‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 90 sur 213 · LES LIVRES DE P. -P. RU DIS · texte numérisé non relu

LES LIVRES DE P. -P. RU DIS

nous voyons fort bien ce qu'on peut gagner à flatter les tendances tantôt conservatrices, tantôt libérales des puissances temporelles //. Mais nous ne savons pas ce qu'on pourrait gagner à flatter le pape. En particulier, les jésuites, qu'on représente comme les principaux « adulateurs du pape», qu'y gagnent-ils donc autre chose qu'une vie de pauvreté et de privations, une vie de travail et de persécution? Et nous, simples laïques, nous devrons croire qu'un homme qui sacrifie et abandonne tout pour servir Dieu, qu'il soit jésuite ou non, a un zèle et un jugement moins éclairé sur les choses du royaume de Dieu qu'un savant qui, couvert de décorations et d'honneurs se plonge à son aise dans les trésors des bibliothèques et n'a que cela .pour justifier ses prétentions ? Une telle outrecuidance est pour moi absolument incompréhensible. »

Pour défendre l'infaillibilité du pape parut l'ouvraqe intitulé lïirp% Romana, sous le pseudonyme de P. -P. Pudis (i). Ce livre clair, spirituel, s'élevait, sur un ton parfois trop tranchant, contre la science allemande ; il fit grand bruit. Par différentes voies, mais en vain, on essaya de savoir qui se cachait sous le nom de P. -P. Pudis. C'étaient trois prêtres du diocèse de Trêves; le principal auteur était J.-B. Andries (2). Dans une recension, le rédacteur du Theolo- GISChes L itérât urbl att de Bonn (3) traita l'ouvrage avec un certain dédain et chercha à le présenter comme une produe-

(1) tlirpu Romana oder die Lehre von der papstlichen Unfehlbarheit zeitgemass beletichtet und gewiirdigt von P.P. Rudis. Deuxième édition, sans correction, augmentée d'une préface et d"une conclusion. Ratisbonne 18G9.

(2) Ce même prêtre, après le concile, entreprit d'écrire un ouvrage en quatre volumes sur le magistère suprême du pape, mais, enlevé par la mort, il ne put acheverquelepremiervolume : Cathedra Romana oder Der apostolische Lehr primat, nach Massgabe der Lehr beslimmungen des Conciliant Vaticanum. Par J. B. Andries. I. Vol. : WVsew und Grenzen der katholischen Glaubenslehre nach den Theologen der Vantait. Mayence 1872.

(3) 1869 p. 451 et suiv.

tion insignifiante, tandis qu'un collaborateur de cette revue, le militant professeur Fr. Miclielis (i), de Braunsberg, l'attaquait dans une brochure spéciale avec une irritation qui allait jusqu'à la grossièreté. A peu près aussi dure fut la réponse d'.Vndries dans l'ouvrage Catholique ou Charlatan (2). Quant au recenseur du Theologisches Literaturblatt//, Andries s'expliqua à son sujet dans la préface de la deuxième édition de son ouvrage.

Dans cette tempête littéraire, on est heureux de rencontrer plusieurs écrits d'allure paisible; incapables, sans doute, de ramener au calme les esprits déjà emportés par la passion, ils pouvaient du moins avertir du danger ceux qui se tenaient en dehors de la lutte. En première ligne, il faut citer la brochure pleine de modération de Jos. Kleutgen : Vœux, craintes cl espérances relatifs au prochain concile (3). Les écrits du Dr Franz Lorinser (4), du D'Ew. Bierbaum (5), du D1 Matzner (6) et d'un autre prêtre du diocèse de Munster (7), poursuivent ce même but. Trois ouvrages dus à des évêques devaient servir la cause de l'apaisement : l'un du baron von Ketteler, évoque de Majence (8), l'autre de MF Fessier (9), le troisième de MF Plantier (10), évèque de Ximes, dont parut une excellente traduction allemande. Le titre de l'instruction

(1) Die Unjehlbarkeil der Papstes un Lichte der katholischen Wahrheit und der Humbug, den die neueste Verteidigung damit treibt. Parle professeur F. Michelis Braunsberg, 1869.

(2) Katholisch oder Humbug ? Offene und freie Fragen anDr F. Michelis, Professor der Philosophie, par P. P. Rudis. Ratisbonne 1869.

(3) Miinster 1809. ÏÏber die Wiïnsche, Befurchtungen und Hoffnungen in Betreff des bevorstehenden Kirchensammlung.

(4) Vor dem KoraAl. t édit. Breslau, 1869.

(5) Die Eroffnung des Vatikan. Konzils. Munster 1870.

