‹ Histoire du Concile Oecumenique du VaticanChapitre 9 sur 49 · La cause efficiente de l’infaillibilité · texte numérisé non relu

La cause efficiente de l’infaillibilité

Eu tiüisièine lieu, la définition déclare que la cause efficiente de 1 intaillibilité est l’assistance divine promise à lierre, et, dans la personne de Pierre, à ses successeurs.

La pioinesse explicite s’en trouve dans ces paroles de Notre-Seigneur à Pierre : J'ai prié pour toi, afin que ta

foi ne défaille pas, et toi, une fois converti, confirme tes frères \

La promesse imiilicite s’en trouve dans ces paroles : C'est sur celle pierre que je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ’.

L interprétation traditionnelle de ces promesses est précise.

Les paroles. Ego rogavi pro te, ut non deficial fides tua, et tu aliquandoconnersus confirma fralres tuos, sont interprétées par les Pères et par les Conciles comme indiquant la perpétuelle stabilité de la foi de Pierre dans son siège et dans ses successeurs. En voici des preuves ;

* s. Luc, XXII, 32.

* S. Mattb., XVI, 18.

Témoignage de saint Ambroise.

Suint Ambroise, mort en 597, écrit, rbiiis son traité sur la Foi : • Le Christ a dit à Pierre, j’ai prié pour € loi afin que ta foi ne défaille pas. jS’était-il donc pas « cajiable de confirmer la foi de celui à qui, de sa propre , « autorité, il donnait le royaume? De celui qu’il posait < comme le fondement de l’Eglise, lorsqu’il l’appelait « la pierre ' ? »

Témoignage de saint Jean Clirysostome.

Saint Jean Chrysostome, mort eu 407, écrit dans son Commentaire sur les Actes des Aiiôtres : « 11 (Pierre) « prend la conduite de l’affaire et la truite le premier, « l»arce qu’il a été chargé du soin de tous. Car le Christ « lui a dit : El loi, une fois converti, confirme les frères *. »

Témoignage de saint Augustin.

Saint Augustin, mort en 430, s’e.xprime ainsi dans son Commentaire sur les paroles du [isaume cxvili,

I Uabes in Evtngelio quia Petro diiit, Rogavi pro te ut non deficiat fides tua. Ergo cui propria auctoritale^regnum dabat, hujus fldcui firinare non poterat; quem cum petram dixit firmamcntum Ecclesiœ indicavit ? S. Ambroise, De Fidt, lib. IV. cap. v. tom. in. p. 67î, ed. Ben. Venise, 1751.

* Ilpü'coq Toü TcpaYticttoî aùOevTeî, fits autô; itaviaî J>y eipioôeîc, itpo; Y^P foû'fov tljttv ô XpKrtô;. Ras ou ■rroTe èitîoTpE'^aq ctripi^ov Tobq dSeXfoûî cou. S. Jean Chrjsosl. Opp-, tom. IX, p. 2C, ed. Ben. Paris, 1731.

LE MONDE ET LE CONCrLE.

V. -4Ô, El n enlevez pas Je ma louche la parole de vérilé : ce C’est donc le corps tout entier dn Christ qu} « parle, c’est-à-dire l’iiniversalité de la sainte Eglise. « Et le Seignenr a dit lii' -même à Pierre : J'ai prié a pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, c’est-à-dire a afin que la parole de vérité ne soit pas enlevée de ta « houche P

Témoignage de saint Cyrille d’Alexandrie.

Saint Cyrille d’Alexandrie, mort en 444, dit, dans son Commentaire sur saint Luc : a Le Seigneur, après « avoir parlé du reniement de son disciple et lui avoir « dit : J'ai prié pour foi, afin que la foi ne défaille pas, « fait aussitôt entendre une parole de con.solation : Une « fois converti, confirme tes frères, c’est-à-dire, sois le « confirinateur et le docteur de ceux qui viendront à « moi par la foi »

Témoignage de saint Léon le Grand.

Saint Léon le Grand, mort en 460, dit, dans un dis-

* Toluin ilique corpus Chrisli loqiiitur, iil est Ecclesiæ sanctæ iinivcrsitas. — Et ipse Domimis ad l’ctnirn, Horjavi, irupiit, pro te, nedeficiat fides tua-, lioc est, ne auferalur eiore tuo verbuin vcrilalis usque valde. S. Augustin, Knarratio in l’sidinos, tom. iv. p. 1310, cd. Ben, Paris, 1B81.

