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CHAPITRE H

Après m’être si longuement occupé de la partie la moins agréable et la moins vitale de mou sujet, j’arrive avec joie aux actes authentiques du Concile.

Les matières soumises à ses délibérations étaient partagées en quatre classes, pour chacune desquelles une députation ou commission de vingt-quatre Pères avait été élue par le Concile. Les quatre députations étaient dites : de la Foi, de la Discipline, des Ordres religieux et des Rites, cette dernière comprenant les Missions.

Jusqu’à présent, il n’y a que les questions de Foi et de Discipline qui aient été introduites devant le Concile ; parmi ces questions, il y en a deux principalement qui ont été traitées, comme étant la base de tout, et, par leur nature, les plus importantes.

Je me bornerai, pour ce qui me reste à dire, aux

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deux constitutions dogmatiques de Fide et de Ecclesia Chrisli ' . /

L’histoire de la Foi ne peut pas être exactement et complètement écrite sans qu’on écrive en même temps l’histoire de l’hérésie et celle des définitions, car les hérésies sont des altérations partielles de la vérité, et les définitions sont des rectifications de ces erreurs partielles. Or, la Foi a la même étendue que lu révélation entière de la vérité, et, bien que toute vérité révélée soitl^éterminée et précise, néanmoins toutes les vérités révélées n’ont pas encore été définies. Le besoin d’une définition se présente lorsque quelque Mérité révélée a été obscurcie ou niée. L’histoire générale de l’Eglise sera donc l’histoire générale de la Foi, mais riiistoire des Conciles sera principalement, sinon exclusivement, l’histoire de ces portions de la révélation qui ont été attaquées par l’hérésie et protégées par les définitions.

La divine tradition de l’Eglise renferme des vérités de l’ordre surnaturel que l’homme n’aurait pas pu connaître sans la révélation, telles que les mystères de l’Incarnation et de la sainte Trinité, et des vérités de l’ordre naturel que la raison peut aussi atteindre, telle que l’existence de Dieu. Le cercle de cette divine tradition est plus étendu que celui des définitions. L’Eglise garde, enseigne et transmet tout entière la divine tradition des vérités naturelles et surnaturelles, mais elle

’ Voir le texte et U traduction li l’Appendice, Document Y.

ne définit que les portions du dépôt qui ont été obscurcies ou niées.

Les dix-huit Conciles œcuméniques ont ainsi défini un certain nombre des doctrines spéciales de la Foi qui étaient contestées. C’est pour cette raison que le Concile du Vatican s’est occupé de deux vérités de premier ordre qui étaient contestées et qui n’étaient pas encore définies, savoir : l’Ordre surnaturel et l’Eglise. C’est là ce qui constituera le caractère de ce Concile, et qui marquera dans Thistoire les progrès faits par l’erreur au iiiilicu du monde chrétien de nos jours.

La série des hérésies a suivi. l’ordre du Credo baptismal. Elles ont commencé par attaquer la nature et l’unité de Dieu créateur, puis celle de Dieu rédempteur, ensuite la doctrine de l’Incarnation, de la Divinité et de l’Humanité du Fils de Dieu ; enfin, celle du Saint- Esprit, sa personnalité et sa divinité. Après cela vinrent les controverses sur le péché, sur la grâce et sur les sacrements ; enfin les hérésies de la prétendue Réforme, qui s’étendirent sur tout ce qui n’avait pas encore été attaqué dans la théologie catholique, spécialement sur la divine autorité et sur l’iiistitutiou de l’Eglise elle-même. Les Conciles qui ont précédé celui de 'Irente ont parfaitement gardé toutes les doctrines de foi contestées jusqu’à eux, au moyen de définitions précises, à l’exception des deux vérités primaires et antérieures à toute doctrine, savoir, la révélation de l’ordre surnaturel et la divine autorité, la divine institution de l’Eglise. Affirmer et définir ces deux vérités

paraît être, comme je l’ai déjà dit, la mission et le caractère du Concile du Vatican, mission qui indique l’état actuel du monde chrétien . En effet, dans les trois derniers siècles, le rapide développement du principe rationaliste du protestantisme a fait disparaître tous les systèmes intermédiaires et tous les christianismes tronqués et fragmentaires. La question se réduit donc aujourd’hui à choisir entre la foi et l’incrédulité, ou, ce qui revient au même, entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel.