(6) Wahrenddes Vattkan. Konzils G. Strelitz, 1869.

(7) Dus Vatikanische Kon%ïl. Ein Worl der Delehrunq und des Friedens. Munster,

(8) Dus allgemeine Konzil und seine Bedeutung /«/' unsere Zeit. Mayence, 1869.

(9) Das lefate und dus m'ichste allgemeine Konzil. Fribourg, 1869.

(10) Les Conciles généraux. Instruction pastorale de M"' l'évêque de Nîmes sur les Conciles généraux a l'occasion de celui du 8 décembre 18G9. Paris, 1869.

LA POLEMIQUE EX ALLEMAGNE 23o

pastorale de MKr Plantier indique qu'elle traite surtout des conciles en général. Les deux autres aussi ne s'Occupent directement du concile du Vatican que dans quelques passages.

Les propositions les plus avancées du parti libéral à l'occasion du concile furent présentées dans une brochure de Leipzig (i), dont l'auteur était, disait-on, « un membre des plus connus et des plus estimés du clergé autrichien ». Qu'il suffise, pour le caractériser, de remarquer qu'il était en parfaite communauté d'idées avec les deux brochures allemandes de 1868, dont nous avons parlé au chapitre III. Un autre écrit anonyme / (2) demandait la supression du célibat ecclésiastique. Oischinger (3) voulait une revision de la théologie scolastique. G.-K. Mayer, du chapitre cathédral de Bamberg, croyait le moment venu de réhabiliter le giinthérianisme et recommandait au concile deux thèses de Gûntlier sur la Trinité et le principe vital de l'homme (4). L'auteur mourut en 1868. Son travail fut condamné avant l'ouverture du concile par la congrégation de l'Index.

Un homme d'Etat suisse, le D'A.-Ph. von Segesser, écrivit un ouvrage intitulé : A la veille du Concile. Etudes et réflexions pour servir à Vhistoire de notre temps (5). Son compatriote, Théodore Meyer, donna dans les Stimmen aus Maria Laach (6) un aperçu général de ce livre, dont il appré-

(1 ) Keform der rom schen Kirche in Haupt und Gliedern,A ufgabe des bevo>s(ehenden romischen Konzil. Leipzig 1869.

(2) Der Colibat in semer Entstehung, seinen Grûnden und Folgen. Eine Zeitfro /e fur das berorstehende Konzil. Par ni) ecclésiastique catholique. Munich, 1869.

(3) Die christlische und scholasliche Théologie oder die chrisllischen Grunddogmen nach den Symbolen, Konzilien, und Valern der Kirche enlwickelt, soivie gegen die abweichenden Lehren der Scholasliker verteidigt, der Gesamlkirche, insbesonder dem okumeniarhen Konzile vorgeleqt und gewidmet. Iéna, 1869.

(4) Zivei Thesen fur das allgemeine Konzil. Bamberg, 1868. Publié aussi en latin.

(5) Am Vorabende des Konzils : Studien und Glossen itir Tagesgeschichte. Bâle,1869.

(6) Das okumenische Konzil. Stimmen aus Maria Laach. Nouv. série, fasc. VIII (1878), p. 126 et suiv.

ciait avec modération les idées, dictées sans doute par une bonne intention, mais portant la trace de conceptions erronées.

En octobre 1869, parut un petit écrit de dix-sept pages in-octavo, qui fit grand bruit et provoqua de nombreuses répliques; il était intitulé : Considérations proposées aux évêques du concile sur la question de l'infaillibilité du pape (1). Il poursuivait le même but que le libelle de Janus et se couvrait de son autorité pour le fond des idées; il avait pour auteur le même savant, le prévôt Ignace von Dollinger. Dans une lettre à l'archevêque de Munich, Dollinger luimême se donne comme l'auteur de la brochure et, comme motif de cette publication, il allègue sa sollicitude pour l'Eglise d'Allemagne, que la définition de l'infaillibilité exposerait aux plus graves dangers (2). En vingt-six paragraphes courts et serrés, sans entrer dans le détail des preuves //, il oppose à la doctrine romaine une série de propositions dont voici la première, les autres ne font que la développer : « Si l'on peut prouver d'une doctrine que, pendant plusieurs siècles, elle n'a pas existé ou n'a pas été connue de l'Eglise entière, qu'elle n'est pas contenue virtuellement par une suite nécessaire et comme une conséquence indiscutable dans d'autres propositions de foi, cette doctrine, au point de vue catholique, est déjà jugée : elle est marquée du stigmate de l'illégitimité; jamais elle ne peut ni ne doit être élevée à la dignité de vérité de foi. Or, tout cela s'applique précisément à la thèse de l'infaillibilité papale. Elle a été d'abord totalement inconnue dans l'Eglise pendant nombre de siècles. Il n'est besoin que de rappeler l'ancienne Eglise d'Orient, unie

(1) Munich, 1869. L'ouvrage parut en allemand et en français; il fut aussitôt traduil en italien. Le titre allemand est : Erwagungenfiïr die Bischofe des Konziliums uber die Fraye der papstlichen Unfehlbarkeit.

