‹ Histoire du Congrès de ParisChapitre 28 sur 43 · J30 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J30 HISTOIRE

le testament de Pierre 1" et claiià les actes de tous ses successeurs.

roiiti.iue La Russie, depuis son véritable fondateur, a poursuivi la la Russie. ^^^j^n^Q domination universelle, dont toutes

ses c()nqu(^lL's iiialL'riellcs et ses actes diplomatiques n'ont été que de violents ou d'habiles moyens. Nous n'appréc ions pas ce but, digne peut-être de tenter un grand souverain et un grand peuple. Nous nous bornons à le constater.

Dominer l'Europe, la tenir dans ses serres d*aigle, ressusciter au profit des Czars TEmpire Romain ou celui de Charlernncmo, telle a été la pensée constante des héritiers de Pierre le Grand.

Pour d9mîner TEurope, il fallait à la fois être maître des deux mers qui la baignent au nord et au midi, et étendre peu h peu sur le continent Tautorité, la politique ou les intérêts Moscovites.

L'action continentale de la Russie s'est manifestée par une série de faits qu'il suffit de rappeler. La Pologne, cette barrière mise par l'Europe entre elle et l'Empire Russe, a été d^abord morcelée , puis anéantie. La Cour de Saint-Pétersbouig

a fondé des alliances in lime? «liez tous les États de rAUcmagne; elle a subalternisé les uns, elle a protégé les autres; elle a jeté sur la Confédération Germanique un vaste réseau d^intluences, de services, de relations qui lui ont donné dans les affaiies de l'Europe centrale une prépondérance énorme. Lorsque la Révolution a menacé tous les p('ui)les et tous les trônes, les Czars se sont ])Osés comme les défenseurs de l'ordre, les vengeurs du principe d'autorité ; ils ont protégé TAutriche contre Tanarchie potn Penchalner à la cause Russe par les liens de la reconnaissance, ns se sont de même montrés l'appui des autres Gouvernements Allemauds bouleversés par l'esprit révolutionnaire.

Pour devenir la maîtresse des mers qui baignent l'Europe, la Russie a envahi peu à peu, au Nord, la Suède et les contrées

DU CONGRÈS DS PARIS iai

TÎTeraines de la Baltique; elle a armé d'une manière lormida-

ble Croûstadl, Helsingfors.Svvcaborg, les îles d'Aland, tous ie^ points qui pouvaient assurer de ce côté sa [)rédomiuânce marîtime et tôt ou lard la souveraineté des États Scandinaves qui tiennent la clef de la Baltique.

Au Midi, elle a marché sans cesse Yers le Bosphore, en en* vnhissanl toutes les régioas riveraines de la mer Noire et en créant sur les bords de riùixin des arsenaux gigantesques qui, au jour opportun, devaieul être entre ses mains de terribles machines de guerre.

On comprend aisément que, pour arriver à la Iféditerranée et prendre l'Europe à revers, les Gzars aient fait de la Turquie le tbéàtre printiiidl de leurs ambitions cl ConslaïUinoplc Tubjet perpétuel de leurs convoitises. Conslantinople était la porte de FArchipel; il fallait être maître de Conslantinople.

GonTertir la mer Noire en un lac Russe, c'était jeter entre la Grimée et la Turquie, entre Sébastopol et Byzanoe, un pont sur lequel passeraient tut ou lard les forces Russes. '

C'est dans la même pensée que les Principautés Danubiennes ont été mises peu à peu sous le protectorat des Gzars, et que les limites enlie les deux Empires ont été successivemeiit déplacées et nipprochées du Danube, de manière à permettre à une armée d'invasion de pénétrer en peu de jours au ccsur môme de l'Empire Ollouiaii.

Cesi enûn dans ce but que les Empereurs de Russie se sont déclarés les protecteurs des onze millions de sujets Grecs qui sont réunis sous le sceptre du Sultan, espérant se faire de celle protection un levier capable de renverser au moment favorar Lie le (roiit même des successeurs de Mahomet.

Nous n'avons pas <i rapporter ici tous les incidents par lesquels cette politique s'est révélée. EUe est évidente pour tous les esprits impartiaux.

Eta 1783, l'attention de la Gour de France avait été frappée ^ fro-r>^ des développements excessifs de la puissance Russe et du ne- mam*

m HISTOIRE

soin de l'iu rôter en Orient. C'étail l'époque où Catlierine envahissait la Grimée. Louis XVI signala aux Cours Européennes le danger que courait la Turquie et avec elle r£uTope; il proposa de couper, par une action énergique, le mal k sa racine. 11 trouva les Élals Européens ou indifférents, ou complices, ou aveugles, et d'ailleurs la France fut liit iitôl entraînée vers d'autres points de vue par ses orages intérieurs.

Napoléon fut à son tour préoccupé du besoin de prot^r l'Empire Ottoman contre rambltion de la Russie. Ses efforts en faveur de Sélim furent inspirés par une politique |)révoyanle; malheureuiiernent, les nécessités de la lutte qu'il soutenait contre l'Europe Tempêdièrent de songer plus eûicace-* ment à Tavenir de la Turquie.

La révolution Grecque réveilla la question d'Orient; mais la politique sentimentale et beaucoup trop chevaleresque des États occidentaux se laissa duper par rhabilelé Moscovite. L,i création d'un royaume Hellénique eut pour effet d'affaiblir Ja Turquie au profit de son ennemi étemti.

On sait comment cette fatale question éclata de nouveau en 1839 et quel rôle douloureux la France, isolée dans le concert Européen, eut à jouer en celle circonstance. La Russie remporta alors un nouveau triomphe ; l'Empire Ottoman se trouva plus que jamais à sa merci.

fnj0iÊ Au commencement de 1853, TEmpereur Nicolas crut que Cm ^Lias. le moment était enfin venu de réaliser les projets traditionnels de ses prédécesseurs. UnelloUe formidable élail préparée dans le port de Sébastopol ; une armée Russe était prête à marclier dans la direction de Gonstantinople. Les populations GrecqueSt agitées de longue main, semblaient attendre un libéra* teur et Je voir dans le Souverain qui s^titulait le Pape d'Orient.

La situation des choses en Europe pouvait autoriser l'espérance du succès dans un coup de main bardi. La révolution à peine vaincue s'agitait encore frémissante et redoutable* Las

GoofenMommts avaient assez à fàire chez eux pour ne porter qu'une attention dûlmite aux événements dont rorient pouvait ^*tre le tlioàlre. L*Enii»ire qui venait d'être pr ^ lain«' ^^n France par i héritier de Napoléon 1^^, devait trouver diilicilemenl àson origine des empathies et des alliances. Il était permis de croire que TAngleterre ne s'unirait pas au successeur du grand conquérant qu'elle avait combattu durant vingt années, et qu*e!le avait banni tl relenu captif à Sainte-Hélène. L'Aulridie, liée par la gratitude, n'entraverait pas la politique duCzar, au besoin même elle s'en ferait complice; la Prusse était toute dévouée aux intérèCs de la Russie; 1* Allemagne pouvait être considérée comme une vassale soumise d'avance à lout ce qu'on lui imposerait. Quant à la Turquie, réduite à ses profères forces, elle ne p<jurrait évidemment résister et elle succomberait au premier choc.

Le moment était donc propice. H ne restait qu*à trouver une occasion favorable ; mais une occasion arrive aisément quand on a intérêt à la faire naître. Les Lieux Saints furent le prétexte qup recherchait la Uu-.^ie pour faire éclater ses projets.

11 serait superflu d'exposer ici tous les éléments Irès-com- Uocsiion plexes de la question des lieux Saints. Les détails de cette ucai Mit. dlfGculfé dyilomatique disparaissent devant la grandeur de la lutte à laquelle elle a donné naissance. On peut les résumer comme Ta fait Lord Slratford de Redchffe dans une dépèche qu'il adressait à Lord Palmerslon^. a Le point en litige est le droit de possession h certaines parties de Téglise du Saint-Sépulcre à Jérusalem. On accuse les Grecs d'avoir • usurpé des propriétés qui appartiennent de droit aux Catho* hques et d'avoir h dessein laissé toml)er en ruines les chapelles, et particulièrement les tombeaux de Godeiroy de

* Sir Slratford Canniii- to viscount Palmerston , imy 20, 1850. Correspondence resjtet ting thc rights and phvilegcs ol the Latin and Greek cbmches in Turkey, part, n" 1.

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Bouillon cl de Guy de Lusignan. La Légation Française croit ùire aiUoiiaée par trailc (fart. 33 des capiliilations de 1710) à entreprendre la reveDdicaUon des droits de l'Église Latine.

La prétention des Catholiques était en effet incontestable ;

elle n'aurait dû soulever aucune coiilradiction si, < omrrio le presst'iilail avec raison Lord Stratfoid de Rcd( litfo dans la même dépêche, a il eût été possible de séparer uoe pareille question des considérations politiques et d'une lutte d*m* iuence générale. »

Tergiversaiious Le GouvememcutTurc fommit, en cette occasion, une grande «eiiTiirqiie. Klat musulman, il pouvait rester étranger aux préten-

tions rivales des Églises chrétiennes. La prudence lui commandait de s'abstenir; il lui était loisible d'engager les Latins et les Grecs à s'entendre , de laisser régler amiablement la question entre la France, protectrice des Catholiques, et la Russie, protectrice des Grecs, de rejeter sur ces deux États les embarras diplomatiques qui devaient surgir, sauf à r^uJanser ensuite par l'adhésion et la sanction du Sultan ce qui aurait été résolu entre eux. Mais la Sublime Porte voulut contenter tout le monde ; elle promit au représentant de la France tout ce qu'U réclamait; puis elle annula celte promesse en accordant au représentant de la Russie tout ce qu'il exigeait au nom de sa Gourmet ainsi s'envenima et s'élargit une question qu'on aurait pu étouffer dans son germe.

Les incidents de ces négociations minutieuses durèrent depuis 1850 jusqu'en 1852, époque à laquelle Fuad-£ffendi, ministre des affaires étrangères en Turquie, se résolut à tenir loyalement les engagements que la Porte avait pris envers la Franco, et qui n'étaient d'ailleurs que la stricte exécution du traité de 1740.

C'est à ce moment qu'édatent les secrètes intentions de la

Russie et qu'elle saisit avec ardeur l'occasion longtemps cherchée de porter enfin un coup mortel à l'Empire Ottonoan.

DUXONGUES DE PARIS 133

L'Europe» pfessentenl d'instinct que quelque chose de oon- AuiMe

aidèrable allait sortir de ce conflit, s'était mêlée, dès le début, poi^iccs à la question des Lieux Saints. L*Espagne, le Piémont el Na-

dans

pl( S a \. tient agi à Constant inople clans le sens des réclamations la question

siiiiis.

de la Fiance ; la Belgique s'était prononcée dans le même es- Lfeu fuit sur certains des points en litige ; PAutriche soutenait les Latins en Tertu de ses propres traités. Quant à rAngleterre, elle s'darmait à bon droit des développements que menaçait

de prendre le débat, mais par position et par prudence, elle restait neutre.

(Test même par suite de cette attitude, que le Gouvernement Britannique intervint , à la fin de l'année 1852, entre la Russie et la France pour amener un arrangement.

Le Gouvernement Français se montra tout d'abord àianu] des intentions les plus pacifiques. M. Drou yn de Liiurs accueillit loyalement, conune une satisfaction suIÛsante, la déclaratien faite par le GouTemement Ottoman que la Porte n'avait pas Vintention d'afiaiblir soit les droits résultant du traité de 1740, soil les promesses faites à la France Plus lard il consentit à TosUr directement avec la llussie cette refxreltable discussion; il disait à M. de Kisselel « que le Gouvernement Français ne voulait pas pousser son droit à Textréme, et que SI la Russie voulait se réunir à lui dans le même esprit de conciliation, il ne voyait pas de raison pour que Taffaire ne s'arrangeât pas amu alcment entre eux. »

Mais cette modératiuu ne pouvait être partagée par la Rus- ^i^&igMtc sie, dont une transaction aurait dérangé tous les plans. Aux ouvertures de TAngleterre, H. de Nesselrode rendit € qu'il ne voyait aucun terme moyen, et que Ton avait raison d'être lûquiet , parce que c'était là une très-mauvaise affaire. i>

Comme corollaire significatif de ces graves paroles, un préi>vaiirs immense mouvement de troupes commença de tous les côtés "^**^* de l'Empire Russe vers les frontières Ottomanes. L'armée» qui leçut ordre de s'avancer sur les Provinces Danubiennes, et

qui était dès longtemps préparée, comprenait près de 150,000 hommes.

« Le mal est fait, disait M. de Nesseirode dans une dépêche du 1 i janvii 1 1853, coniiuuuiquée au Caijinet Anglais; ce n'esl plus de le prévenir qu'il s'agit : il faut mainlenant y porter remède. Les immunités du rit orthodoxe lésées... exigent une réparation quelconque. »

Quelle était cette réparation? G*est ce que la fameuse ambassade (lu Prince Mensclnkoff va nous luire connaître. AntMiMde Lors(iue le Prince Menscliikoff fut envoyé h Couslantino- MfiwfhiSr. plo* 1^ ((ucstion des Lieux Saints était résolue en principe depuis le 28 janvier précédent. Ce lait résuite de tous les actes diplomatiques connus. M. de Layalette, au nom du Gouvernement Français, s*était contenté tles plus insignifiantes concessions; il avait m^me renoncé, par esprit île modération, à des privilèges séculaires de TÉglise Latine. M. D'Ozerof, ministre de Russie, s'était montré satisfait de rarrangemeot convenu, et le colonel Rose, chaigé d'affaires de TAngleterre, écrivait à son Gouvernement, le 28 janvier, que « celle périlleuse question des Lieux Shunts était enfin terminée. »

Aussi est-ce sur un autre terrain que la Russie plaça le débat par Foi^gane de son envoyé.

Nous ne mentionnerons point id les incidents considérables qui accompagnèrent cette mission et lui donnèrent aux yeux de l'Europe un caractère in4uietant, ni l\i]>pareil extraordinaire avec lequel le Prince Menscbikoff arriva à ConstantinoplCt ni le dédain qu'il affecta envers les priqcipaux fonctionnaires de la Turquie, ni les mouvements de troupes qui continuaient à s'opérer dans la Bessarabie, ni les assurances évasives qu'il ne cessa de prodiguer aux rcpifs»^ niaïus des Puissances Européennes pour détourner ou endormir leur attention. Son but véritable se révéla dans la double entrevue qu'il eut le 17 et le 22 mars 1853, avec Bîfaat-Pacha, devenu ministre des affaires étrangères.

