‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 80 sur 213 · IGNACE VON DOLLINGER · texte numérisé non relu

IGNACE VON DOLLINGER

Dôllinger méritait vraiment un renom de savant historien, d'homme extraordinairement doué ; mais comme théologien il a été bien surfait. Toujours il manque de clarté, de fermeté sur les doctrines fondamentales de la théologie, en particulier sur le magistère de l'Eglise (i) ; et ce fut là sans aucun doute une des causes de la chute profonde qu'il fit plus tard.

Déjà dans le passé il avait fait concevoir à quelques personnes de son entourage (2) des doutes sur l'intégrité de sa foi; à partir du début de 1860, ces soupçons se répandirent parmi les catholiques. // Dans un discours qu'il fit en i863 au congrès scientifique de Munich, il énonça une proposition bien surprenante : « C'est la théologie (historique), dit-il, qui provoque et entretient dans l'opinion publique des notions saines et justes en matière de religion; devant cette opinion tous s'inclinent, même les chefs de l'Eglise et les détenteurs de l'autorité. Au temps des Juifs, à côté du sacerdoce régulièrement organisé, il y avait le prophétisme; de même, dans l'Eglise, à côté du pouvoir ordinaire, il y a une autorité extraordinaire : c'est l'opinion publique. Par elle, la science théologique exerce l'influence qui lui revient et à laquelle rien à la longue ne résiste (3). »

Les idées du savant sur le magistère sont si peu claires que daus le même discours il pose les deux thèses contradictoires et exalte l'autorité doctrinale de l'Eglise. « Il (le théologien digne de son nom et de sa vocation), n'appelle pas liberté le pouvoir de laisser errer à l'aventure son esprit sans boussole ni gouvernail sur la mer immense des opinions et des hypothèses, et de renoncer ainsi à la stabilité des connaissances, à la possibilité de convaincre les autres. Non, s'il

(1) Cf. E. Michael, S.J. Ignaz, v. Dôllinger Eine Charakterislik. (Innsbruck 1892), p. 4 et 5

(2) Dès 1858, Jorg avait dit de Dôllinger : « Il ne lui manque pour être hérétique que de donner plus de prise aux critiques. » (Erlebnisse des Bernhard Hitler von Meyer, herausgeg. von dessen Sohn I. [1875], 315). Cf. Michael, 1. c. , p. 9.

(3) Michael, 1. c, p. 19.

se sent libre, c'est bien plutôt parce que, par un choix décisif, déterminé par sa volonté et son jugement, il s'est abandonné une fois pour toutes à la direction et à l'autorité doctrinale de l'Eglise, qu'il a reconnue comme la gardienne des vérités du salut, la maîtresse des nations voulue par Dieu et éclairée par lui. Dans l'Eglise et par elle le savant devient libre (i). » Cette déclaration, Dollinger l'a plus tard malheureusement perdue de vue. Il a jeté par-dessus bord « boussole et gouvernail », il a dédaigné ce la direction », repoussé a l'autorité doctrinale de l'Eglise ; il a tourné le dos à cette « gardienne des vérités du salut voulue par Dieu et éclairée par lui ». Ses propres paroles le jugent : il ne peut plus passer pour un « théologien digne de son nom et de sa vocation ». Par contre, il s'est efforcé de former une « opinion publique devant laquelle tous dussent s'incliner, même les chefs de l'Eglise et les détenteurs de l'autorité. » Il échoua et devint un rebelle.

Au début, il ne se montra pas ouvertement hostile à l'Eglise. Pourtant, dès 1867, parurent sans signature dans I'Allgemeine Zeituxg et la Xeue Freie Presse plusieurs articles // de polémique haineux contre l'Eglise et son organisation (2). Dollinger était bien trop haut placé dans l'opinion publique pour qu'on le soupçonnât de les avoir écrits; et même dans la suite, lorsque, après l'apparition de cinq articles contre la Civilta, des indices certains le désignèrent, beaucoup tinrent pour impossible que ces articles sortissent de sa plume. Pour ceux qui le connaissaient mieux, la question fut vite résolue.

Ainsi Jorg (3) : « Lorsque les articles parurent coup sur coup dans la première moitié de mars, écrit-il, et qu'ils eurent été lus à Munich, la question du nom de l'auteur se

(1) MlCHAEI-, p. 20.

(2) Ibid., Le. p, 37 sq.

(3) Histor. polit. Bl.ktter, 1869, II, p. 328 et suiv.

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