‹ Histoire du Congrès de ParisChapitre 29 sur 43 · IS4 HISTOIRE · texte numérisé non relu

IS4 HISTOIRE

el de si^mer, d'ailleurs, s'il était accepté par la Russie, un Iraité à trois dans lequel on aurait considéré comme un cas de guerre le fait que reKecUCmarilime de la Russie alieindrait le chiffre unie 6e//iiiii,

Vidée d'une alliance pennanente entre PAutriche et les

Puissances occidentales, au point de vue de la question d'Orient, souriait d'ailleurs à M. Drouyn de Lliuys et à Lord John Ruasell. Le premier partit aussitôt pour Paris, dans le but * de soumettre ce projet à son Gouvernement. ceti0 L*Empereur, d'accord avec la Cour Britannique, repoussa •"^Jjf"*" cet expédient, qui n'imposait à la Russie aucun engagement re^wusiàée. positii', qui laissait subsister toutes les menaces de l'avenir, qui devait faire naître des conflits incessants au lieu de les rendre impossibles, et dont tous les inconvénients n'étaient que très-peu compensés par réventualité de l'alliance Autrichienne. CSette décision entrainala démission immédiatede M« Droujn

4e M. DrooTn , , ,

de LtMys. de Lnuys.

On crut, en Europe, que la retraite de cet homme d'Etat était l'indice d'un changement dans la politique de la France; on voit que, au contraire, les motifs qui le forcèrent à se retirer étaient la consécration du but que le Gouvernement de l'Empereur avait poursuivi dès l'origine et dont M. Drouyn de Lhuys s'était un moment écarté.

Ce but était la solution complète et délinitive de la question orientale 9 depuis trop longtemps suspendue sur l'Europe. Puisque le glaive avait été tiré du fourreau, il fallait résoudre radicalement le problème et ne pas le laisser se compliquer davantage. Le lenips des expédients et des demi-mesures elait désormais passé. Les Puissances uceidentales ne pouvaient pas avoir fait les énormes sacritices qu'elles avaient déjà accomplis pour n'aboutir qu'à un résultat inefficace; elles n# pouvaient pas s^exposer à reprendre très^prochainement les armes pour le même intérêt, et surtout, afin de maintenir le contre-poids proposé par l'Autridie, elles ne pouvaient pas rester étemel-

nu CONGRÈS, DE PARIS 185

lement sur un pied de paii année pire que VéM de guerre.

Elles étaient donc bien déterminées à obtenir des garanties entièrement efficaces ou à ne pas faire la paix. La coopération

de rAutriche était sans doute fort (lcsiral)lc; mais, après Umi, la France ft rAnfiloterro, unies à la Turquie et au Picinont, se sentaient assez puissantes pour dompter enfin leur redoutable adversaire. Leur alliance et leur cordiale union venaient de se resserrer encore par un fait d'une grande importance. L'Em*pereur Napoléon 111 avait fait un voyage à Londres, oîi il avait été reru [nw des ôvations et des démonslraliun.N |H»pulaires inouïes jusqu'alors; de son côté, la reine Victoria ne devait pas tarder à rendre sa visite à son auguste allié et à recueillir k son tour les témoignages de sympathie et de respect du peuple Français.

Une pareille inluiulé appuyée sur une aussi grande puissance pouvait défier tous les événements; elle autorisait les Gouvernements occidentaux [à ne déposer les armes que lorsque la paix pourrait être rétablie dmis des conditions tout à làit satisfaisantes.

L*Emperenr choisit pour succéder à M. Drouyn de Lhuys m. waiemii riiomme d'ttat qui caractérisait le mieux cette situation. M. le m^dÎm^i Comte Golona Walewski, ambassadeur de France à Londres, *"wï». avait le plus contribué, par son caractère élevé et par ses actes, à fortifier Tentente et la mutuelle sympathie des deux pays et des deux Gouvernements; au moment où Talliance Ân^o-Française devenait le plus ferme pivot de la politique occidentale, M. Walewski était vraiment l'homme de la situation. Le portefeuille des affaires étrangères fut remis en ses mains; le traité de Paris a justifié avec éclat la confiance de l'Empereur en son nouveau ministre.

Malgré Ténergie dont étaient animées les Puissances occi- Nraw» dentales, le concours de l' Autriche pouvait être trop utile pour de iimiiaUon qu'on ne s'efforçât pas encore de l'obtenir. M. le Comte Wa- p^PJJJJJjJ^j^ kwski , dès son entrée au ministère , s'efforça de résoudre ce

1841 HlSiXOlRË

problème. Le Cabinet de Vienne proposa de reprendre sous une aulre forme, et de s^nnnettre à la CoiUérence le système de limitation; mais, comme il ne voulut pas faire un cas de guerre de son rejet, quoique le refus des Plénipotentiaires Russes fût certain, il demeura bien évident que le débat ne s'ouvrirait que pour la forme, et qu'il n'y avait plus lieu de compter sur une solution pacifique.

Néanniuius, ce nouveau projet fut foiiimlé dans la séance du 4 juin. Il portait en substance que la Turquie et la Bussie proposeraient d'un oommuD accord à la Ck>nférence l'effec» tif ^al des forces navales que les deux Puissances ^tretiendraient dans la mer Noire, et qui ne devrait pas dépasser le statu quo (les bâtiments Russes à flot dans cette mer. L'arrangenieiii i)ris entre elles à cet égard devait faire partie intégrante du traité général. Les autres Puissances contractantes devaient être autorisées par un Finnan à faire entrer et sta* tionner dans la mer Noire deux frégates ou.bAtiments de moindre force.

Les Plénipotentiaires de la France, de rAnçloterre et de la Turquie déclarèrent que le refus réitéré de la Russie d'admettre aucun principe de limitation rendait superflues des délibérations ultérieures sur un projet qui, d'ailleurs, n'atteignait qu'imparfaitement le but proposé , et que leurs instructîoiis étaient épuisées.

Le Prince Gortcliakoff saisit alors cet incident pour faire oroire que sa Cour verrait dans la proposition Autrichienne une solution possible de la troisième garantie et pour rejeter sur les Puissances ocddentales la responsabilité de la rupture des Conférences. Mais vigoureusement interpellé par M. de iiourciueuey, il déclara que janiai» ^on Gouvemeiiient n'admettrait une limitation quelconque de ses forces, et qu il eu repousserait toujours le principe comme une atteinte à ses droits de souveraineté; qu'il n'avait relevé et admis dans le projet Autricliien que la combinaison d'amener une pondéra-

lioa de forces par renteoto directe et ie coQi>eiileiiieAt mutuel des parties intéressées.

Cet aveu édaiiait les intentions réelles de la Russie et tran- u chait la question. La séanee fut levée après ces paroles et la ^'^^^^^ Conférew v ilissoule. ûittmt.

L'attiluile que rAutriclie avait prise eu dernier lieu délrui- RéuUats sût lese^ïérances qu'avait fait naître l'alliance du â décembre. '''^'^^'^^^ On se soinient qu'aux termes de Tarticle 5 du traitét si la paix n'était |>as rétablie dans le dâai d'un mois, les Puissances coulraclantes devaient délibérer, immédiak'inenl , sur les moyens à employer pour atteindre le but do i alliance. Mais le Cabinet de Vienne i \ al diliéré d'opinion avec ses alliés sur l'application de la troisième garantie prétendit qu'il était, pour le moment du moins, dégagé de l'obligation cont^ue dans cet article, et déclara qu'il se bornerait à occuper et à protéger les Principaux > Uanubieimes sans prendre d'autre pail aux opérations militaires.

La diplomatie Russe ût grand bruit de l'attitude de l'Autridie; elle la pré$entà| partout en Allemagne comme un retour Ters le système de neutralité. Au fond, la Gour de Saint-Pé-

lersboufiî Nivait bien le cuiiUaire ; les ilia^jcaux des alliés du 2 décembre n étaient pas confondus sur le cliamp de bataille, maiskur politique restait identique, et par des voies différantes ils marcbaient toiqours refs le même but.

Toutefois, les déclarations de la Gour de Vienne, son abstention, et bieiUùlia réduction de son armée fournirent un ai^pui indirect à la cause du Czar. La Russie, rassurée du côté de ses froDtières Autrichiennes, put transporter en Grimée une partie des troupes qu'elle était obligée de jnaintenir en Pologne et vers la Gallicie, et augmenter ainsi les moyens de résis* lance qu'elle nous opposait.

La di[»lomatie Russe tira aussi parti du résultai des Conférences, pour agir sur l'Allemagne. l>éjà, le 28 avril. M, de Neswhode, dans une circulaire qui avait reçu une grande pubti*

i68 HISTOIRE

ril(', avait exposé h son i»oiiil de vue l'état des négociations et rejeté sur les Puissances occidentales la fautif de leur insuccès. Getle circulaire parut à la suite du rejet des propositions Anglo-Françaises. Après la rupture définitive, M. de Glinka, représentant de la Russie aup^^s de la Diète de Francfort, dédara au nom de son Souverain i ju' il iiiainlieiidrail toutes les concessions faites dans les Couféreuces, relatives à Torganisation des Principautés et à la libre navigation du Danube, à la condition que TAUemagne peisislerait dans la conduite qu*eUe avait tenue depuis le principe.

La Iraïu e, de sou côté, avait cru devoir exposer sous son vrai jour la situation. Elle liut suiloul à faire comprendre que l'insuccès des négociations ne devait pas lui être imputé, et qu*il ne changeait d'ailleurs rien à la politique des Puissances occidentales ainsi quh leurs rapports avec rAutridie. Tel fut le but d'une courte et remarquable circulaire adressée le 9 mai par M. le Comte Walewski aux légations de la France à l'étranger.

La Cour de Vienne rédigea également trois circulaires à ses agents en Allemagne, destinées à éclairer Fétat de la ques* tion. La première avait pour objet la communication des protocoles; la seconde eiail une réponse aux doux dernières dé- [léches-circulaires de M. de Nesselrode ; la troisième exi»liquait les motifs de la retraite de M. Drouyn de Lhuys. Tous ces actes affirmaient d'aiUeurs que Tallianoe entre TAutriche et les États occidentaux restait dans les mêmes termes qu^avant la rupture des Conférences; ils déclaraient que les quatre bases de paix étaient indivisibles et ne pouvaient être acceptées l'une sans l'autre.

La Confédération, hésitante, était très-disposée às'enfenner en effet dans une neutralité complète. La Prusse, désormais passive, l'y excitait; maisVAutriqlie insistait vivement d'autre part pour engager la Diète à déclarer Tindivisibililé des quatre pomls de garantie et à se mamleuir en état d'expectative armée

^ DU CONGRÈS DE PARIS m

(Kriegêbereitschaft), Entre ces influences et ces sollicitations ooniradictoîies, les Puissances Germaniques n'aboutissaient <{u*à Vimmobilité et à reffaeement.

Seules, la France et FAngleterre allaient résolument dans la voitM»à elk's > ( taienl engn^^'-es; les négocialions n'avaient arrêté ni leurs préparatifs ni leurs opérations militaires. Dans les Conférences de Vienne, les Plénipotentiaires Russes, en repoussant comme une injure la limitation des forces de leur patrie, disaient d'un ton ironique à ceux des Puissances oocideulalos : « Votre demaiule serait plausible si vous avic/. pris SeliaslojK»! ; mais prenez d'abord celte forteresse. » France et l'Angleterre comprirent bien que là, enefXet, était le meud de la question, et qu'il fallait résoudre par un grand fait de guerre la troisième garantie. EUes ne Voccupèrenl plus que derprendre Sébastopol.

La diploiiialie se retire dès lors de la scène des événements, attendant que le sort des armes lui permette de reprendre son œuvre pacifique forcément interrompue. Le résultat ne devait plus se faire longtemps attendre.

Parcourons rapidement l'histoire de nos dernières luttes en Grimée.

Nous avons dit les soulTrances que rinvei avait fait éprou- Siége ver A nos héroïques armées. Leur constance et leur énergie séteiopoL semblaient néanmoins s'accrottre avec les obstacles et les périls. U laBaît travailler aux tranchées dans la neige et dans Teau. Nuit et jour, il fallait résister aux sorties audacieuses des Russes et soutenir le feu contre la place. Nos pertes étaient cruelles, mais le courage des soldats ne faiblissait pas un instant. Toutefois» U était certain que la victoire ne serait obtenue qu'au prix des plus grands sacrifices.

Le siège de Sébastopol ne ressemblait en effet à aucun de ceux que l'histoire a enregislrysdans ses annales. Le côté sud de la ville était investi et attaqué parles travaux d'un siège rtj^uiier; mais le côté nord restait ouvert au ravitaillement de la

Digilized by Coogle

place et aux libres communications du larmée assiégée avec les foroes réunies dans rintérieur de la Crimée sou5 les ordres des généraux Russes. Des renforts, des munitions de toute nature y entraient chaque jour, el ainsi se renouvelaient sans cesse les moyens de rosisUmce «le l'ennemi. D'un autre côté, notre flanc était constamment menacé par l'armée Russe campée sur la Tchemaïa, de sorte que si, d'une part, nous assiégions Sébastopol, de l'autre, nous étions, sinon assiégés , du moins bloqués sur les plateaux d'Inkerman et de Balaklava.

C'était tout à la fois un siège et une campagne, c'esl-à-Uire quelque chose d'inouï dans les fastes stratégiques.

U fallait donc être sur la défensive et sur roffensive par tous les points à la fois, et malheureusement les travaux effectiis du siège ne marchaient qu'avec ime extrême lenteur.

Dans le but de s'aider du concours des escadres, on d\aii porté le point d'attaque sur le bastion de la Quarantaine, situé au bas de la ville, à côté du grand port ; mais ce point était dominé par tous les autres forts de l'ennemi, de sorte que nos ouvrages étaient constamment exposés à un feu destructeur. Auaqoe A la fin du mois de janvier, le général Xiel iul envoyé on Tfriitiy Crimée par le Gouvernement Français pour apprécier la situation. Inspection faite^des travaux du siège, son opinion fut qu'il follait renoncer au systtoe adopté jusqu'alors, et attaquer résolûment et 'prinri{)alement la tour Malakoff, située sur une hauteur qui commandait toute la ville, el dont la possession devait assurer le suc( (^s.

