RAPPORT DU CARDINAL REISACH
appliqués à tons les objets dos connaissances humaines; aussi n'y a-t-il plus ni science ni art théorique ou pratique que n'aient pénétrés et corrompus des opinions et des doctrines hostiles à la foi en elles-mêmes ou du moins dans leurs conséquences logiques. Avec l'unité des croyances, les esprits ont perdu l'unité des principes qui sont à la base de toutes les sciences humaines ou naturelles ; c'est cette unité cependant, fruit de l'humble soumission aux dogmes infaillibles de la foi, qui a été la meilleure des sauvegardes contre l'hérésie et a l'ait en même temps de toutes les sciences parfaitement reliées entre elles, les auxiliaires empressées de la théologie.
Les catholiques de tous les pays ont bien senti le danger auquel l'influence de la science moderne expose la foi. « Mais, dit le cardinal, l'abandon de la méthode et des principes scientifiques des écoles d'autrefois a interrompu le développement de la science catholique traditionnelle; un grand nombre de savants ont adopté soit l'un, soit l'autre des systèmes philosophiques modernes ou, du moins, leur ont emprunté certains principes, ou certaines opinions particulières; de là, cette espèce d'incertitude sur les moyens à employer pour défendre et développer le dogme que nous constatons aujourd'hui dans le sein de l'Eglise; dans leurs essais d'apologétique et dans leurs travaux sur les sciences naturelles, il n'est même pas rare que des écrivains et des professeurs catholiques blessent, sans le vouloir, la pureté de la vérité révélée. »
La nécessité où s'est trouvé le Saint-Siège depuis le commencement du XIXe siècle, de signaler des erreurs de toute sorte et de les condamner, suffirait à montrer le péril que courent les catholiques. Sous l'influence de cet esprit de liberté et d'indépendance absolue qui, depuis la Réforme, n'a pas cessé de se propager, certains d'entre eux en sont venus, sinon à combattre l'autorité et le magistère infaillible
du Saint-Siège, du moins, « à ne plus dissimuler une espèce de répugnance à accepter ses décisions, à entretenir à son égard des défiances et des hésitations, comme s'il n'était pas en étal <lc connaître et d'apprécier suffisamment les besoins et les tendances intellectuelles des diverses nations dans Leurs rapports avec l'évolution de la science hétérodoxe ».
«C'est l'Allemagne surtout que j'ai en vue », poursuit le cardinal Reisach, « mou expérience personnelle m'a fait connaître ce pays mieux que tout autre : le subjectivisme scientifique y est si enraciné qu'il s'y allie sans trop de peine avec un ferme et sincère attachement à l'Eglise et au dogme catholique. De plus, les préjugés depuis si longtemps en cours contre Rome et le Saint-Siège n'y ont pas complètement disparu. »
Dans les autres pays, il en sera de même. Propagé par la presse et les sociétés secrètes, le faux libéralisme amoindrira partout l'estime et la soumission pour l'autorité.
Un concile général relèverait beaucoup le prestige du Saint-Siège. 11 montrerait l'épiscopat tout entier en plein accord doctrinal avec son chef, et la profession universelle, la promulgation solennelle des mêmes vérités feraient disparaître ces hésitations, ces réserves, ces objections, où se trahit la répugnance — théorique ou pratique — qu'ont certains catholiques à se plier complètement aux décisions de Rome. En outre, les erreurs contemporaines doivent le plus souvent leur origine à des circonstances de temps et de lieu dont l'exacte connaissance est indispensable pour les juger : la présence au concile d'évêques et de théologiens de tous les pays fournira une occasion très propre à se renseigner sur ce point, elle permettra d'utiles échanges de vues sur les moyens de faire triompher la vérité.
Unanimement tous les cardinaux se plaignent de l'envahissement de toutes les couches de la société — même catho-