DE LA FOI
Puisque l’homme dépend toul entier de Dieu comme de son Créateur et Seigneur, puisque la raison créée est absolument soumise à la vérité incréée, nous sommes tenus de fournir à Dieu, par la foi, l’hommage complet de notre intelligence et de notre volonté. Or, celte foi, qui est le commencement du salut de l’homme, l’Église catholique professe que c’est une vertu surnaturelle, par laquelle, avec l'inspiration et la grâce de Dieu, nous croyons vraies les choses qu’il nous a révélées, non pas à cause de la vérité intrinsèque des choses perçues par les lumières de la raison, mais à cause de l’autorité de Dieu lui-même, qui nous les révèle et qui ne peut être ni trompé ni tromper. Car la foi, selon le témoignage de l’Apôtre, c’est la substance des choses qui font l’objet de l’espérance, la raison des choses qui ne paraissent pas '.
Néanmoins, afin que Thominage de notre foi fût en accord avec la raison. Dieu a voulu ajouter aux secours intérieurs de l’Esprit-Saint les preuves extérieures de sa révélation, à savoir les faits divins et surtout les miracles et les prophéties, lesquels en montrant abondamment la toute puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très-certains de la révélation divine et appropriés à l'inteiligence de tous. C’est pour cela que Moïse et les Prophètes, et surtout Notre-Seigneur Jesus-Christ ont fait tant de miracles et de propliéties d’un si grand éclat ; c’est pour cela qu’il est dit des Apôtres : a Pour eux, s’en étant allés, ils prêchèrent partout avec la coopération du Seigneur, qui confirmait leurs paroles par les miracles qui suivaient ’. » Et encore : a Nous avons une parole prophétique certaine, à
' Hébr., XI, 1.
* Marc, XVI, 20.
scri[)tiim est : ® Habemus (irniiorem propheticum sermonem, oui bene facitis attemlentes quasi lucernœluceiiti in calliginoso loco »
Licet autem fidei assensus nequaquam sit motus anirni cæciis, nemotamen evangelicœ prædicationi consentire potest, sicnt opportet ad salutem consequendam, absque illurainatioiie et iiispiratione Spiritus Sancti, qui dat omnibus suavitatem iti consentiendoetcredendo veritati Quare fides ipsa in se etiamsi per cbaritatem non operetur, donum Dei est^ et actus ejus est opiis ad salutem pertinens quo homo liberam præstat ipsi obedientiam, gratiæ ejus cni resistere posset consentiendo et cooperundo.
Porro fide divina et catholica ea omnia credeiidasuiit, quæ in verbo Dei scripto vel tacito continentur, et ab Ëcclesiasive solemni judicio sive ordinario et universali magisterio tanquam divinitus revelata credenda proponuntur.
Quoniam vero sine fide impossibile est placere Deo, et ad filiorum ejus consortium pervenire; ideo nemini unquam sine ilia contigit justificatio, nec ullus, nisi in ea perseveraverit usque in finem, vitam æternam assequetur. Ut autem officio veramfidem amplectendi, in eaque constanter perseverandi satisfacere posseinus, Deus per Filium suuin unigenitum Ecclesiam instituit,suæque iustitutionis manifestis notis instruxit, ut ea tamquam custos et magistra verbi revelati ab omnibus posset agnosci. Ad solam enim catholicam Ecclesiam ea pertinent oui-
• 2 Petr. I. 19.
* Syn. Anus. ii. can. 7.
TEXTK DES CONSTITUTIONS, 255
laquelle vous faites bien de prendic f;ai de comme à une lumière qui luit dans un endroit ténébreux »
Car, bien que l’ussenliment de la foi ne soit pas un aveugle mouvement de l’esprit, personne cependant ne peut adhérer à la révélation évangélique, comme il le faut pour obtenir le salut, sans une illumination et une inspiration de l’Esprit-Saint qui donne à tous la suavité du consentement et de la croyauce à la vérité *. C’est pourquoi la foi en elle-même, alors même qu’elle n’opère pas par la charité, est un don de Dieu, et son acte est une œuvre qui se rapporte au salut, acte par lequel l’homme olTre à Dieu lui-même une libre obéissance, en concourant et en coopérant à sa grâce à laquelle il pourrait résister.