La Hussie, proposait à k Porte de Gondare ensemble ud Pmrr -t traité secret par lequel le Gzar mettrait* en cas de besoin, poite? une année de 400,000 hommes et une flotte à la disposition du Sultan. liUle demandait que l'Église Grecque fût placée purement et simplement sous la protection Russe. Mais surtout elle exigeait que le plus profond secret fût gardé par le Gou* Temement Turc sur cette proposition , menaçant de rompre les relations diplomatiques si elle était communiquée à la France et à l'Angleterre.

Celait, comme le disait Rifaat-Pachâ dans une note remise au Prince Menschikoff, effacer complètement le principe de riiidépendance de la Turquie. La question s*élevait donc et devenait ime question de vie ou de mort pour l'Empire Ottoman.

La Porte résista avec fermeté. Sur les conseils de l'Angleterre, Refus elle sépara soigneusement la question des Lieui Saints des ^gi^!^t nouTeUes eiigences de la Russie. La modération de la France ^^j^» fit le reste. L'ambassadeur Français , M. de Lacour, et le Prince Menschikoff mis en présence, convinrent définitivement d'une transaction relative aux lieux Saints et que deux Firmans sanctionnèrent le 4 mai.

Tout prétexte était donc enlevé à la Russie; mais le jour lui semblait venu, elle ne voulut pas reculer.

Cependant, en voyant la résolution de la Porte, le Prince Menschikoff renonce au projet de traité secret, mais demande, sous forme de smed, un acte positif et obligatoire de garanties. Enfin, le 5 mai, il présente une nouvelle formule de smeif, réclamant une réponse péremptoire pour le 10 mai.

La réponse fut un refus. Le Gouvernement du Sultan ne pou* vait se suicider.

Le Prince Menschikoff quitta Constantinople, avec toute sa lupinre Légation, le 21 mai. * \,

Un ultimatum menaçant de la Chancellerie Russe, signé du ^ '^m^- Comte de Nesséhrode, suivit ce départ; un mois à peine après

cet ullimaïuiii, le» armées Uu^ses frandiissaienlle Pruth eten^ vahissaient le territoire de la Turquie. conH! nrr^ ÂvBiit de pouTsuiYTe Ic récît dos événements, il faut rap- ^^mSSm'^ porter un fait presque oontempoiaîn de la mission du Prince Mensdiikoff, et qui a éclairé d'un jour édatanl les vérilai>Ics desseins de la Russie. Nous voulons parler des confidences faites par le Czar Nicolas à Sir llaïuilloii Seymour, ami>assadeur de la Grande-Bretagne à Saint-Pétersi>ouig,

Déjà, lors du voyage de l'Empereur Nicolas k Londres en 1844, il avait été question de la Turquie et de son avenir. Des ouvn iiires signiliralives asaieul tlj l:iitosàcesiijelau Guuvernement Anglais; leur résultat a été cuuMgué dans un manorandum désonnais fameux, rédigé par le Comte de Nesselrode à la suite du voyage de r£mpereur« La Russie s^était efforcée, en cette occasion, de solidariser à sa politique celle de TAngleterre ; le fnetMrandvm établissait une action commune pour maintenir, s'il était possible, l'existence de l'Empire Ouoman, mais il ajoutait a qu'on ne saurait se dissimuler combien cet Empire renferme d'éléments de dissolution ; que des circonstances imprévues pouvaient bâter sa chute sans qu*il fût au pouvoir des Cabinets amis de la prévenir; et que le danger qui pourrait résulter d'une catastrophe en Tiiniuie serait diminué de beaucoup si, le cas échéant, la Russie et l'Angleterre s'entendaient sur la marche qu'elles auraient à adopter en commun. » On affirmait être en parfaite conformité de vues avec l'Autriche ; quant à la France, « eUe se trouverait <lans la nécessité de se conformer à la marche concertée entre Saint-Pétersbourg, Londres et Vienne. »

Le 9 janvier 1853, le Czar Nicolas fit de nouvelles et décisives ouvertures à Tambassadeur d'Angleterre, Sir Uamîlton Seymour, et il les compléta dans deux entrevues ultérieures. A entendre l'Empereur, « la Turquie était un malade qui se mourait; d'un moment à l'autre il pouvait rester entre les bras des Puissances; il importait que cette catastrophe ne

DU CONGRÈS DE PARIS m

tes prit pas au dépourvu. » I.e Gzar Nicolas allait, dans ces piéflsioiis, jusqu'à partager à ra?aoce Théritage du prétendu moribond. « Je sois disposé à prendre l'engagement de ne pas m'établîr à Ck)nstantinople, disait-il à Lord Seymour, en jpropiuiatre s'entend, car EN dépositaire, jV ne dispos. » — a Les Principautés, ajoutait-il, sont de fait ua État indépcudant sous ma protection; e*€9i une tituaiiùn[qui peui eoniinuer. La Servie peut recerolr la même forme de gonvemement et la Bulgarie aussi... Pour ce qui est de TÉgyptc, je comprends r importance de ce territoire pour 1* Angleterre. Aussi tout ce que je puis dire, c'est que si, dans le cas d'un partage de r£mpire Ottoman, après sa chute, vous preniez possession de i'Égypte, je n*auniispas d'objection à faire. J'en dirai autant de Candie* >

Le 21 février, M. do Nessclrodc résuiiinil ces divers points de vue dans un mémorandum où naturellement ils ont une nuance affaiblie, niais où néanmoins toute la politique de la Euseie se laisse pénétrer aisément.

Ces eonfidenees caractéristiques, rapprochées de la mission <îu Prince Menschikoff , prouvent suraljondamment que les Lieux Siiiiib u avaient été qu'un prétexte, et que la Russie était résolue à renverser enfin un Empire dont elle rêvait de^piiis longtemps la possession.

La France ignorait les communications secrètes faites par Résolution l'Empereur de Hussie au Gouvernement Britannique. Ce sera ^ ^inT^' des lors l'éternel honneur du Gouvernement de TEmporcur ^''^^gg^ Napoléon lll d'avoir deviné que les manifestations tîe la Russie ctdiaient d'autres projets que ceux qu'elle avouait publiquement, et qu^au fond il s'agissait de Texbtence même de l'Empire Ottoman et, avec ette, de la liberté et du salut de ri.urope. Une initiative hardie et une énergique altitude secondèrent cette perspicacité. Le 22 mars, l'escadre delà Méditerranée faisait voile pour Salamine.

Ceux qui reliront les instructions transmises le même jo«r

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par iM. Uroujtt de Uiays àM. de Lacour, noire miaistre à Godslantinople; ceux qui se lapporteroot à la dépêche adrasée le 23 mars à M* le Comte Walewski, ambassadeur de France à Londres, reconnattront que jamais les événements n'ont été

prévus et les situations puiiUques définies avec plus d'intelligen ro oi de vérité.

Action Le Gouvernement Français taisait surtout comprendre à

^ M^t^ TAngleterre la nécessité d'être unis dans une question d*où (tes dépendait Tavenir du monde; en même temps il agissait

Ettfopécnnes. auprrs de rAutriclie ol de la Prusse pour les convaincre que leurs intérêts leur commandaient dr s'opposer par tous les moyens possibles au démembrement de la Turquie; il appelait enfin toutes les Puissances sur le terrain du traité du 13 juillet 1841 qui les avait solidarisées au point de vue de l'indépendance et de l'intégrité de TEmpire Ottoman.

Il n'y avait (ju'un seul seuiimenlen Europe jiarmi les Gouvernements et parmi les peuples pour blâmer la conduite de la Aussie. Mais l'Angleterre hésitait, peut^-être parce qu'elle ne croyait pas à Tiauninence d'un grand danger, peut-être parce qu'elle se sentait un peu liée à la Russie par les communicaliuns et les ouvertures doal nous venons de parler. L'Autriche hésitait, parce qu elle n'osait pas se séparer violemment et ouvertement de son ancienne amie et alliée. La Prusse hésitait bien davantage, par suite de ses liens de parenté avec le Gzar* Toutes firent cependant parvenir à Saint-Pétersbourg des représentations sur les dangers que présentait la mission du Prince Mon^diikoff.

La France seule tit i)arlir son escadre, mesure énergique qui traça la voie et détermina la marche des événements. mns Empêcher l'alliance de la France et de TAngleterre était la 'grande préoccupation de la Chancellerie Russe; mais elle vit

bientôt que la i omniiinauté des intérêts, plus puissaule que toutes les considérations personnelles, entraînerait irrésistî- Mement les deux États dans une même politique. Le Gouver-

Dl CONGRÈS DE PARIS Ul

Bernent du Czar sooda alors le terrain pour Toir si des manœu- ▼res analogues à celles qui avaient été mises en jeu vis-à-Tis

de l'AngJeterre, pourraient réussir aui)ri's du Gouvernemen Français. On laissa entrevoir demagnifiquespcrspeclives à VamhiCioa que Ton supposait à Napoléon 111. Erreur profonde I rempereur des Français n'avait qu'une ambition, celle de met- Irepartoot en pratique» en Europe comme en France, cette bdle maxime qui a été le premier mol de son règne cl qui est le signe élev»' di' SI ^lolilique : « L'Kmpirc, c'est la paix. »

L'Angleterre ne larda ]ias à comprendre combien la poUli- ^ ootte que de la Cour de Paris était loyale, prévoyante et conqf^rva- part trice. Dès le mois de juin 1863, le Cabinet Britannique envoya ^ sa flotte à Bésika à côté de celle de la France.

Ces mesures de précaution furent hii utôt justifiées par l'évé- inmiao oemeut ; le 3 juUlel, l'armée Russe passa le Pruth, occupa les ouomb. Principautés Danubienneset envahit ainsi le territoire Ottoman.

la Turquie se prépara à la lutte; la diplomatie se prépara à la eondlialion.

Le trailé de 1841, en solidarisant en (juelque sorte les Puis- La sauces signataires, suscitait naturellement la pensée d'une réu- j^yS. nlon de ces Puissances; ç*est de cette pensée que sortit la ^^'^y^ première Conférence de Vienne.

On sait sur quelle base celle Conférence opéra. L'Empereur Napoléon, dcMt eux de détourner l'orage qui grondait sur TEurnpe, avait liait remettre au Czar Nicolas, avec l'assentiment de TAn^eterre, une note qui conciliait loyalement les demandes formulées par la Russie avec les concessions déjà faites au Prince Menscliikoff par le Cabinet Ottoman.

La note fut acceptée par la Russie, et transmise ensuite à la Porte par rintermédiairL de rAutrichc. C'est après celle double démarche que la Conférence de Vienne, se croyant assurée du succès, se constitua le 24 juillet pour formuler ellemême une noie collective, presque entièrement calquée sur le projet du (iouvcmeraenl Français.

142 nisTomB

Vui( i la partie importante de celte dernière pièce :

a Sa Majesté le Sultan n'ayant rien de plus à cœur que de rétablir entre Me et Sa Majesté rEmpereur de Russie les rélAtions de bon voisinage et de parCûte entente qui ont été malheureusement altérées par de récentes cl pénibles complic<itions, n pris soigneusement à tAche de rorhorrher le? moyens d'effacer les traces de ces diUén nds , et un iradé suprême en

date de lui ayant fait connaître la décision impérialOt Elle

se félicite de pouTOir la communiquer à Son Excellence le Comte de Nesselrode.

» Si à toute époque les Empereurs de Russie ont témoigné leur active sollicitude pour le maintien des immunités et privilèges de l'Eglise orthodoxe Grecque dans l'Empire Ottoman, les Sultans ne se sont jamais refusés h les consacrer de nouveau par des actes solennels qui attestent leur andenne et constante bienveillance à l'égard de leurs sujeU Llirédeu^.

» Sa Majesté le Sultan Abdul-Medjid, aujourd'hui régnant, animée des mêmes dispositions et voulant donner à Sa Majesté l'Empereur de Russie un témoignage personnel de son amitié la plus sincère, n*a écouté que sa confiance infinie dans les qualités éminentes de son auguste ami et allié et a daigné prendre en sérieuse lunsuléraliun lesreprésentatiuus tiunl Son ËiceUen( e M. le Prince MenschikoXf s'est rendu l'oigane auprès de la Sublime Porte*

» Le soussigné a reçu Tordret en conséquence, de dédarer par la présente que le Gouvernement de Sa Majesté le Sultan restera fulMe à la lettre et à l'esprit des stipulations du Uailé de Kamardji et Andrinople, relatives à la protection du culte chrétien, et que Sa Miyesté regarde qu'il est de son honneur de faire observer à tout jamais et de préserver de toute atteinte, soit présentement, soit dans l'avenir, la jouissance des privilèges spirituels qui ont été accordés parles augustes aïeux de Sa Majesté à l'Eglise orthodoxe d'Orient, et c]ui sont maintenus et confirmés par Elle, et en outre de Caire parlLGiper,dans un esprit

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(le haute équité» le rit grec aux avantages concédéà aux ntiires liles €hrétieiis par conventioDS ou dispositioQs particulières. »

Maïs la Turquie sentait mieux que les auttes Puissances les objections points par où elle pouyait êtreblessée. Reschid-Paeha fit, au nom

de la Porte, les plus sérieuses objections à la note de Vienne.

Disons-le franchement : la Franco et l'Angleterre .avaient un si profond désir d'éviter les hostilités, qu'elles montrèrent d*abord un mécontentement yisible du refus de la Turquie. La Conférence de Vienne alla même plus loin ; éUe considéra comme non avenues les observations de Beschid-Pacha; le 31 juillet, elle adopta définitivement la note en (|ueslion et la transmit ofticieUamenl aui Cours de Saial-réler^uurg et de Gonstautinopie.

La Russie s'empiessa d'y adhéier. La Turquie persista dans son opposition. Le Cabinet Ottoman proposa des mod'iîcatjons ^ ^ importantes, qui o vaieiit été volées à l'unanimité dans un ^^land Conseil tenu à Gonstanimople.