La constitution de Fide eatholica.

Voilà le point saillant de la première constitution dogmatique, de Fide eatholica.

Dans le proœmiwn ou préambule, le Concile déclare que personne ne peut ignorer comment les hérésies condamnées à Trente se sont subdivisées en une multitude de sectes contraires, dont quelques-unes n’ontplnsmême la foi au Christ, et comment les saintes Ecritures, qui étaient d’abord tenues hautement comme la source et la règle de la foi, ont fini par n’êlre plus considérées que comme des fables. 11 déclare que la cause de ce mal est la répudiation de la divine autorité de l’Eglise et la licence du jugement privé.

€ C’est alors qu’a pris naissance et que s’est répandu au loin dans le monde cette doctrine du rationalisme ou naturalisme qui, s’attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne parce qu’elle est une institution surnaturelle, s’efforce avec une extraordinaire ardeur

d’établir le règne de ce qu’on appelle la raison pure et la nature, après avoir arraché le Christ, notre seul Seigneur et Sauveur, de l’âme humaine, de la vie et des mœurs. Or, après qu’on eut nié Dieu et sou Christ, l’esprit d’un grand nombre s’est jeté dans l’abîme du panthéisme, du matérialisme et de l’athéisme, à ce point que, niant la nature rationnelle elle-même et toute règle du droit et du juste, ils s'eflforcent de détruire les fondements mêmes de la société humaine.

« Il est donc arrivé que cette impiété, s’étant accrue de toutes parts, jilusieurs enfants de l’Eglise catholique elle-même s’écartaient du chemin de lu vraie piété, et que le sens catholique s’était amoindri én eux par la diminution progressive des vérités. Car, entraînés par des doctrines diverses et étrangères, et confondant à tort la nature et la grâce, la science humaine et la foi divine, ils arrivent à détourner de leur sens propre les dogmes que tient et enseigne la sainte Eglise notre Mère, et à mettre en péril l’intégrité et la pureté de la foi. >

Tel est le jugement que porte le Concile du Vatican sur la situation actuelle du monde chrétien ; c’est de ce point de vue que nous pouvons apprécier ses décrets.

Le premier chapitre de la Constitution traite de Dieu, créateur de toutes choses. Dans ce chapitre, le Concile indique ce qui est de foi sur la personnalité, la spiritualité et la liberté de Dieu, sur la création des êtres corporels et spirituels, et sur l’existence du corps et

de l’âme dans l’homme. Ces vérités sont si fondamentales et si incontestables qu’elles n’ont pas besoin de définition. Il paraîtra même incroyable à plusieurs que, de nos jours, il puisse exister des hommes qui nient l’existence de Dieu, ou sa personnalité, ou sa nature , distincte du monde, ou enfin la liberté de la volonté divine dans la création du monde. Ët pourtant ces erreurs ont existé, elles existent, non- seulement dans des esprits ténébreux et incohérents, mais encore dans des philosophies d’une subtilité savante, qui ont miné et détruit la foi de beaucoup de personnes.

Le deuxième chapitre traite de la Révélation. Il affirme l’existence de deux ordres de vérité : l’ordre de la nature, dans lequel l’existence de Dieu, comme étant le commencement et la fia des créatures, peut être certainement connue par le moyen des choses qu’il a créées ; et l’ordre qui se trouve au dessus de la nature, c’est-àdire Dieu et son action sur riiumanité par la vérité et par la grâce. La communication des vérités surnaturelles faite à l’hcmme est la Révélation ; cette révélation est contenue dans la parole de Dieu écrite ou non écrite, ou dans la divine tradition dont le dépôt est confié à l’Eglise. Ces vérités, tout élémentaires et certaines qu’elles paraissent, ont été et sont encore combattues par des erreurs d’espèces contradictoires. Les uns nient que Dieu puisse être connu par la lumière de la raison ; les autres affirment non* seulement que Dieu peut être connu par la lumière de la raison, mais encore qu’aucune révélation n’est nécessaire à l’homme 5

ceux-ci nient que l’homme puisse être élevé à une connaissance et à une perfection surnaturelles; ceux-là affirment qu’il peut atteindre par lui-même toute vérité et tout bien. Ces erreurs sont fort répandues, et ces livres de toute sorte auxquels les catholiques donnent trop imprudemment l’hospitalité de leur maison et de leur esprit, ont porté de terribles ravages dans lu foi d’un graud nombre.

