‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 86 sur 213 · LA PREFACE DE ,, JANUS · texte numérisé non relu

LA PREFACE DE ,, JANUS

son histoire une seule époque sur laquelle le regard du savant catholique puisse s'arrêter avec pleine satisfaction; e1 s'il s'efforce de scruter dans le jeu complexe de ses causes, la décadence évidente, toujours plus profonde // et plus universelle de la vie de l'Eglise, toujours il est conduit à en trouver la raison principale dans la déviation et la déformation de l'autorité suprême. La primauté de Rome est assurément une des forces du catholicisme, mais, par contre, à qui considère l'ancienne Eglise depuis les temps apostoliques jusque vers 845, la papauté telle qu'elle est devenue apparaît sans conteste comme une tumeur qui la défigure et la fait étouffer, qui absorbe le meilleur de ces forces, l'épuisetetne lui rend en échange que de nombreuses infirmités. Aussi, devant les préparatifs faits depuis plusieurs années déjà pour parfaire le système qui est la source de tout le mal et lui donner dans le dogme de l'infaillibilité .un rempart inexpugnable, c'est un devoir pour quiconque veut le bien de l'Eglise, de la société dont elle est une partie vitale, d'essayer dans la mesure de ses connaissances et de son pouvoir s'il n'y aurait pas encore quelque moyen d'empêcher une catastrophe aussi néfaste (i). »

<c Qu'en ce moment s'éveille et se manifeste en Europe ou même simplement .en Allemagne un mouvement d'opinion puissant, unanime, parmi les hommes professant une foi positivç, opposés cependant au succès de l'ultramoiitanisme, alors, malgré les sombres pressentiments que suggèrent les paroles des évêques de Mayence, de Saint-Polten et de Marines, le danger sera encore une fois heureusement conjuré. Ce livre est un effort pour essayer de susciter, d'orienter l'opinion. Ce ne sera peut-être qu'une pierre jetée dans l'eau, qui en ridera un instant la surface, bientôt rendue à son calme; mais qui sait si, au contraire, notre ouvrage ne

(1) P. VIII s.

sera pas le filet qui, plongé dans la rivière, rapporte un riche butin (i)? »

Le but principal de Janus, — ce sera toujours celui de tous les écrits et de toutes les agitations semblables, — est clairement exprimé dans ces dernières paroles : Il s'agit de susciter dans l'Eglise un courant d'opinion contre les doctrines que redoute le libéralisme, en particulier contre l'infaillibilité du paj)e, regardée par l'auteur comme la clef de voûte d'un système doctrinal ruineux pour l'Eglise. La masse des catholiques // en Europe ou tout au moins en Allemagne doit être soulevée contre ces doctrines ; dressée devant le concile avec des menaces de révolte et de schisme, elle le contraindra alors à prendre les décisions qu'elle désire. Le voilà donc ce parti, qui montrait tant de sollicitude pour la garantie de la liberté conciliaire, qui dans les mesures et les règlements les plus sages n'a jamais voulu voir que d'injustes entraves, le voilà qui avoue et poursuit ouvertement le dessein d'entraîner l'assemblée en soulevant l'élément laïque contre le magistère établi par Dieu : par cette attitude menaçante il entend empêcher la définition des dogmes qui lui déplaisent.

Un publiciste distingué appréciant les cinq articles avait déjà caractérisé l'esprit du libelle : « Tout ce travail, disaitil, dénote une virulente colère, les bouillonnements d'une rage qui ne laisse à l'auteur aucun moment de tranquillité ; aussi, malgré l'incontestable maîtrise du métier d'écrivain qu'il témoigne, y manque-t-il l'ordonnance progressive des développements; pensées, citations se succèdent au hasard comme ils tombaient sous la main, se répétant ou s'enchevétrant les uns aux autres. Les faits historiques sont allégués en foule ; mais tous sont tournés en griefs, sur tous l'auteur distille son venin. De la première ligne à la dernière, les limites de la

(l) P. XVllIs.

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