(2) Ainsi le rapporte le nonce de Munich au cardinal secrétaire d'Etat, le 23 novembre 1869. Cf. Gf.cconi, loc. cil. II 486. [Trad. fr. t. Il p. 468].

CONSIDERATIONS... SUR L INFAILLIBILITE 237

pendant mille ans à l'Eglise d'Occident, au sein de laquelle se sont tenus tous les conciles œcuméniques, dans laquelle s'est surtout produit le grand effort intellectuel qui a abouti à l'exacte définition des dogmes de la Trinité et de l'Incarnation, qui a, peu à peu, triomphé de toutes les vieilles hérésies et a proprement créé la littérature ecclésiastique. Or, dans cette Eglise, jamais une voix ne s'est élevée pour attribuer au pape l'inerrance dogmatique. Dans l'Eglise d'Occident, d'ailleurs, on ne peut invoquer aucune autorité sérieuse en faveur de cette thèse; parmi les témoignages de pères latins allégués par Perrone, Schrader et autres jésuites, il n'y en a pas un seul qui attribue avec quelque clarté et précision ce charisme sublime et divin à l'évêque de Rome; du reste, on peut leur opposer des textes au moins trois fois plus nombreux qui dénient au pape explicitement, ou avec la plus haute vraisemblance, le privilège de l'inerrance et attribuent à l'Eglise universelle le pouvoir exclusif de définir les dogmes. »

L'assurance superbe de l'auteur, la forme brève, nerveuse, de ses assertions étaient de nature à en imposer et à déterminer ce courant d'opinion contre la doctrine de l'infaillibilité que voulait susciter Dollinger. Pour le réfuter parurent plusieurs ouvrages : Jean Wieser (i) exposait la doctrine de l'infaillibilité dans un ordre plus systématique sans doute, mais calqué cependant sur l'ordre assez peu logique des Considérations. Plus bref, mais tout aussi pénétrant et érudit fut le travail du Dr François Friedhoff (2). Parfois, il concédait trop à Janus, il accordait, par exemple, que « pendant le premier millénaire de l'Eglise, l'infaillibilité papale a été

(1) DieUnfehlbarkeitdex Papstes und die Miinchener Erwagungen. Par J. E. Wieser, prêtre de la Compagnie de Jésus. Graz, 1870.

(2) Gegenerwagungen iïber die papxlliche Unfehlbarkeit. Parle docteur en théol. François Friedhoff, professeur extraordinaire de théologie morale à l'Académie royale de Munster. Munster, 1869.

inconnue ». Il faut ici, évidemment, distinguer. L'expression est nouvelle, mais la chose est ancienne, comme le prouvent et les déclarations des papes et de leurs légats, et la formule du pape Hormisdas, et son acceptation au huitième concile. C'est avec raison que le cardinal Orsi voit dans la parole de Tertullien : Régula fîdei sola immobilis et irreformabilis (De virg. I, i), au terme près, tout ce que dit le mot infallibilis; ces expressions, du reste, alternant avec irrefragabilis, irretractabilis, sont fréquemment employées par les conciles comme par les papes à propos des décisions dogmatiques des pontifes romains (i).

Un autre théologien, anonyme, eut une idée heureuse : il renvoya des Considérations, composées par Dôllinger, à Dollinger lui-même (2). Il fait « entendre, sur ces mêmes questions, le sentiment du véritable Dollinger, tel que celui-ci l'a exprimé sous son nom, au grand jour, au cours de près d'un demi-siècle, dans des ouvrages universellement connus», a Ainsi donc, ajoute-t-il, si les journaux ne nous trompent pas, si le professeur de Munich est vraiment l'auteur de ces Considérations, l'auteur des savants ouvrages fournit la meilleure réfutation de l'auteur des brochures anonymes. » Ce travail fut couronné d'un plein succès : à presque toutes les affirmations des Considérations, l'auteur oppose les affirmations contraires tirées des œuvres du grand historien. Ainsi, à l'allégation fondamentale signalée plus haut, que jamais, durant les dix premiers siècles, ni dans l'Eglise d'Orient, ni dans l'Eglise d'Occident, aucune voix ne s'est élevée en faveur de l'infaillibilité dogmatique du pape.