Cette résistance doiuiait à la Russie tous les avantages de IntPrprftalioii la situation, et même jusqu'à un certain point le concours de aSiM jomet TEurope. liais la passion aveugle les plus habiles. La Chancel- ^p^^^^'^ lerie Russe eut l'imprudence de commenter les modifications proposées par la Forte, et ce commentaire établit d'une mani^^e si positive que la Russie tirait de la note de Vienne le droit de s'immiscer dans l'administration intérieure de la Turquie, et d*exeroer un protectorat immédiat sur les sujets Grecs du Sultan, que la résistance de la Sublime Porte fut justifiée aux yeux de tous. — M. Drouyn de Lhuys résumait avec raison l'impression produite j»arle faclum Russe en disant « (]u'enlre rinterprélation que M* le Comte de Nesselrode faisait de la note de Vienne et les exigences de la note de M. le Prince Menschikoff , reconnues exorbitantes par tout le monde* la différence était uisoisibsable ^ »

' D épôche à M. de Bourqiieney, 17 décembre 1853.

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11 n'était plus possible d'engager la Tun|uie à accepter un projet susceptible de pareilles interprétations. Toutes les Puissances en convinrent; mais la guerre n'avait pas encore éclaté do fait; la diplomatie ne renonça pas k son œuvre pacifique.

La Uussie oUc-nit^iiie sembla comprendre qu'elle était allf^e trop loin et qu*elle avait compromis le succès par ses imprudents aveux.

Entrcvoe UEmperour d'Autriche et le Gzar Nicolas eurent è Olmûlz tfoiBftu. entrevue è la suite de laquelle MM. de Nesselrode et de

Buol formulèrent une nouvelle combinaison. Dans ce système, on conservait la note de Vienne , mais les quatre Gouvemements composant la Conférence devaient adresser à la Porte une déclaration collective par laquelle la note de Vienne eût été interprétée dans un sens favorable à l'indépendance de l'Empire Ottoman, et qui eût formé une sorte de garantie morale donnée à la Turquie par les grandes Puissances Européennes.

Les dangers de cet expédient étaient faciles à comprendre. En fait, la Russie ne renonçait pas è son interprétation, et par

conséquent h ses prétentions d'ingérence dans les affaires intérieures (le THnipire Ottoman. Or, ces prétentions sul>sistant, le danger subsistait, et la question d'Orienti loin de se résou* dre, se compliquait davantage.

n.'rbraiion La Franco et l'Angleterre repoussèrent péremptoirement les

de«Mrft. propositions d'Olmûlz.

La Turquie, forcée d'entretenir deux armées, une en Asie, Tniitrc sur les bords du Danube, comprenant bien que les efforts de la diplomatie demeureraient infructueux» se décida alors à répondre par une déclaration de guerre à l'envahissement de son territoire. Les choses marchaient rapidement vers une solution saoulante. l a 1 rance et l'Angleterre, loyalenieiil d(k'i(lées A protéger l'Empire Turc, ne pouvaient pas rester plus longtemps éloignées du théâtre des événements. Dès les premiers jours du mois d'octobre, les deux escadres

itaïKliirent les Danlaneiios et vinront mouiller sous les murs de Constanlinople, tandis qu'Onu r Pacha sur le Danube orga* nisaii, pour chasser les Russes des Principautés» les forces Utaiies de FEmpire.

Cependant une dernière tentative de conciliation cul lieu, cl N«weito la France sV pnHa avec la sincère iiiudLi alioa dont elle n'avait ^^'^^ cessé de (aire preuve. — Elle avait pour but d établir une uégociatioD directe entre la Turquie et la Russie, sur un terrain neutre, sous la condition que les Plénipotentiaires s'aboucheraient dans des Ck)nférences où la France, l'Autriche, !a Grande-Bretagne et la Prusse seraient légalement représentées.

La Conférence de Vienne formula ce projet dans sa réunion du 5 décembre 1853. Un protocole établi en téte de la note coUeetive qui devait être transmise à la Porte constatait que

Texistence de la Turquie cl rinlétîrité de son territoire étaient devenues une condition de l'équilibre Européen.

Pendant ce temps, et sur Tintervention des ambassadeurs à Gonstanlinople, la Porte rédigeait des bases de paix qui rentraient dansVesprit du projet de la Conférence et que celle-ci reconnut au^i.i jiisles que convenables.

Un incident déplorable devait compliquer douloureuseincnt Événemeni» ces négociations laborieuses. — Au mepns des engagements qu'avait pris la Russie de rester sur la défensive , au mépris même des principes du droit des gens, une escadre Russe était allée attaquer et détruire dans le port de Sinope une flottiUe Ottomane manifestement incapable de résister. Cet acte d'agression,qui souleva en Europe une réprobation unanime, eut pour résultat immédiat rentrée de la flotte An^^o-Française dans la mer Noire. La Russie prétendait avoir pris, par l'occupation des Provinces Danubiennes, un gage en fkveur de ses réclamations; nous aussi, par l'occupation de VEuiin, nous prenions un gage dont les conséquences devaient être très-graves pour les intérêts de la Russie*

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i46 HISTOIRE

Rapiore Le Gabinei de Saiûl-Péiersbouig demanda des explications » laRMsie elles lul fuieni données dans un sens qui ne laissait aucun Pai^nces ^^^^ Téncrgique résolution des Puissances occidentales.

occidcûuies. Qo rappelait d'ailleurs à la Russie ({u'elle connaissait les conditions auxquelles la paix était pnssil)lo, et que c'était d'elJe seule que cette paix dépendait désormais.

La Russie repoussa les propositions pacifiques qui lui avaient été soumises. M. de Kisselef, ambassadeur Russe à Paris, demanda ses passe- [lorls le 4 février 1854; le 0, M. de Caslelbajac, ministre de France, quillail Saint-Pétersbourg avec toute la Légation.

lettre Mais avant cette rupture, un effort considérable s'était acrnSenu compli en faveur de la paix. L'Empereur Napoléon 111 avait MapQiéMi lu. yjjg démarche personnelle auprès de l'Empereur de Russie; lo 21) janvier, d écrivait h ce Monar(]uc une lettre qui sera dans l'histoire Télemel témoignage de la modération et de la loyauté dont le chef de la France était animé. Cette lettre» modèle de darté , de vérité et de justice, adjurait le Gzar Nicolas de consentir un armistice , de négocier directemmt avec la Turquie une convention qui serait soumise à la Conférence des quatre Puissances, en lui faisant comprendre qu'il n'y avait rien dans ce plan qui pût blesser son bonneiu*.

L'Empereur Nicolas n'accepta pas cette loyale proposition, et le glaive dut trancher le nceud que la diplomatie avait été impuissante à défaire.

Ici, les événements se pressent dans l'ordre des faits militaires et dans celui des faits diplomatiques; mais avant de les ènumérer rapidement, examinons en quelques mots la situation des diverses Puissances au début même de cette grande guerre et de ces mémorables négociations. Siiiutiau Quelques mois avaient suffi pour modifier profondément la paisslnces poUtiquc de TEurope et déplacer le pivot de ses intérêts et de ^"'^vtenBcs. équilibre. La France, si longtemps isolée dans le concert Européen, en était manifestement devenue l'âme et le moteur.

DU CONGRÈS DE PAiUS 147

Les aDcieimes alliances se dissolvaient sous Tactioii irrésistible des intérêts généraui. Les Ttaités de 1815, la triple alliance

des Cours du Nord, le droit public créé par le Congrès de Vienne en défiance de la France et de son esprit, faisaient plac« peu à peu à un droit et à des rapports nouveaux , nés cette fois bien moins de la volonté des Souverains que de la logique des sîtuatiofis et de la similitude des principes. L* Autriche se détachût chaque jour davantage de la Russie et, quoique timidement et avec réserve, elle entrait dans !o ^i>lière d'action de rOccident. L'Allemagne, dont les intérêts économiques étaient liés, par le Danube, à In liberté de l'Orient, n'était plus retenue ifue par une habitude de sympathie et de déférence envers les Souverains de Saint-Pétersbourg. La Prusse ellemême, sentant que son influence sur la Confédération Germanique pouvait lui échapper pour passer h T Au triche, et craignant de rester à l'écart du règlement de la plus grande questidi de notre époque, était entraînée malgré elle à combiner sa polîtîque avec celle de la Cour de Vienne.

Le Cabinet Français comprit merveilleusement cette situatioQ générale. Aussi n'hésita-t-il pas à donner à la question d'Orient son véritable caractère en Télevant tout d'abord à la hauteur d'une question de droit et d'intérêts Européens. Assuré désonnais du concours et de l'alliance cordiale de TAn- Qjeterre, il convia tous les États de l'Europe à s'unir pour résoudre enfin, au profit de l'indépendance, delà sécurité et de Tavenir de tous les peuples modernes, cette question terrible depuis trop longtemps suspendue sur le monde. 11 démontra que i'eiif ^faisseraent de la Turquie n'était qu'un des moyens employés parla politique des Gzars pour dominer et asservir l'Europe, mais que cette politique menaçait également TAulriche {)ar le Danube, la Sen'ie, le Monténégro, la Gallicie, etc. ; qu'elle menaçait l'Allemagne par la Pologne et par les alliances Germaniques, masque déguisé d*une sorte de suzeraineté monie; qu'elle menaçait la Suède et les Étals du Nord par la Bal-

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liquo; et (ju'il était temps de raffermir lé*quilibre Européen en anôtanl les progrès ambitieux des successeurs de Pierre le Grand et de Caiberine.

Traiié Ce programme était déjè celui de la Cour Britamiique. Les loavfu isai. deux Puissances occidentales étaient décidées à agir seules si les autres États leur refusaient leur coopéralion. Le traité du 10 avril 1854 consacra leur aUiance et débml le but qu'elles se proposaient.

Ce traité subsistera comme un monument de Pesprit géné* reux qui animait la France et PAngleterre. Biles s'engageaient

dans rartido i*»" à opérer le rétablissement de la paix entre la Russie et la Porte sur des bases soliiles et durables, et à garan> tir r£urope contre le retour des compUcafions qui^ venaient de troubler si malheureusement la paix générale. — L'article 2 déterminait les moyens propres à déliyrer le territoire Ottoman de l'invasion Russe*, les deux Puissances s'obligeaient à entretenir It s forces de terre et de mer nécessaires pour atteindre ce but. —Par l'article 3, il était interdit à chacune des Puissances contractantes d'accueillir aucune ouver* ture et d'entrer dans aucun arrangement avec la Russie sans en avoir au préalaljle délibéré en commun. — L'article i déclarait « qn'ammécsdu seul désir de maintenir l'équilibre Européen et ne poursuivant aucun but intéressé, les liautes Parties contractantes renonçaient d'avance à retirer aucun avantage particulier des événements qui pouvaient se produire. » — Enfin l'article 5 déclarait qu'elles recevraient avec empressement dans leur alliance, pour coopérer au but proposé, celles des autres Puissances Européennes qui, désireraient y entrer.

Ce traité n'était que le coiollaire d*une convention qui a^ait été signée le 12 mars précédent avec la Sublime Porte, et dans laquelle avaient été réglées les conditions du ooncoui s armé que les Puissances occidentales devaient prêter à la Turquie , et de révacuation de leuis armées au rétablissement de la pais.

Void coauneot les États Européens accneillîfent Vinritation de coopération conleuue dans l'article 5 du traité du 10 avril : eJ^^^^

Naples se renferma dans une neutralité absolue et malveillante pour les alliés de la Turquie. Daru mark, la Suède et la Belgique maintinrent aussi leur neulialiié, mats la Cour de Stockholm laissa néanmoins entrevoir sa sympathie pour le succès delà cause occidentale. Le Piémont, TËspagne et le Portugal se muolrèrent ùaiichemenl sympathiques, et l'on put prtîvoir qu'ils s'allieraient à la France et à TAngleterre si les circoiisiaoces l'exigeaient ou le permettaient. Les Étata- Unis semblèrent vouloir profiter de la lutte qui éclatait en Europe pour poursuivre avec plus de liberté leurs projets d'agrandissement ; ils inclinèrent même plutôt vers la Uussie que vers la politique libérale des Puissances de l'Occident. La ( .r^ce, nourrissanl des lèves irréalisabieSt devint le foyer des intrigues de la Russie.

Qtiant aux PuîssanoesAllemandes, elles entrèrent dans un système mitoyen qui n'était pas la neutralité» mais qui n'était pas non phis l'adhésion aux principes élevés du traité du 10 avril.

Lu -20 du même mois, rAutriche et la Prusse s i^mi aient ellesmêmes une convention particulière, par laquelle elles se ga- *'J!îiîI'** rantissaient mulu^ement la possession de leurs territoires al- ^^^j^j^ lemands et non allemands; elles s'engageaient en outre à pfot^er les droits et les intérêts de l'Allemagne et prévoyaient le cas où, dans ce Lui, l'une d'elles serait forcée de passer à l'action. Elles s'obligeaient h entretenir une partie de leurs forces sur le pied de guerre. Les États de la Confédération étaient invités à accéder au traité.

^ Un acte additionnel précisait davantage l'objet de cette convention. On y disait que l'occupation des Principautés Danubiennes par la Russie mellait en péril les intérêts politiques, moraux et matériels de toute la Confédération Germanique. 11 était convenu que les deux Puissances adr^seraient des lepré» sentatioDS à l'Empereur Nicolas, pour obtenir l'assurance que Tannée Russe ne ferait aucun nouveau mouvement agressif et

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m HISTOIRE

des garauties coaceruaut la procliaiue évacuation des Principautés ; oa syoutait qu'il y aurait même action offensive conlie la Russie, dans le cas d'une inoorporation des Principautés et même de Tatlaque ou du passage de la ligne des Balluins.

Le traité du 20 au il et l'acte addiliuuiicl furent conujiuuiquéî» à la CuHlcdération GcrmaDique, et reçurent son adliésion. Les États Allemands commencèrent même à se préparer à celte mesure d'expectative armée qu'on appela la Eriegtbereitichaft. Traiiè Quant à rAutridie, eUe avait pris au sérieux les prévisions eiilrè " engagements de sa convention avec la Prusse. Des ou-

ci biMe i»rcïsanles furent faites par elle î\ Saint-Pétersbourg,

pour arriver à révacuaiion des Provinces Danubiennes, et comme ces démarches ne purent être couronnées de succès, le Cabinet de Vienne négocia et signa avec la Porte le traité du 14 juin, par lequel, reconnaissant que Pintégrité de PEmpire Ottoman importait à i e«(UiUbre de l'Europe, elle s'engageait à épuiser les moyens de conciliation pour obtenir l'évacuation de la JMoldo-ValacUie, et à employer au besoin le nombre de tiûupes nécessaires pour atteindre ce but, EUe s'interdisait d'ailleurs d'entrer avec la Russie dans aucun plan d'accommodement qui n'aurait [)as pour base les droits souveraui^ du Sultan et l'intégrité de son Empire.