Immédiatement après on commei^ les travaux d'approche sur ce point , et une nouvelle organisation de l'aimée suivit cette opération stratégique. Les troupes Françaises foient divisées en deux corps, dont l'un devait présider aux travaux du siège, tandis <iue l'autre agirait du coté de laTchernaïa. Le général Pelissier, mandé dans qb but d'Algérie, prit le corn* mandement du premier ; le second fut placé sous les cidres du général Bosquet.

DU CONGRÈS DE PARIS 19i

Cesl dans ces circonstances qu'eut lieu Tentreprise formi- c nbat dable des Busses contre Eupatoria» entreprise dont nous ayons parlé phis haut et dont Tinsuccès accrut les chagrins mortels lie i ijupereur Nicolas. Celle teniative, destin^^c h rcjctor les Turcs à la mer et dans laquelle 40,000 Russes étaient engagés, éclioua dorant Théraïque résistance et l'élan in^tible de Tarmée d'Omer-Pacha et surtout des troupes Égyptiennes, qui se oou?rirent de ^oire en cette occasion.

Cependant, au milieu d'incidents terribles, de luîtes arhar- ootertare nées, d'éclatants faits d'armes, les travaux contre les appru- ^^^ff** dies de k tour MalakoU se poursuivaient avec une admirable penëvérance. L'ouverture du feu fut décidée pour le 9 avril, et eut lîeu en effet ce jour^à; mais malgré les résultats considérables qu'il produisit, l'assaut ne put être utilement tenté. On dut attendre des renforts demandés à Constant i m iple, et surtout l'arrivée de la garde impériale, que l'Empereur Napoléon envoyait de Paris recevoir en Crimée la baptême de feu.

Dans rintervalle, on se rappelle qu'un nouveau concours avait fortifié la politique des Puissances occidentales. La Sardaigne était entrée dans leur alliance ; le contingent de 15,000 hommes, prumis ])ar le traité du 25 janvier, * ( nimenra à arriver à Kamiesdi dans les premiers jours du mois de mai.

Mais des difllcultés considérables surgissaient à chaque in- Démission stant devant les forces alliées. Des dissentiments eiistaient ^pj^ entre les généraux en dief ; le défirat d'unité dans le commandeiiieut était la source des plus graves embarras. Le général Canrobert ne crut pas pouvoir porter plus longtemps la respon- 8al>ilité et la direction de cette immense entreprise ; le 16 mai, fl envoya par dépécbe télégraphique sa démission au ministie de la guerre, et il écrivit en même temps à l'Empereur une lettre où il expliquait les motifs réels de sa résolution, moti& jiaiiiii iesqvu'l-; liguiaienl surtout les divergences regrettables qui existaient entre lui et le ciief de l'armée Anglaise. Dans cette lettre» modèle d'abnégation et de patriotisme, le général

Digilized by Coogle

192 HISTOIUL

Ganrobert demandait d'être remplacé par le général Pelissier, et sollicitait pofur lui-même le droit de servir sous les ordres

du nouveau général en chef.

Ce désinlc^ressement , cette noblesse diurnes dos lomps antiques iiruduisireut une prolonde émotion en Euro|)e et dans Tannée. L'estime que l'on avait pour le général Ganrobert s'en accrut dans l'opinion de tous, et l'illustre général grandit autant par cette abdication que par les grandes qualités dont il avait fait preuve.

Le général La démissioQ du général Ganrobert fut acceptée ; le général estinmu dn Pelissier prit le commandement en chef de Tarmée Française, eomm^ndf- ç;^x un hommo de froide énergie, comme il en faut dans les rudes exigences de la guerre, ne reculant devant aucune des

nécessités du succès, sachant exposer l>eaucoujt pour réussir, aiiiu' (les soldats, ayant leur cunliauce, brave dans l'action, inébranlable dans le conseil.

Prise du Peu de jours après, un des principaux ouvrages qui se liaient maiDeion^veit ^ ^ Malakoff, le momêîon Vert et les OuvrageM bUme$, fut attaqué et pris d'assaut par les troui>es alliées. Nos soldats s'y fortifièrent solidement, retournèrent contre la place ces travaux de défense et continuèrent avec un nouvel acbarnement à battre en brèche la tour MalakofL Espéditidii En attendant, une expédition maritime, commandée par le

diius li oicr

u'Aioff. contre-amiral Lyons, s'était dirigée sur Kertch de manière à

détruire vers la mer d'Azoff les forteresses et les approvisionnenienls des Russes. Jtertch, leni-Kalé tombèrent rapidement en noire pouvoir, et nous nous* y établîmes dans une position qui menaçait par le flanc gauche l'armée Russe de la Tchernaïa. De là nos navires parcoururent la flèche d'Ârabat, seule voie de comnmnication entre celle armée et les uia^a>ins de grains de la mer d'Azoff; Taganrok, Marianopoh furent successivement abordés et livrés aux flammes. Tous les petits i)orts Russes de r£uxin et de la mer d'Azoff étaient désormais détruits.

Le pénéral Pelissîer pensa que Vheure était venue de tenter premier un < r,\m décisif sur Malakoff. Lo 18 juin, après plusieurs jours ^ ^u^^l^ d uii bombardemeotsans exemple, i assaut est donne. Malheu- Tetisement» par suite d'une erreur fatale, ie général Meyran devance le signal, et ce malentendu suffit paur modifier et renverser toutes les combinaisons primitives. L'assaut eut lieu néanmoins; un moment même nos ln^roiques solthil^ irandiirenl le parapet ; mais accablés par dos forces supérieures, après des prodiges d'héroïsme, ils sont obligés de se replier dans les tnncbéeSt ayant à déplorer la mort de plusieurs de nos plus braves officiers et la perte de plus de 4,000 hommes.

Ce fut Je premier écliec subi par nos armes depuis que nous Moit avions mis le [)ie(l sur le ternloire Russe. Ccléeliec trouva iiu- lw^ h»%\»n passibles la volonté et la résolution du général Pelissier; mais il porta un coup fatal au général Raglan, qui, épuisé par de longues fatigues, mourut après cette terrible bataille, laissant Tannée Anglaise sous le commandement du général Simpson.

QuaiU aux Uusses, ils crurent le moment favuiable pour Batoiiie écraser les troupes alliées avant qu'elles pussent recommencer Tc^uto, contre Malakoff un nouvel assaut qui, celte fois sans doute, serait couronné de succès.

Depuis longtemps le général Gortcbakoff méditait un mouve> ment offensif sur la Tchernaïa. Le 15 auùL, [tcntltinl la imU,six divisions d'infanterie Russe, appuyées par cent soixante pièces de canon, et trois divisions de cavalerie, se portèrent sur la droite de la rivière. Le 16, à quatre heures du matin , l'attaque commença contre Tarmée piémontaise, qui soutint vaillamment ce clioc terrible et donna le temps aux troupes Anglaises et à trois divisions Françaises d'accourir sur le champ de balaille. Après cinq heures d'une lutte furieuse, les Russes furent contraints d'opérer leur retraite en désordre, laissant plus de 8^000 morts et blessés sur le teirain.

Ce fut le dernier effort tenté contre nos lignes par l'armée du prince Gortcbakoff. Le combat de la Tchemaiu cuuiumia

Diyuizeo by

dignement les grands faits d'armes d'Inkerman et de BalàklaTa»

el |H ouva une lons de plus que nous étions invincibles en bataille rangée.

SmÊAwÊÊxA Dès ce moment, un nouvel âssaut fut décidé, et le jour eu ^Jfi^ fut fixé au 8 septembre. Trois jouis auparaTant, les iMitteiies ouvient le feu; puis, au moment fixé, à midi, en plein jour, les colonnes d'assaut s'élancent de toutes parts avec un entrain tellement irrésistible qu'en quelques mmules la partie extérieure de Malakoff est atteinte, les parapets franchis et le drapeau Français flotte sur la tour. Trois fois les Russes, chassés de leurs positions, font des eff<Nrte désespérés pour les reprendre \ trois fois, ils sont repoussés ayec des pertes énormes. Malcikull reste en notre pouvoir après une lutte gigantesque.

L'attaque des Anglais sur le grand Kedan n'avait pas été aussi heureuse; mais la possession de Malakoff nous permetrtait de dominer la ville entière. Sébastopol était désormais à notre merci.

Prise L'ennemi tompril que toute résistance devciuul impossible, fitlmttiprt euqilovn toute la nuit l\ faire passer ses troupes vers le roté nord , abandonnant la partie sud, c'est-à-dire la ville entière ; car la partie septentrionale ne comprenait que deux citadelles qui ne pouvaient à elles seules constituer une ville. Suivant leur habitude, les Russes, en se retirant, incendièrent tout derrière eux; Sébastopol, au retour du jour, n'offrait plus qu'un monceau de ruines et de cendres lumanles. Le 10 septembre, nos troupes prirent possession des lieux abandonnés par l'ennemi , des débris de cette cité fonnidaMe que la Bussîe avait fondée pour accomplir ses projets séculaires, et qui, en périssant, emportait dans sa chute tous les plans ambitieux des Gzars.

coTis^'qDenres 1^ prisc de Sébastopol excita en £urope un long cri d'ad- 4e miration. EUe fut saluée de toutes parts comme un des plus ^^^"^ beaux fidis d'armes qu*ait eus à enregistrer l'histoire; ^ jeta

un éclat ineffaçable sur le drapeau de notre patrie, mais sur-

tout elle devait exercer une graniie intlueate aur la politique des Étals Européens.

Ici, en effet, s'ouvie une nouvelle série dd faits diplomatiques et d'événements qui sont trop intimement liés k i'iiistoiie même du Congrès de Paris, pour qu'il nous soit pennis de les aborder. On va les retrouver, avec leurs dcvoloppements et leurs conséqucncos, dans les actes qui ont précédé et amené les négociations d'où la paix devait enûn sortir. Bornons-nous â constater la situation que créait la victoire des Puissances occidttitales et les horizons qu'elle ouvrait à de nouvelles entreprises paciGques.

0 n'ëtait pas difficile de définir la politique future de ces Puissances. Cette politique restait ce qu'elle n'avait cessé d'être depuis l'origine du conflit oriental. Après conune avant la chute de Sébastopol, les conditions de la paix» celles de l'équilibre de TEurope et de la sécurité de la Turquie, demeuraient les mêmes. Après comme auparavant, ce qu'il fallait au salut du monde ri\ ilisé, c'était une efficace limitation des forces expansives et agressives de la Russie; c'était rorient mis désormais à l'abri des convoitises de Saint-Pétersbourg; c'était l'Occident garanti contre toute tentative de doiuination Moscovite; c'était, en un mot, l'ambition traditioiii/eiie des successeurs de Pierre le Giaud réduite à Tiuipuissance.

La prise de Sébastopol, l'évacuation probable de la Crimée où les armées Russes se maintiendraient diffîcilemait après la perte de leur boulevard essratiel, faisaient faire un pas

imiiienso vers le but qu'il s'agissait d'atteindre, niais elles n'en changeaient pas le caractère. Seulement elles trnnclinieiu i)ar un fait tout-puissant les indécisions et les inierprélalions contradictoires de la diplomatie*

Le trt>isième point de garantie, sur lequel s'étaient rompues les Conférences, élaii désormais matériellement résolu; la destruction de Sébastopol, de la flotte Russe et de luus les ports

Russes de la mer Noire rendait sans objet toute liiscussion ultérieure sur ce qu'il fallait entendre par « la cessation de la prépondérance Russe dans TEuxin. » Les succès de nos armes constituaient à cet égard des faits acquis dont, bon gré mal gré, toute nouvelle négociation devait nécessairement partir.

Mais, ce point établi, et par cela même (|ue la politique île rOccident n'avait pas subi de modification fondamentale, aucun obstade à une pacification sérieuse ne pouvait venir de la France ou de l'Angleterre. Ce que les conférences diplomatiques leur avaitjat refusé, leurs canons ravaient glorieusement conquis, et comme elles ne iH)ur?.iiivaien( ni un but d'ambition privée, ni des (on quêtes, ni des avantages exclusifs, il était bien évident qu'elles ne refuseraient de prêter Toreille, même après leur triomphe, à aucune proposition propre à rétablir la paix et à la rendre durable.

Celte proposition \ iiiiihail-elle de la Uu^^ie? it»ul semblait y convier TEmpereur Alexandre; mais qui pouvait afûrmer que Tamour-prupre national ne l'emporterait pas encore sur les conseils de la raison et de la prudence?

Un seul moyen semblait devoir exercer une influence souveraine à Saint-Pétersbourg : c'était l'union sincère et unanime de tous les États Européens, sinon dans l'action du moins sur le terrain des principes. Si l'Europe entière voulait imposer la paix sar les bases qui seules devaient la rendre sérieuse, il était permis de croire que sa voix toute-puissante dominerait les inspirations do l'orgueil liumilié. Mais cette nouvelle ligue du bien public allait-elle se constituer entin?

La prise de Sébastopol devait peser d'un grand poids dans les déterminations de TAutriche. Elle avait hésité sur Tappli** cation du troisième point de garantie; ce point, dominé par un lait matériel, ne paraissait plus susceptible d'un débat contradictoire. On pouvait s'attendre à voir le Cabinet de Vienne prendre enfin une attitude beaucoup plus éneigique et poser

à la Gourde Russie un uîtimatum (l'cù sortirait une iilli.iuce plus étroite et une coopération pltis directe avec la France et TAD^elerre.

L'attitude de l'Autriche pouvait aussi entraîner TAIlemagne. Les. États Germaniques voyaient que la force et la victoire étaient (lu même culé que le bon droit, llleuraiipai leiiait d'éclairer à leur tour la Russie, de se séparer ostensiblement de sa politique, et, en plaçant le Czar dans un isolement complet, de lui montrer le péril auquel il exposait son Empire par une plus longue résistance aux vœux de TEurope.

De nombreux symptômes indi<iuercnl dès ce moment que telle serait probablement la nouvelle attitude des Puissances AUemaodes, et que la chute de Sébastopol allait marquer fheure d'une évolution favorable dans la politique Européenne et dans le mouvement des négociations paciiiques.

