LA POLEMIQUE EN ALLEMAGNE — ,, JANUS
taine catégorie de causes matrimoniales et d'obliger ainsi des étrangers à soutenir au loin des procès coûteux ; ce nouvel empiétement parut pourtant trop fort aux évêques de la région: ils adressèrent à la curie de sérieuses représentations : les prétentions furent retirées et la chose en resta là (i). » Ainsi un haut dignitaire catholique, professeur d'histoire ecclésiastique, prenait le ton d'un pamphlétaire haineux, et il assurait qu'il n'écrivait pas pour attiser les colères, pour exciter un soulèvement contre l'autorité suprême, mais par sollicitude pour l'Eglise, afin de lui épargner le grand malheur qui la menaçait.
Contre la thèse même de l'infaillibilité pontificale, Janus objecte d'abord les conséquences qu'il décrit à peu près comme nous l'avons vu faire dans les articles de I'Allgemeine Zeitung (2), puis il passe à la réfutation directe. C'est une quantité énorme de faits et de témoignages qu'il accumule, mais il les fausse ou les interprète d'une façon inexacte : nous ne pouvons entrer dans le détail et nous renvoyons à ï'Anti- Janus, dont nous citerons seulement l'appréciation finale (3) : Dans cet amas de faits historiques arbitrairement groupés, souvent en dépit de la chronologie, dans ces conclusions fantaisistes où parfois la logique est terriblement malmenée, on cherchera en vain un calme exposé des événements. Le lecteur n'y trouvera ni un récit suivi ni un exposé systématique complet, permettant de porter un jugement personnel ; il n'a devant lui qu'un ragoût d'ingrédients divers choisis par l'esprit de parti, qu'avec la plus insigne prétention on lui présente comme le mets le plus savoureux, le mieux réussi... il y trouvera du goût à la condition de le dévorer dans le même esprit de parti qui a inspiré ses auteurs. Comme historien, Janus est de l'espèce dont parlait
(i) L. c, p. 46 et sq.
(3) P. 173 etsq.
(i) Dollinger, lrrtum,Zweifel, Wahrheit. Eine Rede (Munich, 1845) p. 33.
(2) P. 178 et suiv. Les références suivantes sont tirées du même ouvrage.
(3) C. 9, § 4, n. 4. Ep. ad. Clem. XIII.
(4) G. 3,§ 2, n.l;c.5,§ 3, n. 7;c.7, § 7, n. 6; §8, n.7; c. 9, § 7 et suiv.
(7) G. 3, §1 et suiv.
un véritable maître en cette science (i), gens « qui embrouillent le souvenir du passé et flattent le démon de l'envie toujours aux aguets dans le cœur de l'homme en cherchant aux actions les plus nobles des motifs inavouables ou des raisons mesquines et dont la grande joie est de ravager le domaine de l'histoire ecclésiastique, en altérant arbitrairement les faits ou en s'attardant avec complaisance à décrire tout ce qui peut s'y rencontrer d'impur ou d'humain. » Alors même que tous les lecteurs ne // s'apercevraient pas tout d'abord que Janus s'est donné vis-à-vis de la vérité des libertés autrement graves que celles qu'il prête à l'Eglise romaine, tous, dironsnous avec le même écrivain, « guidés par leur sens moral et cet instinct de la vérité que développe la culture intellectuelle, refuseront leur foi et leur confiance à de tels historiens, tous sauront démasquer ces tendances malhonnêtes et souvent deviner ou du moins pressentir la vérité au travers des nuages savamment amoncelées pour la dissimuler. » L'auteur de YAnti-Janus trouve (2) les idées fondamentales de Janus déjà exploitées dans leur ensemble « par Richer, Sarpi, Launoy, par les Gallicans et les Jansénistes, tous passés maîtres dans l'art de combattre la cour de Rome, et, mieux que par tous les autres, par Justin Febronius, c'est-à-dire J. -Nicolas de Hontheim : Mêmes plaintes sur les abus de la monarchie romaine (3) et du pouvoir pontifical (4); même haine contre les ordres religieux (5), même prédilection pour les écrivains hostiles aux papes (6), même aversion pour les canonistes et les juristes, même manière de voir sur l'influence des décrétâtes pseudo-isidoriennes (7), même ten-
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dance à exciter contre le pape les princes et les évêques (i), et môme dessein de réformer la constitution de l'Eglise dans le sens du « pur système épiscopalien », selon les décrets de Constance et de Bâle, auxquels on suppose aussi une valeur incontestable (2). Janus n'a pas même réussi à faire disparaître la contradiction intrinsèque aii système fébronien, qui après avoir si fort exalté les évêques, en fait les simples témoins de la foi de leurs communautés (3).
