L AUTEUR DES CINQ ARTICLES
posa sur toutes les lèvres. Pour celui qui écrit ces lignes, la réponse ne fut pas longtemps douteuse. Déjà le style trahissait l'homme; l'étendue des connaissances historiques ne permettait d'en soupçonner qu'un seul. Mais, hien plus, dans l'ardeur excessive de sa passion, l'auteur ne s'était pas aperçu qu'à certains endroits il se trahissait plus clairement qu'il ne l'eût fait en laissant dans son manuscrit sa carte de visite. Xous avons déjà mentionné un de ces passages révélateurs (i). 11 y avait encore l'allusion à Windischmann et à sa croyance en la venue prochaine de l'Antéchrist, comme aussi, d'une manière générale, l'antipathie de l'auteur pour la doctrine de l'Antéchrist. Enfin il y avait les sorties mises au compte d'un reporter anglais, mais, en réalité, venant de l'auteur lui-même, contre Mgr Manning, archevêque de Westminster, « qui s'est donné à la théorie de l'infaillibilité avec le zèle ardent d'un converti », et contre le cardinal Cullen, « tout romanisé » et imposé par Rome aux évèques irlandais )).
» Munich voyait alors se dérouler un étrange spectacle. Qu'on se figure un personnage siégeant parmi les hommes de science, aspirant à pleins poumons les épais nuages d'encens prodigués par ses amis satisfaits, et en môme temps inquiet, s'enveloppant de mystère et nourrissant le vif désir de rester inconnu au dehors. Aussi on eût dit qu'une sorte de conspiration s'était formée pour couvrir d'un voile // impénétrable aux yeux des profanes le nom d'un auteur que sa propre audace avait effrayé. On faisait à dessein courir le bruit qu'à Rome on avait reçu des lettres de l'écrivain (protestant) Grégorovius avouant la paternité des articles
(1) L'auteur de l'article avait renvoyé à un manuscrit de la Bibliothèque Impériale de Paris; sur quoi Jorg faisait cette remarque i « Ceci nous rappelle qu'à notre connaissance aucun savant de Munich ne s'est livré à des études d'histoire ecclésiastique dans des manuscrits de Paris, à l'exception du prévôt von Dollinger ». (L. c. p. 322, note.)
de I'Allgemeine Zeitung. En même temps dans les hautes sphères, où l'on avait été également surpris, on désignait comme auteur ce digne fruit de la nouvelle école de Munich : le prêtre allemand cpii venait de se faire appeler par le Czar à Pétershourg comme conseiller ecclésiastique ((catholique». Les deux suppositions étaient évidemment absurdes, bientôt, d'ailleurs, un fait se trouva acquis : un philosophe de Munich, qui depuis bien des années se poussait en prêtant ses bons offices aux basses œuvres des persécuteurs de l'Eglise, avait expédié le manuscrit à la rédaction à Augsbourg et avait signé d'une double croix. »
La Donauzeitung somma plus tard l'auteur, qu'elle désignait sans détour comme étant le prévôt von Dôllinger, de se présenter visière levée et de se nommer. Il n'y eut aucune réponse. Il est aisé de deviner les raisons pour lesquelles la presse catholique ne creusa pas le mystère; ainsi le rédacteur du Literarische Handweizer inclinait-il à attribuer ces articles, au membre du conseil ecclésiastique de Russie. « Qu'on ait pu rapprocher de ces articles le nom de Dôllinger, dit Hulskamp, je ne puis le comprendre. Je suppose que leur malheureux auteur « n'habite plus notre pays ». (i) Dans une lettre à son archevêque, Dôllinger s'est donné plus tard comme l'auteur des Réflexions, écrit adressé aux évoques, qui reproduisait la substance des cinq articles et sur lequel nous reviendrons plus tard. A notre connaissance, il n'a jamais avoué qu'il eût écrit les articles eux-mêmes. Mais son silence obstiné, alors qu'on mettait continuellement son nom en avant, peut passer pour un aveu (2); aujourd'hui partisans et
(1) Literar. Handweiser du 22 juin 1869, 267.
(2) Pendant les troubles du concile, les anciens amis de Dôllinger l'engagèrent à déclarer qu'il n'était pas l'auteur des articles, car l'agitation se couvrait de son nom. « Tous vos partisans véritables et loyaux, écrit le 8 juillet 1861) Strehle, conseiller ecclésiastique à Fribourg, attendent cette déclaration avec pleine