J. Cmiit.

NEGOaATlONS DIPLOMATIQUES

I>EPUIS LA PRISE DE SÉBASTOPOL JUfffA L'àMMXfiE DU QQMTE VAURTOI B0IBIAZ? A flAINT-ltlBMBÛOM

Dès la fin du mois d'octobre 1855, les bruits de négocia- siiaaUoiu tîon> parifiques prenaient une certaine consistance à Paris et dans toutes les Chancelleries de l'Europe.

Ce ne fut^ cependant, que dans la secondé quinzaine de décembre que Von commença à pailer sérieusement de propositions soumises par TAulriche à Tacceptation des Puissances alliées, et que le mot (^ultimatum fut prononcé.

Que se passa-t-ii dans l'intervalle, ^et d'abord quelle était la situation au mois d*octobiet

La prise de Sébastopol a^ait euun immense retentissement. L'opinion publique s'était pour ainsi dire divisée en deux courants opposes à la nouvelle de ce grand fait. Les pessimistes y virent une raison de plus pour que la Russie se montrât intraitable, tandis que les hommes plus réfléchis, ceux qui tenaient compte des sacrifices que cette grande Puissance avait déjà faits, se montrèrent plus confiants dans l'avenîT et surciU entrevoir un terme prochain ^ li hiiic Les tendances de l'Autriche étaient de plus en ^jIus rassuranles. Jamais, depuis l'ouverture des hostilités, elles n'avaient été aussi nettement caractérisées. L'Authche» toi:gouis prudente dans 8a politique,

avait pris son temps pour se décider, mais enfia elle subissait riuiluence des faits accomplis.

Le mot de paix était donc déjà prononcé, et tout ce qui pouvait lui donner quelque crédit dans l'opinion publique était accueilli avec avidité. Cest ainsi qu'on fit grand bruit dans le mondo politique, et surtout dans le monde soi-disant hien mformé, d un voyage de vingl-qualre heures que le Gomle Walewski fit à Bruxelles pour des affaires personnelles. On y vit tout, excepté la vérité.

Le Gouvernement Français, fermement animé du désir d'arriver à une pacification ]ionoral)le, ne chercha pas h contrarier ce mouvement bien marqué de Topinion. 11 fil, cependaril, la part de la prudence et du doute, et tous ses actes d'alors prouvent qu'il ne s'illusionnait pas et qu'il prévoyait de sérieuses difficultés.

lm La question des conditions de paix avait été imprudemment

é^^u posée par un des journaux dans lesquels on était habitué, avec plus ou moins de raison, à trouver l'expression de la pensée du Gouvernement. Un autre journal, plus sagement in^iié, rétablit la vérité de la situation. Ce que la France voulait, c'était assurer l'Europe contre le retour des complications qui avaient trouble la paix du munde. Le but élait complètement désintéressé, et la paix pourrait être signée quand le but serait atteint. Les conditions proposées six mois plus tôt subsistaient encore. L'Angleterre, autant que la Ftance, était prête à souscrire à ces conditions, car le peuple Anglais n'était pas moins désireux que nous de voir la paix se rétablir. Tel était à peu pi^s le programme de la paix dans les [u enners jours d'octobre. Ces assurances furent universellement accueillies avec joie, et elles fortifièrent l'espoir d'une heureuse et prochaine solution.

Lettie Le 8 octobre, l'Autriche s'engageant de plus en plus dans la voie où elle était entrée, donnait un iiuuvcau ^mlm» h la poli-

^^^P*** lique occidentale, en faisant remellre, jyarson Mniislre riéuipotentiaire, à Napoléon 111, une lettre autographe de r£mpe-

reur François-Joseph. L'Empereur d'Autridie coni|)limentait rEmpeieiir des Français sur la prise de Sébaslopol et rendait noblemeal bommage au courage héroïque des aimées alliées. Quelques journaux flrent observer que la remise était un peu

lanljve; ums M. de Bourqucncv Iih-fik me expliqua ce retard eu donnant avis à son GouYernemcnl que, lors de la prise de Sébastopol, l'Empereur d'Autriche était loin de sa capitale, tandis que M. de Buol était en congé. De plus, disait la dépêche de M. de Bourqueney , l'Empereur François-Joseph a voulu conliaUie, \»ar les rapports «le ses généraux, los détails de ce grand lait d'armes, pour ne pas se renfermer dans les termes vagues d'osé simple lettre de félicitations. Les commentaires rostrictife ne durèrent pas vingts-quatre heures, et le fait tout entier testa avec son importance qu'on ne chercha plus à amoindrir.

L'opinioti, qui voulait absolument voir des symptômes paei- m. rroke&di. tiques ou belliqueux dans les momdres faits, s'alimenta pendmt plusieurs jours de la présence de M. Prokescli à Paris. Quelques nouvellistes affirmèrent que le diplomate Autrichien était chargé d'une mission officielle près de notre Gouvemement. Le Constitutionnel lui-même, malgré une noie tr^sexx>licilc de la Patrie^ certifia cette prétendue niisMun et fut obligé de la désavouer le lendemain. On peut dire qu'à cette époque Je Gouvernement, en même temps qu*il travaillait trèsaineusement pour la paix, s'attaehait à maintenir les espé* rances ^«cifiques dans des limites sages et raisonnables.

Cependant la coiiliance gagna du terrain loisque l'on sut que Mi-^on le générai Canrobert était envoyé à Stockholm, chargé de por- '{j^^'^ lar Je grand cordon de la Légion d'honneur au Roi de Suède M échange de Tordre des Séraphms remis à l'Empereur par fiamiral Virgin, au nom de son Souverain. On ne tarda pas à savoir que la mission de l'illustre générai avait nu moins un autre but, d'un grand intérêt dans la situation. On s'intéressa «nmeot à ce voyage, et l'on apprit avec bonheur que l'onden commandant en chef des années àUiées de Crimée avait

élé jiarfaitemont arnipilH à Stockholm j)<ir la i>opulation et par la Ck)ur. Les mots d'alliaoce Scandinave furent alors prononcés, et chacun comprit queUe importance pourrait avoir, dans les circonstances présentes aussi bien que dans Tavenir, un traité avec la Suède. On ne connut le succès complet de la mission du général Canrobert qu'un mois après son (i('|),)rt- L'envoyé Franç<iis était revenu à Paris après s*èlre arrêté à Gopenliague, où il avait aussi rencontré dans la popuiatioii des sympathies enthousiastes. Taurai Uentôt Toccasion de reparler de cette mission, préparée avec une prudence extrême par notre diplomatie, accomplie avec ^habileté, et qui eut un trèsgrand retentissement.

p]m\f^or% Tandis que le général s'acheminait vers la Suède, {dusieuis

lift lit t^tf^^â

«inogcM ministres étrangers arrivaient à Paris. Nouvel âément pour iftwi? commentaires ! C'était M. le Baron de Wendland , envoyé

extraordinaire de Sa Majesté le Roi de Bavière ; M. Von den Pfordlen, pn'sident du (À)n>eil du môme pays ; M. de Beu^l, premier ministre de Saxe ; M. le général Wiilisen, aide de camp de Sa Majesté le roi de Prusse , et enfin M. le €k>mte Tillain Xim, ministre des affisires étrangères de Belgique. MM. Von den Pfordten, do Beust et le Comte Villain Xllll eurent riionneur d'être i crus [ lusieurs fois par TErafiereur, et l'on ne larda pas h savoir que Sa Majesté ieiu: avait fait un accueil très-cordial. On sut aussi que ces trois personnages avaient de ùiéquentes conférences avec M. leGomteWalewski, ministre des a{£uzes étrangères , qui les réunissait, le 39 octobre, dans un dîner. Il n'pn LtllMit pas davantage poui ouvrir le champ aux supposUioiis et fortifier les tendances pacifiques du moment. Les hommes prudents ne disaient pas, comme les optimistes : F Allemagne est avec nous; mais ils vojaient dans la présence à Paris de ces hommes d'État, des symptômes de rapprochement d'autant plus lieureux que la Sftxe et la Bavière n'avaient guère, jus({u'alors, dt'^guisé leurs synipathies pour la Russie. On se rappela, en effet, que MM. Von

DU CONGRES DE PÂHiS 203

den Pfoidten et de Beust avaient été les înstigateurs de la fameuse ccmférenoe de Bambeiig, si hostOe à la politique occidentale. Quel changement depuis l'an dernier I L'Alloniagne, qui avait toujours voulu la paix , paraissait enfui comprendre qu'elle ooncoiurait à Tasauier bien plus sûrement en se mettant airec nous qu^en restant avec notre adTersaire. Voilà ce que Ton disait dans le monde politique, et ce fut dans ce sens que s'exprimèrent les.journaux du Gnuvcrnernent. Les journaux étraiigtTS, et particulièrenieiil ceux de l'iUlemagne , allèrent i)eaucoup plus loin. Quelques-uns affirmèrent que les diptotnites dont la présence à Paris faisait si grand bruit, avaient pour mission d'inviter l'Empereur d^ Français à aocepter des ouvertures que la Russie était disposée à faire pour mettre tin k la guerre. C'était aller un ()eu trop vite et devancer les événements* Toutefois, les dépêches de Vienne sigoaiaienl une tendance marquée vers la reprise de négociations IpamUques. On j parlait de la possibilité de nouvelles conférences dans le courant de l'hiver. On pressentait enfin vaguement les graves événements qui devaient bientôt s'accomplir dans les régions diplomatiques.

La I^fmeUe Gazette de Prune ne vit pas ce mouvement sans un vff dé|iiiliîr. Fidèle à ses vieilles habitudes, elle essaya de ni# Févidedèe, et, sans tenir compte des faits, elle affecta de ne pas Toir le courant nouveau que prenait une partie de l'opinion en Allemagne.

«Dlif^i'tirétendu, disait-elle dans son numéro dû 8 novembre » qiie le voyage de MM. de Beust et de Pfordten à Paris avait uii ^ politique. Nous sommes aujourd'hui à même de certifier d une manière positive, que, malgré les assertions de ceux des journaux Français que i on appelle inspirés, la visite que ]6 ministre de Saie, M. de Beust, vient de faire à Paris, ne doit en aucune tlaçon être considérée comme l'indice d'un changement firochain dans la politique de la Saxe et des autres États ^\ilemandi>, pas plus que dans les opinions personnelles du

204 UlSTOiAE

ministre Saxon. Depuis quelques mois déjà, il avait rinteotloa de visiter rExposilion de Paris ; nous ne connaissons pas les ciia»stances qui ont retardé son voyage, toujours est-il positif qu'il n'a été cliaigé d'aucune mission pour Parts. C'est avec une franchise et une loyauté tout Allemandes qu*il a déclaré à l'Empereur Napoléon et à M. de Walewsîd que la politique des Étals moyens de l'Allemagne n'élail i)as plus russophile qu'hostile à la France, qu'elle était avant tout essentiellement Allemande, et que bien convaincus que la neutralité était dans l'intérêt de l'Allemagne, la Saxe et d'autres États se nlliaient de la manière la plus ferme à la politique de la Prusse. H* de Beust a, de plus, fait remarquer à TEnipereur Napoléon que cette politique était en harmonie complète avec les sympathies du peuple Prussien; car lors des dernières électipns, aucun membre de l'opposition n'a songé à conU>attre dans son programme la politique extérieure du Gouvemementy cireoii^ slance qui, du reste, ne saurait qu'engager encore davantage les Étais Allemands à se ralher encore plus rU Mifnient à la Prusse. Personne ne prétendra que le dii)lomate Saxon ait réussi è convaincre l'Empereur; toutefois, le langage loyal d0 M. de Beust a dû faire impression sur Sa Majesté, qui s'est montrée non-seulement bienveillante, mais presque amicale. Quoi qu'il en soit, nous pouvons assurer de la mani^^e la ])Ius positive que le ministre Saxon n'a pas donne au Gou\ erneriienl Français la plus légère lueur d'espérance d'un rapprochement entre la politique des États Allemands et celle des Puissaiices d'Occident. Ce que nous venons de dire du ministre Saxon doit également s'appliquer à eclui de la Bavière, qui, dans la question orientale, n c^i nulh nienl disposée à renoncer à l'attitude qu L'Ile a leuue jusqu'à ce jour. »

Cet article produisit l'effet d'une note discordante dans un concert. Dès le lendemain, Bf. de Beust le désavouait dans une dépèche qu'a adressait au Ministre Plénipotentiaire de Saxe à Pans, en lui recomuiauLiaiU de lu commmuquer au Gouverne-

DU CÛ.NGRÉS DE PARIS 205

ment Français. M. de Beust ne s'en tint pas là. n écrivit personnellement à M. le Comte Walewski une lettre dans laquelle il déclarait en substance qu'il n'était pour rien dans la publicalîon de rarticle.

