La foi et la morale, objets de l’infaillibilité
En second lieu, la définition limite l’étendue, ou pour parler exactement, l’objet de l’infaillibilité à la doctrine de la foi et des mœurs.
La grande mission, la charte de l’Eglise se trouve dans ces paroles de Notre-Seigneur : « Allez donc et € enseignez toutes les natiqns, leur apprenant à obser- « ver toutes les choses que je vous ai commandées, et « voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation « des siècles *.
‘ s. Mathieu, XXVIII, 19, 20.
Les cinq points de la charte de l’Église.
Dans ces paroles sont contenus les cinq points suivants :
1” La perpétuité et runiversalité de la mission de l’Eglise comme chargée d’enseigner tous les hommes ;
2“ Le dépôt de la vérité et des commandements, c’est-h-dire de la foi et de la loi divine confiée à l’Eglisej^
3® L’office de l’Eglise, comme le seul interprète de la foi et de la loi divine confiée à l’Eglise ;
4“ La juridiction divine remise à elle seule sur la terre, en matière de salut, sur la raison et la volonté de l’homme ;
3° La promesse de Notre -Seigneur d’être toujours avec son Eglise, et jusqu’h la consommation des siècles, pour qu’elle puisse s’acquitter de son office.
La doctrine de la foi et la doctrine des mœurs son^ ici explicitement indiquées. L’Eglise est infaillible en ce qui concerne le dépôt de la révélation.
Dans ce dépôt se trouvent les vérités dogmatiques et morales de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel, par la raison que les vérités religieuses et morales de l’ordre naturel sont transportées dans la révélation de l’ordre de la grâce et forment une partie de l’objet de l’infaillibilité.
La foi et les mœurs.
L’expression la foi et les mœurs comprend toute la
révélation de la foi, la voie entière du salut par la foi, * ou encore tout l’ordre surnaturel, avec tout ce qui est essentiel à la sanctification et au salut de l’homme par Jésus-Christ.
La formule est rendue d’une manière différenre par l’Eglise et par les théologiens ; mais elle signifie toujours une seule et même chose.
Le deuxième Concile de Lyon dit que « si des questions s’élèvent concernant la foi, » elles doivent être décidées parle Pontife romain*.
Le Concile de Trente emploie cette formule : « Dans les choses de foi et de mœurs, appartenant à l’édification de la doctrine chrétienne *. »
Bellarmin dit : « Dans les choses qui appartiennent à la foi. » Et ailleurs : « Le Pontife romain ne peut errer dans la fui. » Il dit, en outre ; « Non-seulement « le souverain Pontife ne peut errer dans la foi, mais il « ne le peut pas non plus dans les préceptes moraux « enjoints à toute l’Eglise, et en rapport avec les choses « qui appartiennent nécessairement au salut, ou qui < sont en elles-mêmes bonnes ou mauvaises ’. »
Grégoire de Valence dit à son tour : « Ou doit dire
1 Si quæ subortæ fuerint quæstiones de fide, suo {id est. Rom. Poatif.] debeat judicio de&niri. Labbe, Concti., tom. XIV. p. 512. Venise, 1131.
^ In rebus iidci et morum ad ædiUcaüoaem doctrinie christiaoæ pertinentium. Labbe, ConcU. tom. xx. p. 33.
* In bis quæ ad fidep pertinent. — Pontifex Romanns non polest crrare in Gde. — Non solnm in decrelis ûdei errare non potest summos Pontifex, sed neque in præceplis morum ; quæ toti Ecclesiœ præscribuntur, et quæ in rebus necessariis ad salutem, yel in iis quæ perse bons, vel mala sunt, versantur. Bellarmin, De Romano Pontifice, lib iv, capp. 111. Y. pp. 793, S04. Yenist,
« sans aucune restriction que tout ce que le Pontife dé- « eide sur les matières controversées qui ont rapport « à la piété, il le décide infailliblement lorsque, comme f il a été établi, il oblige l’Église universelle, » et, dans un autre endroit : « Tout ce que le Pontife affirme dans < une matière de religion controversée, on doit croire « qu’il l’afiirme infailliblement en vertu de son autorité « pontificale, c’est-à-dire en vertu de l’assistance di- * vine »
Bannez pose la thèse en ces termes : « Le Pontife « romain peut-il errer en définissant des matières de
« foi*?
Saint Antonin dit : « 11 est nécessaire d’admettre « dans l’Eglise un seul Chef, à qui il appartient d’éclair- « cir les doutes en tout ce qui concerne la foi, soit « dans l’ordre spéculatif, soit dans l’ordre pratique *. »
« Suarez dit : « C’est une vérité catholique, que le « Pontife romain définissait ex cathedra est une règle « de foi qui ne peut errer, chaque fois qu’il propose « avec autorité à l’Eglise universelle quelque chose à « croire de foi *. »
> Absque ulla restrictione dicendum est, quidquid in rebus controversis ad pietatem spcctantibus déterminât, infallibilitem illam delerminare, quando, nt expositum est, universam Ecclesiam obligat. Greg. de Valentia, 0pp. tom. iii, disp. I. qu. I. üe Ohjeclo fidei, punct, vu. s. 40, p. 312. Ingolstadt, 1595.