Le troisième chapitre traite de la Foi. On peut dire avec vérité que chacun des mots de ce chapitre est dirigé contre quelque aberration intellectuelle* de ce siècle.

Il affirme que les intelligence.s créées dépendent de l’intelligence incréée, et que cette dépendance se reconnaît par la libre obéissance de la Foi, ou, en d’autres termes, que Dieu révélant à l’homme des vérités de l’ordre surnaturel, l’homme est obligé de croire à cette révélation en vertu de l’autorité ou de la véracité divine, qui ne peut ni tromper ni se tromper. L'infaillibilité de Dieu est le motif de la foi. Et cette foi, bien qu’elle ne puisse être formée en nous par la perception de la crédibilité intrinsèque de ce que nous croyons, et ne s’appuie que sur la véracité de Dieu, cette foi n’en est pas moins un acte rationnel ou intellectuel, acte de sa nature le plus élevé et le plus nonnul. Aucun acte de la raison ne peut, en effet, être plus en harmonie avec sa nature que la croyance à la parole de Dieu. Pour que l’humanité soit sûre que c’est Dieu qui parle. Dieu a donné à l’homme des signes et des preuves de

sa révélation, qui ne laissent place à aucun doute raisonnable. L’acte de foi n’est donc pas un acte aveugle, mais l’exercice le plus élevé de la raison. Ce n’est pas non plus un acte de nécessité, mais de parfaite liberté, et, par conséquent, c’est un acte d’obéissance régulière à Dieu et méritoire de sa nature. Cet acte de foi, dans lequel l’intelligence et la volonté ont leur plein et normal exercice, n’est cependant pas un acte de l’ordre naturel, mais bien de l’ordre surnaturel ; il provient de la grâce prévenante du Saint-Esprit, qui illumine les intelligences et qui excite la volonté. La foi est donc un don de Dieu, c’est un .devoir moral qui peut être requis de nous par le commandement de Dieu.

La grâce de la foi était donnée à l’homme afin qu’il puisse croire à la révélation divine, il s’ensuit qu’elle s’étend h toute la révélation. Tout ce que Dieu a révélé, l’homme est forcé de le croire, s’il le connaît. Or, Dieu a pourvu à ce que l’homme puisse connaître ce qu’il a révélé; il l’a confié à son Eglise, qui est chargée de garder et d’enseigner la vérité. Par conséquent, tout ce que l’Eglise nous propose à croire comme étant la Parole de Dieu, écrite ou non écrite, soit au moyen de son enseignement ordinaire et universel, soit par un jugement ou une définition solennelle, nous sommes obligés de le croire d’une foi divine et catholique.

C’est pour cette fin que Dieu a institué son Eglise visible, une, universelle, indéfectible, invariable, toujours féconde, le témoignage vivant de son Incarnation et la preuve suffisante de sa propre mission dans le

HISTOIRE OU CONCILE

monde. Le plus puissant argument extrinsèque en fa.* Teur de la révélation du Christianisme est le témoignage de l’Eglise, considérée même comme une preuve historique, et cet argument extrinsèque ne suffit pas seulement à convaincre la raison que le Christianisme est une révélation divine, mais encore à convaincre d’une incrédulité déraisonnable toute intelligence qui rejetterait son témoignage. D’ailleurs l’Eglise visible n’est pas purement un témoignage humain. Elle a été instituée, elle est perpétuellement dirigée par Dieu lui-même, et, par conséquent, elle est aussi un témoignage divin, ordonné de Dieu comme un motif. infaillible de crédibilité, et comme le canal de la révélation pour l’humanité.

Je n’ai pas besoin de noter les erreurs qui se trouvent repoussées par cesîdéfinitions. Le monde placé en dehors de l’Eglise catholique est tout entier rempli de doctrines contraires à ces vérités. On y affirme que la raison humaine est à ce point indépendante de Dieu, que l’obligation de la foi ne peut lui être imposée justement. On affirme aussi que la foi et la science sont tellement identifiées qu’elles ont les mêmes motifs et qu’il n’y a ni besoin ni place dans nos convictions pour l’autorité de Dieu. On affirme encore que la preuve extrinsèque n’est d’aucune valeur, parce que les hommes ne doivent croire que d’après leur propre expérience intime ou leur inspiration privée. On affirme que tous les miracles sont des mythes, que toutes les preuves surnaturelles sont vaines, parce qu’elles sont intrinsè-* quement incroyables. On affirme, enfin, que nous ne

pouvons croire que ce dont nous avons la preuve scientifique, qu’il est parfaitement légitime pour nous de mettre en doute les articles de notre foi quand et aussi souvent que cela nous plaît, et de les soumettre h une analyse scientifique, en suspendant notre foi jusqu’à ce que nous ayons complété cette démonstration par la science.