Il y avait loin de cette attitude à celle de la France et de PAugleterre, mais elle ne manquait d'importance ni au point de vue de la guerre, ni au point de vue de k diplomatie.

Si elle ne faisait pas entrer définitivement rAutricho dans l'action, elle la faisait du moins sortir positivement de la neutralité; elle la constituait protectrice du territoire Ottoman sur les bords du l>anube, et ^e permettait aux troupes de la Turquie et de ses alliés de chaiiger le théêtre de la guerre et de poursuivre et contraindre la Russie sur un autre terrain. Retraiic Lc Cabinet de Saint-Pétersbourg comprit la gravité de l'acte Rosse, que venait d'accomplir la Cour de Vienne ; il ne voulut pas s'exposer à une collision et à une rupture; à peine connut-

il le traité du 14 juin, que son armée de la Moldo-Valachie reçut rofdre d'opérer son mouvement de retraite; mais, en nême temps la diplomatie Moeoonte disait bien haut que c'était par pure déférence pour les tqbux de l'Allemagne que cette retraite s'effectuait.

Il est vrai <{ue les événements militaiies an isés depuis Finvasion de la Moldo-Valacliie, expliquaient tout autant que le traité du 14 juin, le mouTonent rétrograde des troupes Russes* Jekms un coup d'oûl rapide sur cette période du conflit oriental.

Des le mois d'octobre 1853. la jîuerrc avait été fonnellement opérations déclarée entre la Turquie el la Hussie.Omcr-Parlia, général en auJ^^ite. chef de l'armée du Danube, après avoir sommé, au nom de la SoliUme Porte, le commandant des forces Russes dans les Priii> cipautée d'évacuer la Bfoldo-Valachie, avait franchi le fleuve et occu[»é de fortes positions à Kalafat et h Oltenitza. Il nous est impos'iihle de raconter dans tous leurs détails les opérriîtnns stratégiques qui suivirent ce mouvement. Les Turcs ne [nu enl se maintenir à Oltenitza; mais ils s'établirent solidement à Kftlalatt et- tous les efforts de rarmée Russe pour leur faire abandonner cette importante position, restèrent infructueux. L'ar^ raée Tuniue, dans relie première campagne, révéla d'ailleurs une force et une énergie dont on avait eu le tort de ne [)asla croiie capable ; elle étonna ses ennemis en leur [ trouvant que le prétendu malade, conotme le Gzar Nicolas appelait la Turquie, était loin d'être aussi épuisé et aussi impuissant qu'il l'avait

présumé.

Toutefois, l'héroïsme de l'armée Ottomane, l'habileté incontestalile de son cl lef auraient éciiouépeul-élre devant les forces coDsifiérables dont disposait la Russie et qui s'accumulaient chaque jour davantage dans lias Provinces Danubiemies. L'hiver vint heureusement rendre moins actives les hostflités, qui, durant la mauvaise saison, se réduisirent en géiifrol à des engagements d'avanWpostes. Mais il était facile de prévoir qu'au

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printemps les Russes prendraient hardiment rofTensiye eHeo-

tcraienl soit do forcer le passage des Balkans, pour nlleindre Andrinople, comme dans la campagne de 1828, et menacer la capitale de la Turquie, soit de tourner la position par la Bulgarie, en s*emparant par mer ou par terre de Varna, et par là des côtes occidentales de la mer Noire.— n importait dès lors d'assurer h la Porte, dans cette prcvision, tous les concours effectifs sur lesquels elle pouvait compter.

Pendant qu'Orner - Pacha et l'hiver retenaient les Russes sur la rive gauche du Danube, le Gouvernement Turc resserraîC son alliance avec les Puissances occidantales, et préparait la coopération de T Autriche. — On se rappelle que le 12 mars 1854 fut signé le traité par lequel les forces coiiilmu es de la France et de PAngleterre devaient protéger l'Empii ' ottoman. Peu de temps après, l'armée alliée débarquait à GMlipoli, prête à se porter partout où Texigeraient les nécessités de la défense.

Ce que Ton avait prévu se réalisa. Dès le mois de mai , le maréchal Paskicwitch, commandant supérieur de l'armée Uusse, passa le Danube à la téte tl'un corps de trou|>es considérable et vint mettre le siège devant Silistrie. — On porte è près de 8I>,000 hommes le nombre des assiégeants* Silistrie ne comptait pas en ses murs plus de 15,000 défenseurs. La résistance do cette place formera une des plus belles pap^es des fasles'militaires de la Turquie. La défense fut admirable; deux fois des sorties audacieuses jetèrent la perturbation dans les rangs et dans les ouvrages ennemis. Les Russes, au coatiaire« firent preuve d*une grande faiblesse dans les travaux d*un siège it guher. Quani ;n\ \ Turcs, soldats et officiers, ils furent merveilleux de dévouement, de courage et de persévérance. L'armée du maréchal Paskiewitcli se brisa devant cette héroïque défense* Le 90 juin, le siège fut levé et Tarmée Russe lepaasa le Danube.

L'insuccès de ce siège mémorable où, pendant plus d'un mois, les Russes s'étaient épuisés en efforts impuissants, expii-

DU CONGRÈS DE PARIS m

que suffisamment leur retraite. Sans U prise de Silistrie le Buséobal Paskiewitcb ne pouvail rien tenter en Bulgarie ou mr k Hgne des Balkans. Mais deux autres faits importants

délerminèreni aussi ce mouvement rétrograde.

Au momèiil où l'on apprit riiiv< .slissemcnt <le Sili^trio, l'armée aUiée quitta GallipoU et se porta, en forces respectables, à Vania, d'où un détachement nombreux reçut ordre d'occuper une partie de la Dobrutscha. Cette opération avait pour bot d'empécber les Russes de frandiir le Danube près de son erabourhure. à Isniaïl, Réni, etc.. et d'aolre pari de fermer du côté de la mer 1 accès du territoire OLlomaii. Maîtresses détonnais de l'Euxin, les flottes alliées pouvaient rendre impossible le lavitaiUement de l'armée Russe par voie maritime, et mettaient la Turquie à Tabri d'un coup de main en Bulga* rifr. D'uîi autre cùté, il était facile par Varna de diriger sur Silisicietous les secours qui (tourraient dégager la place.

Le maréchal Paskiewitch comprit le péril que cette situation fiûsail courir à l'armée assiégeante; il ne crut pas pouvoir l'affronter.

D'ailleurs, le 14 juin, l' Autriche, ainsi qu'on l'a vu plus . haut, avait pris, vis-à-vis de la Sublime Porte, rengagement de féiie évacuer les Principautés par l'armée Russe et d'emplojrer à ce but, s'il le fallait, toutes les forces nécessaires. Déjà le général Autrichien Goronini faisait ses dispositions pour faire entrer dans les Provinces Danubieunes un corps d'occupation.

Tous ces événements rétmis hâtèrent la retraite du maréchal Paskiewitcb. U se replia sur la rive gauche du Danube avec la douleur dlm échec qui détruisit en grande partie dans Topi- Dion de l'Europe le prestige des armes Russes.

Cette retraite prit d'ailleurs bieiUùl de plus grandes propor- tucuaiion lions, et l'évacuation des provinces Moldo-Valaques , par les vaMie. iioupes du Gur, commença dès ce moment. Nous avons dit de qnete prétextes la diplomatie Moscovite cokm ce mouve-*

toi HISTOIRE

ment réirograde, en le présentant comme une concession faite aux vœux et aux inquiétudes de rAUemagne. vonrcnents Le traité du 14 juin, en mettant au besoin les années Autrt>

(LupaiLi cliiennes comme une barrière entre la Russie et TEmpire OtdB i>itée. toman et en les ( onsliluaiil dans les Principautés gardiennes de l'intégrité de cet iùupire, avait l'avantage de rendre toute leur liberté d'action aux foroes alliées et aux troupes Turques ellesmémes. Dans ces nouvelles conditions, on pouvait déplacer le terrain de la lutte et la porter partout où des coups plus sensibles et plus efûcaces pourraient être portés à l'ennemi commun.

Mais il importait, pour me&er à fin cette grande entreprise, de ne pas laisser des questions et des embarras secondaires compliquer ou entraver iesefforts des Puissances occidentales.

Un de ces embarras se produisit en Grèce.

Le Gouvernement (iroc, se méprenant sur ses vcniabJes intérêts, crut que la guerre déclarée entre la Porte et la Russie pourrait servir à la réalisation des rêves longtemps entretenus par l'entourage du Roi Otbon. La Cour d* Athènes, plus encore peut-être sous l'influence des projets ambitieux de la Beine que (le son Souverain, avait vaguoniont entrevu la reslauialion d'un Empire Byzantin sousie sceptre Hellénique. La Russie avait favorisé cette espérance insensée dès que la lameuse ambassade du Prinoe Menscbikoff fut résolue. 11 est bien évident que le Gzar^i'avait aucune intention sérieuse de donner au Royaume de Grèce une importance quelconque, et encore moins une pari dans l'hypothèse du démembrement de la Turquie. Les propositions confidentielles faites par r£mpereur Nieolas à Sir Hamilton Seymour en sont un témoignage décisif. Si le nom de la Grèce fut prononcé dans ces mémorables conversalions, ce fut pour affirmer que « jamais la Russie ne permettrait la reconstruction d'un Empire Byzantin ni aucune extension de la Grèce, qui en ferait un État puissant. » Seulement, comme l'ambition inconsidérée de la Gour d'Athènes

IKHivait être utile aux projets de la Ruisie, une miasiôii lut envoyée en Gièce dans le but d'engagier le Gouvernement Grec, au nom delà rdigion commune, à prendre parti pour l'Église

orthodoxe contre ce qu'on appelait l'oppression musuliuaiie. Le Roi Olliou et son entourage se laiss^^ent prendre i\ l'appât trompeur qui leur était offert ; ils crurent que le Irone Hellénique étiût appelé à succéda à l'Ëmpire mahométan dont la Hussie àOail renverser le dernier Souverain ; ils ne virent pas que leur intervention était une diversion favorable h la cause du Czar, et ^^ elle seule. En conséquence, on les vil encourager dessoulèvexueuts contre les Turcs sur les frontières de rÉpire, et bientôt , par une pente naturelle sur laquelle le ^oi et ses conseillers ne purent pltis enrayer leur pays, le brigandage s'organisa sur tous les points de la Grèce et la piratene dans les mer? qui la baignent.

11 est notoire aujourd'hui que le Cabinet de Saint-Pétersbourg subventionnait Tinsurrection. Une dépêche de M. le Comte de Nessebrode, en date du 2 mars 1854, indiquait formellement que Tappui du Czar était assuré aux soufèvements des cbrétiens contre les musulmans.

Le Gouvernement Ottoman déploya une grande énergie contre hts insurgés. Fuad-Ëffendi fut envoyé sur les lieux avec des foices suffisantes pour réprimer la rébellion et des pouvoirs assez étendus pour pacifier les provinces limitrophes de la Grèce. Les Puissances oc^^idenlales, de leur côté, définilivement engagées dans la luUc, ne pouvaient permettre à un pays placé depuis sa fondation sous leur protectorat et sous leur garantie, de s'armer eu faveur des ennemis qu'elles allaient combattre, et d'oiganîsçr rinsumctionsur terre et la piraterie sur mer.

La Sublime Porte rompit ses relations avec la Cour d'AUiènes. Le 25 mai 185-i, un corps expéditioniKure, composé de troupes Anglaises et Françaises, débarqua au Pirée, pendant qu'une division navale occupait rArcbipelHellénique, poursuir

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m HISTOIRE

vail impitoyahloment les éciimeurs de mor ot empècfiait toute communication entre les insurgés de l'Épire et la métropole. tut On voit que la politique des Puissances alliées nuarchait d« dMies. ^ ^ admirable ensemble et une constanfe

énergie. A la date où nous sommes arrîTés, c'est^-à-dire à la fin du mois de juin 1854, les armées Russes étaient en plein mouveiiient de retraite dans les Principautés; le tr rritoire Ottoman pouvait être considéré comme à Fabn de nouvelles attaques par suite de l'engagement que TAutnche avait pris de le défendre. La Gour de Vienne avait fait un pas considérable dans le sens de la politique occidentale. Elle s'était alliée avec la principale des Puissances belligérantes dans une pensée contraire à la Russie. Quoique indirect, le concours qu'elle donnait aux armées alliées n'en était pas moins irès-réol et très^fficace. Enfin, la politique Russe, atteinte par la foioe des armes sur les bords du Danube, atteinte par le rapprochement de plus en plus marqué des grands États Européens, rétait également en G^^^e, où elle avait tenté une diversion mallieureuse en laveur de ses armes.

Mais il ne suffisait pas, pour défendre et garantir en Turquie la cause du droit Européen, d'avoir rejeté rinvasioii Russe hors du territoire Ottoman. H fallait obtenir de la Russie les garanties indispensables pour assurer l'avenir et prévenir le retour des complications qui agitaient rEurope. queslioa d'Orient avait éclaté avec tous ses dangers et dans ses véri* tables proportions; il importait qu'elle fût enfin résolve*

Les Puissances occidentales se préparèrent, dans ce but, à de gigantesques opérations militaires; mais elles ne négligèrent cependant aucuu des moyens pacitiques que la diplomatie pouvait offrir.

NVgocut?ons La conviction profonde de la Gour de Paris était que, si l'cm 4iptaMuuviM amener PAllemagne à se prononcer contre la Russie

ie»p«i»sanccs ç| ^ s'unir, sinou de fait du moins de principe , à TOccident, TEropereur Nicolas, reculant devant l*immuience et les dan*

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DU CONGRÈS DK PARIS m

gers d'une coalition Européenne, suivrait les ( ()n(litinn> (ju iniposerait riotérél général. Malheureusement raltitucie indécise de la Prusse, pour ne rien dire de plus, laissait la Ck>fifédéEfrtioD Gennuiiqae divisée et hésitante entre l'Autriche » qui l'engageait à Vénergie, et le Cabinet de Beilin, qui l'engageait à l'abslention situm à la neutralilé déclarée.

