans le langage des feuilles qui lui sont opposées, sous le nom de presse ultramontaine, telle que le Monde et 1' Univers, s'occupe journalièrement du concile, et dans les meilleures intentions. Beaucoup de personnes se plaignent même que ces feuilles, particulièrement la dernière, s'en occupent trop et dépassent la mesure qui convient à des écrivains purement laïques ; on reproche à ces journaux d'être acerbes, intolérants pour les opinions libres, violents envers les personnes qui ne partagent pas leurs opinions et outrés souvent dans leurs thèses et leurs attaques (1). D'après un autre mémoire de la même époque, écrit aussi pour le cardinal Antonelli, les catholiques libéraux redoutent que le concile ne sanctionne les condamnations portées par le Syllabus et ne définisse l'infaillibilité du pape. Le gouvernement partage cette crainte. Pourtant on n'a pas perdu tout espoir de voir le concile modifier ou interpréter certaines propositions du Syllabus en un sens favorable aux idées libérales, et n'aller pas jusqu'à la définition de l'infaillibilité pontificale. Voici ce qui se répète parmi eux : « Si le pape est déclaré infaillible, il faudra changer les expressions du symbole et dire, non plus : CredoinEcclesiam, mais : Credo in Papani. » Us affectent des inquiétudes sur les préparatifs du concile. Mais les catholiques proprement dits, c'est-à-dire la grande majorité des fidèles, ont exactement les espérances opposées (2). Deux écrits anticatholiques, éma-
(1) C. V. 1150 d. sqq. — Oecconi op. cit. Doc. CXXXVIII.
(2) C. V. 1156a. sqi). — Cecconi op. cit. Doc. CXXXIX.
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