* 'O ixsvTOi Kupio; TTlv Toîj [iaOïjTOÏÏ «pv/jo-tv aivt^âpisvo; Èv oTç ?:pv), eoEii^TiV irspl aoü ïva piJj Èy-Xtir/, idan; cou, Elcslpsi Trapxyp^tjia tÔv iq; ■:TapixXiic£io; Xôyov, xod ^riCt, Ka'i cj rtOTï ÈiricTpsj/i; CTqpi^ov TO’j; àosXaoû; cou" toutscti yïvoü CTvipiypia xa'i SiSâcxaXo; tûv Si* 1 C 1 CTEWC TtioçtovTojv Ipioî. S. Cyrill. Ale.x, Comment in Luc. xxii. tum. V. p. 9iC, éd.'Migne. Paris, 18i8.

cours prononcé peur raiiniversaire de son élection au Pontificat: a Si quekpie chose est bien administré et bien « ordonné de notre temps et par nous, il faut l’attri- <c buer à l’opération et au go iverneuient de celui à qui « il a été dit : Et toi, une fois converti, confirme t.s « frères ; 'et à qui le Seigneur ressuscité, répondant à <c sa triple profession d’un amour éternel, a dit trois fois a ces paroles d’une signification mystique : Pais mes « brebis ' . »

Témoignage de saint Gélase.

Saint Gélase, mort en 496, écrit à Honorius, évêque de Dalmatie : « Quoique nous puissions à peine respi- « rer au milieu des mille difficultés de ces temps, cepen- « dant, pour le gouvernement du Siège apostolique, € nous ne cessons de prendre soin de tout le peuple du « Seigneur, qui a été confié au bienheureux Pierre a par la voix de notre Sauveur lui-même, Et toi, une « fois converti, confirme tes frères, et encore, Pierre, € m’aimes-tu? Pais mes brebis *. »

• Tanlam potentiam dedil ci quem toliiis Ecclcsiæ principom fecit, ulsiquid etiam nostris lemponbus rccte per nos agitur rcclequc ilisposilmn, illius operibus, illius sil gubcrnaculis deputandum, cui dictuin est, Et tu conversus confirma fraires tuos ; cl cui post resurrectioiiem suam Dominiis ad trinain æterni araoris professionem mystica insiimationo lcr dixil, Pa:ce oces meas. S. Léon, serra, iv. cap. iv. lom. l. p. 19, ed. Ballerini. Venise, 175.9.

’ Licet inter varias lemporum difiicultates vii respirare valcamiis, pro sedis taraen apostolicæ inoderaminc totius ovilis dnminici curain sine cessatione tractantes, qnæ beato Petro salvatoris ipsius nostri voce dclegata est. Et tu conversus confirma fraires tuos-, et item, Pstre, amas me? /msee oves mcat. S. Gélase, episl. v. ; in Labbe, Concil., lora. v. p. 29S. Venise, 1728.

Témoignage de Pélage II.

Piilnge II, mort eii 590, écrit de la môme manière aux évêques d’Istrie : a Vous savez, en effet, ce que le « Seigneur a proclamé dans rÉvanglle : Simon, Simon, « voici que Satan vous a demamiés pour vous cribler' « comme le froment, mais j'ai prié mon Père pour toi, € afin que ta foi ne défaille pus, et toi, une fois converti, « confirme tes frères. Considérez, frès-chers frères, « que la vérité ne peut mentir, et que, par conséquent, < la foi de Pierre ne pourra jamais ni être ébranlée ni € être (diangée*. »

Témoignage de saint Grégoire-Ie-Grand.

Suint Grégoire le Grand, mort en G04, s’exprime ainsi dun^ sa célèbre lettre à Maurice, empereur d’Orieut : « Il est clair pour tous ceux qui connaissent € l’Évangile, que le soin de toute l’Eglise a été confié

• à l’apôtre saint Pierre, prince de tous les Apôtres.

• Car c’est à lui qu’il a été dit : Pierre, m’aimes tu?

• Pais mes brebis; à lui encore qu’il a été dit : Koici € que Satan vous a demandés^ pour vous cribler comme le

‘ Noslis eo'm io Evangelio Dominum proclairanlcm, Simon , Simon, eec» Salanas ef/je ml vos, ut irtOarel sicul trilicum , eyu auiem rogaoi pro le Palrei/t, ut non de/icial fides tua, tt tu contenus confirn.a fiutres tuoe. CoQsidei’ale, carissimi, quia veriUa nientiri nou potuit, nec fides Peiri io clerDum quaÿ^ari puUnt vel mutari. — Pélage II, episl. v, io Labbe, Conc.* loffl. VL. p. 626.