Cependant, au commenterfieni de 1854, un projet de traité entre les Puissances occidentales et Allemandes avait été étudié. Ce projet se distinguait par une modération excessive dans les conditions qu*il s*agirait en définitive d'imposer à la Russie, à laquelle il laissait même prévoir le maintien de ses anciens traités n\t'( la Porte, lors du rétablissement de la paix. Mais il n'en constituait pas moins un lien commun» une alliance positive contre la Russie entre les grandes Puissances. La Prusse ne voulut pas franchir ce Rubicon; tout ce qu'on put obtenir d'elle, ce fut, le 9 avril, la signature d*un protocole qui énonçait les stipulations générales qu'où aurait fait entrer dans le traité; le 23 mai, elle signa un second protocole dans lequel, à la suite de la communication réciproque du traité du 10 avril entre l' Ans^eterro et la France, et du traité du 90 avril entre la Prusse et l'Autriche, il fut constaté que le but des quatre Puissances était identique, bien que les moyens fussent différents.

R fut dès lors visible que la Prusse s'enfermerait désormais dans une politique passive, et que ce dernier acte était la limite extrême du concours qu*on pouvait en attendre.

Il n'en était pas de même vis-à-vis de TAutriclie. On pou- Notes vait espérer que la Cour de Vienne, par une foule de motifs très-sérieux, s'engagerait davantage dans la politique de l'Occident. La France et l'Angleterre continuèrent leurs efforts pour déterminer rErapereur François-Joseph à entrer dans leur aVianoe.

Ces tentatives n'obtinrent d'abord (pi'ua demi-succès. On a YU que, le 14 juin, l'Autriçhe conclut avec la Turquie

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une runvenlion dont nous avons apprécie le curactère et 1 importance. Le 8 août suivant, elle lit un nouveau pas en avant.

A cette date, des noies furent échangées entre les Cioiirs de Vienne, de Paris et de Londres. On y précisa les conditions sur lesquelles la paix pourrait être rétablie» et les garanties

qu'il fallait f^xiser de la Russie.

Voici le texte de ee document diplomatique, qui est devenu le point de départ et la base de toutes les négociations ultérieures.

« Les rapports de la Sobliine Porte ayec la Gour Impériale

de Russie no pounuiil ôlre rétablis sur des l)asos solides et dural)les, 1^ si le proleclurat exercé jusqu'à présent par la Coin litipériale de Russie sur les Principautés de Moldavie, de Valacbie et de Servie ne cesse pas à l'avenir» et si les privilèges accordés par les Sultans à ces provinces dépendantes de leur Empire ne sont pas placés sous la garantie collective des Puissances, en vertu d'un arrangement à conclure avec la Sublime Porte, et dont les dispositions régleront en même temps toutes les questions de détail;

j» SSp Si la navigation du Danube à ses embouchures n'est point délivrée de toute entrave et soumise à l'application des princijies (onsacrés par les actes du Coniirès de Vienne ;

» 3" Si le traité du 13 juillet 18 îl n'est pas révisé de conrorl par toutes les Hautes Parties contractantes, dans un intérêt d'équilibre Européen;

» 4^ Si la Rtissie ne cesse de roTondiquer le droit d'exercer un protectorat ofliciel sur les sujets de la Sublime Porte, à (]iu'liHi*! rit (ju'ils appartiennent, et si la France, rAulriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie ne se prêtent pas leur mutuel concours pour obtenir de Tinitiative du Gouvernement Ottoman la consécration et l'observance des privilèges religieux des diverses communautés chrétiennes, et mettre à proiit, dans l'intérêt commun de leurs coreli^^iuimaires, les

L'tMiéreuses iiilcnUons manifeslj^'os par Sa Majesté le Sultan, sans qu il en résulte aucune atteinte pour sa dignité ei l'indépendance de sa Couronne, »

Outre ces quatre points fondamentaui, qui ont pris dans la

6uitc des riéfiocialions le nom des Quatre yaranties, les trois Puissances se réservan lU de niellre au rétablissement de la paii les conditions particulières qu'elles jugeraient utiles et qui devaient résulter de la marche des événements ou de la position et des intérêts spéciaux de chacune des Puissances.

Uimi)ortance des notes du 8 août n'a })as besoin (I tHreniise en relief. L'Autriche se liait définitivenienl <i la politique occidentale ; le but de la guerre comme les conditions de la paix étaient désonnais clairement définis. On pouvait même espé* rer que si la Russie refusait de souscrire aux quatre garanties, îe Cabinet de Vienne se déciderait à recourir aux armes pour Vy contraindre.

Les notes du 8 août furent en effet transmises à Saint-Pé- t Nns?^ tersbouig et recommandées chaudement par TAutriche à l ac- '^^^jr^jr^"" ceptation de l'Empereur Nicolas. Mais, comme on devait le ^ '"^^^^^ prévoir, le Gouvernement Russe répondit avec fierté qu'on ne rAiiemagoe.

^juuiidit lui imposer de pareilles cuiuliuons qu^^pr^s une guerre désastreuse ; que la liussie n'était ni vnin< iie ni épuisée, et qu'il refusait péremptoirement d'entier en négociation sur ces bases*

On espérait à Paris et à Londres que le refos du Czar serait

c('i]^i<JfTé par l'Autriche comme un casM5 belli. 11 n'en fut rien. Le Cai)Uiet Aulricliien laissa seulement entrevoir qu'il se lierait bientôt d'une manière encore plus significative aux Puissances occidentales ; mais 1* Autriche exposait qu'elle ne pouvait marcher que lentement dans la voie où elle était engagée, non-seulement parce qu une rupture formelle avec la Russie, en lui enlevant les avantages et la possii)»lité d'une négociation directe, transporterait immédiatement le terrain de la guerre en Europe sur les frontières Autrichiennes, mais en-

160 BlSTOiRE

coré pan» qu'elle avait à ménager FAUemagne, dont les bési-

talioDS devaient être traitées avec réserve et douceur.

Au fond, TAutncbe n'avait aucun désir de participer à la guerre ; elle espérait amener peu à peu une transaction sur le terrain diplomatique, et, quoique très-fermement résolue à

soutenir Ips quatre garanties et h les faire triompher, elle voulait assurer le succès par la diplomalie, laissant aux Puissances occidentales la ciiarge de l'assurer par leurs armes.

EUe se borna donc à agir auprès de la Confédération Germanique })uur l'ciiga^jer de plus en plus dans la voie où la Cour de Vienne était détinitivement entrée, espérant que, si l'Allemagne tout entière se prononçait dans ce sens, Tattitude uoftnime de l'Europe, condamnant la Russie et proclamant les conditions de la paix, produirait à Saint-Pétersbourg une impression salutaire et décisive.

Les notes du 8 août furent donc communiquées aux États Allemands et soumises à la Dièle de Francfort; la Prusse fut également invitée à y adhérer.

Parmi les quatre garanties, deux surtout, la libre navigation du Danube et rorganisation des Principautés Danubiennes» étaient plus Allemandes encore qu'Européennes. La Confédération reconnut que les conditions des notes de Vienne étaient

propres à rétablir la paix sur des bases solides et diirahles, mais elle ne s'appropria que celles qui i'mtéressaienl directement. Ce ne fut ainsi qu'une demi-adhésion. La Prusse, de son côté, ne voulut pas s'engager au delà de l'intérêt Allemand. La Russie, v(^ant que PAUemagne n'était pas encore décidée à soutenir, même moralement, toutes les exigences de la politique occidentale, et pouvant, d?'s lors, se flatter qu'on ne parviendrait à resserrer contre elle le faisceau d'une ligue Européenne« s'enferma phis que jamais dans sa résistance, et plus que jamais aussi il fut visible que Pépée seule pouvait trancher

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DU COiNGRËS D£ PARIS 161

Les Puissances alliées n'avaient d'ailleurs pas attendu le rc- opéraiiooi sultat des démardies faites par l'Autriche aunr^s de ses con- <ie$

PoiSttDCM

lédéiés, pour porter des coups énergiques à renoemi corn- aOkc».

A peine la guerre avait-elle été dédarée entre elles et la Russie, qu*énes s'étaient mises en mesure d'agir contre la puissance du Czar dans la mer Noire, dans la Baltique, dans la mer Blanche et jusciue dans l'océan Paciûque.

Une flotte Anglaise était entrée dans la Baltique sous les ordres de l'amiral Napier dès le mois de mars 1854. Elle fut rejointe au mcHs de mat par une division navale française ; enfin, le 14 juillet, un corps expéditionnaire français s'embarquait pour la Baltique, commandé par le général Baraguay-d liiUiers, ttnportant avec lui le souvenir des belles paroles que i'JËmpereur Napoléon Ul lui avait adressées à Boulogne, la veille même de son départ.

Les opérations militaires auxqudles ce corps était destiné comuiencèrenl bientôt. Elles furent dirigécî» cuulre les lies d'Aland et la forteresse de Bomarsund.

Le S août, le jour même où étaient signées les notes de Vienne, le débarquement des troupes Françaises s'elfectua dans la baie de Lumpas. Le 9 août, les travaui du siège furent entrepris contre la forteresse, sous les ordres du géiicial Niel. Le 13, la tour du sud tomba au pouvoir des Français ; le 15, la tour du nord se rendit aui. Anglais. Le 16, noire drapeau Tictoiieux flottait sur Bomaisund.

Des efforts inoim furent tentés pour affaiblir dans ropinion publique l'importance de ce fait d'armes. Mais lorsqu'on considère le soin avec lequel la Russie avait IV»iuU; <lans les îles d'Aland de grands établissements militaires, de manière à do* miner la Baltique et à menacer \6i ou tard les États Scandlnaves, comme elle menaçait Qonstantinople dans la mer Noire par ses arsenaux de la Grimée, on reconnaît que le point d'attaque avait été admirablement dioisi. Si cette première vio-

toire ne frappait pas profondément la Russie dans sa piiissanoo matérielle, elle la frappait murtellemeal dans sa politique séculaire du cote du Nord.

Qq se contenta momentanément de ce résultat dans la Baltique, D j aurait eu folie à attaquer dés lofs Gronstadt. Les fortifications de Bomarsund furent détruites et la flotte Angio* Franraise quitta elle-m^me la Baltique peu do temps après, lorsque les glaces eu rendirent la navigation impraticable. Oféraiions Nous aTOUS dit qu'à la suite de la déplorable affaire de Si* te ■wKoim. nope, les escadres de l'Angleterre et de la France étaient entrées dans la mer Noire. Cest là que se préparaient et que devaient s'acconijtlirles u[)érations les plus forinidal>les. La flotff» Russe n'osa pas se mesurer contre les forces alliées ; vainement nos vaisseaux allèrent-ils la délier en quelque sorte jusque sous les canons de Sébastopol, elle resta enfermée dans le port de cette ville, d*où elle ne devait plus sortir. L'expédition Aussitôt que l'armée Russe eut levé le siège de Silîstrto et que Tarmée du maréchal Paskiewilcli évacua les Principautés, les Puissances occidentales, rassurées désormais sur ce [)oinl dont la garde était confiée à l'armée Autrichienne, résolurent de porter la guerre en Grimée. Sébastopol était, depuis Catherine, un canon braqué sur Gonstantinople et toujours prêt à faire e\pl<)si(u\. Si l'on parvenait à détruire Sébastopol et ses iiiimoiisf's arsenaux, non-seulement on mettait la Turquie h l'abri de toute attaque par mer, mais encore, comme à Boniarstmd, on firappait la Rtissie au coeur même de sa politique traditionnelle* L'entreprise était hardie; le succès était douteux, et, dans tous les cas, on savait qu'il devait être acheté chèrement. Mais le résultat devait être si ^rand et si décisif, que la France et TAngleterre uc rccuicreat devant auctme difliculté pour Tobtenir*

Une année de 50,000 Français et de S5,000 An^is avait été envoyée en Turquie dès les premiers jours de mai. Le ma-

rcciiai baiut-Arnaud lut mis à la téle des premiers. Les géné-

de CriitK^e ett rèMlue.

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rauv Caniohcrl, Bubijucl, Torey et le Prince Napoléon conimandaienl cbacune des quatre divisions Françaises. Les Anglais étaient sous les ofdies de Loid Baglan. En même temps, les troupes établies à Varna recevaient Tordre de se tenir prêtes au premier signal.

Pendant que ces prépar.iiifs considérables s'accomplissaient, Bombardemeu

dTOilËtn

l'Cb* adre alliée agissait dans TEuxin. Le G avril, le l uri^ s'élant et rendu à Odessa pour y prendre le consul et les résidents Angfais, son pavillon parlementaire avait ét6 accueilli à coups de fo^g^^e» canoD. Le SO avril, une division navale vint demander répara- duCanuM. tion de cette violation du droit des gens, et, sur le refus fait à sa sommation, elle ouvTit le feu (xmue les ou \i âges militaires d'Odessa, respectant soigneusement les bâliments civils et les propriétés privées. Le port impérial et les navires qu'il renfermait furent détruits; une poudrière sauta, après quoi les vaisseaux engagés rallièrent Tescadre.

D'Odessa la llolle alliée se dirigea vers Scbaslopul, où elle espérait que les Russes accepteraient le combat; mais nous avons dit que l'escadre maritime dont la Russie se montrait si otgaeyieuse ne devait plus reparaître dans la mer Noire. Une divîdon à vapeur, sous les ordres du contie-^amiral Lyons, reçut alors la mission d'aller détruire les établissements Russes sur les t ôles de la Grimée et d«^s provinces Caucasiennes; mais Tennemi accomplit de ses mains cette œuvre de destruction; Anapa, Redout-Kalé, Usuighet, Soukoum-Kalé furent successivement réduits en cendres par leurs propres défenseurs.