(1) Das okumenische Konzil. Stimmen aus Maria-Laach. Nouv. série, fasc. VII (1870), p. 116.

(2) Neue Erivayungen iiber die Frage der papstlichen Unfehlbarkeit , aus den anerkannten historischen Werken Dollingers urkundlich zusammengestellt. Ratisbonne, L870. On nomma bientôt comme auteur Scheeben, qui plus tard confirma la chose dans son ouvrage : « Die mannliche Tat», p. 7.

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L'auteur oppose le passage suivant de l'Histoire de l'Eglise (i) de Dôllinger : « Déjà (le pape) Boniface, snceesseur de Zozinie, pouvait écrire aux évêques d'Orient : Un jugement du siège apostolique est irréf ormable ; qui refuse d'y acquiescer s'exclut lui-même de l'Eglise. Déjà ïhéodoret exaltait la prérogative de ce siège, de n'avoir jamais été souillé par une erreur doctrinale; Pierre, évêque de Ravenne, exhortait Eutychès à se soumettre dès le principe à la décision que le pape portera sur sa doctrine; Avit, évêque de Vienne, vers 5o3, appelait le pape le pilote de la barque de l'Eglise ballottée par les tempêtes de l'hérésie. Saint Maxime disait à Pyrrhus que, s'il voulait se laver du soupçon d'hérésie, il lui fallait avant tout s'accorder avec la chaire de Rome et que, dès lors, tous le tiendraient pour orthodoxe; à la même époque, Sergius, évêque de Chypre, déclarait ce même siège le fondement inébranlable de la foi en vertu des promesses du Christ. Etienne, évêque de Dora, envoyé de Sophronius, patriarche de Jérusalem, ne parlait pas autrement. Comme symbole visible de l'unité de l'Eglise, l'évêque de Rome était le centre avec lequel, immédiatement ou médiatement, tout évêque devait nécessairement être en communion. Qui n'était pas dans sa communion, qui n'était pas reconnu de lui, n'avait pas en réalité place dans l'Eglise. Aussi saint Ambroise, dans la lettre qu'il adressa à l'empereur au nom du concile d'Aquilée, dit que toute autorité ecclésiastique découle de l'Eglise romaine; son frère Satj^re, au moment de sa mort, ne voulait être assisté que par un évêque en communion avec l'épiscopat catholique, c'est-à-dire avec l'Eglise de Rome. Dans son livre contre Rufin, saint Jérôme lui demande si sa foi est celle de l'Eglise de Rome. S'il en est ainsi, ajoute t-il, nous sommes tous deux catho-

(1) 2' édit. 1843. 1. 177 sqq. Le chapitre est intitulé : « Le pape comme docteur mprêine et défenseur de la foi. »

liques. Lorsque le schisme causé par le patriarche Acace fut terminé après trente-cinq ans, sous Hormisdas, près de deux mille cinq cents (sic!) évoques orientaux souscrivirent un formulaire envoyé par le pape, où ils reconnaissaient que quiconque n'était pas en parfaite union avec le siège apostolique était séparé de l'Eglise catholique. » //

Phénomène surprenant : dans les Considérations, Dollinger dit aux évêques que la doctrine de l'infaillibilité papale, « pendant de longs siècles, a été complètement inconnue dans l'Eglise », que dans toute l'Eglise d'Orient « jamais une voix ne s'est élevée pour attribuer au pape l'inerrance dogmatique », que môme dans l'Eglise d'Occident on ne peut trouver aucun témoignage en faveur de cette prérogative et que, parmi les textes des pères latins allégués par les défenseurs de l'infaillibilité, « il n'y en a pas un seul qui, avec quelque clarté, quelque précision, attribue au pape ce privilège sublime et divin ». Or, dans son Histoire de l'Eglise, ce même savant, en faveur de la même doctrine, a produit en une seule page onze témoignages, la plupart de l'Eglise d'Orient, tous compris entre l'année 3oo et l'année 700, tous exprimant la thèse avec toute la clarté possible, soit expressément, soit équivalemment.

Friedrich (1) pense résoudre d'un mot l'énigme de cette contradiction : « Comme si la chose avait, dit-il, une portée quelconque! et comme si un savant ne pouvait, après de nouvelles recherches sur une question, rétracter son premier jugement! » Mais cette explication ne peut être admise ici.

