‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 73 sur 213 · A BROCHURE DE L « ECCLESIASTIQUE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

A BROCHURE DE L « ECCLESIASTIQUE CATHOLIQUE

tiosn,piariim aiirium offensiva, temeraria, etc. (i). Ilfautconvenir que « 1 ecclésiastique catholique » a raison. Si toute contradiction librement exprimée par les évêques est considérée pomme une révolte coupable, la délibération n'est plus possible. Mais les réclamations de l'auteur deviennent aussitôt suspectes quand il constate au concile de Trente l'absence de la liberté qu'il revendique, et quand il précise la manière dont il l'entend voir appliquer au prochain synode 11 réclame pour tout évoque un droit sans limite de proposer ce qui lui [liait ; par liberté dans l'expression de son sentiment il comprend une pleine indépendance de langage, en vertu de laquelle aucune opinion manifestée ne puisse être censurée (2). Au fond, ce sont justement les censures qu'il veut voir abolir avec les tribunaux qui les appliquent, les congrégations du Saint-Office et de l'Inquisition (3). Dans la revendication d'une telle liberté il y a déjà par avance une révolte contre le concile, il est trop clair qu'on n'y pouvait faire droit.

L' « ecclésiastique catholique » adresse ensuite solennellement aux évoques allemands et américains une exhortation particulière : « Défendre cette liberté sans respect humain, dit-il, c'est votre devoir, à vous spécialement évêques d'Alle-

(2) La liberté des évêques doit, d'après I'Ecglésiastique catholique, s'étendre à l'expression de toute opinion en matière de foi ; peu importe qu'elle soit hérétique, schismatiqee, impie ou digne de quelque autre semblable censure. Un éyêque peut donc, en vertu do ce principe de liberté, exposer impunément des

, idées q ni contredisent les autres conciles; il peut librement mettre en doute et soumettre de nouveau à la décision du concile ce qui a été précédemment rléfîni. Mais c'est ruiner l'infaillibilité de ces assemblées et de leurs définitions. Si les

I conciles sont infaillibles, comme ils le sont en effet, ils doivent être regardés comme tels, respectés comme tels, aussi bien par les évêques que par les fidèles.

1 Lorsque, dans la huitième séance du concile de Ghalcédoine, il parut aux Pères que l'évêque Théodoret hésitait à prononcer l'anathème contre la doctrine hérétique des Nestoriens, cela leur suffit, tous ils crièrent : iste haereticus e$t,nestorianus est, haerelicum foras mille. (Harduix, Coll. Conc. II, p. 498.) Voilà un des

1 nombreux exemples de la pratique des conciles. Ainsi parle la GiviLTA.(Ser.VII, vol. 5, p. 730 sq.)

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magne et d'Amérique. » Vous surtout, Frères, êtes appelé» à la liberté (Gai. 5, i3). Xe soutirez pas que vos langues soient tenues captives : ne tolérez pas que des décrets rédigés arbitrairement par des moines et des théologiens romains soient présentés tout faits à la signature du concile, brevi manu, sans plus ample examen ni discussion; comme si tout le rôle des l'ères était non de prendre des décisions, mais d'approuver et de sanctionner des décisions prises. Successeurs des Apôtres, montrez ce courage apostolique qui vous fera dire, appuyés sur votre conviction et votre expérience de l'état de vos Eglises et des besoins des temps: « Ce que nous avons vu et entendu, nous ne pouvons le taire. » (Act. 4, -<»•) Voudriezvous. à la vue de la triste situation de l'Eglise, des dangers qui la menacent, quand le glaive lui perce le cœur, quand des montagnes d'Ephraïm s'élèvent les invocations aux faux dieux, quand les ennemis lancent leur cri de guerre contre les villes de Juda, quand ils veillent en armes autour de Jérusalem (Jer.4, i5, sqq.), voudriez- vous reculer devant vos obligations, et quand vous devez parler, garder un silence timide? Nous, nous espérons en vous, nous comptons sur vous, champions allemands de l'Eglise! Vous porterez bien haut, dans le prochain concile, la bannière de la liberté et de la charité chrétiennes ! Chacun de vous ira plein d'ardeur au concile, résolu à agir et à parler avec vigueur afin de n'être pas oblige de dire avec le prophète : « Malheur à moi parce que je me suis tu, je suis un homme dont les lèvres sont souillées. »(Is. 6, 5.) Ainsi parle 1' « ecclésiastique catholique » aux évêques d'Allemagne et d'Amérique. Si on devait exiger d'eux de se contenter de signer des décrets tout rédigés, l'exhortation de l'ecclésiastique anonyme n'était assurément pas nécessaire pour les porter à repousser résolument cette prétention; croire que le courage leur manquerait pour cela, c'était faire injure à ces princes de l'Eglise. Mais la liberté (pie l'auteur de la brochure entend réclamer pour les évêques est une