Le quatrième et dernier chapitre traite des rapports de la foi et de la raison. On y déclare trois choses : premièrement, qu’il y a deux ordres de connaissance ; deuxièmement, que ces deux ordres diffèrent quant à leur objet ; troisièmement, qu’ils diffèrent aussi quant à leur manière de procéder.

L’ordre de nature contient la matière de la religion naturelle et de la science naturelle. L’ordre de foi con* tient et les vérités que nous aurions pu connaître sans révélation, quoique difficilement et sans certitude, et les vérités que nous n’aurions pu connaître sans révélation. Tels sont les deux objets de la raison et de la foi. Les deux manières de procéder sont également différentes, car, dans l’ordre naturel, l’instrument de connaissance est la découverte, tandis que dans l’ordre surnaturel, c’est la foi avec les connaissances intellectuelles qui viennent de la foi.

11 est clair, d’après ces principes, que la science et la foi ne peuvent jamais être véritablement en contradiction. Un désaccord apparent ne peut venir que d’une erreur sur la doctrine de l’Eglise, ou d’une erreur dans les conclusions de la science. Par conséquent, toute as-

Bertioii contraire à la vérité de la foi éclairée d’en haQt est fausse. < Car l’Église, qui a reçu avec la mission apostolique d’enseigner, le commandement de garder le dépôt de la foi, tient aussi de Dieu le droit et le devoir de proscrire la science faussement appelée de ce nom, afin que nul ne soit trompé par la philosophie et par une vaine sophistique;... car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n’a pas été livrée comme une invention philoso* phiqne aux perfectionnements du génie humain ; mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l’Epouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. »

L’importance de cette première Constitution sur la Foi catholique ne peut être exagérée ; elle est telle qu’on ne l’a pas encore assez comprise.

C’est l’afiSimation la pins large et la plus hardie de l’ordre surnaturel et spirituel qui ait jamais été jusqu’à présent jetée à la face du monde, de ce monde qui est maintenant plus que jamais plongé dans les sens et alourdi par le matérialisme. Cette constitution déclare qu’il existe tout un ordre d’être et de pouvoir, de vérité et d’action, qui est supérieur en tout au monde des sens. Elle va plus loin et déclare que cet ordre surnaturel et spirituel est présent dans le monde, et qu’il y est incorporé sous une forme visible et palpable, sur laquelle le monde n’a pas d’autorité ; que Dieu et ses opérations sont sensibles, visibles aux yeux, perceptibles aux oreilles ; qu’elles en appellent à la raison de l’homme et que les hommes ne sont pas raisonnables.

qu’ils agissent par conséquent à la fois contrairement à la prudence et à la morale, quand ils ne veulent pas écouter et croire la Parole de Dieu. Elle aflSrme encore, comme étant une doctrine révélée, que l’Égüse visible est le grand motif de crédibilité pour la foi, et que cette Eglise est • l’irréfragable témoignage de sa propre mission divine. » Elle affirme, en outre, que l’Église a reçu la charge divine de garder le dépôt de la révélation, et € un droit divin de proscrire les erreurs de la philosophie et d’une vaine sophistique », c’est-à-dire toutes les aberrations intellectuelles qui sont en désaccord avec le dépôt de la révélation. Enfin, elle affirme que l’Église a reçu de Dieu le mandat de déclarer infailliblemtnl ce qui appartient au dépôt delà foi.