€ frometU, tnais fai prié pour toi, Pierre, afin que ta « foi ne défaille pas, et toi, une fois converti, confirme « tes frères. C’est à lui aussi qu’il a été dit : Tu es • Pierre, et sur cette pierre je bâtirai monÈrjlise, etc.

Témoignage d’Etienne de Dore.

Etienne, évéqiie de Dore, mort en 6i9, a prononcé ces paroles dans un Concile de Latran tenu sons Martin P% paroles consignées dans un libellus suppleco ou mémoire lu devant le Concile et rappelé dans les actes : « Pierre, le prince des Apôtre.*, a le premier reçu « l’ordre de paître le.s brebis de l’Eglise catholique, « lorsque le Seigneur lui dit : Pierre, m' aimes-tu? Pais « mes brebis. Et ensuite ce lut encore lui qui fut prin- < cipalemeiit et spécialement, à cause de sa foi fervente € et inébranlable eu notre Seigneur Dieu, trouvé digne • de convertir et de confirmer ses frères spirituels dans € les dons (le la foi '. *

‘ CuDctis eaim KTangelium scieiilibos liqnet, quo(t voce doininica sanclo et omnium apostoloruni Pelro ITincipi Apostolo lotius Ecclesiæ cura comniissa est. Ipsi quippe dicitiir. Pelro, amas me? paice oves meas. Ipsi dicitiir, fcce Satunas expetiit crtbrare vos sicut (rtlicumi et ego pro le roguvi, Pclre ut non tieficiat firieslua; et lu aliqnamlo conversas confirma fraires tuos. Ipsi dicitiT, Tu es Pctius et super hune jn-tram, etc. — S. Grégoire, Epist., lib. V. ep. XX. tom. ll. 74S, ed. Ben. Paris, 17ü5.

> Princeps aposlolorum Pelrus pasccie priimis jussus est oves catholicæ Ecclesix, cum Duminus dicit, Peire, ama. me? Pusce oves meas ; et iterum ips#. pweipue ac specialiler linnam prai omnibus liabcns in Dominura Deum nostrum et immutabilcm fidem, cunvertere aliquando et confirmare exagilalos consorles suos et spiriluales meruit fralres. Labbe, Cond/., tom. vu. p. )(I7.

Témoignage de saint Vitalien.

Le pape saint Vitalien, mort en 669, dit, dans une lettre à Paul, archevêque de Crète : « Ce que nous < vous commandons, à vous et à votre Synode, selon « Dieu et pour le Seigneur, ayez soin de le faire aussi- € tôt, de peur que nous ne soyons obligé d’oublier la c miséricorde pour agir selon le pouvoir des sacrés ca- « nons ; car il est écrit que le Seigneur a dit : Pierre,

• fai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas, et toi, « une fois converti, confirme tes frères. Et ailleurs : « Pierre, tout ce que tu awas lié sur la terre sera lié

• dans le ciel, et tout ce que tu auras délié sur la terre « sera délié dans le ciel'. »

Nous pouvons maintenant tirer les conséquences de ces citations jointes à celles que j’ai produites dans la Lettre pastorale de l’année dernière. Que la promesse Ego rogavi pro te s’applique à la foi infaillible de Pierre et de ses successeurs, c'est ce que disent d’un commun accord saint Ambroise, saint Augustin, saint Léon, saint Gélase, Pélage II, saint Grégoire le Grand, Étienne, évêque de Dore, dans le Concile de Latran, saint Vitalien, les évêques du quatrième Concile œcii-

* Qii.i; præcipimus tibi secundum Deum et proplcr Dominum tuæqnc synodo, stude illico peragere, ne cogamur non raisericordiler sed secundnm Tirlnten sacratissimorum ranonum conversari. Scriptum namque est, Dominus inquit, Pelre, rogavi pro te ut non tteficeret fides tua ; et tu aliquando conversât confirma frntrci tuos. Kt rursum, Quodeumque ligaveris, etc. S. Vitalien, epist. I. in Labbe, Concil., toœ. vu. p. 460.

ménique (en 451), saint Agiithon :m sixième (en 680), saint Bernard, mort en 1155, saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, morts en 1274; c’est-à-dire que cette interprétation est donnée par trois des quatre grands docteurs de l’Eglise et par six Pontifes jusqu’au septième siècle. Elle a été reconnue vraie par deux Conciles œcuméniques ; elle a été explicitement enseignée parle Docteur angélique, en qui se résume toute l’école dominicaine, et par le Docteur séraphique, qui repré- .sente l’école franciscaine ; enfin, par un grand nombre - de saints. Et cette chaîne pourrait se prolonger indéûniment, comme ou le sait, si nous voulions la continuer jusqu’en ces derniers temps.