L'ouvrage que nous venons de citer est la principale réfutation du pamphlétaire (4)- Son auteur, le futur cardinal Hergenrother, égale son adversaire en érudition historique, mais le dépasse de beaucoup par ses connaissances dogmatiques et canoniques; dans une langue sobre, il démasque d'une façon péremptoire les inexactitudes des récits et les sophismes de la théologie de Janus. Quand les Historischpolitische Bl.etter (5) exposent leurs raisons de croire que Dollinger est l'auteur du Janus, Hergenrother, élève de Dôllinger, ne peut le croire (6) : <c Malgré le poids des raisons extrinsèques , le fond des articles m'empêche d'admettre l'attribution que propose la revue. Ce serait faire injure à un savant illustre que d'en faire l'auteur d'un fàetum, si superficiel, si ouvertement tendancieux, et de supposer qu'il a voulu désavouer aujourd'hui sous le couvert de l'anonymat des idées et des convictions qu'il a jadis défendues sous son propre nom. Un tel soupçon m'est moralement impossible.
(1) Voir les discours « ad renés et principes, ad episcopos ». Dans les plaintes contre Alexandre V, Martin V et Eugène IV. accusés d'avoir simplifié ou éludé la réforme de l'Eglise, Janus est d'accord (pp. 320, 330, 338) avec Febronius (c. 6, §20, n. 2, 3). Voir, par contre, Zaccaria, Anti- Febronius I, LXXXVI et s.
(4) Anti-Janus, eine Historisch-theologische Krilik derSchrtft: « Der Papst und das Komil, von Janus », parle D'J. Hergenrother, professeur.titulaire de droit canon et d'histoire ecclésiastique à l'université de Wiirbourg, Fribourg-en-Brisgau(1870).
(5) 1869 II, p. 316 et suiv. Cf. supra p. 211.
Son silence dans la presse vient évidemment de ce qu'il a jugé au-dessous de sa dignité de repousser une pareille accusation. »
Une réfutation moins considérable, mais très solide, fut publiée par le Dr Scheeben, professeur au grand séminaire de Cologne (i). L'oratorien Keogli (2) en Angleterre, et en Irlande Robertson (3), professeur à l'université catholique de Dublin, écrivirent aussi contre Janus.
Lie D1 Jean Huber (4) répondit à YAnti-Janus de Hergenrother. De plus, J. Frohschammer, prêtre déjà révolté contre l'autorité, et depuis séparé de l'Eglise jusqu'à la complète apostasie, entra en lice après l'apparition du Janus (5). Naturellement il salua le libelle avec joie, mais il en fit une excellente critique eu indiquant les inconséquences de l'auteur et en montrant qu'en vertu de ses principes, Janus devait aller plus loin, et nier non seulement l'infaillibilité du pape, mais aussi celle de l'Eglise, par suite se séparer d'elle et abandonner la foi chrétienne. A la même classe d'écrits appartiennent les brochures de Lianno (6), qui ouvertement exhortent à se séparer du Saint-Siège.
(1) Der Papst und das Kon&il, von Janus. Charakterixtik und Wurdigung, par le Dr M. Jos. Scheebex. Mayence 18(59.
(2) A few spécimens of « scientifihistory » from Janus, par Edw. Stephan Keogh, prêtre de l'Oratoire. Londres, 1870.
(3) Anlijanus, with an introduction giving a historij of Gallicanism. Dublin, 1870.
(4) Das Papsttum und der Staat. Wider den Anli-Janus, par le Dr Jean Huber. (Premier fascicule des « Stimnien ans der kathol. Kirche iiber die Kirchenfragen der Gegenwart) » . Munich, 1869.
(5) Vur Wurdigung der Unfehlbarkeit des Papstes und der Kirche. Par J. Frohschammer. Zugleich zur Beurteilung der Schrift « Der Papst tind das Konul von Janus ». Munich, 1869. Plus tard parut : Die politische Bedeutung der Unfehlbarkeit des Papstes und der Kirche. Par J. Frohschammbr. Neue Unlersuchungen zur Wurdigung der Unfehlbarkeit des Papstes und der Kirche. Munich, 1869.
(6) Die Kirche Gottes und die Bischofe. Denkschrift mit Rùcksicht auf das angekùndigte allgemeine Kon&ilium zur Klarung der religiosen Lebensfrage.Par Heinrich St. A. v. Lianno. Munich, 1869. Dogma und Schulmeinung, par le même, ibid. — « L'auteur... est, d'après la Salurday Reoiew, revue protestante libérale de Londres, n° du 3 juillet, « un Espagnol de noble origine qui s'est établi en Allemagne », « un profond penseur », cela va de soi, puisqu'il attaque l'ultramontanisme; ce n'est pas un catholique ordinaire, un simple bon catholique,