La dépêche, qui fut seule connue, suffit pour rétablir sous sigiunettiM son TéritaUe jour la signification du voyage des deux hommes ^^y^e. d'État Allemands, et les journaux Français qui avaient laissé entrevoir que MM. de Beust et Pfurdten n'étaient pas venus à Pans siiopliainent pour y voir l'Exposition, n'eurent pas à regretter leur assertion. L'opinion était désormais fixée sur un pomi important : hi politique Française ne devait peut-être pas compter sur le concours actif de la Saxe, de la Bavière et de quelques autres Étals moyens de l'iVllemagne ; niais elle n'avait plus à craindre l'opposition qu'elle avait jusqu'alors reneonlrée de ce côté. On pouvait même déjà espérer que ce coneooc&iie. serait pas invoqué en vain un peu plus tard, dans de entailles conditions, et lorsque la situation, déjà très-édaircie par la^irise de Sébaslopol, serait encore plus nettement accusée. L'espoir paraissait d'autant plus fondé que la Prusse, informée du voyage des deux ministres, avait paru en approuver com^ idétem^tehuL

Les DOiiTeies de Vienne venaient aussi fortifier les espéran- loeenittidei.

ces pacifiques. Dans les premiers jours du mois de novembre, la Gazette Autrichienne avait prétendu que la Russie négoôi^ pour que de nouvelles conférences fussent ouvertes. La iMNiv^l^D'était pas exacte, mais elle paraissait assez vraisemblable pour impressionner Topinion. La lumière commençait à se finre'Sur la véritable situation de la Russie, et nul ne doutait de son vif désir de se tirer honorablement de cette situation. A Vienne comme à Paris, les iiommes <iui, s'inspiranl des idées défendues avec ténacité parles rédacteurs de la (raittu de la Croix^ affirmaient que la Russie ne ferait jamais aucune concession, devenaient de jour en jour moins nombreux, A peu près à la même époque, oii parla d'une lettre

Digitizeu by LiOOgle

autographe de l'Empereur Napoléon à rEmpereor François- Joseph, lettre qui rmuX, di>ail-on, été a[)porlée à ce Souverain par M. de Bourquenev. Celte nouvelle eut le sort de la précé^ dente. On sut que la lettre, sur laquelle des volumes de coinmentaires étaient déjà publiés, et dont un joninal Allemand avait prétendu donner quelques parties authentiques, n'exis^ tait pas. M. de BourqueiKn', en effet, avait été simplement chargé d'ad^es^L'^ verl)alement les remerrîments de l'Empereur des Français à l'Empereur d'Autriche pour les féliciiations que odui-ei lui avait fait exprimer À Toccasiott de la prise de Sébastopol. Ces inventions, suivies de rectifications ou de démentis, avaient leur signification dont les gens sérieux tenaient compte : elles iiidiquaient le courant de l'opinion et le travail qui se faisait dans les esprits. Chaque jour, du reste, amenait des alternatives d*espoir ou de doute. Tantôt les idées de paix prenaient le dessus, tantôt c'était la guerre, au contraire, qui restait définitivement maîtresse du terrain. Seulement, pour un juui de guerre on avail au moins trois jours de paix, et l'on n'était jamais si près de voir le ciel politique s'éclairdr que loi^ue certains spéculateurs de la Bourse affirmaient que tout était perdu. Malgré le silence prudent de la presse Française, les nouvelles les plus contradictoires étaient mises en circuialiun. Ce qu'on n'impriniaU ^ul^, on se le disait à l'oreille; ce qu'on ne ^avait pas, on l'inventait. Jamais ips faiseurs de nouvelles n'eurent plus beau jeu. Les journaux éUangers, moins scrupuleux et moins réservés que les nôtres, nous apportaient incessamment les bruits les plus incroyables et souvent les plus grotesques. Ces f)elits chefs-d'œuvre de l'imagination passaient notre fronlitTe et faisaient leur cheniia chez nous en se répétant de proche en proche aux oreilles crédules. La Bourse dévorait ces aliments grossiers avec avidité, et malgré les sages exhortations du Gouvernement, qui ne cessait de recommander la prudence et la défiance, plus d'un spéculateur naïf eut à regretter d'avoir accueilli trop icgcrement

des bruits dont un pou de réflexion eût sufii pour faire justice.

Ce fut dans ces circonstances que Ton coimut à Paris le ordre da jour texte de l'ordre du jour adressé par le Pimoe Gortchakoif rSifiiîîiff am troupes Russes de Crimée, de document, dont le tél^rapbe «fait déjà transmis la substance, était ainsi conçu :

« Sa Majesté Impériale, notre maître, m'ayant diaigé de remercier, en son nom et au nom de la Russie, les Taillants

guerriers qui ont défendu le côté sud de Sébastopol avec tant d'abnégation, de couraîre et de j persévérance, est persuadée que Tarmée, après avoir acquis la lit »erté des opérations en campagne, continuera, par tous les efforts possibles, de défendre le sol de la sainte Russie contre l'invasion de l'ennemi. Mais, de même qu'il a plu à la sollicitude du père de la grande faiiiilie ^rarmée; d'ordonner dans sa haute prévoyance la construction du pont, aûn d'é[)argner, au dernier moment, le sang Russe autant qu'il serait possible, l'Empereur m'a investi aussi de pleins pouvoirs pour continuer ou cesser la défense de nos positions en Grimée, selon les circonstances.

D V aillants guerriers I vous savez quel est notre devoir. Nous n'abandonnerons point volontairement ce pays, où saint Wladimir reçut i'eau de la grâce après s'être converti au Gbristia* nisme que nous défendons. Mais il y a des conditions qui rendent quelquefois impraticables les plus fermes résolutions, et inutiles les plus pxands sacrifices. L'Empereur a daigné me laisser seul juge du niomeiil où nous deuoiis clianger notre ligne de défense, si telle est la volonté de Dieu. C'est à nous de prouver que nous savons justifier la confiance illimitée du Gzar, venu dans notre voisinage pour y pourvoir à la défense de la patrie et aux besoins de son armée. Ayez confiance en moi, comme vou^ 1 a\ez fait jusqu'il présent h toutes les heures d'épreuves que les décrets de la Providence nous ont envoyées. 9

Cette pièce, malgré le ton belliqueux et les assurances éner-

giques du général qui TaTait signée, ne parvint pas à ébranler les conviction» pai ii i ( [uos. On s'était déjà habitué à l'idée d'une paii prochaine. On entrevoyait les immenses avantages qui devaient résulter d*tm dénoûmeat heureux, et chacun se oomplaisait è les escompter d*avaiice. Toutefois, VlndépmdaÊwe belge, persistant dans les doutes qu'elle avait souvent eiprimés, déclarait, dans son numéro du 6 novembre, que les bruits de paix étaient tout à fait tombés. V Indépendance ^ malgré ses nombreux correspondants de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersbourg, jugeait mal la situation, car, depuis les Gonférences de Vienne, on n'avait jamais été aussi près d'un commencement de négociations pacifiques.

Teiiiâiives En effet, la Prusse, ixiraissauL vouluir entrer dans une voie *La*in^sioa nouvelle, engageait des pourparlers assez actifs avec le Cabi- MiAsier. Saint-Pétersbourg. £Ue faisait plus, elle chargeait le

G6mte Munster, depuis longtemps son Plénipotentiaire militaire en Russie, d'exprimer au Czar le vif désir qu'elle éprouvai i de voir ia paix se rétablir, et elle riavilait, dans ce but, à se rendre à Varsovie, où l'Empereur Alexandre, à la veille d'entreprendre son voyage de Crimée, se trouvait alors. Le Comte Munster ne crut pas pouvoir se conformer à Finvitatîon de son Souverain, et la mission, dont les journaux s'occupèrent avec beaucoup (raninialion pendant loul un mois, ne s'accomplit pas. Les controverses très-vives auxquelles ce voyage imaginaire donna Ueu ne furent pas un des épisodes les moins curieux du moment. On écrivit des volumes sur raccueil fait aux ouvertures du Comte Munster par l'Empereur Alexandre, et sur l'excursion du diplomate Prussien en Crimée à la suite de riliusUu \u>ageur. Tout cela, je le n-pMc, <Hait de pure invention. Non-seulement le Plénipotentiaire Prussien n*aocompagna pas le Czar en Crimée, mais il n'alla même pas le rejoindre à Varsovie, et voici pourquoi. Le Comte, pressentant le désir du Roi; avait quelques semaines auparavant témoigné à l'Empereur qu'il serait heureux d'être admis à i'accompa-

DU CONGHÉS DE PARIS m

gaer dans le voyage que Sa Majesté projetait déjà, et c^lte idée, GontrairemeDi à ce qu'il attendait, avait été nettemeot repoussée. L'envoyé militaire Prussien fiit d'autant plus surpris de ce reftis, qu'il était sans précédents dans les rapports

des deux Cours. Lorsque Tinvitation de son Souvei lin lui arriva, le Comte ne crut pas devoir, dans un intérêt de dignité ladle à comprendre, partir pour Varsovie. II se contenta de faire connaître rinsuocès de Touverture qu'il avait faite deux mois plus tôt, et il offrit de résigner les fonctions qu'il remplissait p^^s de la Cour de Saint-Pétersbourg, au cas où le Roi de Prusse, son maître, persévérerait dans son désir. Dès ce moment, ridée de la mission lut abandonnée, et la Prusse, qui avait paru disposée à joindre ses efforts à ceux de la Saxe et de la Bavière, alof^ trèfr«cttfe et très-pressants, retomba dans son immobilité.

T.a iiu>^i(»n n'eut donc i)as lieu, et les Gouvernements oocidenlaux le regrettèrent. Us stirent gré, toutefois, au Eoi de Prusse, des bonnes dispositions qu'il avait manifestées dans cette droottslance, et ils j trouvèrent un indice rassurant pour l'avenir. La Prusse, en effet, jusque-l&si incertaine et si réservée, n'avait [)u concevoir l'idée d'une pareille démarche, qui j[)ouvait être considérée à Saint-Pétersbourg comme iepi enner symptôme d'un cliangement de politique, qu'après avoir mûrement étudié la situation et sondé patiemment les pensées intimes du nouvel Empereur. Le Roi de Prusse, mieux que tout autre Souverain , avait ym lire dans ces pensées. Beaufrère de l'Empereur défunt, oncle de rKmpereur Al*'\aiiflre, fidèle allié de la politique Russe, il n'avait pas cessé un instant d'entretenir avec la Cour de Russie les rapports les plus sympathiques et les plus affectueux. Il avait donné, au préjudice ménie de sa propre popularité, assez de garanties à cette politique pour qu'on ne suspeclAt pas ses intentions, alors (pi'il tiendrait un langage un peu [)lus net et qu'il indiquerait plus dairement ses tendances. Entre la Prusse et la Russie, il n'y

210 HÎSTOIHE

avait pas, enfin» les motifs de défianœ qui eiistaient entre la Russie et TAutridie. Le Roi de Prusse semblait donc désigné

par les circonstances pour ouviir ieà aouvciles voies à uu arrangement.

La France et rÂn^ierre« tout en conservant une grande réserve dans leurs rapports avec le Cabinet de Berlin, ne voyaient mil inconvénient à ce que le Roi de Prusse entrftt ftanchement

dans ce rôle d'intermédiaire, sinon de médiateur, dont il avait toujours caressé l'idée. Elles y trouvaient, au contraire, plus d*ttn avantage. Ces démarches ne les engageaient pas, et elles pouvaient faire avancer les cboses. La France et l'Angleterre, considérant avec raison que le but de la guerre était atteint» puis(îue l'indépendance et l'intégrité de la Turquie n'avaient [)lus rien à craindre des entreprises de la Russie, voulaient mucèrement la paix, une paixiionorable pour tous. Elles n'avaient jamais rêvé Tanéantissement de la Russie. Elles avaient déclaré, dès le début de la lutte, qu*^es n'avaient aucun désir de conquête. Si donc on en était réduit à reprendre les armes après les grands faits ik remplis, jugés suffisants pour le but qu'on s'était proposé, la Russie seule assumait sur elle la responsabilité des luttes futures, du sang et des trésors qu'elles coûteraient* La France et l'Angleterre, victorieuses, ne deman- . daient pas la paix, mais elles dédarai^t qu'elles élaient prêtes à l'accepter.

Au fond, il ne s'agissait pas d'une médiation. Au \mxk\. où en étaient les choses, les Puissances occidentales ne pouvaient en accepter aucune, et la Prusse particulièrement n'était pas en position de s'offrir comme médiatrice. La Prusse savait trèsbien cela, et si elle avait paru, un iimtoi ni, i)lus favorable à notre politique, c'était bien moms pour se poser en médiatrice que pour assurer sa rentrée dans le concert Ëuropéen el reconquérir sa position dans l'alliance des grandes Puissances. EUe pressentait que des négociations sérieuses pouvaient se rouvrir, et elle souliailoil d'y avoir une place.

Lorsqu'eut lieu Tiiiddeiit que je viens de raconter, M. de Hatzfeldt, ministre de Prusse à Paris, était en congé à Berlin. II ne. revint à son poste qu*après le retour de TEmpereur Aleiandie à Saint-Pétersboiiig, retour qui eut lieu le 19^u>vembie.

Le voyage du Gzar ayait duré près d'un mois. Les dépêches u Car

nous ap\)nrent successivement son passage a Pérekop, son séjour à bimféropol, à Odessa et à Baklchi-Serai, enfin, son inspection de toutes les troupes Russes, depuis le côté nord de Sébasiopol jusqu'à la ferme de Mackensie.

Cette lointaine eicuisîon impressiopna vivement le Souverain, qui n'avait pu retenir ses larmes lorsque, du haut du fort Constantin, il avait aperçu les ruines de la fifcre et vaillante Sébastopol, et tout aupr^y sur cette terre qui était encdie la Russie» les tentes des armées alliées. L'Empereur, durant le retour, se montra expansil et bon ; il eut des regrets pour tous les braves que la terre recouvrait , et il rendit loyalement jusUce à la noblesse de caractère dont nos généraux avaient fait prouve pendant cette lutte lormidabie* U paria de la France sans haine et de r£mpereur Napoléon sans amer* tiime. Jugeant la situation politique de la Russie telle que la lui avait faite la mort de son père, il la considéra avec tristesse et il exprijïia plusieurs fois le regret de ne pas avoir reçu la couronne dans des circonstances meilleures, justifiant ainsi les mémorables paroles que l'Empereur des Français prononçait pour ainsi dire dans le même moment au palais de l'Exposition.

Après avoir raconté les circonstances (}ui s'opposèrent .1 la mission du Comte Munster, je dois parler d'un fait que mon récit a laissé un peu en arrière.

Le 4 novembre, une coiiespondancey datée d'Athènes, ao* crècs. cueillie par le Mmdteur unwenel, rendait compte d*un ind^ dent très-regret La 1)1 e auquel la i)ersonne même du Roi deGrèce se trouvait mêlée. On racontait qu'un Te Dtum ayant été chanté

dans une église grecque, en présence du personnel de la léga lioD Ausse, Leurs M^estés y avaieiil assisté, et que celte démarche impradente, considérée comme une manifestation par mè partie de la population, avait provoqué im instant une exal* talion menaçante pour les Français et les Anglais. On ajoutait, il est vrai, que le (iouvernement Grec avait ïad le> plus grands efforts pour calmer celle elfeiTesceuce, mais qu'il u'y était parvenu qu'avec assez de peine.