Les Pères donnent quatre interprétations des paroles : Sur celle pierre^ etc., mais ces quatre interprétations ne sont pas antre chose que les quatre aspects divers d’une seule et même vérité, et toutes quatre sont nécessaires pour en compléter l’entière signification. Toutes contiennent, implicitement ou explicitement, la perpétuelle stabilité de la foi de Pierre. Ce n’est pas le lieu d’entrer ici dans cette question ; il suffit de renvoyer au traité de Ballerini, De vi el ralione Primaltis, où le sujet est épuisé.

Les deux promesses contiennent le gage d’une assistance divine pour Pierre et pour ses successeilrs, et cette divine assistance est promise afin d’assurer la stabilité et l’indéfectibilité de la Foi dans le Docteur suprême et le Chef de l’Eglise, pour le bien général de l’Église elle-même.

UISTOlRIi DU CO.NCILE.

llj a donc un charisma ou grâce de l'ordre surnaturel attaché à la Priniantc de rierre, primauté qui se perpétue dans ses successeurs.

Ai-je be-soiii de dire qu’il n’y a aucune idée de connexion entre le charisma ou gralia gratis data de l’iiifaillibilité et l’impeccid^ilité. Je ne ferais pas même cette remarque si quelques-uns n’avaient étrangement obscurci la question par cette confusion. Le souvenir du don de prophétie accordé à Balaam et à Caïphe, pour ne rien dire des pouvoirs du .sacerdoce, qui sont les mêmes dans les mauvais que dans les bons prêtres, n’aurait il pas dû suffire pour rendre une telle confusion impossible?

La préface de lu Définition expose avec soin que l’infaillibilité n’est pas l’inspiration. L’assistance diviue, en vertu de laquelle les Pontifes sont [iréservés de l'erreur, lorsqu’ils enseignent en leur qualité de Pontifes en matière de foi et de mœurs, n'em[iorte avec elle aucune révélation nouvelle. L’inspiration, au contraire, implique uon-.senlement l’assistance divine pour l’écriyaiii, mais quelquefois encore la suggestion de vérités autrement inconnues. Les Pontifes sont témoins, docteurs et juges de la révélation déjà faite à l’Eglise, et, quand ils reinidissent l’office de garder, d’exposer et de défendre cette révélation, leur témoignage, leur enseignement, leur jugement sont préservés de l’erreur, eu vertu d’une assistance divine. Comme la révélation qu’elle a pour objet de garder, cette assistance est de l’ordre surnaturel. Par conséquent, ceux qui coutes-

teiit rinfiiillibililé du Pontife parce qu’il n’est qu’un individu, et qui professent leur croyance à rinfaillibilité des évêques dans les Conciles généraux, et aussi celle des évêques dispersés dans le monde, montrent ainsi qu’ils n’ont point encore saisi que l’idée de l’infaiHibilité n’est pas de l’ordre de la nature, mais de l’ordre de In grâce. Dans l’ordre de la nature, eu effet, la vérité peut être plus facilement trouvée par les efforts communs de plusieurs que par ceux d’une seule personne, quoique, d’ailleurs, l’histoire fournisse bien des exemples contraires. Mais un tel argument ne peut trouver place, lorsqu’il s’agit de l’ordie siirnatiirel. Dans cet ordre tout dépend de la volonté de Dieu, et certainement ou ne pourrait trouver ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament des exemples de l’infaillibilité dépendant du nombre. Au contraire, nous trouvons dans les deii.x Testaments l’exemjde de l’infaillibilité attachée aux personnes comme individus; ainsi en est-il [tour les jirophètes de rancienne Loi et pour les ajiôtres de la nouvelle. Ce ne serait pas ré[tondre que de dire que les A[iôtres étaient réunis en un seul cor[>s. Cliacuu d’eux possédait en particulier ce qu’ils possédaient tous ensemble. Pour les écrivains ins|iirés, on sait qu’ils étaient préservés d’erreur individuellement et [lersonnellenient, et non comme un corps collectif. Tous les exeiiqdes de l’Ecriture sont donc en faveur de la communication individuelle des dons de Dieu. L’objection ne s’ap[iuie ni sur l’Ecriture ni sur la tradition Catholique; elle ne s’appuie point sur l’ordre surnatu-

relj iniiis sur l’ordre naturel ; c’est, en dernière analyse, une objection rationaliste.

Page 1