Je ne crois pas que la doctrine de l’Église et de sa divine et infaillible autorité ait été aussi explicitement définie dans aucun des Conciles œcuméniques qui ont précédé celui du Vatican. Et cependant le Concile n’en était pas encore arrivé au Schéma De Ecclesia, qui restait à traiter plus tard. Mais ce n’est pas sans une conduite providentielle que la première Constitution sur la Foi catholique fut ainsi formulée, spécialement dans son dernier chapitre. Ce ii’est pas non plus sans raison qu’a été ajouté à la fiu de cette Constitution un Monitum dans lequel le Pontife romain, en vertu de son autorité suprême, enjoint à tous les fidèles, pasteurs et peuples, de rejeter toutes les erreurs contraires à la pureté de la foi, et avertit en outre les chrétiens que ce n’est pas assez de rejeter les hérésies positives, mais qu’il faut

encore écarter toutes les erreurs qui approchent plus ou moins de l’hérésie, ainsi que toutes les opinions erronées qui sont proscrites et condamnées parles constitutions et les décrets du Saint-Siège.

• Préparation à la définition de l’infaillibilité du Pontife romain.

Lorsque ces paroles furent écrites, on ne prévoyait pas qu’elles étaient une préparation inconsciente à la détinition de l’Infaillibilité du Pontife romain. La première Constitution eût été faite à dessein comme .une introduction à cette définition, qu’elle eût difficilement été écrite avec plus d’opportunité. Elle commence par Dieu et sa révélation, elle finit par le témoignage et l’office de l’Eglise visible et par la suprême autorité de son Chef. La vérité qui devait être ensuite exposée, conformément aux rapports intrinsèques de la doctrine, était le don divin de l’Infaillibilité. Et lorsqu’on traitait de cette vérité, contrairement à toute attente et à toute vraisemblance, la doctrine en était d’abord présentée au Concile, et par le Concile au monde, dans la personne et dans l’office du Chef de l’Eglise.

Il était d’usage dans les traités de théologie, à l’exception d’un ou deux de grande autorité, de s’occuper du corps de l’Église avant de s’occuper de son Chef. La raison de cette marche était que, dans l’exposition de la doctrine, l’ordre logique se présentait le premier. Ainsi les fidèles, enseignés sur la première formation de l’Église, connaissaient le Coiqis de l’Eglise avant d’en

LES DEÜX CONSTITUTIONS,

connaître la Tête. On pouvait s’attendre à voir le Concile suivre la même méthode. Aussi est-il fort remarquable qu’il ait interverti cet ordre, et qu’il ait défini la prérogative du Chef avant de traiter de la constitution et des dons du. Corps. Cette marche, suivie sous la pression de certains événements, n’est pas sans signification. Les Écoles théologiques ont suivi l’ordre logique ; mais l’Église assemblée en Concile, ayant pour la première fois à traiter de sa constitution et de son autorité, change la méthode, et, comme le divin Architecte de l’Église, commence, selon l’ordre historique, par le fondement et par le Chef de l’Église. Notre-Seigneur, en effet, choisit d’abord Céphas et l’investit de la primauté sur les Apôtres. C’est sur cette Pierre que tout a été bâti, c’est d’Elle que procède toute l’unité, toute l’autorité Je l’Église. Plus tard, le don du Saint-Esprit fut partagé avec Pierre par tous les Apôtres. Par conséquent, c’est de lui et par lui que tout a commencé. D’où- il suit qu’une intelligeuce claire et précise de sa primauté et de sa prérogative est nécessaire à une claire et précise intelligence de l’Église. Si on ne saisit pas bien distinctement ce qui le concerne, la doctrine de l’Église restera toujours obscure dans la même proportion. Ce n’est pas la doctrine de l’Église qui peut déterminer la doctrine de la Primauté, mais bien la doctrine de la Primauté qui peut déterminer avec précision la doctrine de l’Église. Eu commençant donc par le Chef, le Coucile a suivi l’exemple de Notre-Seigneur dans son enseiguement et dans sa conduite, et l’on trouvera là l’une

des causes de la singulière et lumineuse précision avec laquelle le Concile du Vatican a, dans une courte Constitution, exclu les erreurs traditionnelles sur la Primauté et sur l’Iufaillibilité du Pontife romain.