* An possit in rebus fidei definiendis errare? In Sum, S. Thom. Q. 2. q.
1 , art. 10. ,
• Oportet enim in Eedesia ponere unum capnt, ad qnod pertinet declarare ilia quæ sunt dubia circa quæcumque ad fidem pertinentia.sive sint speculativa sivc agibilia. Summa Theol., p. iil. lit. 22, c. 3.
^ Veritas catholica est PontiOcem defincntem ex cathedra esse regulam fidei quœ errare non potest quando aliquid aulhentice proponit toti Ecclesiæ,
Et dans son traité De Religione (tract, ix., 1. 5, c. 4, n. 5), parlant de la Imlle de Grégoire xili, Asccndente Domino, qui déclare que de simples vœux constituent un véritable état religieux, il dit que la vérité de cette définition est « entièrement infaillible, de sorte qu’elle « ne peut être niée sans qu’on erre dans la foi. » Et il ajoute : « La raison en est que la sentence du Pontife « dans les choses qui appartiennent à la doctrine con- « tient nue infaillible certitude en vertu de l’institution « et de la promesse de Jésus-Christ, J'ai prié pour loi. » Il dit encore : t La providence de Notre-Seigneur Œ Jésus-Christ sur son Église serait bien diminuée s’il « permettait que sou Vicaire tombe dans l’erreur en dé- « cidant ex cathedra de pareilles questions . '»
Melchior Cano dit à son tour que « le Pontife romain • succède de droit divin à Pierre, et pour la fermeté de € la foi et pour la décision dans les controverses de re- « ligion. » Il dit encore que « le Souverain Pontife ne < peut errer dans la décision relative aux controverses a sur la foi *. »
. Saint Alphonse de Liguori affirme que « lorsque le
tanqnam de Qde credendum. Suarez, De Fide, disp. V. sec. 8, tom. XllI. p. 74. Mentz, 1622.
‘ Omnino infallibilem, ila ut sine errore in fldc negari nonpossit. Ratio est, quia senlenlia PonliOcis in hisquae ad doctrinam pertinent, infallibilem continet ccrtitudinem ei Christi institulione et permissione : Ego rogavi pro te... Valde autem diminuta fuisset Christi Domini providentia circa suam Ecclesiam si in decidendis tallbus quæstionibus ex cathedra Vicarium suum labi permitteret. Id. De Beligione Soc. Jesu, lib. III. c. 4, n. 5, tom. XVII. p. 427.
* Romanus Pontifex Petro et in fldei firmitate et in componendis religionis contraversiis divino jure succedit. Romanus Pontifex in fidei controvcrsiis finiendis errare non potest. Melchior Canus, De toc. Tkeol. lib. VI. c. 4 et 7.
« Pape parle comme docteur universel, ex cathedra, <t c’est-à-dire en vertu de la suprême autorité donnée « à Pierre d’enseigner l’Eglise, en décidant sur les con- « troverses relatives à la foi et aux mœurs, il est abso* <c lunient infaillible »
Hervé dit : « L’autorité pour éclaircir les points dou- < teux en de pareilles matières appartient au Pape, je « veux dire pour les choses qui sont du domaine de la « loi naturelle ou divine. » Il ajoute ensuite : « La « décision donnée doit être tenue pour vraie, de sorte «■ qu’il n’est pas permis de tenir ou de penser le con- • traire*. »
Grégoire de Valence ajoute : < L’autorité infaillible « pour juger les questions de foi se trouve dans Celui « à qui toute l’Église est obligée d’obéir en tout ce qui a concerne la santé spirituelle de l’âme, soit pour la foi « soit pour les mœurs. » Plus loin : « Le Christ a voulu « qu’après la mort de Pierre, quelqu’un fût reconnu « par l’Église à la place de Pierre et par une succession « non interrompue, et qu’il reçût du Christ la suprême « autorité, comme Pierre lui même l'avait reçue, de dé- « cider dans les choses qui appartiennent à la foi et
I Quum Papa loquilur tanquam Doctor nniversalis ex cathedra, nenape ex potestate suprema tradita Petro docendi Ecclesiam in controversiis Qdei et morum decerncndis, est omnino infallibilis. S. Alphons. Llg. 0pp. tom. I. lib. I. tract. 2, pag. 135. Hecblin. (Malines), 1815.