(1) Geschichte, etc. II. 417. — Dans une note Friedrich dit que Dollinger résout lui-même l'énigme dans sa lettre d'envoi à l'archevêque de Munich. Il en cite, d'après Cecconi (loc. cit. II 486) (trad. t'r. t. Il p. 468) le passage que nous connaissons. Après avoir avoué qu'il est l'auteur des Considérations, Dollinger y dit qu'il s'est vu engagé « à publier cet ouvrage dans l'intérêt de l'Eglise d'Allemagne que la définition de l'infaillibilité papale exposerait aux plus graves dangers. » Ces paroles expliquent-elles que Dollinger soutienne maintenant juste le contraire de ce qu'il a enseigné auparavant?

DOLLIXGER REFUTE PAR DOLLIXGER 241

Après une nouvelle étude d'une question difficile, un savant peut bien constater qu'il s'est trompé dans sa première manière de voir; mais, dans notre cas, il s'agit non d'uue matière compliquée, mais de témoignages historiques fort simples, et non pas d'un témoignage, mais de toute une série. Si Dollinger trouve aujourd'hui qu'il s'est trompé à propos du premier texte, comment se fait-il qu'il se soit précisément trompé aussi pour le second, qui prouve la même doctrine; et s'il s'est trompé pour les deux premiers, pourquoi en est-il de même pour tous? Et en quoi s'est-il trompé autrefois? Est-ce sur l'existence de ces affirmations? Cela n'est pas croyable. Il ne veut certainement pas la contester. Il ne s'agit donc que de leur interprétation. Il les a d'abord apportées comme preuves convaincantes de la suprême autorité doctrinale du pape. Aujourd'hui ont-ils cessé de l'établir? Non, ils sont bien l'expression parfaitement claire de l'enseignement catholique sur l'autorité doctrinale des souverains pontifes. Autorité suprême, décisive, sans appel, à laquelle il faut se soumettre en toute hypothèse. Peut-être, cependant, Dollinger ne les a-t-il jamais considérés comme des témoignages probants de l'infaillibilité proprement dite? Etant donnée l'imprécision qui, à toutes les époques de sa vie, fut le défaut de la théologie du grand historien, cette solution nous parait encore la plus satisfaisante, bien qu'il soit difficile d'avoir lu dans les pères qu'on doit absolument tenir les décisions des papes pour l'expression de la vérité, sans y avoir vu du même coup que ces décisions devaient aussi être tenues pour infaillibles.

Il reste cependant que Dollinger ne pouvait ignorer ces témoignages et d'autres ; comment donc a-t-il pu déclarer avec tant d'assurance qu'il n'y a, ni dans l'Eglise d'Orient ni dans celle d'Occident, un seul passage des pères attribuant au pape l'infaillibilité dogmatique, avec quelque clarté et quelque précision? Dollinger a changé. Ce changement n'est pas dû

à une étude impartiale; il ne s'est pas accompli dans son intelligence, mais bien plutôt dans sa volonté. Il nous faut donc choisir entre les deux Dollinger et rejeter ou l'ancien ou le nouveau. Or, ses premiers travaux sont considérés comme de vrais chefs-d'œuvre et c'est à eux qu'il doit son renom d'historien dans l'Eglise catholique comme au dehors. Les ouvrages sur le concile, au contraire, ont été composés à une époque de trouble profond ; ils portent l'empreinte de la passion et avaient, comme nous l'avons dit (i), un but tout pratique : provoquer un soulèvement général contre la définition de l'infaillibilité du pape. Puis donc que nous devons choisir, nous défier du Dollinger d'autrefois, ou ne pas croire le Dollinger de 1869, il est évident que nous devons nous garder du pamphlétaire du concile et en appeler de Dollinger plus âgé à Dollinger plus jeune. Les premiers écrits de l'auteur jugent les derniers ; l'inverse n'est point vrai .

D'ailleurs, les textes cités plus haut, d'après l'Histoire ecclésiastique, pris en eux-mêmes, et sans égard à l'autorité de l'historien, suffisent pleinement à démontrer d'une façon irréfragable la fausseté de l'affirmation des Considérations; il est faux que, dans les premiers temps du christianisme, aucune voix ne se soit élevée en faveur de l'infaillibilité pontificale. La dernière preuve est même, ajoute l'auteur des Ne ne Eriviig-ung-en (2), « un témoignage collectif de toute l'Eglise, souvent répété, pour la dernière fois au VIIIe concile œcuménique ». Pichler lui-même avoue, dans son Histoire du schisme d'Orient, que la formule du quatrième concile de Constantinople renferme l'infaillibilité du pape. Bossuet (3), avec les autres gallicans, accepte cette profession de foi et

(1) Ctr. supra p. 22) sqq.

(3) Defensio declar. etc., /. 15, c. 7.

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