ORDRE DES DEBATS AU CONCILE
temps opportun. La présidence et la direction des débats dans ces assemblées doivent être confiées à un évéque ou autre prélat élu parmi les membres. A côté de ces congrégations nationales, qui seraient par exemple allemande, française, anglaise, américaine, espagnole, italienne, hongroise, polonaise, orientale-unie et gréco-russe, doivent être tenues des congrégations épiscopales dans lesquelles auraient seuls entrée, sans distinction de nationalité, les évéques, les cardinaux, les princes chrétiens, puis des députés à élire dans les congrégations nationales parmi les chanoines curés, abbés, généraux d'ordres, ainsi que les théologiens, canonistes et juristes que l'on jugerait nécessaire d'y adjoindre. Ces congrégations épiscopales se réuniraient sous la présidence d'un évéque à élire parmi les plus âgés, pour examiner les motions et propositions faites par les congrégations nationales, statuer sur leur acceptation et délibérer sur les sujets qu'on jugerait utiles, chaque membre ayant, selon son rang d'âge, le droit de parler et de faire les propositions qu'il voudrait, ("est là que seraient arrêtés et préparés pour la session solennelle les projets qui, s'ils y recueillaient la majorité des voix, deviendraient les décrets du concile. A la session publique et solennelle, la présidence est occupée par le pape ou son légat; à l'exemple de saint Pierre, au premier concile de Jérusalem, le président a le droit de parler le premier; après lui, les Pères ayant voix délibérative doivent, par rang d'âge, émettre publiquement leur suffrage : le nombre des voix pour et contre est aussitôt publié et la décision adoptée par la majorité est solennellement proclamée et signée. Les évéques ont seuls voix délibérative s'il s'agit du dogme immuable ou des propositions de morale. Mais pour les questions de discipline, de liturgie, de relations extérieures de l'Eglise, on pourrait examiner si, à l'exemple des premiers conciles, où les prêtres prenaient part au vote, il n'y a pas lieu d'attribuer aux chanoines,
'•lires, abbés et supérieurs réguliers un rôle dans la définition, en leur concédant un nombre de voix convenable (i).
La seconde partie de la brochure, la plus considérable, donne au concile des conseils sur les matières à traiter.
Au sentiment de l'auteur, il est très facile de réunir à l'Eglise les communautés chrétiennes dissidentes. « Qu'on prenne comme base, dit-il, le symbole des Apôtres et les articles de foi sur lesquels s'entendent tous ceux qui professent un christianisme positif. D'accord sur ces préliminaires, rien ne nous empêche plus d'arriver à la paix définitive, si des deux côtés on la désire (2). » Quel dommage que l'auteur ne nous ait pas dit ce qu'il faudrait faire pour arriver à la paix définitive! C'est là que commence la difficulté. Que fera-t-on des dogmes sur lesquels on ne s'entend pas, par exemple de la Pénitence et de l'Eucharistie, du pape et tle la hiérarchie? L'auteur semble conseiller de les passer sous silence ou d'en parler en termes vagues, sous lesquels chacun mettra ce qu'il voudra. Il ne semble pas tenir beaucoup à ces doctrines catholiques « Mais nous le disons encore une fois, s'écrie-t-il, la sainte tâche de la réconciliation ne peut être remise entre les mains des orthodoxes intransigeants et des savants pointilleux de nos écoles théologiques ; il ne faut pasr au moment même où l'on se met à travailler à la paix, semer la discorde et répandre l'aigreur en anathématisant, accablant, condamnant les adversaires, sans vouloir soi-même reconnaître ses torts ; il ne faut pas imposer aussitôt la perfection, dès qu'on commence à éloigner le mal (3). »
Plus bas l'auteur recommande au concile, comme une nécessité urgente, le relèvement intellectuel du clergé. « 11 faut que l'horizon de ces maisons (ecclésiastiques) s'élargisseT qu'il embrasse l'étude sérieuse de l'histoire impartiale, la
(1) P. 21 sqq.
(3) Ibid.