* Ad Papam perlinet auctoritas declarandi dnbia in talibos, boc est, in pertlnentibns ad jus naturale vel divinum, etc. De Pot. Papœ, II. col. 4... Quod declaratio sua debeat baberi ut vera, ita ut non liceat oppositum tenere vel opinari. De Potest, Papali, apud S. Anton. Roccab. Biblioth. Puntif. tom. T. p. 66 .
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« dans tout ce qui concerne le salut des fidèles. » Plus loin encore : « Afin que le Christ lui confère l’autorité a que Pierre possédait, c’est-à-dire que, par une parti- « culière assistance, il puisse coopérer avec lui et régler « convenablement dans la doctrine et dans les mœurs « tout ce qui intéresse le bon état de l’Église. »
Dans un autre endroit, il dit encore plus explicitement : « On ne peut nier que tout ce qui a été dit de « l’infaillible certitude des définitions du Pontife, ne X s’applique surtout lorsque le Pontife propose à croire « aux fidèles, comme révélé de Dieu et comme de foi, « les vérités qu’il déclare pour terminer les controver- « ses doctrinales et pour exterminer les erreurs. Mais, « comme l’Eglise est toujours obligée d’écouter son Pas- « teur, et comme la sainte Ecriture déclare absolument < que l’Église est la colonne et le fondement de la vé- « rité (I Timoth. iii), et que, par conséquent, elle ne « peut jamais errer dans son universalité, il ne peut « être douteux que l’autorité du Pontife ne soit égalee ment infaillible dans toutes les autres choses qui con- « cernent la piété et qui intéressent toute l'Église. Je ne « crois pas que cela puisse être nié s?ms erreur. » Grégoire applique ce qu’il vient de dire à la canonisation des saints, et il conclut ainsi : oc Cette certitude repose « sur les mêmes promesses de Dieu, en vertu desquelles, « comme nous l’avons-vu, il ne peut pas se faire que « l’Église toute entière se tromi>e en matière de reli- « gion, * *
■ Cni Ecclesia Idta obtcmperare tenetar, in iis rebus quæ ad spiritualem
'O HISTOIRE DU CONCILE
Nous avons ici employé le simiile mot foi pour indiquer tout l’ordre révélé du salut ; car la morale est comprise dans la foi, et ce qui est l’objet final de l’infaillibilité se trouve exprimé par ces différentes formules : r Concernant la foi ; — 2" Dans les choses de foi et de mœurs ; — 5“ Choses qui appartiennent à la foi ; — 4“ Choses nécessaires au salut : — H" Préceptes de morale obligeant toute l’Église ; — 6" Choses appartenant à la piété ; — 7“ Choses de religion ; — 8“ Matière de foi spéculative et pratique ; — 9® Controverses de religion 5 10 Choses appartenant à la doctrine j -
H” Choses appartenant aux lois naturelles et divines;
12 Choses appartenant a la santé spirituelle des finies; — 13° Au salut des fidèles; — 14° Et au bon
animœ salutem pertinent, sive illæ fidem sive mores concernant, ineoauctonUs est infallibilis ad fldei quæstiones dijudicandas. Grégoire de Valence
P- P- Iigolsladt, 1395.’
Volu.tChr.stus U Petro vita defuncto aliquis perpétua séria successionis in locum Pétri ab Eccles.a reciperetur. cui Chrislus ipse auctoritatem supremam s.cut Petro conferret, de flde et al..s rebus ea conslituendi quæ ad salutem tidel,um pertineant, Ibid., s. 35, p. 275. - ... Ut is (Christus) illi conférât auctor.tatem quara Pelrus habuit, boc est. ut certa lege statuât, peculiari quadara ass.stent.a cura eo concurrere ad ea in doclrina et moribus recte cènstituenda quæ ad bonum Eedesue statum pertineant. Ibid, s 36 p 279 Non est negandum, quin quod diclura est de inÜllibili cerlitudin’e dc6nitionum Pont.f.c.s, m pr.mis locura habeat, in iis quæ Ponlifei ad doctrinæ côntroversias fin.endas erroresque eiterminandos ûdelium proposuit, tanquara a Deô
lele Cælerum, quoniam Pastorem suum semper audire
lenetur Eccles.a, et Ecclesiam d.v.na Scr.ptura absoluteprædicatessecolumnam et firraaraeotura ver.Ut.s (1 Tira., m), ideoque nunquara errare tota potest; du b.um esse non debet, qu.n .n ah.s quoque rebus omnibus asserendis, guœ ad pietatem spectant, et Ecclesiam totam concernant, infallibilis sit Ponliflcis auctoriUs. Neque sane arbitrer, hoc absque errore negari posse... Quæ sane certitudo ..sdera .ll.s De. prora.ssionibus nititur ex quibus coraperlun, haberaus nunquara esse futurura ut universa Ecclcsii in rebus religionis fallalur. Ibid.!