LES ARTICLES DU ., FRANÇAIS
débats ; il en trace le programme, connaît la façon dont le Saint-Esprit se manifestera, quels dogmes y seront définis, comment les évêques pourraient proposer la définition; il aperçoit une minorité qui malgré son éloquence ne pourra faire une longue opposition; il s'occupe aussi directement des évêques français, qu'il représente dans une attente tranquille et silencieuse. Il regrette en France l'absence de connaissance et de pratique du droit canon, et va jusqu'à partager les catholiques de ce pays en deux groupes : les catholiques libéraux et les catholiques tout court. Contre cet exposé de la situation, le correspondant qui l'a écrit et la revue qui l'a publié, l'auteur des deux articles, François Beslay (i), s'élève avec énergie et non sans éloquence. Xous ne pouvons le suivre dans tous les détails où il entre, encore moins l'approuver. La faute capitale qu'il commet est de faire affirmer par le correspondant de la Civilta comme des faits ce que celui-ci ne présente que comme des opinions et des vœux formés par de nombreux catholiques français ; si la revue romaine s'était trompée sur ces points, il y avait à dire et à montrer ce que pensaient et souhaitaient en réalité les catholiques.
Quant aux opinions personnelles de l'écrivain de la Civilta en fait, elles étaient justes; et c'est en vain que le rédacteur occasionnel du Français s'efforce d'établir le contraire : il était malheureusement de notoriété publique que les catholiques étaient divisés en deux partis; cette scission avait éclaté au grand jour dans la controverse que nous avons signalée un peu plus haut (2) à propos de l'ouvrage de M*1' Maret ; elle ne devait se manifester que trop pendant le concile ; la Civilta eut donc beau jeu pour défendre immédia-
(1) François Beslay, un jeune avocat, a signé l'article. Mais déjà à l'époque de la controverse on désignait M5t Dupanloup, évêque d'Orléans, comme le véritable auteur.La chose a été confirmée par le biographe de MtrDupanloup, M" Lagrange ( Vie de M"r Dupanloup, III, 125).
(2) P. 157 et suiv.
tement sa correspondance contre Beslay (i). Celui-ci osa faire imprimer dans le Français que la revue, forcée par les articles du journal, avait rectifié les grossières inexactitudes de sa correspondance (2). Là-dessus, la Civilta revint encore une fois sur une controverse qui avait trouvé un écho dans toute la presse d'Italie et de France et démontra qu'elle n'avait pas rectifié, mais bien défendu ses informations (3).
Pendant que l'adversaire français de la Civilta se contentait d'attaquer la revue et son correspondant, un Allemand profitait de l'occasion pour s'en prendre avec violence à la papauté et à l'Eglise entière. Il le fit dans les cinq articles devenus fameux de I'Allgemetm: Zeitung (4), journal qui paraissait alors à Augsbourg. Ces articles quelque peu modifiés furent plus tard réunis en volume sous le nom de Janus.
Dans l'introduction mise en tète des articles, l'auteur indique comment il peut établir que les vœux exprimés dans la correspondance de la Civilta sont les vœux mêmes du pape. Un correspondant de France annonce à cette revue ce que la majorité des catholiques souhaite dans ce pays. Ce qu'ils souhaitent n'est pas autre chose que ce que désirent les rédacteurs de la Civilta // les jésuites de Rome, et le désir de ceux-ci n'est autre que celui du pape. Nous savons ainsi pourquoi le concile est convoqué.
« Le rideau qui nous dérobait les préparatifs du grand concile œcuménique, les actes et les décisions qu'on médite, commence enfin à se lever ! » Ainsi débute le premier article. Suit l'extrait, que nous avons cité précédemment (5), des vœux et des sentiments des catholiques français au sujet de la promulgation du Syllabus, du dogme de l'infaillibilité pon-
(1) Ser. VII, vol. 6, p. 193 et suiv.
(2) Ibid. p. 597.
(3) Ibid. p. 595 et suiv.
(4) 10-15mars 1869. C. Y. 1167 b. sqq. Cecconi, 1. c.Doc. CXLVII.
