LA CORRESPONDANCE DE LA ,, CIVILTA
La correspondance parut aussitôt, traduite en français, dans 1' Uni vers (i) ; cette traduction fut ensuite reproduite par le Monde (2). Le Français (3) en publia d'abord un extrait accompagné d'une légère critique. Avec beaucoup d'âpreté, le Public, qui passait pour l'organe du gouvernement, s'éleva contre la Civilta (4). Son article, intitulé : Un manifeste, s'occupe surtout des observations faites dans la correspondance sur le gouvernement. Il y était dit, entre autres choses, que le gouvernement redoutait de voir le concile définir les doctrines du Syllabus et l'infaillibilité du pape, et détruire les articles organiques. A ce sujet, le journal prend une attitude menaçante. « La France et son gouvernement, dit-il, convaincus que l'opinion de l'infaillibilité du pape seul n'est pas admise par l'immense majorité du clergé français, ni par l'immense majorité de l'épiscopat », sont en droit d'espérer que l'Eglise réunie en concile aura la sagesse de ne pas laisser poser cette question, et que tout au moins dans le cas où elle serait posée, on n'irait pas jusqu'à prendre une décision contraire aux sentiments et aux traditions de notre grande Eglise. » Le concile n'abolira pas le concordat et les articles organiques, convention bilatérale, sans l'assentiment des deux parties contractantes ; moins encore « détruira-t-il » des lois qui ne dépendent pas de sa juridiction. « S'il est vrai, comme on l'affirme, que l'interprétation donnée au Syllabus soit exagérée, le gouvernement n'aurait qu'à attendre du prochain concile l'exposition précise du sens véritable de ces enseignements. » Les Pères se garderont bien dans leur sagesse « de sanctionner comme règles de foi des théories qui semblent être une condamnation des principes sur lesquels reposent les sociétés
13 février.
(2) 14 février.
(3) 17 et 18 février. —Cf. Cecconi, l.c. Doc. CXLII, CXL1II. C.V. 1163 b.
(4) 24 février. C. V. 1164 b sq. Cecconi l.c. Doc. CXLV1.
modernes ». Aussi le gouvernement ne craint-il pas la définition de l'infaillibilité du pape. « La France n'a donc point à craindre pour elle-même des décisions qu'elle regarde, à bon droit, comme impossibles, mais elle pourrait les redouter peut-être pour ceux-là mêmes qui les auraient provoquées, dans le cas où elles viendraient à être réalisées. Alors se produirait une situation religieuse et politique d'une extrême gravite. » Ainsi s'exprime le journal du gouvernement. //
En mars seulement, alors que des attaques d'une extrême violence avaient déjà paru en Allemagne contre la Civilta dans I'Allgemeine Zeitung, l'organe du catholicisme libéral, le Français crut de son devoir de prendre aussi position d'une façon plus décidée contre la correspondance ultramontaine. Il le fit en deux articles : Le concile et le correspondant de la Civilta (i) et : Le concile et Vépiscopat français (2).
Le Français trouve que la correspondance de la revue romaine pénètre avec une indiscrétion étonnante dans le secret des futures délibérations du concile, et s'efforce de diminuer l'importance du concile œcuménique. Elle semble faire bien peu de cas de la liberté nécessaire à la discussion et de la légitime initiative des évêques, à qui elle impose une ligne de conduite; elle s'exprime d'une façon bien étrange sur l'Eglise de France et les catholiques français. Le correspondant fait comme s'il savait ce qui se passe à Rome dans les commissions préparatoires, et ce qu'on pense à Paris dans les conseils de cabinet, ce qui se cache au plus profond du cœur des catholiques et ce qu'on décide dans les délibérations des évêques; de son ojmiion personnelle il fait l'opinion d'un grand nombre de catholiques, il affirme que le concile sera très court, qu'il ne s'y produira pas de longs
(1) 18 mars. Cecconi, 1. c. Doc. CXLVHI.
(2) 19 mars. Cecconi, 1. c. Doc. CXLIX.