Or, on doit croire d’une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l’Église comme vérité divinement révélée, soit en vertu d’un jugement solennel, soit dans l’exercice de son magistère ordinaire et universel.
Mais parce qu’il est impossible sans la foi de plaire à Dieu et d’entrer en partage avec ses enfants, personne ne se trouve justifié sans elle, et ne parvient à la vie éternelle s’il n’y a persévéré jusqu’à la fin. Et pour que nous puissions satisfaire au devoir d’embrasser la vraie foi et d’y demeurer constamment, Dieu, par son Fils unique, a institué l’Église et l’a pourvue de marques visibles de son institution, afin qu’elle puisse être reconnue de tous comme la gardienne et la maîtresse de la parole révélée. Car à l’Église catholique seule appartiennent ces caractères si nombreux et si admirables établies par Dieu pour rendre évidente la crédibilité de la foi chrétienne.Bien
• Petr., I, 19.
* Syn. Araus, it, cao. 7.
niu, quæ ad evidentem fidei christianæ credibilitatem tant milita et tam mira diviiiitiis sunt disposita. Quia etiam Ecclesia per .se ipsiim, ob siiam iiempe udmirabilem propagationem, eximiam .sanetitatem et inexhaiistam iu omnibus bonis feciinditatem, ob catbolicaiu unitatem, invictamque stabilitateni, magnum qiioddam et perpetiuim estmotivum credibilitatisetdivinæ suælegationis testimonium irrefragabile.
Quo fit, ut ipsa veluti signum levatnm in nationes et ad se invitet , qui nondum credidenmt , et filios silos certiores laciat, fiimissimo niti fundainento lidem, quam profitentur. Oui qiiidem testimonio efficax .subsidium accedit ex superna virtute. Etenim benignissimus Dumimis et errantes gratia sua excitât atqiie adjuvat, ut ad agnitioiiein veritatis venire possint; et eos, quos de tenebris transtulit in admirabile lumen suum, in hoc eodem Inmine ut perseverent gratia sua confirmât, nou deserens nisi deseratur. Qnouirca minime par est couditio eoriim, qui per cœleste fidei donum catholicæ veri* tati adhæserunt, atque eorum, quidiictiopinionibus humains, falsam religionem sectantur; illienim, qui fidem sub Ecclesiæ magisterio susceperuiit, nullani ntiquam habere possunt justam cuusam mutandi, aiit in dubium fidem eamdem revocandi. Quæ cum ita sint, gratias agentes Deo Patri, qui dignos nos fecit iu partem sortis sanctornm inlumine, tantum ne negligamussalutem, sed aspicientes in auctorem fidei et consummatorem Jesum teneamusspei nostræ confessionem indeclinabllem.
' Isù. XI. 12.
plus, l’Église par elle-même, avec son admirable propagation, sa sainteté éminente et son inépuisable fécondité pour tout bien, avec son unité catholique et son immuable stabilité, est d’un grand et perpétuel argument de crédibilité, un témoignage irréfragable de sa mission divine.
Et par là, comme un signe dressé au milieu des nations elle attire à elle ceux qui n’ont pas encore cru, et elle apprend à ses enfants que la foi qu’ils professent repose sur un très-solide fondement.
A ce témoignage, j’ajoute le secours efficace de la vertu d’en- Haut. Carie Seigneur très-miséricordieux pxcite et aide par sa grâce les errants, afin qu’ils puissent arriver à la connaissance de la vérité, et ceux qu’il a tirés des ténèbres à son admirable lumière, il les confirme par sa grâce, qui ne manque que lorsqu’on y manque, afin qu’ils demeurent dans cette même lumière. Aussi toutautre est la condition de ceux qui ont adhéré à la vérité catholique par le don divin de la foi, et de ceux qui, conduits par les opinions humaines, suivent une fausse religion ; car ceux qui ont embrassé la foi sous le gouvernement de l’Église ne peuvent jamais avoir aucun juste motif de l’abandonner et de révoquer en doute cette foi. C’est pourquoi, rendant grâces à Dieu le Père qui nous a fait dignes de participer au sort des saints dans la lumière, ne négligeons pas un si grand avantage; mais plutôt, les yeux attachés sur Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, gardons le témoignage inébranlable de notre espérance.
1 Is., XI, 13.