Ainsi la Russie se mettait partout sur la défensive ; il était Expédiiion évident qu un ne pourrait la contra w k ire à la paix qu'en prenant criuwc. contre elle une offensive vigoureuse. L'expédition de Grimée fut résolue dans un conseil de guerre tenu à Varna, le 21 juillet, entre les généraux Français, Anglais et Qttomans. Les pré» paraUfe de cette difficile entreprise furent long» et laborieux; dîveTBaeciilonls les retardèreni. l i labarquement des troupes et de réuurme matériel qu'il laliaU emporter ne fut terminé

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164 UISTOIHË

^ que le 14 septembre. Le 3 sepiembiet Tescadie de transport « avec son immense convoi de navires de eommeroOt arriva devant la baie d'Eupalui ia, au point choisi pour le débarquement. Diterquemeat Le 14 septumbro, ce débarqueineDt s opéra sans obstacle, rarmé? alliée L'armée Russo, SOUS le commandement du prioce Menscfiikoff, k fiipiian». éii^i cependant établie à une petite distance, derrière les rives de TAlma et sur les hauteurs escarpées qui dominent ceite rivière. Le général ennemi espérait-il détruire facilement sur terre l'armée alliée? Toujours est-il qu'il ne fit ririi pour empêcher le débarquement des tioupe& Anglo-Frauyaises. Cette opération périlleuse s'accomplit avec un bonheur et un ordre inespérés. A la nuit, trois divisions Françaises, Fermée Àufjtùse^ une forte artillerie et le génie étaient solidement établis sur le rivage ; le lendeiiiam au matin, toute l'armée se trouvait sur le territoire Russe.

Daiaiiic Le 20 septembre eut lieu la première bataille ; elle porte dans de lAima. ^«i^jsiQif^ qqqi del'Alma. Nous ne dirons pas les prodiges de valeur accomplis par nos troupes dans cette mémorable jouruct'. Les Russes ne s'attendaient pas à ceV élan, h cette furia qui distingue le soldat Français, et surtout le soldat d'Algérie. Les positions Russes ne furent pas enlevées stratégiquement; elles furent escaladées par ces héroïques fantassins qu'on nommeles louaves et qui, dédaigneux des théories de la guerre, s'accrocliaient au\ anfracluosilés des rochers, aui l)raiiclies pendantes des huissuns ou des arbres, pl tombaient, avalauciie vivante, sur les batteries ennemies avant même qu'on pùt ae douter de leur approche. Devant ces impétueuses charges d*infanterie, les combinaisons savantes des tacticiens Busses étalmit impuissantes et vaines. La victoire fut bientôt décidée. Avant le soir, l'armée du prince Menschikolï abaqdonnatt en déroute le plateau si formidable de l^Vlma.

Si le maréchal SaintpAmaud avait eu de la cavalerie et avait pu poursuivre l'année ennemie après la victoire de l'Aima, peut^tre le succès de cette grande expédition eût-il été obtenu

ou CONGRÈS DE PARIS 165

en une seule bataille; peul-élre aussi aurail-oii pu marclier rapidement sur Sébaslupoi, couper les coainiunications entre celle place et les forces déroulées du prince Menscfiikoff, et attaquer la forteresse du c6té par lequel elle recevait des appromimneDieiits et des renforts. Mais diverses causes, parmi lesquelles il faut bien signaler les vices d'organisaliou de l'armée ÂnglaiM', rt'larJèient ce mouveniont offensif; ces inimitables iealeurs contraîgaireut même à changer le pian de campagne.

Le 93 septembre« les alliés passèrent la Katcha et arrivé* Ocmptumi rent sur le Bélbeck ; mais là , au lieu de se diriger en droite

ligne sur Sébaslopul, ils firent un détour qui les conduisil à iiaiâklava, un petit porl situé au sud de la place , où les escadres avaient un mouillage excellent, et qui devint le centre des opéiatioDs ultérieures. Cette petite ville tomba rapidement au pouvoir defarmée Anglo-Française, qui, dèsle 9S septembre, V était solidement établie.

jour où Balaklava fut occupé, le maréclial Saint-Arnaud, Kon vaincu par la maladie,f ut obligé de s'embarquer pour la France, saîci-^/kniid. laissant le commandement au général Ganrobert, Mais il ne devait plus revoir les rivages de la patrie dont il venait d'illustrer le drapeau par la victoire de TAIma , et à la gloire de laquelle il nvait rousacré ses derniers efforts et ses forces épuisées par de longues fatigues. U mourut en mer, à bord du HerfMki, qui le ramenait en France, enseveli dans son triomphe*

L*arraée Anglo-Française se trouvait sous les murs de Sébas- si^^

topol ; elle allait caminenceT ce siège mémorable, le plus long, scbasiopoi.

le plus laborieux, le plus admirable que riiistoiro ait enrogis-

Iré dans ses fastes. H nous est impossible de suivre dans toutes

ses phases le progrès des travaux surhumains que nos valeu-

leox soldats ont eus à accomplir, de dire tousles obslades qu'ils

ont (iti vaincre. Bornons-nous à quelques faits dominants, qui

devaient a'aillcurs exercer une influence sérieuse sur les dé-

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106 UlSTOiRË

veloppemeiits simultanés de la politique des Puissances Euro» péennes.

Sébaslopui avait été piiissaiijjiieiil ruiUlite ; il fui iiiauileslc pour les généraux alliés que celte ville formidable était à l'abri d'un coup de maio. 11 fallut procéder dans les conditions patientes et difficiles d'un siège régulier. Le 10 octobre, la trandiée fut ouverte ; le 17, le bombardement eut lieu par terre et par mer. Divers accidents le rendirent infructueux, el d'un autre cAté, les escadres ne purent }>as, auibi qu un avait rr^riiu de le tenter, forcer les passes du port de Sébastopol. Les amiraux Russes avaient en effet coulé bas leurs propres vaisseaux à rentrée du port, qui devenait ainsi complètement inaccessible. Le siège dut continuer avec ses inévitables lenteurs. Bauute De violentes sorties opérées par les Russes avec une vigueur Baiiiim. ^ courage inouïs et toujours repoussées avec bonheur, entravaient à chaque instant le progrès des travaux, tandis que d'éneigiques diversions faites sur les flancs de Tannée assiégeante , obligeaient nos soldats à tenir tète à Pennemi de tous les côtés à la fois.

Le 25 octobre, le général liasse Uprandi, à la tète d'un corps de troupes considérable, se jeta sur Ralaklava, où se trouvaient nos magasins, et dont les hauteurs n'étaient défendues que par quelques redoutes turques. Cette entreprise hardie vint se briser cunlre la niagnifuiue résistance des highlanders ; les attaquants ne purenlsurtout résister à une rharge fougueuse dans laquelle les cliasseurs d'Afrique eurent le bonlieur de dégager une brigade de cavalerie Anglaise lancée par une folie héroïque au milieu même de Tennemi. Le lendemain, le combat recommença, mais l'issue n'en fui pas longtemps douteuse, les Russes furent mis en déroute complète.

Mais nos intrépides adversaires ne se laissaient pas décourager. Chaque nuit, ils réparaient les dég&ts causés par nos batteries, ils élevais! de gigantesques ouvrages. Us apportaient à la défense de Sébastopol une énergie, une habileté, une puîs-

stDoe de moyens qui font le plus grand honneur au génie Russe, et qui nous ont coûté une année entière de douloureux

efforts.

ï.e 5 noveiiihre , ils roTiouveièient contre le flaiic droit de Bauiiie Tannée alliée Tattaque infructueuse du 26 octobre. Dès le umh tin » el à la faveur d'un ^>ais brouillard , 60,000 Russes, eidtés par la présence des Grands-Ducs Nicolas et Michel, se précipitent, parla vallée d'inkerman, sur les positions Anglaises. 6,000 lioinmes à peine défendaient ces positinus; cependant ils parviennent à arrêter renocmi et, pendant Ueux heures d'une lutte acharnée, ils donnent le temps à la division Française dtt général Bosquet d'arriver sur le champ de bataille, Ijo combat devînt alors une affreuse mêlée, un épouvantable carnage. Les zouaves, les tirmllrurs algériens, les chasseurs à pied, le 6« de ligne et le 7« léger, se jettent, comme un torrent, sur les bataillons russes, les chargeant à la baïonnettOt les renversant, les fouhmt aux pieds» marchant sur des monceaux de cadavres entassés dans Tétroite vallée d'iidcerman. L'ennemi ne put tenir contre celle impétuosité qui défiait tnus les calculs de la stratégie ; il repassa la Tcliernata en désordre.

L'attaque d'Inkerman se combinait avec une audacieuse sortie des assi^^; là encore le succès resta à nos armes. L'ennemi fut ramené dans les murs la baïonnette aiux leins, avec tant d'élan que nos soldats pâiétrèrent avec les ^ards jusque sous les portes de la ville. Par malheur, le brave général de Louroiei qui les commandait fui murUillement blessé aux portes mêmes de Sébastopol ; il fallut rentrer dans les trancliées.

La triple victoire de FAhna, de Ralaklava et d'Inkerman démontra que les Russes étaient impuissants à nous vaincre en bataille rangée; cette preuve de la supériorité de nos armes donna h l'armée alliée une grande conlinnce dans sa valeur, une inébranlable constance dans les épreuves qu*cUo eut à subir ; mais surtout elle produisit une profonde sensation en Eur nipe, parce qu'on acquit dès lois la conviction que le triom-

Approrbes

168 H1ST01RB

phe définitif des Puissances occidentales n'était plus qu'une question de temps.

Cependant rhiver arrivait et devait nécessairement ralentir rhîw ®* P«wt-étre suspendre les travaux du siège , rhiver sur lequel

les Rus<ies semblaient compter désormais comme sur leur plus utile auxiliaire, et qui reporlail involontairement la pensée vers les désastres de 1812. Mais la merveilleuse organisation de notre armée devait déjouer ces prévisions sinis* très. D'ailleurs, nous possédions en toute liberté la mer, par où le ravitaillement des camps alliés était facile, et oîi la puissance de la vapeur, inconnue aux j)remières années de ce siècle, déliait les vents et les flots contraires. Les progrès du génie moderne se manifestaient avec édat dans rétablissement de nos troupes en Grimée. Des villes s'étaient élevées comme par enchantement autour de nos camps. Kamiesch, Balaklava, ]ilemes de marchands Européens, ressemblaient à des cités occidentales. Un chemin de fer avait été construit entre ces ports et les positions assiégeantes de façon à créer entre eux des communications faciles et sûres. L*hiver pou* vait être rude, Il nous trouvait préparés contre ses atteintes. Les approvisionnemonts étaient abondants, de chauds vêtements étaient destinés aux soldats. Toutefois, on ne put éviter complètement les fatales influences d'un climat auquel les troupes alliées n'étaient pas habituées; il 7 eut de grandes souffrances, de grands malheurs à déplorer. Les Anglais, moins façonnés que nous à la vie des camps, furent les plus cruellement éprouvés; mais la constance du soldai devait inouipiier de r inclémence des saisons comme de la résistance des en* nemis.

Les opérations militaires contre la Russie s'étaient étendues bJ BtaKUe ™^nie temps dans la mer Blanche et dans Tocéan Pacifique.

« Partout le pavillon Moscovite s enfuit et disparut devant nos raeiliiiie. escadro^^. Dans la nier Blanche, un blocus rigoureux anéantit le commerce ennemi; le monastère de Sailovitzlû et la ville de

DL CONGRÈS DE PARIS m

Kola, ciqpitale de la Laponie Eusse» furent détruits par une escadrille Ao#aise« Bans rooéan Pacifique, une division navale, sous les ordres

du conlre-amiral Febvrier-Despointeset da cuiainodore Price, se dirigea vers la Kaiu^ïthaïka et aiiaqua ie 28 août la ville de Pétropaulowski, devant laquelle elle captura deux frégates Russes. L'attaque ne réussit d'abord qu'à demi, mais peu de mois après Pétropaulowski , définitivement vaincue, devait M>mheT au pouvoir des alliés.

Telle était la situalioii iiulilaiie lorsque l'approche de Tliiver, ReprUa en reudaut les hostilités moins actives, viol (tonner une nou- ■fgariiltioii velie impulsion aux efforts de la diplomatie et remettre en discussion les combinaisons pacifiques des négociateurs.

Nous avons dit quelle avait été Tattitude des Puissances intéressées apiis l'échange <i( s notes du 8 août vnlxc TAutriclie, la France et l'Angleterre. On se souvient que la Prusse et l'Allemagne, tout en reconnaissant que les conditions contenues en ces noies étaient propres à asseoir la paix sur des bases so* lides, n'avaient consenti è s'approprier que les deux premières, qui concernaient plus particulièrement les intérêts Germaniques. On se rappelle aussi que T Autriche avait laissé entrevoir aux Gabmets de Paris et de Londres la possibilité d'une alliance plus étroite. C*est dans cette situation que les événements émouvants du silge de Sébastopol trouvèrent les grands Êlats de l'Europe.

La itolitiquc de l'Autriche avait bUiLuul pour luit, ainsi que Acte nous l'avons exposé, de ne s'engager qu'à la condition de se du sentir assurée du concours de TAUemagne et de faire entrer la ^ Prusse dans sa sphère d'action. Le 25 novembre, peu de jours a{)rès cette bataille d'Inkerman qui prouvait si évidemment à I Lurupu la force des armes occidentales, le Cabinet de Bctiin signa un acte additionnel au traité du 20 avril, par IcmiucI la Prusse s'engageait à défendre T Autriche dans ie cas où cette Puissance serait attaquée par la Mussie.

Cette hjpothèse était, il est vrai, improbable. 11 était évident que la Rus^e éntetait avec soin toutes les occasions qui pourraient amener un conflit entre eHe et rAutricbe. Mais,

quelque peu important qu*il fût dans l'ordre des faits, l'acte du 25 novembre l'élaii à coup sûr dans l'ordre diplomatique ; il liait davantage le Cabinet de Berlin à la politique Autrichienne, et il permettait à la Cour de Vienne de s'engager de plus en plus dans le sens de la politique occidentale sans craindre d» voir la Prusse se déclarer contre elle. L'acte du 25 noveiiiiue était tout au moins un engagement de neutralité de la part de la seconde grande Puissance Germanique, et c'était même, dans un cas donné, un engagment de concours. Trafié L'Autriche s'empressa de mettre à profit cette nouvelle si- ''"*enire^^ ' l'^^^'^ti^n pour reprendre le projet de traité à trois, avec TAn- 'toïÏÏw* fÇl''^^ '''*^ et la France, dont nous avons parlé préi» deiiiint ut. et Elle soumit dans ce but aux Cours de Paris et de Londres un projet qui n'obtint pas leur adhésion, mais auquel le Cabinet des Tuileries en substitua un autre qui fût enfin accepté par toutes les parties.