Cette nouvelle, vraie au fond, et dont les détails seuls manquaient d'eiactitude, produisit une certaine impression à Paris. Le Gouvemenienl Grec ne nous avait malheureusement donné que de Irnp nombreuses preuves de sa faiblesse. Plusieurs <le nos soldats du corps d'occupation étaient déjà tombés sous les coups de lAches assassins. Le brigandage le plus odieux, organisé dans les campagnes et jusqu'aux portes d* Athènes, s'exerçait impunément sous Vceil de Tautorîté, qui paraissait ne rien voir ou se déclarait impuissante à chAlier. On put donc craindre un moment pour la sûreté de nos troupes, et particulièrement pour la vie de nos soldats isolés. £n conséquence, des instructions énergiques furent envoyées au génénd commandant le corps (roccupalion en Grèce. Celui-ci, du reste, s'étail empressé de prendre luules les mesures que commandait la prudence.

Le chargé d'affaires de Grèce à Paris fit d'activés démarches pour pallier autant que possible la fâcheuse impression que cet incident avait causée. Il affirma qu'on avait grossi le £ut outre mesure, et que les détails de la correspondance du Moni^ teur n'étaient pas exacts. O^i^'lQ^if-^ journaux étrangers apportèrent une nouvelle version, ([ui, il faut bien le dire, ne trouva pas grand crédit dans le public. Selon ces journaux, il s'agissait simplement de Finauguration d'une é^e, offerte en présent par le général Coletti, en 1847, à la légation Russe, et nouvellement reconstruite. Les artistes qui avaieiU dirigé la reconstruction, un Français et un Allemand, jaloux de montrer

DU COiNGR£S BË PARIS 213

leurs travaux au Rot, l'avaient fait inviter à vouloir bien venir

visiler l'église, et Sa Majesté avait accepté l'invitation. Jusque-là, celto démarche n'avait rien de politique, et elle eût conservé sans doute ce caractère inolfensil, si le personnel de la légation et le deigé n'avaient pas cru devoir, pour faire honneur au Roi, se réunir dans l'église au moment de la visite de Leurs Majestés. Û n'y avait pas eu de 2V Deum chanté, ajoutait-on, par Texcellente raison que l'église ii elail pas consacrée.

Une troisième version, simplifiant encore les faits, affirma que le Boi n^était entré que fortuitement dans l'église, au retour d'une promenade avec la Reine, pour voir les travaux, et

sans que personne eût vié averti de sa visite.

Euiin , le chargé d'affaires de Grèce reçut de son Gouvernemmi l'ordre de solliciter des journaux Français l'insertion des informations suivantes :

« La visite de Leurs Majestés Helléniques à l'église de Saint- Nicodimos avait un hul purement artistique. Le personnel de la légation de ilussie n'était pas en unifonne. M. Persiany seul s'y est trouvé, mais sans uniforme. L'aumônier et deui chan-* très, qui habitent dans une maison attenante à l'église, s'y sont rendus en voyant arriver la Cour, n n'a pas été chanté de Te Deum; les cierges n'étaient pas allumés; il n'y a ru tu {nières, m cérémonies du culte. 11 est eutm à remarquer que la ileme, qui revenait avec le Roi de leur promenade habituelle, était vêtue en amazone, ce qui contribue encore à donner à cette visite un caractère tout à £ait privé, n

11 V avait du vrai dans les différentes versions. Le Moniteur maintint, quant au fond, l'exactitude de la lettre de son correspondant, car il était malheureusement trop certain que cette déourcbe, dont on n'avait peut-être pas calculé toutes les conséquences, fut Toccasion d'une vive agitation dans la population d'xV thunes, et justifia ainsi les mesures de précaution que nous avions prises.

Eut A cette même époque» c'est-è-diie vers le milieu du mois de laqnesuon. novembre, différents bruits circulaient à Paris. On entrevoyait

de Irès-sérieuses chances d'arrangement. On se cldnaiulait seulement quelle voie serait ouverte à ia suiulion , et , sur cette question, les avis étaient très^divisés. Les uns, c'était le petit nombre, persistaient à affirmer que la Prusse était dé* eîdée à unir son action à celle des Puissances occidentales; les autres, comptant moins ou ne comptant pas du tout sur la Prusse, mettaient leur conliance dans 1 Auliiclie, malgré Tirapossibilité où se trouvait cette Puissance, par sa position d'alliée, d'intervenir comme médiatrice.

Quant aux journaux, le jugement porté sur la situalion par les plus réservés peut se résumer ainsi :

Jusqu'alors, les Gouvernements Français, Anglais et Aulridiiens n'avaient eu à se prononcer sur aucune proposition de paix. L'Autriche avait donné déjà de trop nombreuses preuves de son bon vouloir pour qu'on pût douter un instant de sa sincérité et de sa ferme résolution de coopérer par tous les moyens en >uu pouvoir à l'œuvre comniune. Mats elle n'avait transmis aucime proposition, par rexcellente raison qu'elle n'en avaitreçu aucune* Nous n'avions donc répondu à aucune Initiative, à aucune ouverture. Entre les Cabinets de Paris et de Vienne, il y avait même, au contraire, en ce moment, une sorte d'armistice diplomatique : on attendait. Le monde poUtii^e et le monde tinaucier sentaient très-bien cela. Ce temps d'arrêt et presque de recueillement préludait k de grandes choses. On le comprenait vaguement et sans pouvoir rien préciser, etc.

C'est qu'en ellet aucun événement important ne s'était encore ostensiblement accompli dans les régions ofQcielles* L'aspiration vers la paix était générale, mais chacun avait son pro* gramme de solution, ce qui prouve surabondamment qu'aucun Il il iiKin [liant et incontestable n'était venu donuci uuu direoliuu sérieuse aux esprits.

DU CONGRÈS DE PARIS 2la

Cette sitiiatioli ouvrait donc un vaste champ aux commen- Ermn tairesetaux suppositions. La presse étrangère, à court denouvelles, s'efforça d'en inventer. Elle inventa le projet d'un Congrès à Dresde» le projet d'une réunion de diplomates Russes à Varsovie, pour délibérer sur lès ressources de la Russie, les chances de raveniretFatlitude à prendre, etc.,etc.; elle inventa même la rentrée de M. Droujrn de liiuys aux affaires. On alla jusqu à discuter les conditions que les Puissances allic^es feraient à la Russie : restitution de la Crimée, démolition de Sébasiopol, neutralisation de la mer Noire; conditions qui pii^ nnent alors monstrueuses à Vlndipendmiee^ et dont ce journal ne parla que pour en rire. Beaùcoup de gens, même des plus sérieux, pensaient en effet <{iie le programme de Vienne, comprenant les quatre points de garantie tels qu'ils avaient été expliqués aux Conférences, était encore intact, et que les Puissances alliées se contenteraient de son acceptation par la Russie pour signer la paix. Quelques journaux de Paris padèrenl dans ce sens et ne faronl {las dcmenlis.

C'est sous l'empire de ces i)réoc(jui)ations diverses qu'eut lieu Discours la distribution des récompenses décernées à l'occasion de l'Ex- ^SSfSf position universelle, et que fut prononcé par Sa Majesté TEm- i*Bipoiiti<». pereur le mémorable discours du 15 novembre. Je ne puis me dispenser de placer ici cette pièce importante, qui se rattache intimement par les pensées qu'elle exprime et par Teffet immense qu*eUe produi&it dans l'Kuiope entière, à rkistoire du Congrès de Paris :

a Messieurs,

D L'Exposition qui va finir offre au monde un grand spectacle. C'est pendant une guerre sérieuse que, de tous les points de Tunivm, sont accourus à Paris, pour y exposer leurs travaux, te hommes les plus distmgu^ de la science,

des arts et de l'industrie.

9 Ce concours, dans des circonstances semblables, est dû.

j'aime à le croire, à cetle conviriion prnéralp que la guerre enlreprise ne menaçait quo ceux qui l'avaient provoquée^ qu'eHe était poursuivie dans Tintérét de tous, et que TEuiope, loin d'j voir un danger pour l'avenir, y trouvait plutôt un gage d'indC'pendaiH 0 et de sécurité.

» Néanmoins, à la vue de laut de merveilles étalées h nos yeux, la première impression est un désir de paix. La paix seule, en effet, peut développer ces remarquables produits de rintelligence humaine. Vous devez donc tous souhaiter comme moi que cette paix soit prompte et durable.

» Mai>, pour être durable, elle doit résoudre nettement !a question (pii a fait entreprendre la guerre. Pour être prompte, il faut que l'i^uiope se prononce; car sans la pression de ropl* nion générale, les luttes entre grandes Puissances menacent de se prolonger; tandis qu'au contraire, si l'Europe se décide à déclarer qui a tort ou qui a raison, ce sera uu j^rand jias vers la solution.

» A l'époque de civilisation oîi nous sommes, les succès des armées, quelque brillants qu'ils soient, ne sont que passagers ; <vesi» -en (Jéflnilive , ropinion publique .qui remporte toujours la dernière victoire.

» Vous tous donc qui pensez (jue les [ïio^rès de J'agriculture, de Tindustrie, du commerce d'une nation, contribuent au bien-être de toutes les autres, et que plus les rapports réciproques se multiplient, plus les préjugé nationaux tendent h s'effacer, dites à vos concitoyens, en retournant dans votre pairie, que la l tance n'a de haine ( («nire aucun |)euple, qu'elle a de la sympathie pour tous ceux qui veulent comme elle le triomphe du droit et de la justice.

j» Dites-leur, que s'ils désirent la paix, il fout qu'ouvertement ils fassent au moins des vœux pour ou contre nous ; car, au milieu d'uii yr.iNe ronflil européen, l'uidiiicrence est un mauvais calcul et le siicncc une erreur.

9 Quant à notiSt peuples alliés pour le triomphe d'une

DU COiNGRIiS DE PAKiS 217

grande cause, foigeons des âmes sans ralentir nos usines, sans arrêter nos m^ers. Soyons grands parles arts de la paix comme par ceux de la guerre; soyons forts par la ( um nnie et mettons notre conQance en Dieu pour nous faire Iriumplier ' des difficultés du jour et des chances de l'avenir, b

L*efret de ces paroles fut irrésistible. Quarante ou cinquante loipression mille invi^Ls assistaient à cette imposante cérémonie. Les principaux passages du discours, ceux (pii louchaient plus particu- ^ «i>*coMrs. lÀèrement à la situation, furent universellement applaudis. Les mots : « L'indifférence est un mauvais calcul et le silence une erreur, » excitèrent un véritable enthousiasme, surtout parmi les Anglais, qui se distinguèrent par leurs liourras frénétiques. On remarqua que Son Altesse Royale le duc de Cam-^ bridge, présent à la cérémonie, était resté debout pendant toute la durée du discours.

La fête industrielle et artistique recevait, des paroles prononcées par l'Empereur, un caractère politièjue. On s'y attendait, uuu> un ne comptait pas sur des déclarations au^^j nettes. Personne ne pouvait $e méprendre sur le sens et la véritable portée de chaque mot. Ce discours fut, non pas seule* ment Févénement du jour, mais l'événement du mois, le grand fait delà situation. La profonde impression qu'il causa à Paris et dans les départements fut égalée sinon surpassée par son retentissement à Tétranger. Ce loyal appel fait à TEurope reçut l'approbation de tous les hommes intelligents. Le moment était venu, en effet, pour les Gouvernements, de prendre une altitude nette, de renoncer aun teigiversations et aux faux-fuyants. Le discours projeta donc une vive kunière sur la situation , et chacun comprit qu*UQ grand pas en avant venait d'être faîL

Tout le Corps diplomatique avait assisté à la solennité. Beaucoup des hommes émipents qui le composent, malgré leurs habitudes de réserve et d'apparente froideur, n'avaient

pu résister à Tentrainement umvecsel* De nombreux applaudissemeats étaient partis de leurs rangs, et ceux des représentants des Puissances étrangères qui s'étaient abstenus de battie

(les mains avaient donné d'autres signes moins bruyants mais tout aussi clairs de leur approbation. Aussitôt après la séance, le fil électrique transmit dans toutes les directions le discours impérial et la mention de Teffet <iu'il avait produit. Le soir et le lendemain, des courriers de cabinet partirent pour les prin* cipales capitales de l'Europe, emportant les observations des ministres étrangers sur la parole impériale.

Ce qui dominait dans l'allocution de Napoléon 111, c'était la franchise de rappel fait à tous les nobles sentiments dans un intérêt de progrès et pour le triomphe du droit et de la justice. Elle n'était ni trop belliqueuse ni trop pacifique. L'Empereur voulait la paix, il le disait clairement, mais il n'encourageait aucune illusion. Le discours n'exerça aucune influence sur la Bourse, qui resta complètement calme, et les fonds publics ouvrirent et fermèrent, le 15 novembre, au cours de dôture de la veille.

La presse Française fut imanime dans son approbation. La presse étrangère se montra aussi, saul de très-rares exceptions, vivem^t et favorablement impressionnée. Quelques journaux Allemands affectèrent, cependant, de voir dans les paroles de l'Empereur une sommation spéciale faite à la Prusse d'avoir à se prononcer neltement i^'un ou contre la politique des Puissances alliées. Cette interprétation était purement gratuite. Le discours de r£mpcreur ne s'adressait pas plus à la Prusse qu'aux autres États de l'Allemagne sur l'attitude des< quels on avait encore des doutes. Il s'adressait même moins à la Prusse qu'à certains pelils Élals de la Confédération, la Prusse ayant déjà donné, comme on l'a vu, des preuves de sou bon vouloir. 11 ne fallut pas réfléchir longtemps pour com» prendre que cette mise en demeure était une invitation formelle, mais non pas une menace, et que la diplomatie, bi^

DU COiNGRÊS DE PARIS 2è9

loin d'y trouver un embarras, aUaitt au contraire, j puiser de • nouTéDes forces et de nouveaux moyens d'action. Téb sont,

en effet, les avantages des questions nettement posées ; elles appellent de promptes solulions. Le mouveiiient qui s'était fait sentir dans ropinion publique en France et à l'étranger s'étendit donc rapidement aux Gouvernements euxHuémes* Les rapports diplomatiques, loin de se ralentir ou de s'envenimer, devinrent plus actifs, plus étroits et plus francs. Chacun cotiiiaissiul bien son terrain. Plus d'ambages, plus de fauxfuyants possibles. La raison et le bon sens répondirent à l'appel <iui leur avait été fait, et plus que jamais les hommes qm' tenaient dans leurs mains les destinées des nations travaillèrent à se rapprocher et à se concerter pour rendre la paix au inonde.

