‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 87 sur 213 · LA POLEMIQUE EN ALLEMAGNE ,, .TAXUS · texte numérisé non relu

LA POLEMIQUE EN ALLEMAGNE ,, .TAXUS

probité intellectuelle dans la discussion sont outrageusement violées par une passion qui va jusqu'à l'inhumanité (i) » !

Au sujet de la Civilta, Janus répète les accusations que nous connaissons, il s'en prend au dessein attribué par lui à la cour romaine de transformer en thèses positives qu'on ferait définir en bloc les condamnations du Syllabus (2). Ce dessein est indéniable — à son avis — puisque de France un correspondant de la Civilta l'a présenté comme le vœu de nombreux catholiques français ! Un simple coup d'œil sur les travaux dont s'occupaient à Rome les commissions chargées de préparer les schémas auraient pu convaincre l'auteur qu'on n'y songeait pas le moins du inonde à recourir à une procédure aussi sommaire. Mais ce souhait des catholiques français // présenté contre le plan des personnalités les plus influentes au concile, donnait à Janus la meilleure occasion de provoquer l'agitation anticonciliaire et d'utiliser pour la lutte toute la haine dont l'esprit moderne poursuit le Syllabus.

Aussi insiste-t-il avec prédilection sur certains articles de documents spécialement odieux à nos contemporains : par exemple sur celui qui affirme le droit qu'a l'Eglise de recourir à la contrainte extérieure. Il s'étend là-dessus et conclut :

« On est donc dans une grande illusion si l'on croit au triomphe dans le catholicisme de l'esprit de l'Ecriture et du christianisme primitif sur la conception médiévale qui fait de l'Eglise un bagne muni de cachots, de gibets et de bûchers. Tout au contraire, cette vieille idée va être à nouveau sanctionnée et cela par l'autorité d'un concile œcuménique ; la théorie chère aux papes qui, grâce à l'excommunication et à ses suites, leur permet d'obliger les princes et les gouvernements à exécuter les sentences de confiscation, d'emprisonnement ou de mort de la cour romaine, va devenir un dogme

(1) Historiscii. POLIT. Bl.etter 186!», Il, 31<).

(2) P. 175etsqq.

infaillible. Pour être conséquent, il faudrait non seulement justifier l'antique institution de l'Inquisition, mais la recommander comme un remède urgent contre l'incrédulité contemporaine ! )>

Le Syllabus ne dit point tout cela : il se borne à opposer aux erreurs modernes la vérité [fort ancienne de l'existence du pouvoir eôercitif dans l'Eglise. Janus la présente sous un jour tel que la seule pensée de sa définition possible par le concile devait faire frémir les liommes du XIXe siècle. Eh! sans doute l'Eglise ne peut pas renier le principe qui lui assure le droit de coercition extérieure, elle le maintient; mais dans l'application, elle tient compte des circonstances : malgré leur incrédulité nos contemporains n'ont rien à craindre de ces fantômes de cachots, de gibets et de bûchers évoqués par Janus pour les besoins de l'agitation anticonciliaire.

L'auteur continue ses excitations violentes. La réprobation de la paix de Westphalie par la bulle d'Innocent X, Zelus domus Dei, du 20 novembre 1648, est présentée comme dictée par l'intolérance pontificale. Or, il est connu de tous, et certainement Janus savait, que ce traité établissait le principe barbare : Cujus regio, ejus relig-io, que l'Eglise ne put jamais reconnaître // et qui de nos j ours est universellement réprouvé. Mais il n'était question que de tromper ses lecteurs. « Les dispositions du traité de Westphalie garantissant aux protestants le libre exercice de leur religion et l'admission aux charges avaient tout spécialement rempli le pape, il le dit lui-même, d'une profonde douleur (cuin intimo doloris sensu). La réprobation initiale a été maintenue ; car, en 1789 encore, Pie VI déclarait dans sa lettre aux archevêques d'Allemagne : « Pacem Westphalicatn Ecclesia niinquam probavit — l'Eglise n'a jamais approuvé cette paix. » (2) Ainsi s'exprime