Les raisons qui l’emportèrent pour faire adopter ce changement de méthode sont de deux sortes : ce fut d’abord parce que l’opportunité de définir la doctrine était généralement démontrée ; ce fait suscita tout spécialement lu nécessité de traiter la question pendant que le Concile était au grand coin[)let. Il était clair que le temps considérable demandé par la discussion, rameudement et le vote des Schemata, ne permettrait pas de terminer la Constitution De Romano Vontifice avant que les chaleurs de l’été ne forçassent les Pères à se disperser, si la question n’était pas entamée aussitôt après Pâques. 11 n’était pas moins clair que, les évêques une fois dispersés, ils ne pourraient plus se trouver réunis en aussi grand nombre. Beaucoup de ceux qui désiraient avec le plus d’ardeur de partager la bénédiction et la grâce d’éteindre la plus dangereuse erreur qui ait troublé et divisé les fidèles depuis deux cents ans, auraient été forcés de retourner à leurs missions et à leurs sièges lointains, sans pouvoir jamais revenir. Dès le premier moment, il fut évident qu’une question si importante devait être discutée et résolue, non pas, comme on le prétendait, dans des cavernes et dans des coins, ou par une poignée d’évêques, par une

faction, par une clique, mais bien par l’Assemblée la

plus nombreuse possible de l’Episcopat catholique. Tou-

tes les autres questions, sur lesquelles il n’y avait que de légères divergences d’opinion, pouvaient être laissées à la discussion d’iin plus petit nombre d’évêques. Mais une doctrine qui divisait depuis des siècles les pasteurs et les fidèles, et dont la définition était combattue par une opposition nombreuse et organisée, avait besoin d’être traitée et affirmée j»ar la délibération la plus complète possible des évêques de l’Eglise catholique. Ajoutez à cela les périls qui menaçaient d’interrompre le Concile, périls dont il suffit de citer un seul : l’explosion d’une guerre qui pouvait rendre la définition impossible. Et, en effet, l’Infaillibilité du Pontife romain a été définie le 18 juillet, et le lendemain même fut le jour de la déclaration officielle de la guerre.

Ce sont ces différentes considérations et d’autres encore qui poussèrent ceux qui croyaient que la définition était non-seulement opportune, mais encore nécessaire pour l’unité de l’Église et de la Fei, à demander la discussion immédiate de la grande question. Les événements justifièrent leur prévoyance. Le débat s’était prolongé jusqu’au milieu des chaleurs de juillet, lorsque, d’un consentement mutuel, les deux côtés opposés renoncèrent à le prolonger plqs longtemps. S’il n’avait pas été déjà prolongé au-delà de toutes les limites raisonnables, puisqu’il n’y avait pas en moins de cent Pères qui avaient parlé principalement, pour ne -pas dire exclusivement, de l’infaillibilité, dans les discussions générales et particulières, il n’aurait pu se terminer

ainsi ' . Les deux côtés ne pouvaient qu’être convaincus que la matière était épuisée.

Analyse sur la première Constitution de l’Église du Christ.

Nous examinerons maintenant, au moius en abrégé^ la première Constitution dogmatique sur l’Église du Christ. Je me renfermerai ensuite dans ce que j’ai à ajouter sur la définition de riufaillibilité, pour compléter ainsi cette partie du sujet qu’il eût été prématuré de traiter dans mes deux précédentes Lettres pastorales.

Le proœmiura ou préambule de la Constitution déclare que l’Eglise visible a été instituée pour préserver la double unité de foi et de communion ; c’est pour cette fin que Pierre en a été placé comme le principe unique et le foudement.

Le premier chapitre proclame la primayté de Pierre sur les apôtres ; il déclare que cette primauté lui a été conférée immédiatement et directement par Notre- Seignenr, et qu’elle est une primauté non-seulement d’honneur mais encore de juridiction.

Le second chapitre afiBrme que cette primauté d’honneur et de juridiction se perpétue dans l’Eglise ; que les Pontifes romains en héritent, en leur qualité de successeurs de Pierre, de sorte que Pierre préside toujours sur son siège, enseignant et gouvernant l’Eglise universelle.

‘ Pendant tonte la [scsaion dn Concile, il y a en 420 discours, dont prè» d’un qnart ont été consacrés à^a question de l’Infaillibilité.

Le troisième chapitre définit la nature de sa juridiction, totam pleniludincm hujus supremœ poleslaiis, qui est la plénitude de pouvoir pour paître, diriger et gouverner l’Eglise toute entière. Elle est, par conséquent, une juridiction épiscopale, ordinaire et immédiate sur toute l’Eglise , sur les pasteurs comme sur les peuples, c’est-à-dire sur tout l’épiscopat, collectivement et séparément, et sur tout diocèse ou église particulière. La juridiction ordinaire et immédiate que chaque évêque exerce jlans l’Eglise sur le troupeau à la tête (îuquel il est placé par le Saint-Esprit, se trouve par là soutenue et fortifiée.