Aucun doute n'était donc possible sur le véritable sens du discours aux exposants. Une note de M. le Comte Walewski, jointe h d'autres dépêches et adressée identiquement à nos agents à rétranger, vint, au reste, dissiper toute incertitude sur ce point. L'existence de ce commeiuaire de la parole impériale fut d^abord vivement contestée. Les journaux du Gouvernement eux-mêmes déclarèrent que la circulaire dont on pariait n'existait pas. n n'y avait pas, en effet, de circulaire dans le sens diplomatique du mot, mais il y avait, ce qui est bien différent, une simple noie à nos agents, comme il est d'usage de leur en adresser chaque fois qu'un fait grave, et sur lequel ils peuvent avoir à exprimer une opinion, se produit dans le monde politique*

Celte note était conçue ainsi:

« Monsieur, d'apr^s ce qui me revient de plusieurs points Noie de TAUemagne, le discours prononcé par TEmpereiv, à Too- •waimu. easion de la clMuie de l'Exposition universelle, a produit, comme il était facile de le prévoir, une profonde impression.

Toulefûib, il n'aurait pas été apprécié partout de la même ma-

niëre, et il sérail devenu l'objet d'interprétalions diverses. U n*en oomporte cependant qu'une seule, et les États neutres ne pouvaient se méprendre sur des sentiments dont ils n'ont évidemment qu*à se louer.

» L*Empereur a dit qu'il désirait une paix prompte et durahlo. Je n'ai i)as à insister sur celte déclaration ; elle se comprend d'elle-même et n*a pas besoin de œmmentaire,

B En s'adiessant aux neutres pour les inviter à faire avec elle des vœux en ce sens, Sa Majesté Impériale a témoigné suffisamment du prix qu'elle attache à leur opinion et de la part qu'elle fait à leur influi iKe dans la marche des évéïteiiients. Telle a été, au reste, sa manière de voir à leur égard, dès ie début du conflit diplomatique qui a précédé les hostilités. L'Empereur a toujours pensé que si, dès lors, ils avaient formulé avec plus de force le jugement qu'ils portaient sur l'objet du litige, ils eussent exercé une action stilu taire sur les résolulioûs de la Puissance qui a provoqué la guerre. Leur position n*a point changé aux yeux de Sa Majesté Impériale, et ils peuvent aujourd'hui, par une attitude ferme et décidée, faAter le dénoûment d'une lutte que, dans sa conviction, ils pouvaient prévenir.

» C'est dans cette pensée que l'Empereur leur demande de faire connaître hautement leurs dispositions aux Puissances belligérantes et de mettre dans la balance des forces respectives lo poids de leur opinion. Cet ap})el, d'ailleurs, si bien compris et si clialoureusement accueilli par un auditoire formé de représentants de louies les nations, n'est donc qu'un solennel hommage rendu h l'importance et à l'efficacité du rôle dévolu aux neutres dans la crise actuelle. »

De cette note, il résultait ciairenicnl :

Que les paroles de l'Empereur n'exprimaient, ne laissaient entre voir, ne contenaient, si vaguement et si implicitement que ce fût» aucune menace de guerre générale au printemps;

Dl LU.NGUtS Dt PARIS 221

Que VEmpereur admettait et recoDiiaissait la position, dans la crise actu^e^ des Puissances qui avaient cru devoir rester ueutxes;

Que l'Enipereur ne ciicrcliait pas à leur faire violence pour les entraîner hors de cette position ;

Que ces Puissances pouvaient avoir» tout en se maintenant dans leur neutralité, une action utile à exercer ;

Que o'ite action, ce concours, auxiiuéls l'Riiipereur les conviait, n'étaient qu'une action morale, un concours moral ;

Que Sa Majesté leur demandait, non des années à joindre aux siennes pour l'aider à vaincre, mais une opinion déclarée» un jugement prononcé, une influence exercée, qui eussent leur poids dans la balance, à coté de ses victoires, pour l'aider à rendre à rEurope une paix a proinple et durable. »

Le Cabinet de Londres exprima un des premiers la très-vive u m ? ooIb satisCscticm que lui avait causée le discours, et pendant plu- rB^Jmr sieurs jours la presse An§^aise en fit le fond de sa polémique et Vfi\>\Qi de ses commentaires. L'Autriche et la Sanlai^nc ne tirent pas non plus attendre l'expression de leur approbation. Plusieurs États de TAliemagne, jusqu'alors obscurs comme des émîgmes, suivirent le mouvement ; quelques autres, moins empressés, ne promirent Tappui moral qui leur était demandé qu'aprt avoir eu conninss^ance du commentaire si clair, si lovai et si modéré de M. le Comte Walewski. La Suuie, qui se préparât à signer son traité avec nous, approuva sans réserve au« cune. La Belgique répondit qu'étant neutre par devoir et non par choix, force lui était de s'abstenir de toute manifestation quelconque dans la guerre actuelle. C'était assez dire de quel coté étaient ses sympatbies et pour qui étaient ses vœux. £nôn, le mois ne s'acbeva pas sans qu*on reçût des Gouvernements d'Espagne et de Portugal l'assurance que la parole impériale avait été parlàitement accueillie de Tautie côté des Pyrénées.

Le but que liùnpereur et son Gouvernement s'étaient pro-

posé était atteiol. Ua e£fel immense avait été produit. Le faisceau de ralUance 8*était resserré, et il se fortifiait de toutes les

adl lésions plus ou moins complètes el formelles, mais à coup sûr significative^, ([ui anivairiit su( ( t -^ivemont à Paris. C élait comme une sorte de protiunciatmento européen en laveur du bon droit et de la saine laison. L'Europe prononçait le jugement solennel que la France lui avait demandé par la voii de l'Empereur. Celle voix avait été écoutée, parce qu'on la savait franche el désintéressée. Est-ce que nous n'avions i >as tiéclaré, au début de la guqrre, que nous n'avions aucune idée de con- quéle? Est-ce que la guerre était notre œuvre? Est-ce que nous n'avions pas fait sagement et honorablement tout ce qu'il était possible de faire pour l'éviter? On savait bien que la France n'avait aucune arrière-pensée, aucun intérêt ostensible ou secret. Notre attitude, notre désintéressement depuis le commencement de cette funeste lutte» et surtout pendant les Conférences de Vienne, l'avaient suffisamment prouvé. Lares^ ponsabilité des faits accomplis, des désastres consommés, du sang versé ne pesait pas sur nous. Nous avions tiré l'épée malgré nous, dans un intérêt de haute justice, el pour sauvegarder réquUibre Européen grandement menacé. Seulement, l'épée une fois tirée, la France s'était montrée aussi brove et redoutable sur les champs de bataille qu'elle avait été chevaleresque dans les négociations. L'Europe enlière savail tout cela, el c'est parce que tout cela était su, que l'Empereur, avec celle remarquable faculté d'appréciation sûre et rapide qui lui est propre, avait pu prononcer son discours sans craindre de blesser un seul intérêt avouable. Ce qui se passa le 15 novembre dans l'immense salle du Palais de l'industrie, où des notabilités de tous les pays s'étaient réunies, et où cniquanle mille personnes battirent des mains avec enthousiasme, ne fut donc que la fidèle image de ce qui devait se passer quelques jours après dans l'Europe entière. L'impression fut la même partout. Et, certes, on ne peut guère en être surpris. Ueiiière quel

préteite se serait-on léfugié désormais pour se montrer hos« tSe ou indifférent, quand ce qu'on demandait était si juste,

coûtait si peu et pouvait contribuera un m grand bien? L'Empereur ii avail pa» dit aux Puissances neutres : dunnez-moi des soldats pour vaincre. Il leur avait dit : voyez de quel côté est le t>on droit» et si vous le trouvez de mon côté, donnez-moi votre appui moral, et j'obtiendrai la paix. Quelle noblesse n'y avait-il pas dans de telles paroles ap^^sla victoire, quand nos nrmées û\aienl écrit leur gloire en caractères terribles sur les ruines encore fumantes de Sébastopol!

£n faisant appel au jugement de l'opinion publique, < qui remporte toujours la dernière victoire, i» l'Empereur Napoléon avait donc inauguré une nouvelle politique : celle du droit, de la justice et de la raison. Un plus rude coup ne pouvait être porté à la politique ténébreuse , envahissante et auti-européenne de la Russie. Soulever ropinion publique contre cette politique, ou plutôt donner des chefe à l'opinion publique déjà suffisamment éclairée, stînnilée et irritée par les événements, c'était faire cent fois plus pour la chute de l'idée dont r£mpereur Nicolas avait été une des dernières incarnations, que n'eussent pu faire deux autres années de gloire vaillamment mais chèrement acquise sur les champs de bataille. 0u jour où les paroles de Napoléon 111 furent conniies partout, la Russie n'eut pas seulement à compter avec les forces armées qui la menaçaient, elle eut encore, elle eut surtout à se défendre contre la pression des âmes honnêtes, innombrables phalanges, parlant toutes les langues, de moeurs et d'instincts différents, et que le discours impérial avait pour ainsi dire enré^rimentées en leur donnant des chefs. C'était ralliance morale après l'alliance politi€[ue, et sur ce vaste terrain tout le monde pouvait s'entendre ; toutie monde s'entendit en effet. Les chefs, c'est-Mire les Rois et les Princes qui jusque-là s'étaient abstenus, se décidèrent à fsire des représentations à la Russie, non pas collectivement, cela n'eût pas été possible, mais chacun

agissant isolément et dans la mesure que commandaient la pnidence, les relations, les liens d'amitié ou de famille. Ces démarches différaient entre elles par la forme, mais comme

au fond elles tendaient loules vers le même bui, on pouX dire qu'un travail très-sérieux se faisait déjà dans le sen:» de la paix*

Représenta- Gesreprésentations, portées Yorbalement àSaînt-PéteTsbouTg pIiuIL^ ou contenues dans des dépêches des différentes Cours adres*

sées au Cabinet Russe, ou bien encore dans des lettres autographes de Souverains écrites à rEnipereur Alexandre personnellement, invitaient le Czar à tenir compte du profond désir de paix qu'éprouvait TAllemagnet et lui montraient, dans un langage respectueux et plein de déférence, les conséquences déplorables que pouvait entraîner un plus long reUrd dans la légitime satisfaction de ce besoin.

Lorsque le bruit de ces démarches arriva à Paris, il trouva de nombreux incrédules* L'£mpereur Alexandre déclarant luimême, deux mois après, qu*il était disposé à traiter de la paix a pour céder aux vœux exprimés par rAllemagne, » se diargea de prouver à quel point la nouvelle était sérieuse.

Le Danmoark et surtout la Suède, tout en conservant leur position de Puissances neutres , ne restaient pas en arrière de ce mouvement. Les Cours de Saxe et de Bavière, qui, l'année précédente, prenaient une aliitiide si i)eu on idenlale , pn»aient maintenant la Russie de formuler des propositions qui pusseut servir de bases et de point de départ à de nouvelles conférences. La Cour de Wurtemberg, attadiée à oeDe de Russie par de nombreux et étroits liens de famille, (enail le même langage. La manifestation de l'Allemagne n'était donc pas douteuse; la pression était générale. La Russie se voyait, plus qu'elle ne l'avait été à aucune autre époque, menacée d'isolement.

Quand on réflédiit que tout cela s'était accompli dans l'espace de quinze jours, ne doil-un pas bavoir un gré infini à

l'Empereur Napoléon de la mâle fermeté de son langage?

D*uii autre côté, la lumière commeDçaii à se faire sur la u aîssion ntission àu général Ganrobert. On savait que son voyage était tîaïuobe 1

une suite de vérilablos ovations. Vainuiiieut le Moniiwj-Po^t s'eM'i'qu«. avait aflirnié avec une grande assurance (jue la mission dugt*néral Français n'avait aucun caractère politique et qu'elle se foomail, indépendammeot de la remise du grand cordon de la Légion d'honneur au Roi Oscar, à l'appréciation des ressources militaires de la Suède et du Danemark; le public sérieux, avec cet instinct qui ne le trompe jamais, assignait une autre portée à ce voyage. La Suède, en effet» avait pris des engagements positifs. Quels étaient ces engagements? La presse se montrait fort impatiente de les oonnattre, la presse étrangère surtout. Et cependant, comment pouvait-on s'étonner, en présence d'une négociation encore inachevée, de la réserve que gardaient les Gouvernements intéressés? Est-ce que la diplomatie ne consiste pas dans l'art de parler à propos et de ne dire les choses q[ue quand le moment est venu? Des négociations de la nature de celles que poursuivait le général Français sont toujours délicates ët frap^iles. On n'est bien sûr du succès que lorsque les engagements réciproques sont signés, et jus(iue-lh, quelles susceptibilités, dont la diplomatie est seule juge, n'a-* tH>n pas à ménager?

Le silence que l'on gardait en France sur cette mission, dans les régions officielles, était donc tout naturel. Je dirai plus, c'était uii devoir. Mais en attendant que la lumière se fît complétenienl, et elle ne se tU qu'un mois après, lors de la publi** cation du traité au Momtewr^ chacun prenait acte des déclarations des journaux semi-officiels» attestant que la mission du général Ganrobert avait une grande importance et qu'elle avait réussi au delà de ce qu'on pouvait espérer.

Les pessimistes, au lieu de se réjouir de cette nouvelle, y trouvaient un sujet d'alarme, il ne peut s*agir, disaient-ils^ que d'une convention militaire ; or si l'on songe à s'assurer des

appuis pour la guerre, c est qu'on ne croit pas à la paix! Sin-. gulière façon de raisoDDer, que je ne consigne ici que pour montier toutes les nuances de ropinion à cette époque vtai* ment solennelle d'attente, de crainte et d'espoir.