LES CINQ ARTICLES DE ,, L ALLGEMEIXE ZEITI'XG 20b
tificale, de l'Assomption de Marie, comme aussi de leur opinion sur la courte durée du concile. L'auteur rappelle alors le crédit dont jouit la Civilta Cattolica auprès de la curie romaine. Puis il ajoute : « On n'exagère certainement pas en supposant que les idées de la Civilta sur ces graves questions aux conséquences considérables concordent avec celles du chef suprême et des autres « tètes » de la cour de Rome... En tout cas on ne peut guère désirer de source meilleure et plus autorisée pour connaître ce qu'on attend là-bas du concile. )>
« Xous apprenons donc que le synode est convoqué pour contenter les intimes désirs des jésuites et de cette partie de la curie qui se laisse mener par la Compagnie. Leurs vœux, leur but sont, en premier lieu, de voir proclamer comme un dogme celte opinion que tout pape est personnellement infaillible dans les actes de son magistère, déclarations et décisions en matière de foi et de mœurs; ainsi s'établira un nouveau principe d'une portée incalculable et pour les faits du passé et pour ceux de l'avenir; ce principe, désormais intangible, dominera les esprits, les contraindra à se soumettre sans réserve à toute décision pontificale dans le domaine de la religion, de la morale, de la politique, de la science sociale; car il ne peut plus être question d'empiétement sur un domaine étranger, de la part du pape infaillible, à qui. seul il appartient de déterminer à son gré les limites de son magistère et de sa puissance et cette détermination elle-même jouit du privilège de l'inerrance !
» Secondement on désire voir les articles du Syllabus définis parle concile sous forme de décrets et d'affirmations doctrinales : chose facile quand l'infaillibilité personnelle du pape // sera devenue la foi de toute l'Eglise. On enrichira ainsi le dépôt d'un grand nombre de dogmes nouveaux inconnus, ou même souvent répudiés par l'antiquité, et ce ne seront que les premiers de la riche moisson réservée à l'avenir. Quand on
aura heureusement brisé le lien trop étroit qui enchaîne bien des théologiens à l'ancienne tradition et à l'Eglise des six premiers siècles, surmonté l'horreur pédantesque pour les nouveautés, aboli le canon encore estimé ici ou là qu'a formulé Vincent de Lerins quod semper, ubique, ab omnibus, il sera parfaitement loisible à chaque pape, quelque ignorant qu'il soit des matières théologiques d'user arbitrairement de sa toute-puissance créatrice du dogme, d'ériger en un instant en article de foi imposé à toute l'Eglise ses opinions personnelles. Quiconque oserait alors déclarer que la monnaie frappée au Vatican n'est pas de bon aloi serait dans cette vie mis au ban de l'Eglise et dans l'autre éternellement damné ! Les conciles seront désormais superflus, les évêques pourtant se réuniront encore à Rome pour rehausser l'éclat des canonisations et des cérémonies pontificales, mais pour les dogmes ils n'auront plus à s'en occuper : prétendraient-ils ajouter leur confirmation aux décisions dictées au pape par l'inspiration divine, ce serait vouloir renforcer avec des lanternes la pleine lumière du soleil. La formule definiens subscripsi que les Pères jadis mettaient au bas des décisions conciliaires deviendrait un blasphème. Une fois encore — ce sera la dernière — les évêques assemblés à Rome doivent — suivant les désirs des « bons catholiques » c'està-dire des pères de la Compagnie de Jésus — faire usage de leur pouvoir de formuler les dogmes : cet usage consistera à apposer le sceau conciliaire à un travail que, dans sa légitime prévoyance, le P. Schrader, jésuite de Vienne, a livré tout préparé à la curie (i). Il a tourné en affirmations positives les formules négatives et les condamnations du Syllabus et nous pouvons déjà sans peine faire connaître les plus importantes décisions du concile. Comme l'assemblée doit durer trois
(1) Der Pctpst und die modernen Ideen : 2 Heft : Die Enzyklika vom 8 Deiember18G4 (Vienne 1865).