LA POLEMIQUE EX ALLEMAGNE — ,, JANUS 22o

Jaims. Jôrg répondit (i) : « Nous avons sous les yeux le texte de la bulle d'Innocent X du 20 novembre 1648, et nous sommes étonnés de la voir ainsi faussée et mutilée. Il n'est pas vrai que le pape manifeste sa profonde douleur « tout spécialement » à propos des clauses citées : il la fait expressément porter sur l'acte tout entier. Il énumère toutes les spoliations et les injustices dont l'Eglise a été victime en Allemagne, et se plaint « spécialement » de la part du lion faite aux hérétiques par la fixation de la nouvelle année normale. C'est à cela que se rapportent les paroles citées plus haut par l'auteur, comme le prouve l'incise in plerisque locis que l'auteur a omise prudemment. Prudemment aussi, il supprime l'autre moitié de la phrase ; la bulle dit que par les clauses en question les protestants sont admis ad nonnullos archiepiscopatus, episcopatus aliasque djgnitatés et bénéficia ecclesiastica. Enfin, le pape note que le traité contient « encore beaucoup de choses qu'il a honte de répéter. » Ajoutons que les bases de la convention sont, sans aucun doute possible, le fameux cujus regio, ejus religio, cet « axiome essentiel à la vie politique » de l'époque; seule alors Rome refusait de le reconnaître, maintenant tout le monde civilisé — dans lequel bien entendu nous ne comptons pas le gouvernement russe — est unanime à le rejeter.

Janus ne fait qu'une allusion rapide à la « légende » de l'Assomption de la Vierge (2), pour se dédommager dans la troisième partie sur la doctrine de l'infaillibilité papale, à laquelle est consacré presque tout le livre (3).

Tout d'abord, il indique les défenseurs de cette doctrine : ce sont les « ultramontains ». « Saint Jérôme, écrit-il, // objectait jadis aux Pélagiens, que d'après leur système Dieu aurait pour ainsi dire monté une fois pour toutes l'horloge

(1) HlSTORISCH. polit. Bl.etter, 1. c, p. 321.

(3) I,. c. pp. 40-446.

humaine, et puis se serait couché, n'ayant plus rien à faire. La théorie des jésuites fait pendant à celle de Pelage. Dieu s'est couché, car à sa place règne son vicaire sur la terre, toujours éveillé et infaillible, chargé de gouverner le monde, de distribuer grâces et châtiments. La parole de saint Paul : « En lui nous vivons, nous nous mouvons, et nous existons, » s'applique au pape (i). Janus ne voit pas que les défenseurs de l'infaillibilité la font consister précisément dans l'assistance constante par laquelle Dieu préserve le pontife de toute erreur dans les jugements qu'il porte comme chef de l'Eglise. Janus cherche à discréditer Rome et son clergé. On croit entendre Charles Hase, quand on lit : « La loterie du gouvernement romain, organisée officiellement par des prêtres, provoque-t-elle la passion du jeu et la ruine de familles entières, aussitôt la Civilta écrit une apologie de la loterie, interdite pourtant sous peine d'excommunication par Alexandre VII et Benoit XIII. Voit-on à Rome sur la place publique des ecclésiastiques (les preti dipiazza) attendant qu'on les engage pour une messe : aux yeux des « romanistes » la chose est aussi peu choquante que la vente des indulgences sur lesquelles, à la suite des curiosités et autres charmes de la ville, les guides ont soin d'attirer l'attention de l'étranger. Le voyageur trouvera à tout le moins excusable qu'on exploite là-bas autant que possible les ressources financières qu'offrent les dispenses et les indulgences, que, par exemple, on y vende pour un escudo la concession de l'autel privilégié, donnant ainsi un aliment à la plus grossière superstition au sujet de la délivrance des âmes du purgatoire, qu'on accorde aux riches, moyennant de fortes taxes, certaines dispenses de mariage qu'on refuse aux indigents ; qu'on essaie d'attirer à Rome, comme cela est arrivé il n'y a pas longtemps pour un pays allemand, contre le texte formel du concordat, cer-

(1) P. 41 et 5.

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