REPRESENTATION PROPORTIONNELLE DES NATIONS l'.M

liberté qui ne leur appartient pas, qui n'est pas selon Tordre; la réclamer, l'appeler de ses vœux, c'est exciter à la révolte contre l'autorité établie par Dieu.

L'anonyme donne aussi, sans qu'on l'en ait prié, son avis sur le cérémonial du concile. En homme magnanime et profondément humble, il ne peut assez déplorer les disputes de préséance qui se sont plus d'une l'ois produites dans ces réunions (i); il propose comme remède de ne point tenir compte des rangs de préséance-. Si, à l'exception du pape qui préside ou de ses légats, chacun était placé à son rang d'âge, de manière que le plus âgé passât avant le plus jeune, on satisferait une exigence justifiable également au tribunal du bon sens et de la religion (2).

Plus importante est la théorie relative à la composition de l'assemblée. Deux principes sont posés : la représentation de ceux qui sont légitimement empêchés et la représentation proportionnelle des différentes nations (3). Sur ce second point, voici les conclusions de l'auteur : « L'Italie entière, y compris les Etats de l'Eglise, compte 24 millions de catholiques; l'Allemagne avec les provinces allemandes de l'Autriche, 24 millions; l'Espagne et le Portugal, 20 millions: la France, 35 millions, etc.; en convenant qu'un million de catholiques soit représenté par un évèque ou un député, avec pleins pouvoirs, l'Italie aura à envoyer au concile 24 évèques ou députés, l'Allemagne, 24; l'Espagne et le Portugal, 20; la France, 35, etc. (4)//. » Cette proportionnalité entre le nombre des fidèles et celui des membres du concile appartenant à chaque nation pourrait paraître facilement admissible à notre époque habituée aux idées constitutionnelles. Mais on se trompe en transportant dans l'Eglise la

(2) P. i2sqq.

conception constitutionnelle de l'Etat. Le peuple, en effet, prend part au gouvernement de l'Etat, il doit donc exercer ses droits par un nombre de représentants proportionnel aux fractions du pays. Mais l'Eglise n'est pas gouvernée par le peuple; ses docteurs et ses chefs lui sont donnés par Dieu. Aux apôtres seuls, le divin fondateur a donné pouvoir d'enseigner et de gouverner ; d'eux seuls vient l'autorité de leurs successeurs, les evéques, en sorte que le collège épiscopal a identiquement le même pouvoir qu'avait le collège apostolique et que chaque membre, qu'il gouverne un grand ou un petit diocèse, a la même part que tous les autres au gouvernement de l'Eglise universelle. L'idée que les différentes nations doivent avoir au concile un nombre de représentants correspondant à leur importance est dogmatiquement insoutenable; elle procède de l'erreur qui fait du peuple dans l'Eglise le sujet du pouvoir. L'auteur veut répondre à ces questions «du point de vue de l'histoire ». Où a-t-il donc trouvé dans l'histoire un concile qui ait été tenu selon son désir?

Avec la même fantaisie et par suite de la même erreur dogmatique, 1' « ecclésiastique catholique » prescrit alors au concile l'ordre de ses travaux et la manière de voter. Xous exposerons sans commentaire le plan qu'il imagine : ce Pour délibérer sur les matières proposées, les membres du concile doivent être divisés par nations; chaque nation doit tenir une grande congrégation où quiconque professe et démontre qu'il est membre de l'Eglise universelle a le droit de s'expliquer. Dans ces congrégations nationales, la parole appartient successivement d'abord aux évèques ou à leurs délégués, puis aux princes ou à leurs ambassadeurs, aux membres des chapitres, aux curés, aux professeurs et docteurs ecclésiastiques, aux abbés et supérieurs d'ordres, aux docteurs et savants séculiers , enfin aux gens cultivés et aux homme irréprochables de tous les rangs, à condition de s'inscrire e

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