Parmi ceux qui voulurent bien croire à l'existence d'un traité avec la Sui^de, il &"on trouva qui prétendirent que cette demière Puissance n*avait pu qu*adliérer, à l'instar de l*Âutriche» aux quatre points de garantie, et que, dès lors, son adhésion était un acte sans portée et presque puéril. On voit qu'avec un peu d'ipçnoranco ou de mauvaise foi il n'est pas impossible de faire tourner ^ mal les meilleures < hu^^es, en les interprétant d'une certaine façon. D'aulres aflirmaienl que le général, chargé de proposer un traité d'alliance offensive et défensive, n'avait réussi que dans la demière mdtié de sa mission. Ces bruits n'étaient pas assez sérieux pour résister au plus simple examen. Une sfrnlilalile alliance, emportant engagement d'un concours militaire immédiat de la part de la Suède, n*avait pas été proposée, par la simple raison qu'elle n'était pas utile. Toutes les opérations militaires en Grimée et dans la Baltique étaient stispendues; un corps auxiliaire n*eût donc été qu*un embarras. De plus, et cette raison a bien son importance, un traité offensif et défensif signé avec la Suède à cette époque de Tannée eût exposé cette Puissance au ressentiment et aux entreprises de son redoutable voîstn, sans espoir pour ^e d'être secourue à temps, puisque les flottes alliées avaient déjà quitté la Baltique pour revenir en France et en Angleterre. La prétendue demande que la malveillance ou rignorance présentaient comme ayant échoué eût donc été une maladresse.

La vérité est qu'on avait obtenu tout ce qu*on souhaitait d'oblenir. La France avait voulu, dans la prévision des éventualités de Tavenir» jeter les bases d'une alliance Scandinave. Elle demandait à la Suède et au Danemark ce qu'un peu plus tard l'Empereur devait demander aux États moyens de l'Alte-

magne : un concours moral en attendant mieux. C'était toujours, on le voit, la même politique d'union et de confiance mutuelle sut le terrain du droit, de la liranchîse et de la loyauté.

LaSu^de avait répondu à cette ouverture en signant un traité et en donnant ?i la France, dans la personne du général Caniol)ert, les témoignages les plus enthousiastes de son admiration et de ses sympathies. Le Danemark ne fut peut-être pas aussi nf dans l'expression de ses sentiments. On put croire un instant qu'il regrettait de ne pas avoir été infornié, avant la sicnature, des rcMjlulious convenues avec la Suède; mais ce nuage, qui jeta quelques onibres sur les fêtes offertes à Ten- Toyé Français, se dissipa bientôt devant les chaudes et S3rmpathiques manifestations de la population tout entière. Quelques personnes de la société, notoirement connues pour être trèsdévouées à la KusMo, conservèrent seules une altitude })lus que réservée à laquelle le chef de l'État ne s'associait nullement. ^

Le génénd Canrobert, après un voyage de près d'un mois, revint è Paris dans la nuit du 2 au 3 décembre. Le 3, il eut de longues cuiU' rences avec l'Empereur et avec le ministre des affaires étran^^ères. Kien encore ne transpira sur la vérilai>le portée de sa mission, mais on sut que les résultats obtenus étaient considérables, qu'une partie en serait prochainement pubHéeparle journal offidel, et que l'autre partie, essentielleuii'iU Lonlidenlieile et privée, ne serait connue que plus (.ini. On paria alors de projets d'alliance matrimoniale entre un prince de la famille impériale de France et une petite-fille de Bernadette. Cest ainsi qu'on prétendit expliquer le c6té secret et intime de la mission, et comme toujours en pareil cas, les «rgens l)ien informés» firent fausse route. Il s'agissait, non pas d'un mariage, mais d'un baplème, et la naissance du Prince impérial vint plus tard expliquer l'énigme à tous ceux qui n'avaient pas été mis dans la confidence, c'est-à-dire à tout le monde :Ia reine douahièce deSuède avait bien voulu promettre

qu^elle serait la marraine de Tenlant dont le Saint-Père devait être le parrain. Ce témoigoage manifeste d'étroite amitié prouve que le traité avait sa portée sérieuse et qu*U n*était pas, pour la Suède, une précaution inutile au cas où la guerre eût continué.

OH rroil Les faits se précipitaient et l'idée d'une solution pacifique pciSfaT" prochaine gagnait du terrain. Le 2.i noveuibre, la nouvelle se répandit à la Bourse de Paris que la Russie se dédaraii prèle à accepter les quatre points de garantie tels qu'ils avaient été interprétés aux Conférences de Vienne par les Puissances oocidcntales. Ce bruit» qui ne reposait encore sur rim do bien positif, eut pour effet de conduire prématuréoient Ic^ journaux à la discussion des conditions possibles de paix. Selon les uns, les faits accomplis n^avaient rien igouté aux exigences de3 Puissances alliées. Le programme de la paix était encore , en novembre 1855, ce qu'il était liuil mois plus tôt. Les ^juii * - , au contraire, et notâmnient les journaux Anglais, déclarèrent que ces conditions n'étaient plus suffisantes. Quelques-uns s'indignèrent qu'on osât encore en parler aprës les immenses sacrifices accomplis, et tant de triomphes payés de tant de sang. Si le grave différend qm Fiitiin .ni de bouleverser le monde n'avait eu pour arbitres que les éditeurs de ces derniers joumauxt il est douteux que la paix se fût de longtemps rétablie. Heureusement le parti des hommes sages ayait le dessus, et ces hommes voyaient précisément dans Timportanoe des sacrifices accomplis la nécessité de les conlinuer le moins longtemps possible, ei de rendre la confiance, la tranquillité et ia prospérité à l'Europe, en signant une paix honorable pour tous.

En attendant qu'une lumière plus complète se fit sur les véritables inlentions de la Russie, roi)inion resta lir-it.Jiiie et la porte fut de nouv eau ouverte aux affirmations les plus contradictoires. Un journal de Belgique, rjndépefuUmee, plus Russe en ce moment que le Gzar lui*mémei traita la nouvelle de l'acceptation des quatre points par la Russie, de grossière

DU CONGRES DE PARIS 2i9

cjE^géntlion. Cétail, od le vit bientôt» alier un peu loin.

Quoi qu'il en soit, la nature même de oes discussions prouvait que les choses marchaient. Le champ de la polémique se rélrén^sTit. On ne se demandait dëjàplus si ri ji)[)ereiir Alexandre voulait la paix» mais à quelles conditions il la ferait. La diplomatie voyait un fieureux spapi/bme dans ces dispositions des esprits et dans ces préoccupations de la presse, qui n'étaient, au reste, que le Gdèle reflet des notes et des dépêches échangées entre les Cabinets, ou transmises par les agents. I/hiver, qui s'avançait à grands pas, paraissait gros d'événements heureux, et Ton pariait sans trop d'appréhensions du lelour du printemps, qui devait, si la paix ne se signait pas» donner le signal d'une si formidable lutte.

Tel était, en quelques mots, l'étal de l'opinion lors de l'arri- uaoi vée à Paris du Roi Victor-Emmanuel. Le vaillant soldat de Goïo **îJ!j et de Novare, le fils glorieux de Gharies- Albert, fit son entrée dans Paris le 23 novembre. La population salua de ses acdamations l'allié de la France, et l'Bmpereur le reçut avec la plus

franche cordialité.

Bien que le Moniteur eût annoncé que le corté^o royal passerait par les quais et la rue de Eivoli, les maisons du boulevard s'étaient pavœsées de drapeaux aux couleurs de la France, de l'An^Cerre, de la Sardaigne et de la Turquie. Des détachements (le chasseurs à pied et d'infanterie de ligne formaient la liaio «iiir la place de Lyon, et le service était fait dans la cour d'honneur du chemin de fer par les grenadiers et les volt^eurs de Ja garde impériale, tandis qu'un détachement des centgardes et* des guides avait été placé à la sortie du salon d'air lente. Sept voitures de la Cour avaient été mises à la disposi* tion du jeune Souverain et de sa suite. M. le colonel Edgar Ney, premier veneur, aide de camp de Sa Majesté, le marquis de Gonegliano* chambellan, et le lieutenant-colonel de Valabrègue, écuyer-commandant, étaient allés jusqu'à Lyon au-devant du Roi, envoyés par l'Empereur. Sa Majesté fut reçue à sonar-

rivée par Son Altesse Impériale le Ptinoe Napoléon* entourée du marédial Hagnan, commandant en chef de Tannée

de Fans, du colonel Fleury, écuyer de Sa Majesti . du préfet de la Seine et du préfet de police, auxqu^ s*étaieni joints un grand nombre de hauts fonctionnaires.

Le Roi et Son Altesse Impériale se donnèrent une cordiale poignée de main, tandis que Tassistance se leyait bt poussait

les cris de Vive le. Roi! Vive r Empereur! cris répétés aussitôt par la foule qui garnissait la cour de la gare et les abords du chemin de fer.

Sa Majesté le Roi Victor-Emmanuel et le Prince Napoléon prirent place, seuls, dans une des voitures de gala; les autres

voitures furent occupées par M. le marquis Pes de Yillamarina, niinistre de Sardaigne h Paris, par les minislrc^ qui avaient accompagné Sa Majesté : MM. le Comte Camille de Cavour et le Chevalier Massimo d'Azeglio» et enfin par les autres personnes de la suite. Le cortège, dans son triyet depuis la gare de Lyon jusqu'aux Tuileries, fut aodamé par une foule nombreuse, qu*unc phiie persistante et froide n'avait pu dissi^ier.

Vers deux heures, le cortège arriva dans l'ordre suivant sur la place du Carrousel ;

Vniescadron des guides, musique en téte;

Trois voittves de la Cour» précédées chacune de deux piqueurs;

La voiture royale, précédée de piqueurs à cheval et suivie de l'es^^dron des cent-gardes; M. le colonel Fletiry tenant la portière de droite, etM. le colonel Edgar Nejcelledegaudie;

Trois voitures de la Gour» précédées chacune de deux piqueurs;

Un escadron de cuirassiers de la garde fermait la marche.

Le Roi fut reçu au bas du grand escalier des Tuileries par TEmpereur, qui lui donna une accolade fraternelle et le présenta aussitM à Sa Majesté Tlmpératrice.

iV'iidaiit son séjour à Paris, le Uoi habita le pavillon ilarsau,

dODt les appartemeots ayaient reçu, spécialement pour cette circonstance, un ameublement somptueux. Le général-major Chevalier Marozzo della Rocca, premier aide de camp du Roi, le général-major Comte d*Aiigrogiie, le généralrmajor Chevalier Gaideriiia, les aides de camp, les seciétaires et le premier médecin occupèrent des appartements Toisins de ceux de Sa Majesté.

Le CoLiUe de Cavour et le Ciievalier d'Azeglio descendirent à J'hôtei du Louvre.

Le Roi de Sardaigne passa six jouis entiers à Paris* Ce temps suffit pour foire apprécier les hautes qualités du Prince et sa

bienveillance naturelle par tous ceux qui purent l'approcher, La gloire et la popularité du père rejaiiUssaient sur le fils et se confondaient dans les sentiments d'estime et de vive sympathie qu'inspiraient ses mérites personne Le peuple de Paris» en voyant la mAle et intelligente figure de notre chevaleresque dUé , se rappelait avec émoti<»n les terribles malheurs qui 1 avaient, coup sur coup, si cruellement frappé dans ses affections les plus clières. On n'oubUait pas non plus cette valeu* reuse armée Piémontaise qui avait combattu en Grimée à côté de la nôtre. Les manifestations dont le Prince était Tobjet n'étaient donc pas un simple et banal hommage rendu au prèsti|?e du pouvoir : c*était de l'admira Uuii rélléclue mêlée à la reconnaissance.

UËmpereur s*attacha à traiter dignement son hôte royal. Les journées furent successivement remplies par la présentation de tous les grands Corps de l'État, par des revues, des visites aux palais iaipénaux, de grands diners d'apparat, des chasses, des spectacles, des bals et des fêtes à la Cour. Le 26 novembre, Leurs Majestés chassèrent dans la forêt de Saint-Germain, Le lendemain» une grande revue eut lieu au Champ de Mars, où avaient été réunies quatre divisions de l'armée de l'Est, formant un effectif de trente-six bataillons, deux bataillons de la garde de Paris, cinq de la garde impériale, deux

232 HISTOIRK

divisions de cavalerie, les guides el les cuirassiers delà garde, trois escadrons de la garde de Paris, m escadron de la geiidannerie de la Seine, et enfin huit batteries d*arti]lefîe, dont deux de la garde impériale. On ne pouvait offrir un plm beau spectacle à un Prince qui portail lai-même si dignement J'nniforme et qui avait déjà donné des preuves de vertus militaires. Le Roi de Sardaigne parut enchanté ; il témoigna vivement et à plusieurs repnses sa satisfoetioa à rEmpereur pendant le défilé , qui se fit aux cris de fwe PEmperemr!

Vive le Roi de Sardutgne!

Le jour suivant, Sa Majesté Sarde se rendit au tombeau de l'Empereur NapoléoA i*'» Elle parcourut ensuite les salies où sont exposés les plans en relief des principales villes fortes de France, visita les infirmeries des s<ddats invalides et la salie ilu Conseil, où se trouvent les jKu Uaits des gouverneurs de rîiôlel. Un épisode touchant eut lieu pendant la visite des salles. Un ancien déserteur Piémontais, admis à T hôtel des Invalides après avoir servi dans la légion étrangère d'Afrique, ne fut pas matire de son émotion è la vue de son légitime Souverain. Il se précipita h ses genoux en sollicitant sa grâce, que le Roi lui accorda aussitôt. Cet incidcnl accrut encore les sentiments affectueux que le Prince inspirait aux personnes qui Tentouraient.

Sa Majesté s'était montrée plusieurs fois au spectacle, et là, comme partout, sa présence avait été saluée par de sympathiques acclamations. Le Roi, vélu en bourgeois el accompagné seulement d*un de ses aides de camp ou de M. de Villamarina, fit aussi de nombreuses courses dans Paris; mais ses traits bien connus de la population rendaient Yineognito trèsdifficile, et il lui arriva plus d'une fois, dans ces circonstances, de recevoir des témoiîînages de respectueuse syiit})éiUiie d'autant plus précieux qu'aucun signe extérieur ne les provoquait* On était à la veille du départ, et ce jour-là c'était la ville de Paris qui s'était chargée de fêter l'hâte de rBmpeieur et de la

France. Le bal qa*elle offrit au Roi de Saidaigne fut uq véritable prodige de richesse et de bon goût.