C'est le 2 décembre, date commémoiative de l'avénemenl au trône de l'Empereur Napoléon 111 et de l'Empereur François-Joseph, que lut signé le pacte d'alliance entre les trois> États.

Le préambule de cet acte considérable constatait que rien n'était ])îus propre h rétablir la paix générale sur des bases solides que « l'union complète des efforts des Puissances signataires jusqu'à rentière réalisation du but commun. »

Ce but commun était défini par l'article qui, rappelant le» déclarations contenues dans les notes du 8 août et réservant aui Parties coiUractantes le droit de proposer, selon les circonstances, les cundiiioiis qu'elles jugeraient nécessaires dans un intérêt Européen, les obligeait à n'entrer dans aucun arran-* gement avec la Cour de Russie avant d'en avoir délibéré en commun.

rAngleterre.

Par riirtirle'2, l'Autricho s'on^agonit à doftMidro les PrinripautésDanuijieiiiies contre toute agression delà part desttusses, sous la condition toutefois de ne pouvoir gêner le Hbre mouremenl des troupes Auf^o-Françaises ou Ottomanes, sur ces mêmes territoires, contre les forces militaiies ou le territoire de la Russie.

l/arlicle 3 prévoTait lo ras où les hoslilités éclateraient entre l'Autriche et la Russie, ot. dans ce cas, les Puissances contractantes stipulaient une alliance offensive et défensive, s*engageant en outre, par Tartide 4, à n'accueillir aucune proposition ni ouverture tendant à la cessation des hostilités, sans sVHro entendues entre elles.

L'artiHe 5 déclarait que^ si le rétablissement de la paix sur les bases indiquées en Tartide i^^ n'était point assuré avant le l*** janvier 1855, les Parties contractantes délibéreraient sans retard sur les moyens efficaces pour obtenir l'objet de leur alliance.

Kntin rnrticle 6 stipulait que le traité serait porté collectivement à la connaissance de la Prusse, et que les Puissances recevraient avec empressement son adhésion du moment où eOe engagerait sa coopération à Vaccomplîssement de l'OBUvre commune.

Les conséquences matérielles de ce traité, surtout en ce qui concerne le concours armé de T Autriche, ne devaient pas être immédiates ; dles étaient même soumises à des conditions élastiques et assez vaguement définies. La délibération en commun prévue par rartide 5 pouvait aboutir ^ l'action, mais elle pouvait aussi n'aboutir qu'à l'inertie. L'alliance offensive et défensive stipulée par l'article 3 reposait sur une éventualité de déclaration de guerre entre la Russie et T Autriche, presque entièrement hivraisemblable. Mais, tel qu'il était, le traité du 2 décembre n'en faisait pas moins faire un pas considérable à la politique occidentale. L'Autriche devenait formellement l'alUée de la France et de l'Angleterre, et il était visible celte

m HISTOIRE

fois qae si fous les moyens pacifiques échouaimit entre les

mains (ie la diplomatie, les forces Aulricliiennes s unirdieQt aux troupes Anglo-Françaises sur le champ de lialaille. u nussic La Russie ât de grands efforts pour empêcher la signature Mx'"qMue oompieDait la gravité. La veille de cette

praïKks. signature, le ministre de Russie à Vienne avait dédafé que son Gouvernement accueillait les quatre garanties comme base des négociations. Mais ceti*' déclaration ne pouvait plus exercer aucune influence sur la résolution de rAulriclie; le traité d'alliance fut conclu malgré la démarché de la Russie, et peutêtre même à cause de cette démarche, qui ouvrait des chances favorables aux négociations pacifiques.

Ce traité était en effet à peine signé, que le Cabinet de Vienne reçut de la part du Prince Gortcliakoff, au nom de sa Cour, des ouvertures formelles tendant h négocier sur la bàse ëes quatre garanties. La Russie était effrayée de rengagement pris par TAutriclie de transformer le traité du S déceaÂ>re en alliance offensive si la paix n'était pas signée avant le 1^ janvier 1855; elle voulait à tout prix éviter la coo[>ératioû des armées Autrichiennes avec les armées occidentales. MoBinio Les Cabinets de Paris et de Londres, informés par celui de / > Vienne des propositions du Prince Gortchakoff, consentirent à ' les écouler, pourvu qu'il fût bien constaté que rîoitîatîve venait (le la Hussie, et ce fut, en effet, sur la demande oftirielle du numstre iiusse qu'eut lieu, le 28 décembre, une réunion à laquelle assistèrent les Plénipotentiaires de la France, de 1* Angleterre et de l'Autriche avec le Prince Gortchakoff.

Les Puissances aUiées s'étaient, au préalable, entendues sur la rédaction d'un mémento qui devait ôlre communiqué à ce dernier comme condition fondamentale des négociations ultérieures. Ce mémento était la reproduction à peu près textuelle des notes du 8 août, dont il précisait néanmoins phis eiactement quelques dispositions. Il demandait : !• L'abolition du protectorat exclusif de la Russie sur les PHncipautés et Téta-

tilissemcnt d'une garantie collective lies grandes Puissances, l'abolition de tous les «adeos Irailés reialifs à ces piovinoes el radopHoD d'amngaDMDts à ce sujet, combinés de foçon à donner plein et entier effet m% droits de la Puissance suzeraine, h ceux des Principautés et aux intérêts généraux de rEurope; — 2° 1^ libre navigation du Danube i>ar la su[)pressîon de la juhdiclion territoriale de la Russie dans le delta du Danube ou par Tinstitution d*une autorité syndicale investie de tous lespouYoifs nécessaires pour détruire les obstacles qui pourraient exister aux touches de ce fleuve ; — 3» La révision du Irailé du 13 jinllft ISil. dans le ïm\ de rallaclier complétemeot l'existence de riimpire OUomau à l'équilibre lùiropéen, et de mettre fin h la prépondérance Russe dans la mer Noire, n était eipliqué néanmoins que les arrangements k prendre à cet égard dépendaient trop directement des événements de la guerre pour qu'il fiil pos-iM» d'rn arrêter les bases, et que l'on devait se borner à en poser le principe. — 4» ËQ&n« la Russie devait renoncer à toute prétention de protectorat sur les sujets chrétiens du Sultan, ainsi qu'au lenou- Tellement d*aueun des articles de ses anciens traités.

Le Princa GortchaVoff reçut le mémento du 28 décembre ad référendum el demanda un délai de quinze jours pour obte> nir les instructions et la réponse de sa Cour. Le 7 janvier, avant l'expiration de ce délai, il annonça aux Plénipotentiaiies alliés que le Czar était disposé à prendre les quatre points pour J»ase de la négociation, mais il donna de ces quatre garanties une interprétation telle qu'elle dût être unanuuement rcpoossée*

Ainsi, sur la question desPrincipautés, le Prince GortcfaakoCf ,

au lieu de la suppression pure et simple du protectorat Russe, demandait la garantie collective des Puissances pour le maintien des privilèges dont jouissaient les Provinces Danubieiin<^s. Il omettait la question relative à Tanéantissement de la prépondérance Russe dans TEuxin, se bornant à repousser d*a-

vancc \o\\\o cfinihinai^oii qui s»'rail incompalitilp aNt r la digniié de son Souveraui. 11 proposait entiOt sur le dernier point, do conférer è toutes les Puissances Européennes un Térital^e protectorat sur les sujets chrétiens du Sultan, ce qui eût été détruire l'indépendance de l'Empire Ottoman bien plus radicalement que ne l'avait tenté la mission du Prince MenscliikoiT.

La France et l'Angleterre ramenèrent énergiquemenl le débat è ses véritables limites* H ne pouTalt y avoir de négociation utile que dans les termes précis du mémento; la Russie devait y adhérer })urement et simplement ; à défaut, il ne fallait pas songer négocier. Le Prince Gortchakoff, poussé dans ses derniers retranclienicnts, el après avoir pris de nouvelles instructions, accepta saDsrésene le mémento du 28 décembre. Divers incidents retardèrent néanmoins Pouverture des négociations, laquelle n'eut lieu à Vienne que le 15 mars suivant.

Opiiiioo Les Puissam fs occidentales n'avaient qu'une médiocre conpuis^uires fiance dans l'issue que ces négociations devaient avoir. IiJles McideauK». étaient convaincues que l'adhésion de la Russie cachait des arrière-pensées et qu'elle n'avait d*autre but que d*empécher les consé<]uences du traité du % décembre. Les interprétations du Prince Ciortcliakoff, écho d'une ( àn ulaire adressée le tt novemhre par le ComtP de Nesselrode aux agents de la liussio auprès des (>)urs Germaniques; le soin avec lequel, après l'acceptation du mémento, la presse Russe ré[>andit le bruit que ces interprétations serviraient seules de base aux négociations pacifiques, ne laissaient pas de doute sur les intentions secrètes du Cabinet de Saint- Pétersl)ourp. Aussi la France et l'Angleterre continuèrent-elles, sans hésiter, leurs dispositions militaires et leur action offensive.

Aiuance Un précicui concours vint alors fortifier leur alliance* Le k i'Kiuout. Piémont, qui, nous Pavons dit, avait accueilli avec une sympathie manifeste la comiiumicalion du traité <lu 10 avril 185i, accéda fonueUeuieut à ce traité. Le 26 janvier 1655, il s'engagea

à fournir un corps d'armée do 15,000 hommes pour coopérer ^ la goene avec [les alliés de la Turquie, et U conclut avec l'Angletene une convention flnandère par laqueUe une somme de

20 millions de francs devait lut être successivenionl avancée parle Guaverneraent Britamuque. L'effet pro luit par ce traité d'alliance fut considérable. Les États secondaires comprirent, par l'exem^de de la Sardaigne, le rôle important qu'ils pou* Taient jouer dans la grande question qui agitait rEurope, et dès ee jour, commença parmi ëux un mouvement d'opinion qui (levait, à la fois, ixiipressionner la Russie et servir la c<iuse occuienlale.

Mais un événement bien autr^ent considérable vint alors émouvoir l'Europe et ouvrir de nouvelles perspectives à l'osa* vre de pacification.

Épuisé par la lutte qu'il soutenait moralement depuis dcu\

do rEmpercur

ans contre ropjmon unanime de l'Europe, intimement brisé NicoUs, par ks écliecs de sa diplomatie et de ses armées, convaincu qu'il avait perdu le prestige de son autorité, de son influence et de sa grandeur dans les Conseils des États modernes, l'Empereur Nicolas avait subi une dernière et profonde douleur en appronaiil la défaite d'un de ses plus beaux cori>s d'arméo, repoussé h Eupatoria et mis en déroute, le 17 février 1855, par 25,000 Turcs. — Le 28 février, le Czar fut atteint d'une violente inflammation de poitrine ; le 2 mars il était mort. Le retentissement de ce trépas soudain fut immense. L'au- Conséquence»

(le cet

leur, le véritable auteur de la guerre disparaissait j la guerre cvéncmeau allait-elle cesser avec lui? Ceux qui le crurent, et ils furent nombreux, ne se rendaient pas un compte exact de la situation.

L'Empereur Nicolas, dernière expression de cette race conquérante et ambitieuse dont Pierre le Grand fut le chef, avait été forcé, pour tenter Taccomplissement des desseins tra* ditionnels de ses prédécesseurs, de s'appuyer sur le fanatisme religieux de ses sujets et de surexciter des passions qu'il était désormais impossible de modérer et de contenir tout à coup.

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«76 HtSTOIRB

il laissait à son successeur un trône entouré de périls à Textérieur oomme à rintérieur, la Russie eovahie par des armées étrangèfes, mais aussi un peuple entraîné par une foi Huiatlque

contré les Français catholiques, les Anglais protestants et les

Turcs sectateurs de Mahomet. Essayer de couiprimer cel éJaa religieux, était au-dessus des iorces iiuiuaines; le Souverain qui aurait tenté cette œuvre irréalisable eût été brisé sans espoir. La lutte à l'intérieur contre le sentiment national était donc impossible* La lutte à^'extérieur était sans doute effrayante et peut-être aussi désespérée ; mais la Russie a« par sa géo^rapliic, une merv'eilleuse situation défensive dans laquelle le temps et Tespace sont ses auxiliaires et , dans la défaite même, lui permettent de braver l'ennemi. Il n*jr avait donc pas deux partb à prendre. Quel qu*il fût, Théritier de Nicolas était forcé de suivre la politique paternelle, dès son avènement, saui à la modilier peu à j»cu et h rabamionner plus t^ird lorsque les dangers qui, au dedans, menaçaient sa couronne, se seraient atténués.

AvéoemeDi Le Gzar Alexandre H, fils atoé de TEmpereur Nicolas, qui iTAieuodreii; ^ iràne à la mort de son père, était connu par une

^^21^" grande douceur de caracl*'re; on vantait ses sentiments modères; un vaiiUiil surluul riiiun'u>e mtlucncc qu'exerrail sur son esprit sa femme, la jeune impératrice, qui avait souvent blâmé hautement la continuation de la guerre et conseillé une paix honorable* — Mais toutes ces favorables dispositions devaient céder devant la loi de la nécessité et la raison d^État* Le nouvel Kn>{)ereur ne pouvait, par une jimiiédiate soumission h la politique de TOccident, infliger un sanglant allront à la niéinoire de son père et fouler aui pieds les susceptibilités de Torgueil national. Le territoire Russe envahi, les armées Russes deux fois vaincues, Tobligeaient à relever avant tout, s'il était possible, Tlionneur de son drapeau et à se montrer l'organe dévoué du paiiirtiisine de sou peuple. Le premier acte accompli par Alexandre 11 prouva qu*ii

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oompEenait cette sHoation et ce devoir, il adressa h la nation Eusse, lejour même de son avénoiueiil au tronc, un mnnifosle dans lequel il priait la Providenro do faire que par lui s'accomplissent les vues et les désirs de Pierre, Catherine, Alexandre et son père le Giar Nicolas, i» C'était rattacher hardiment sa politique à la tradition de ses ancâlres et maintenir cette tradition en face de la Kussie et en face de 1 Europe entière.