Trois conséquences découlent de cette primauté d’iiis. titntion divine : la première, c’est que le Pontife romain est le juge suprême et sans appel pour toute l’Eglise; la seconde, c’est que nul pouvoir au-dessous de Dieu lie peut se placer entre le Pasteur suprême de l’Eglise et quelque autre membre que ce soit du troupeau du Christ sur la terre, depuis le plus élevé jusqu’au plus humble ; la troisième, c’est que cette puissance ou cette primauté suprême n’est pas composée de différentes fractions, comme la souveraineté des Etats constitutionnels, mais qu’elle existe dans sa plénitude en la personne du successeur de Pierre *.

Le quatrième et dernier chapitre définit l’infaillible

* Afin de fixer pins exactement celte doctrine et d’exclure toute possibilité d' équivoque, on inséra, après une longue et complète discussion, dans le cano^ ^•qui suit ce chapitre, les mots: Aul eum habere tantum pàtiores partes, non vero tofam pleniluJinem hujus suprêmes potestatis. Je note ce point, parce qu’on a dit, contrairement k la vérité et avec une insigne malice, que ces mots

gg histoire du concile.

autorité doctrinale du Pontife romain, en sa qualité de

docteur suprême de tous les chrétiens.

Ce chapitre commence par affirmer qfi’une grâce proportionnée est attachée à cette suprême juridiction, grâce qui en dirige et en soutient l’exercice.

Cette vérité a été traditionnellement tenue et enseignée par le Saint-Siège, par la pratique de l’Eglise et par les conciles œcuméniques, spécialement par ceux où se trouvaient réunis les Pères de l’Orient et de l’Occident, ‘comme au quatrième Concile de Constai^tinople, au deuxième Concile de Lyon et au Concile de Flo-

rence.

■ On déclare ensuite qu’en vertu de la promesse de Notre-Seigneur : fai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas grâce perpétuelle de .stabilité dans la

foi â été divinement attachée a Pierre et à ses successeurs dans son Siège.

La définition affirme alors « que le Pontife romain, < lorsqu’il parle eœ cathedra, c’est-a-dire lorsque, rem- « plissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous « les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité aposto- « lique, il définit qu’une doctrine concernant la foi ou « les mœurs doit être tenue par l’Eglise universelle, , jouit pleinement, par l’assistance divine qui lui a été « promise dans la personne du bienheureux Pierre, de « cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu

,v.ientété interpolés après la discussion. Ils ont été amplement et pleinement “és, et la preuve en existe dans le recueil sténographique des discours déposé iuiirchivesdu Concile.

1 S. Luc, XXU, 31. 32.

a que son Eglise fût pourvue en définissant sa doctrine « touchant la foi ou les mœurs ; et, par conséquent, « que de telles définitions du Pontife romain sont irré- < formables par elles-mêmes, et non en vertu du con- « sentement de l’Eglise. »

Six points à considérer dans la définition.

' Il y a six points à noter dans cette définition :

1. Premièrement, elle donne le sens de cette phrase si soii^ent répétée : loquens ex cathedra, c’est-à-dire parlant de son siège ou de sa place, ou avec l’autorité du docteur suprême de tous les chrétiens et faisant une obligation à toute l’Eglise d’accepter sa parole.

2. Secondement, on y trouve ce qui est le sujet de son enseignement infaillible, savoir, la doctrine de la foi et des mœurs.

5. Troisièmement, la cause efficiente de l’infaillibilité, c’est-à-dire l’assistance divine promise à Pierre et, dans la personne de Pierre, à ses successeurs.

4. Quatrièmement, l’acte auquel est attachée cette divine assistance, savoir ; la définition des doctrines de foi et de mœurs.

5. Enfin, la valeur dogmatique des définitions ex cathedra, savoir, qu'elles sont par elles-mêmes irréformables, parce qu’elles sont par elles-mêmes infaillibles, et non parce que l’Eglise ou Quelque partie ou quelque membre de l’Eglise y donne son assentiment.

Ces six points contieunent toute la définition de l’Iu-

HISTOIRE DU CO.NXILE

faillibilité. Je vais les reprendre successivement et ré* pondre en même temps à quelques objections.

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