LES DEPUTES AT PARLEMENT DOUANIER
et des malheurs des temps, ce fut une question brûlante que celle du magistère des papes : à tirer du trésor de la tradition des enseignements positifs, le pasteur suprême avait-il un droit personnel, ou bien ne pouvait-il agir que d'accord avec l'universalité des évêques? Nous avons aujourd'hui conscience que la solution du problème n'est plus urgente; elle l'est d'autant moins que le concile une fois convoqué, pourrait bien par la Providence divine ouvrir une nouvelle période d'assemblées œcuméniques, dont l'autorité n'est contestée par personne.
Pour conclure, les amis de Jorg prient les évêques <c de vouloir bien accueillir ce témoignage de nos consciences comme l'expression de notre zèle pour l'Eglise, de nos vœux les plus ardents pour la réunion de nos frères séparés ». //
Friedrich (i) se donne des ijeines infinies pour démontrer que les rédacteurs de ce projet ont commis un attentat aussi noir que les signataires de l'adresse de Coblenz et de BonD ; voire qu'ils sont plus coupables! L'accusation ne mériterait pas d'être même mentionnée, si elle ne s'adressait pas à des hommes qui ont tant mérité de l'Eglise.
Xous avons reproduit mot pour mot tous les passages incriminés. Il s'y rencontre incontestablement des expressions peu exactes. Mais pour des laïques, en des matières aussi difficiles que celle des rapports de l'Eglise et de l'Etat, de légères inexactitudes sont-elles donc des crimes? On pourrait les blâmer, si, à l'exemple des protestataires de Bonn et de Coblenz, ils avaient prétendu imposer leur pensée au concile, ou, comme eux, demandé le désaveu de la doctrine séculaire sur les rapports établis par Dieu entre les deux puissances, ou réclamé la suppression de l'Index. Tout autre est l'attitude des membres du Parlement douanier, ils font preuve d'un tact vraiment catholique. Ils ont des scru-
(1) Geschichle, etc., Il, p. 45 sqq.
pules sur l'opportunité de leur manifestation, sur la manière dont ils exposent leurs idées à leurs vénérables pasteurs, ou, comme L'écrit le nonce « sur leur prétention à faire la leçon à leurs maîtres (i) ». A la majorité des voix, ils décident d'abord de s'informer (2), puis ils renoncent à composer une adresse, à rassembler des signatures et se contentent de communiquer aux évéques réunis à Fulda, confidentiellement et en toute confiance leurs opinions qui déjà, du reste, s'étaient ébruitées. Voilà tout leur crime. La communication se fit simplement, paraît-il, par l'envoi du projet d'adn à l'archevêque de Munich pour qu'il en fit connaître le contenu à ses collègues. Les députés allemands reçurent des évêques la réponse bienveillante qu'ils étaient en droit d'attendre (3).
(1) Dépèche au cardinal secrétaire d'Etat. 1" juillet. Cecconi, loc. cil. Sezlp. 524 (trad. franc. II, p. 449).
(2) Historisch-poi.it. -Bl.etter, loc. cit. p. 883. La revue rectifie à cet endroit le n-cit inexact que Sepp a l'ait de la délibération des députés. On ne l'avait pas invité à l'assemblée : il s'imposa lui-même. Auprès de qui avait-on pris les informations dont parle Jorg ? Celui-ci ne le dit pas. Sepp dit : auprès des évêques. C'était, en effet, tout naturel. Mais cela n'exclut pas la consultation d'autres personnes, par exemple, des théologiens dont l'avis a quelque poids en ces matières.
(3) Histoiu-pûlit.-Bl.etter, loc. cit. p. 885. Pour bien montrer les dispositions des députés au Parlement douanier, Friedrich rappelle (op. cit. loc. cit.) le propos bien connu du chanoine Kiinzer : « J'accompagnais Windthorst chez lui (après un dinerchez Savigny), je le consolais de s es doutes sur l'infaillibilité et j'essayais d'apaiser sa colère contre les Jésuites causes de tout le mal, disait-il, et en faveur desquels si on voulait les chasser, il ne remuerait pas le petit doigt ! » Le propos n'arien de particulièrement surprenant pour qui connaît l'époque où Windthorst et leurs amis firent leurs études, surtout quand on se rappelle les troubles provoqués dans les esprits par les falsifications de faits et de doctrines répandues par l'école de Munich et reproduites par d'innombrables journaux. Du reste c'est à l'auteur même de la présente histoire du concile que Windthorst se plaignait un jour du peu de facilités qu'il avait rencontrées dans sa jeunesse pour faire sérieuse connaissance avec la théologie et la philosophie. Etudiant en droit à Heidelberg, racontait-il, il avait été suivre les cours de l'insigne rationaliste Paulus afin de s'instruire avec plus de précision sur la religion chrétienne! La merveille, dans ces conditions, c'est que le héros des débats du Ktdturkainpf ait su plus tard, à force de travail, acquérir l'exactitude dans les matières religieuses dont il a fait preuve pendant ces fameuses discussions. Quant aux Jésuites c'est bien plus que le petit doigt qu'il a remué en leur faveur : la question des Jésuites et celle des écoles furentlesdeuxobjets qui, au moment de sa mort, remplissaient son délire.