CHAPITRE IV
Suite de la polémique en Allemagne.
En Allemagne s'ouvrait une période d'extrême agitation. Les innombrables écrits et articles de journaux qui inondèrent le pays en étaient tout à la fois l'indice et l'aliment. Le trouble des esprits fut tel cpie bien des catholiques, même instruits et sages, y perdirent la claire vue des choses.
L'auteur des cinq articles de I'Allgemeine Zeitung, Dollinger, les refondit dans un livre qu'il publia sous le pseudonyme de Janus (i). Il parut à la fin d'août. La préface nous renseigne sur l'esprit et le but de l'ouvrage. Il prétend bien a être plus qu'un simple et pacifique exposé des événements historiques;... il est encore un acte de légitime défense, un appel aux chrétiens qui réfléchissent, une protestation fondée sur l'histoire contre un avenir menaçant, contre le programme d'une puissante coalition, / programme tantôt annoncé ouvertement, tantôt discrètement insinué, à la réalisation duquel mille mains affairées s'emploient tous
(1) Der Papst und das Konul von Janus. Eine weiter ausgefùhrte und mit dem Quellennachweis verseheneNeubearbeitung der in der Augsb. Allgemeine Zeitung erschiedenen Artikel : Das Konzil und die Civiltà. Leipzig 1869. D'après Friedrich (Ignaz, von Dollinger, III, p. 484), ce fut J. Huber qui prit l'initiative de réunir les articles en un seul ouvrage ; il commença le travail, Dollinger l'acheva. Sur les modifications faites, cf. Hergenrother,/! n<!-./anus, p. 10, etc.
les jours et à toute heure (i). » L'auteur, ou les auteurs (2), voient un grand danger menacer et l'Eglise qu'elle atteint dans ses organes les plus intimes, et les sectes dissidentes, et les nations elles-mêmes. Le péril n'est pas d'hier. « Il y a vingt-quatre ans environ qu'a commencé à se faire sentir dans l'Église catholique un mouvement de recul, actuellement devenu un puissant courant; aujourd'hui, comme un flot qui monte, il se prépare à envahir, grâce au concile, l'Eglise entière et tout ce qu'elle a de forces vitales (3). »
Sur l'Eglise catholique et sa mission, Janus professe la théorie dite libérale, « qui comme telle est complètement discréditée auprès de tous les obstinés partisans de la cour de Rome et des jésuites, deux puissances aujourd'hui intimement unies». «Xous sommes en communauté d'idées d'abord avec ceux qui sont convaincus que l'Eglise catholique ne doit pas prendre une attitude hostile a l'égard des principes de liberté et de l'autonomie politique, intellectuelle et religieuse, tant qu'ils sont entendus dans le sens chrétien, puisés même dans l'esprit et la lettre de l'Evangile ; elle doit y souscrire positivement et contribuer à les faire entrer définitivement dans la pratique, en les purifiant et les ennoblissant. Nous partageons en second lieu l'opinion de ceux qui tiennent pour nécessaire, inévitable, une grande et profonde réforme de l'Eglise, encore qu'il faille y procéder avec les délais voulus (4) »
« Quiconque considère dans leur enchaînement intime les vicissitudes de l'Eglise est nécessairement amené à reconnaître qu'à partir du XIe siècle, il n'y a plus dans toute
(1) P. Illets.
(2) P. IV. Il fut dit que Dollinger avait l'ourni la matière et que Silbernagl et Huber s'étaient chargés de la rédaction. Cependant Silbernagl récusa bientôt dan» une déclaration publique toute participation à la composition de l'ouvrage.