Cependant TEmpi reur Nicolas avait, avant sa mort, adhéré à l'ouverture de négociations pacifiques. Le nouveau Gzar, pour aflécter de donner au sentiment national des gages s^aificatife de son énergie, ne pouvait pas se montrer moins ccmciliant que ne l'avait été son père. Une circulaire du 10 mars, adressée parle Comte de Nessclrode à tous les agents diplomatiques de la Russie, annonça que le nouvel Empereur avait renouvelé et confirmé les pouvoirs dont avaient été munis les Plénipotentiaires Russes depuis le mob de décembre, et que la Busne apporterait dans la délibération un sincère esprit de concorde. M. de Nesselrode ajuulait néanmoins que « l'espérance de la conclusion de la paix resterait infructueuse, si les conditions de la transaction à conclure devaient dépassa la juste limite que la dignité de la Couronne traçait irrévocablement aux résolutions de son Souverain. »

C'est dans ces circonstances que s'ouvrirent les Conférences ouverture devienne. 11 était manifeste pour tout t*spril sérieux que la con^rcnrcs paix définitive n'en sortirait point. Les Puissances délibé- ^'«^ rantes, malgré l'acceptation pure et simple du mémento du iS décembre, n'étaient évidemment pas d*aocoid sur la défi* mtion précise et la portée- des quatre garanties. L'Empereur Alexandre, par les motifs que notis venons d indii^uer, avait intérêt à ne pas consentir trop vite, et sans de nouveaux combats, à ime paix qui , sous quelque point de vue qu'on l'envisageât, devait porter un coup terrible à la puissance et à la polftique de la Russie. Il était donc ^eile d'espérer la ces-

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sation immédiate de la guerre. — Néanmoins, les négociations furent ouverles, et les ruisî>anccs alliées y a|)i^u^l^^cnl leur loyauté habituelle el le plus ferme désir d'aplanir les diûi> cultés qui pourraient être soulevées.

La Prusse La FkancB, TAngleterre, l'Autridie, la Russie et la Turquie "ao^?^ furent seules représentées aux Conférences de Vienne. La Prussi , (jui, en sa qualité de grande Puissance, avaii un si manifeste iiitéièl à ne pas rester étrangère à la discussion el au règlement d'une des plus graves questions modernes, la Prusse ne put cependant pas être admise aux délibérations. Pour j participer, il aurait fallu adhérer aux principes du mémento dans le sens que leur donnaient les Puissances alliées, et d'un autre côté, coiume le Cabinet de Rt ilin n'était pour aucun des États intéressés ni un allié ni un belligérant, il ne pouvait évidemment délibérer avec eux qu'à la condition de s'engager à prendre part à la guerre si les Conférences n'aboutissaient pas à la paix. La Prusse refùsa de souscrire à cette double condition que nuiiiihorent avec fermeté les Puissances occidentales, et le Congrès de Vienne s'ouvrit sans son intervention.

C'est, avons-nous dit, le 15 mars que fut tenue la première conférence. Les Plénipotentiaires étaient , pour TAutridie ,

MM. de Buol et de Prokescli; peur la l'iance, M. de Bourqueney ;pour la (imiiile-Bretagne, Lord Juliu Russell et le Comte de Weslmoreland; pour la Russie, le Prince Goilcbakolf et M. de Titoff ; pour la Turquie, Aanff-Bffendi.

La séance fut ouverte par un discours de M. de Buol, discours convenu h Pavance entre les Plénipotentiaires alliés, dans lequel, luut en exi)riiiiaiU l'eapùrance qu'un loyal esprit de conciliation ferait atteindre le but pour lequel se réunissait le Congrès, il était déclaré que a PAutriche avait son opinion arrêtée au su^et des conditions indiq[)ensables sur lesqueltos devait s'établir la paix, » et que ces conditions étaient celles indiquées dans la note remise au Prmce Gortchakoff. M. de

ihinl rapiiola ensuite le texte des quatre garauties acceptées par tout le mauiie comme poml de départ des négociations.

Quelques paroles prononcées à la suite de ee discouis par

Prince Gortchakoff purent fîûre piévoir l'insuocès de ces négociations, v Si, de quelque côté qu'elles vinssent, dit le Plénipotentiaire Russe, les conditions de pai\ que l'on voudrait imposer à la Russie étaient incompatibles avec son honneur, la Russie n'y consentirait jamais, quelque sérieuses que dussent dire les conséquences de son refus. »

Ainsi, des deux parts, on inaugurait la délibération en affîr* manl qu'il y avait en quel([ue sorte parti pris de ne pas franchir des limites qui restaient manifestement «'loignées les unes des autres. Les liouunes d'État qui pcenaieut part à ces conférences étaient tiop perspicaces pour ne pas comprendre dès lors qu'on ne parriendrait pas à s'entendre.

Les deux premiers points ne furent toutefois pas l'objet de discussions bien vives. — On se rappelle qu'ils élaient rclatils à deuxprwnîei» l'organisation des Principautés et à la navigation du Danube.

La Rwi^8^ montra facile sur les conditions proposées, et sauf lyielfiips modifications de détails, elle admit, sans conterlatîon sérieuse, le règlement de ces garanties. Il lui importait en effet de donner à cet égard pleine sali^fadion aux intérêts Allemands, seuls diretleiiieid engagés dans la question. Par là, elle espérait, non-seulement mAinti^nîr TAUemagne dans la neutralité, si on ne s'accordait pas sur les deux autres garanties, xnais peutpétre même diviser les alliés du 2 décembre. C'était, dans tous les cas, une concession faite au profit des Puissances Gennainques, concession que la diplomalie Russe devait plus tard faire sonner bien baut, dans le but de se conserver les ^jm^pathies de la Ctonfédération.

La Russie consentit donc à ce que son protectorat exclusif sur les Principautés DanuMennes (Il place à la garantie collective des grandes Puissances et à une nouvelle organisation do ces proYuices; ^e consentit à la libre navigation du Danube»

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et notamment à rinslituUon d une Commission Européenne pour assurer le libre cours du ileuve à ses embouchures. Discossioa La discuanoB arriva ainsi sur la troisième garantie» destinée ittifteièM ^ rattacher l'Empire Ottoman à Téquilibre de l'Europe et à pmrti»» faire cesser la prépondérance Russe dans la mer Noire.

Tout le monde senlait que là était le nœud véritable de Ja difficulté et la solution njèiae de la question d'Orient. Enlever à la Russie sa puissance maritime dans TEuxin, c'était lui enlever toute sa force agressive contre l'Empire Ottoman, et couper le pont par lequel eUe espérait passer un jour de Sébastopol à Gonstanlinople. Mais on avait dû se borner à poser îe principe dans le mémento du 28 décembre, sans déterminer les moyens pratiques de le réaliser. Lorsqu'il fallut formuler un système» on se trouva en lace de difficultés du plus sérieux caractère, et surtout d'une résistance absolue de la part des diplomates Russes.

• Il n'est pas d'incidept qu'ils n'aient soulevé dans les conférenœs, pour écliapper aux exigences d une solution sur ce point. Dans la séance du 98 mars, M. de Buol avait engagé les représentants de la Russie et de la Turquie, Puissances le ]rius directement intéressées dans la question de la mer Noire» à fain^ ( oiitiaîlie leurs idées à cet égard; le Prince Gortcliakoff répond qu'il est prêt à discuter les moyens d'exécution qui seront proposés, mais qu'il ne se croit pas en mesure depreivdre l'initiative*

Puis, comme les Plénipotentiaires alliés hésitent à mettre en

avant un projet quelconque avant que la Russie ail donné, par l'exposition df ses vuos, un gage de ses intentions conriliantos, le Plénipotentiaire Russe demande que Ton passe outre a la discussion du quatrième point relatif au protectorat des sujets Grecs de la Sublime Porte.

Le but de cette stratégie diplomatique était évident. — La Russie, en adhérant aux deux premiers points, pensait avoir séparé à jamais l'Allemagne des Ptiissances occidentales, en la

DU CONGRÈS DB PARIS ISl

désintéressant ; en adJiérant au qualru'rae, elleespérait diviser les alliés du 2 décembre, et laisser la France et rAngleterre isolées SUT la question de la mer iNoire, question vitale auprès de laqudie toutes les autres étaient secondaires.

Les Cabinets de Londres et de Paris ne se laissèrent point n.nmjn prendre à cette tactique; ils transmirent à leurs représentants esi iSSo*

1 invonctîon fortiielle de ne pas laisser intervertir l'ordre de la

^ pléuipoten-

discussion et de ne s'engager à aucun prix dans l'examen de la tbirc quatrième base, arant que la troisième eût été réglée. En ^'^^^"^^ même temps, pour donner à ce grave débat toute l'importance quHl méritait, la Cour des Tuileries décida que M. Drouyn de

IJnivs, son ministre des affaires étrang^res, assisterait aux Conférences de Vienne. La Turquie, de son côté, adjoignit h Âariff-Effendi. Aali-Pacha, l'un des fonctionnaires les plus estimés et les plus considérables de rËmpire , que le Sultan imrestit de ses pleins pouvoirs.

Avant de se rendre à Vienne, M. Drouyn de Lliuys eut à EntreTW Londres une entrevue avec les membres du Cnliinet Anglais, *'*de'uoy?' dans le but d'arrêter définitivement la conduite à suivre et de , .

les ministres

formuler le plan commun que Ton ferait prévaloir. Anglais.

Deux systèmes étaient proposés par le Gouvernement Ftacçais : le premier consistait dans la neutralisation pure et simple

de la mer Noire ; iesçcond dans la limilaiiou des forces Russes dans cette mer.

La neutralisation avait néanmoins toutes les préférences du Cabinet desTuileries. Jl y voyait le seul moyen radical^ eiflcace» pour paralyser l'ambition et les projets séculaires de la Russie ; c'était d'ailleurs vraiment l'état de paix substitue à l'état de guerre; c était le désarmement complet des Puissances rivales au profit du commerce et de Tindustrie, et« partant, une solution digne de notre époque et de nos moeurs civilisées.

A défaut de la neutralisation de VEuxin, la limitation des fon:es Russes pouvait être aussi proposée. Dans ce système, ou aurait interdit à la Russie et à la Turquie d*avoir plus de

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m BISTOIRE

quatre vaisseaux et quatre fr('?ate? dans la mer Noire. La Fnmoe, l'Angleterre et TAutnche auraient eu également le dioit d'y entietenii la moitié de cet ei^ectif» et même d'y faire entrer de plus fortes escadres au cas oik la marine Russe se

serait accrue.

Ce n'était ]h f'videmment qu'une solution incomplète. I>es conflits i)ouvaient (jcialer à chaque instant entre les forças maritimes des différentes nations; la llussie pouvait armer dans l'ombre des flottes gigantesques prêtes à enyahir la mer Noire au momeni opportun, avant que nos escadres, confiantes et occupées sur d autres mers, eussent le temps d'arriver au se- Gours de la Turquie. Il y avait là, toutefois, un point de vue sérieux en ce que, si la Kussie avait violé suu eii^ i renient sur ce point, éOe aurait eu à combattre toutes les grandes Puissances de l'Europe, garantes et gardiennes du traité à intervenir.

svm.st^c Ce doul)le système fut proposé à l'adhésion de l'Autriche, de i AuiritUc.^^ repoussa péremptoirement le premier et consentit à appuyer le second, sans toutefois vouloir faire un cas de guerre de sa non-acceptation par la Russie.

Le Cabinet Autrichien avait, en effet, un troisième système, n consistait dans une sorte de pondération des forces navales respectives. Prenant pour i'(.inl de départ l'effectif actuellement flottant de la marine Kusse, il donnait aux Puissances aUiées le droit de faire entier dans l Euiin un nombre de vaisseaux suffisant pour assurer leur prépondérance dans le cas où la Russie augmenterait le chiffre de cet effectif, u système Quoi qu'il en soit, le sy.ièrae de liimialion fut seul soumis d'abord à la Conférence par M. Drouj-n de TJmvs, après délitaGMlii£!B. béraUou entre les Plénipolwitiaires de la Frcmce, de l iVnglcterre, de l'Autriche et de la Turquie. U fut résolûment repoussé par les Plénipotentiaires de la Rus^e comme incompatible avec la di^ité de leur Souverain.

A leur tour, ils formulèrent une contre-proposition aux

DU CONi.KtS DE PARIS 183

termes de laquelle la Porle aurait accordé indistioctement à toutes les nations le passage à tiaveis les détroits pour se

rendre soit de la mer Noire dans la Méditerranée, soit de la M» fliierranéc dans la mer Noire.

Si une pareille proposition avait été adoptée, la Russie réalisait à rinstant même le but de ses étemelles convoitises. Ses flottes eussent librement navigué dans la Méditerranée, et on peut bîea penser qu'elles n'auraient pas passé devant Con* stciiitinople sans saisir une occasion propice de s'en eni^uuer. •

Autant valait avouer qu'aucune transaction n était possible. LaRusÂeoomprit qu'elle éUiit allée trop loin; dans une séance po$férîeure,provoquéepar se$Plénipotentiaires,elle {ooposa de revenir au principe de la fermeture des détroits, avec faculté pour le Sultan de les niisrir aux flolles des Puissances étrangères s'il jugeait 1 Kmpire Ottoman en danger. Mais où était la concession ? où était la garantie ? Ces droits, le Sultan les possédait déjà en vertu des anciens traitésret de sa souveraineté propre, et si Texistence de la Turquie était menacée, qui pouvait affirmer que ses défenseurs n'arriveraient peut-être pas trop tard?

La GoniCérenœ s ajourna indétinimeot.

Les négociations étaient bien évidemment rompues de (ait; mais, ainsi que nous Favons dit» tout en appuyant le sysième de'dMner proposé i)ar les Puissances occidentales, l'Autriche n'avait pas * «n »3f»ièiDe

* * ' h forme

consenti à faire un cas de guerr^i du refus de la Uussie; il im- cUeffei portait d'obtenii' de la Cour de Vienne Uiit* formule d UÎtltnfl— ^itimatmn. ium dont elle s'engagerait à imposer les conditions par les armes si elle ne pouvait les obtenir par la diplomatie.

V. Drouyn de Ihuys et Lord John Bussell sacrifièrent un peu trop facilement les principes fondamentauic à l'avantage du concours anné de l'Autriche. Sans adhérer formellement au q^stème de pondération proposé par la Ck>ur de Vienne, ils s'engagèrent à le communiquer à leurs Ckmcs respectives. L'Aupro|)Osait de laire de son projet le texte d'untc/ltmolin»

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