CHAPITRE V
L'agitation populaire et tentatives pour influencer l'épiscopat.
Un appel aux catholiques de Bade (i) révèle bien jusque quelles profondeurs le peuple fut agité en Allemagne ; il ne les invitait à rien de moins qu'à l'abandon de l'Eglise : « Aux catholiques de Bade, » c'est son titre, et la signature : « Plusieurs catholiques. » Il fut distribué en mai 1869. Les pensées en sont souvent obscures, le style tantôt emphatique, tantôt trivial, l'effet insignifiant, et c'est seulement à titre d'indice du trouble religieux de l'époque qu'il mérite d'être mentionné ici. Les « catholiques » qui l'avaient rédigé pouvaient bien encore appartenir extérieurement à l'Eglise; par le cœur, dès avant le concile, ils n'en étaient déjà plus. Jôrg (2) soupçonne quelques prêtres apostats d'en être les véritables auteurs (3).
« Le grave et solennel fracas des luttes de principes qui ébranlent le monde fait pressentir l'approche de leur choc décisif » : ainsi commence l'appel.// « Suprématie absolue du pape sur l'Eglise et dans l'univers, ou indépendance des peuples et de l'humanité, voilà les deux principes qui se dis-
(1) Cecconi, Ioc. cit. Doc. CLVI. G. V. 1175c.
(2) Histor. polit. Bl.etter, 1869, II, 240.
(3) D'après Friedrich (Geschichte, etc., II, 63, note 1) l'appel est dû au juge Beek de Heidelberg,
patent la souveraineté. » « Ce combat de géants... va s'engager bientôt dans notre Eglise catholique. » L'appel revient sur l'histoire : L'Eglise ancienne, affirme-t-il, était gouvernée par toute la communauté: quand son extension ne permit plus d'en appeler au conseil tous les membres, « l'esprit organisateur du christianisme sut, à l'époque du concile de Xicée, créer justement ce rouage des conciles, assemblées générales, ou synodes provinciaux (diète ecclésiastique), diocésains ou même paroissiaux. Toujours et toujours davantage, prêtres et laïques se rencontraient dans les conseils de l'Eglise. Les conciles établissaient le dogme et la discipline, exerçaient la suprême judicature; dans les synodes, on pourvoyait aux besoins, on expédiait les affaires des nations, des diocèses ou des paroisses. » « Mais déjà, depuis des siècles un germe empoisonné, l'ambition de la domination temporelle, s'était introduit au cœur dupouvoir spirituel. Au-dessus des frères, égaux dans le Christ, s'éleva un sacerdoce privilégié, d'où sortit une aristocratie sacerdotale puissante ; de celle-ci se dégageaient, à leur tour, les évêques de Rome, dont la main s'étendit pour réunira leur couronne la terre entière. » « De plus en plus, le peuple fut mis à l'écart. » « Les conciles eux-mêmes se firent toujours plus rares. » « Enfin, dans l'ordre des Jésuites s'est concentré tout ce que l'absolutisme peut engendrer de puissance. Cette société s'est emparée chaque jour plus complètement du gouvernement de Rome; depuis trois siècles, on n'entend plus parler, on ne voit plus de trace des conciles, ni des synodes ; et les droits qu'avait le peuple dans l'Eglise sont au sein du catholicisme relégués parmi les vieilleries ! »
Dans les Etats l'absolutisme a été brisé, l'esprit public a reconquis la souveraineté. Mais l'Eglise n'a pas souci de ces leçons de l'histoire. Ce que le Syllabus a préparé doit maintenant être mis définitivement à exécution. Au prochain concile, on édifiera une nouvelle constitution ecclésiastique