L (c ECCLESIASTIQUE CATHOLIQUE » 195
philosophie, les sciences naturelles, les langues et les littératures anciennes et modernes, la langue originale des livres saints (1). » Bref, dans toutes les autres sciences le prêtre doit être un spécialiste, dans la seule science de la religion on lui permet l'ignorance. Il doit tout étudier, hormis la théologie! Donne-t-on des conseils pareils aux étudiants en droit ou en médecine?
a Les lois de Y Index librorum prohibitorum, ainsi que les bulles et ordonnances pontificales qui s'y rapportent, doivent disparaître (2). » La séparation de l'Eglise et de l'Etat est recommandée. La discussion de la « mission du concile touchant la réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres » fournit l'occasion de déprécier le pape, les évêques, les prêtres, les établissements et les institutions ecclésiastiques.
Xous pensons avoir suffisamment fait connaître, par ce qui précède, l'esprit de cette brochure. Les nombreux opuscules où fut alors attaqué le concile sont du même genre. On comprend aisément que, de gens animés de pareils sentiments, il ne fallait attendre aucune soumission aux décisions qui seraient prises. Quiconque unit tant d'outrecuidance à tant d'ignorance en matière théologique, et se pose avec tant d'arrogance comme docteur et législateur de l'épiscopat et de l'Eglise entière, n'est pas dans la disposition d'accorder à un concile l'obéissance de la foi. Le dédain que l'auteur professe pour le concile de Trente, accepté et vénéré de toute l'Eglise,, s'étendra sûrement au concile du Vatican.
Quel était donc l'homme qui, en Allemagne, engageait ainsi la lutte contre le concile? D'après une dépèche envoyée au cardinal secrétaire d'Etat Antonelli (3) par le nonce de Munich, Mgr Meglia, il paraît que d'abord on attribua géné-
(3) Dul .janvier 1869. Cf. Cecconi, 1. c. vol. II,Sez. I, p. 478(trad. fr.t. H,p.3l0)..
ralement cet écrit au prévôt Dôllinger; les libraires le disaienl a leur- acheteurs. Mais les dénégations formelles du professeur bavarois et quelques-unes des idées émises dans le pamphlet mettent hors de doute la fausseté de cette attribution: c'est une autre main qui a proprement et immédiatement ('■(•rit ces pages.
D'une façon générale, et a l'exception d'une ou deux opinions émises dans cette brochure, le clergé formé à l'université de Municb fit à ce factum l'accueil le plus sympatbique.
D'après Friedricb (i), l'auteur n'est autre que Ratzinger. Est-ce croyable? Georges Ratzinger — suivant VOrdo de l'archidiocèse de Munich-Frisingue (2) — est ne le 3 avril 1844: en 1868, alors que l'écrit parut, il était donc dans sa vingtquatrième année, à l'âge ou les jeunes prêtres sortent du séminaire. Ce serait donc un vicaire venant à peine de quitter les bancs de la classe qui se serait posé en face du pape, de l'assemblée des évoques, du clergé tout entier, pour leur prescrire d'un ton sévère la manière de tenir le concile et des mesures qui atteignent au plus profond la vie ecclésiastique, condamnant tous les conciles précédents et modifiant complètement la conception de l'Eglise ! A peine sorti de l'école, ce ne sont pas ses propres idées, mais celles de -on maître que Ratzinger aurait exprimées. Ainsi s'expliquerait bien que l'on ait tout d'abord regardé Dôllinger comme l'auteur et que l'écrit ait tant plu à l'ensemble des ecclésiastiques formés à l'école de Municb.
Le second (3) des deux écrits que nous avons signalés plus haut est tout pénétré de l'esprit libéral. Ainsi il demande le
il) Oeschichte des Vatikan Konul, II. 2k 285.
(3) Ein offertes Wort an die Bixcliofe ><nd Katholiken Deutschlands ani/esichls des berot'stehenden allijemeinen, Konziliums, von einem kathoi.ischen Geistlichen, Œhringen, 1869.