On sait ce que peuvent faire nos architectes et nos décora- Bai teurs quand on leur donne seulemenl trois jours pour impro- ^ viser une féerie. Cette fois, ils essajbrent encore de se surpasser, et ils y léussirent, malgré la difficulté de l'entreprise. La belle cour de riI6tél de yiHe avait été transformée en un immense salon dont toutes les parties resi)londissaient de lumières et de Heurs. De fraîches cascades jaillissaient entre des massifs d'arliusies et de plantes exotiques, lues colonnes du pourtour étaient tendues de drap d'or, et les vasques placées au pied de chaqUe colonne avaient été converties en corbeilles de fleurs. Un double escalier, partant de la cour et éclairé par des candt'ialji es que supportaient des statues d'argerit oxydé, conduisait aux salons de réception, en passant au-dessus d'une grotte toute i^eine du mouvement des eaux, des reflets mystérieux de la lumière et du parfum des fleurs. Ce petit coin calme et presque sauvage , ce bum retiro si bien fait pour les naïades et les daupiiins qu'on y avait placés, fonnatl un contraste délicieux avec ranimation et l'éclat de toutes les autres parties de cette salle d'un jour si grandiose et si originale. Quand le regard se portait vers les croisées en ogive, ouvertes à une grande élévation sur la cour, et en ce moment d*un effet aisissaiil, il n'arrivait au laite, couronne d'un splendide (h'ap d'or, qu'après s'être arrêté par trois fois sur une triple frange de globes lumineux, calmes et pâles, circulant autour des laçades inlérieures et ajoutant une élévation infinie à leurs proportions colossales. La galerie, sous les colonnades, empruntait surtout son originalité et sa richesse à un treillage d'or s'appuvant aux murs dans toute leur éleiidue, sur une élévation de dix pieds, et |NX>tégeaat une vigne joyeuse chargée de pampres.

Quand l'Empereur et le Roi de Sarda igne arrivèrent, la ttelle Caçade de l'Hôtel de Ville élail ealitrcment illuminée. On eût

dit que la place était éclairée par le soleil. Le Roi remarqua avec bonheur, parmi les emblèmes de la décoration extérieure, son chiffre Y E répété sur chaque colonne, et l'image de la eroix Sarde entourée de rayons éclatants.

L'entrée de Leurs Majestés dans les appartements produisit un effet immense, et pendant le quadrille impérial , la galerie des Fêtes, malgré ses vastes proportions, se trouva trop petUe pour la foule qui s'y pressait. Les dames, et même beaucoup d*hommes, montèrent sur les chaises, les fauteuils et les banquettes. L'ctiquctlf s ufd it un peu de cet incident, résultat inévitdble du grand nombre d'invitations envoyées, mais l'entfaousiasme n'en fut que plus vif.

Dans le quadrille impérial, l'Empereur avait dansé avec la Duchesse Hamilton, et le Bol de Sardaigne avec la Princesse Matliilde.

Leurs Majestés se retirèrent à onze heures et demie, nprH avoir parcouru les principaux salons du palais. Leur départ l'ut salué desmémesaedamations qui avaientaocueiltileurairivée. On savait que le jeime Roi quittait Paris le lendemain pour se rendre à Londres , et chacun, surtout après l'avoir vu de pr^s, était jaloux de lui donner un nouveau témoignage d'afiection et de respect.

Dans la matinée de ce même jour, le Roi avait été (aire une visite aux galeries de Versailles, et là, comme à l'Exposition de FÎEdusIrie, dont la clôture avait été retardée jusqu'à son départ par ordre de l'Empereur, Sa Majesté s'était montrée vivement impressionnée et avait donné de grands éloges à la Fïrance.

Départ Le départ du Roi pour Londres eut lieu le 39, à sept heures

<ie strdlîgne. ^ ^ gTOuds préparatifs avaient été faits à la gare du chemin de fer et sur tout le parcours du cortège. Toutes les maisons de la me de lUvoli, de la rue de la Paix et des boulevards étaient illuminées et pavoisées.

l£ Roi se rouiit àla gare dans une voiture lermée,escofl6e

d'un escadron de cuirassieis de la gaide. Dans la même Yoitiue se tiouTait Son Altesse Impériale le Prince Napoléon* désigné par l'Empereur pour accompagner Victor-Emmanuel

jusqu'au moment du d(^part ilu ini in royal. Son AUesse Impériale portail ie culliei de 1 Ordre de l'Annonciade, que Sa Majesté Sarde lui avait fait remettre comme un témoignage de sa haute estime. On sait que les insignes de cet Ordre sout limités à yingt-quatre» douze pour les nationaux et douze pour les étrangers.

Dans les voilures qui suivaient la voiture royale, se trouvaient les personnes de la suite de Sa Majesté, ainsi que le colonel Ed^Ney, lelieutenantrcoloneldeValabrègue^écujei^ comnumdant, le Marquis de Gonegliano, chambellan, chaigës par l'Empereur d'accompagner le Roi jusqu'à Calais.

Les cris de Vive le Roi! Vive notre allié! saluèrent le cortège pendant tout le trajet jusqu'au cixemin de fer. Au moment même de l'arriTée des voitures, la gaie s*illumina instantané» ment de feux de Bengale, qui ajoutèrent, par leurs lueuis fontastiques, à Tintérét de cette scène touchante.

Son Altesse Dn pénale descendit la première de voilure et offrit sa main au Roi. Sa Majesté était eu tenue de colonel des hussards de Savoie et portait le grand cordon de la Légion d'honneur* Suivie de son nombreux et brillant cortège, elle se dirigea vers le wagon d'honneur, od elle prit place, ainsi que MM. Edgar Ney, de Valabrègue, de Concgliano, le Comte .Camille de Cavour, le Marquis d'Azeglio, le Duc Pasqua et plusieurs aides de camp et oliiciers. Les autres personnes de la suite occupaient un second wagon-salon.

Le convoi royal se mit en route à sept heures et demie, au milieu (les cris cent ioib lépéléa de Vive le Roi de Sardaignel Vive notre allié! '

Les journaux Anglais nous apprirent bientôt que le jeune Souverain n'était pas moins bien reçu en Ane^etene qu'il l'avait étéenFïrance.

m HISTOIRE

M.teCoDiie Le séjour du Roi Viclor-Emmanuul parmi nous ne pouvait que resserrer les liens déjà étroilemenl noués entre 1» France ' et la Sardaigne. M. de Gavour, esprit actil et plein d'initiativet .mit à profit ce voyage pour voir tous ses amis de Parist et pai^ ticulièrement quelques notabilités de la presse. L'aveoir étail encore bien incertain, mais si vngue que fût Tespoir d*une prochaine solulion pacifique, iléUiil d une bonne politique de ne pas se laisser surprendre par les événements et de s'assurer les meilleures diances dans les éventualités des néfpMâations qu'on entrevoyait déjà. La politique du Piémont était bien connue ; 'û suffisait au premier ministre, pour s'assurer la oon» tiiiualmii du concours d'une partie delà presse Parisienne, de I domier l'assurance que celle politique libérale ne iran:>igi^rait pas sur les questions à Tordre du jour en Italie* et notamment . sur la question religieuse ou plutôt cléricale. D'autiiîS jour» ' naux, partisans des réformes mais ennemis de toute violence, ne ddnnaienl leur ai)pui au Piémont que dans une cerlauie nii ^a^e, et surtout parce que celte Puissance élail notre aUiée. Quelques autres, enfin, marchant sur les traces de VUmcerê^ se montraient très^hostiles aux tendances du premier ministre et n'hésitaient pas à condamner ses actes. L'attitude du deigé Français, bien différente de celle du clergé Piénioiiiais, avait prouvé au iloi Viclor i m manuel que quelques-imes de ses réformes n'étaient pas jugées aussi défavorablement de ce côtéci des Alpes qu'elles l'avaient été dans ses propres États. Un ou deux prélats Français cependant, et notamment l'ardievéque d'Avignon, avait ni l ui leurs réserves, cjue Vi'niirrs > ûtait empressé d'accueillir; mais le contraste n en existait pas moins. M . de Cavour profita habilement de ces manifestations, ' qu'on pouvait considérer jusqu'à un certain point comme U condamnation des actes de rébelfion auxquels certaines oommunaulés religieuses de Sardaigne s'élaient laissées enliainer. 11 les signala à sun Suu^erain, et piusieui^ picials \^rançais reçurent le grand cordon de Tordre des Saints

re-1

de Prusse oovre

DU CONGHtS DE PARIS 237

Maiirioe et Lame oomme témoignage de l'estime royale^

M* de CsTour s'attacha donc à consolider ses andennes lations et à s'en créer de nouvdles. Ministre d'un Gouverae-

meai jiarlenicntaire, il luiL le plus grand soin à s'assurer le concours ou tout au moins la bienveillance de ceux de nos j journaux làTorables aux libertés de la tribune* /

Chaque jour nous apportait son événement. Le Roi de Sar- u BoI daigne vraait à peine de quitter Paris pour se rendre à Londres, que le télégraphe nous transmettait le discours prononcé par le Hui île Prusse à roccasiou de l'ouverture des Chambres, Sa Majesté disait dans la partie politique de ce discours :

« La continuation des complications politiques nous impose la nécessité de maintenir encore cette année, quoique à un degré moins élevé que Tannée dernière, les préparatifs de guerre. La lutte qui a éclaté entre plusieurs Puissances Européennes» et que j'ai déplorée en ces lieux Tannée dernière^ n*est pas encore terminée» à mou sincère regret. Notre patrie, en attendant» est encore aujourd'hui l'asile de la paix. J'espère en Dieu qu'elle le restera, et que je parviendrai à s;mv«4>;arderThonneur et la puissance de la Prusse, sans faire supporter au pa^'s le lourd fardeau d'une guerre. Je suis fier de savoir qu'il n'est pas un peuple plus prompt que le mien à courir aux armes» et plus disposé à supporter des sacrifices, quand il s'agit d'écarter un danger réel pour son lion* neur et Sf^'s iiilcrùli. CcUl; coiiviction rassurante m'impose le devoir, tout en maintenant lidèleiiieal les déclarations que j'ai faites» de ne pas contracter des engagements dont on ne pouiiait prévoir ni la portée politique ni la portée militaire.

» Dans la position prise par la Prusse, l'Autriche et la Confédération Germanique, se trouve un gage sérieux pour la garantie d'une atliluile indépendante, conciliable de tous les côtés, et de nature à préparer une paix équitable et duratUe, grâce à une bienveillance sincère et à une appréciation impartiale des situations. »

2a.s HISTOIRE

BflM praMi La piemière impression que ces paroles ptoduisiieiit à Paiis w£m, mauvaise. Elles firent dcmter des bonnes disposltioiis du GouTemement Prussien, et on voulut y voir une réponse Indi-

recle au discours de I I. xposition. En pesant avec attention chaque root de la harangue royale, on arriva, cependant, bientôt à lui restituer sa véritable valeur. Le Gouvememeal Prussien avait déjà fait savoir, en mainte occasion, sou ferme désir de voir la paix rendue au monde. Le Roi Ftédério-Guillaume ne pouvait avoir eu l'intention de désavouer les actes de son Gouvernement. Souverain d'une grande nation, il avait pu, par quelques ptirases d'une signification susceptible d'être diversement interprétée, vouloir donner une satisfaction à Tamour-propre national; mais on ne pouvait sérieusement lui prêter Tidée d'avoir voulu aller plus loin. Quant au dernier paragraphe, le seul qui eût une importance réelle au point de vue des intérêts occidentaux, il ne pouvait certainement vouloir prétendre que l'Authche, oubliant tous ses engagements antérieurs, abdiquant tout son passé, était prête à revenir h une politique de pure expectative. En ce moment même, l'Empereur François-Joset)h iloimaii à ses alliés des preuves trop certaines de bon vouloir et de parfaite entente, pour qu'une pareille insinuation pût être acceptée par les esprits sérieux. On comprit, avec un peu de réfiexion, que le Boi Mdéric- Guillaume, en plaçant sur la même ligne la Prusse, 1* Autriche et la Confédération Germani(|ue, avait voulu dire qu'au fond, les intérêts des divers États de l'Allemagne étaient identiques; qu'unis par le même langage, les mêmes a^irations et la conformité des mcBurs, aucun de ces États ne pouvait raisonnablement vouloir que ce que les autres voulaient ; que la Prusse, par des scrupules assurément très-respectables, avait bien pu laisser prendre les devants à TAutriche, mais qu'elle voulait, elle aussi, une paix prompte et durable. Cette interprétation était la seule acoeptaUe, et ce fut oeUe qui prévalut. La pie* mière Impression produite par les paroles du Aoi n*eal donc

qu'une courte durée. On ne s'en émut ni dans le monde poli-* tique ni dans le monde finander, ou plutôt on ne les considéra, après examen, que comme un nouveau gage d'union et de confiance.

CfiaqiK^jour, en effet, venait augmenter cette confiance. Ce Uconûincjc fut vers cette époque qu'on parla pour lia première fois de la réunion possible d'une prochaine conférence à laquelle le grave différend serait soumis. Plusieurs viUes furent nommées : Vienne, Dresde et Bruielles. Ces bnûts étaient prématurés ; mais le besoin d'une solution était général. On pressentait un déncûment amiable prociiain, et le vent soufflait à la paix de tous les points de l'horizon.

Quelque vagues et incertains que fussent ces bruits, Os commençaient cependant à se préciser un peu plus que par le passé. Les journaux étrangers in<)(li liaient sensiblement leur langage. Ils ne doutaient plus que des tentatives pacittques ne fussent faites» seulement ils entrevoyaient des difficultés et ils les discutaient d^à. Cétait un grand pas vers la conclusion. L'opinion publique , qui avait traversé tant d'épreuves, que tant de (iéceptions avaient éprouvée, renaissait à la confiance et se préparait par l'examen et la discussion au grand lait qui devait bientôt l'absorber tout entière.

« Les bruits pacifiques persistent, écrivait^-on à un journal de Bruxelles. Hier on disait que c'était la Prusse qui pesait sur la Russie, aujourd'hui on assure que c'est l'Autriche qui se fait l'intermédiaire des proposili» ms venues de Sainî-Pélershi nircr, oubliant que l'Autriche, par sa position d'alliée, ne peut entrer dans aucune espèce de médiation. On a été jusqu'à assurer qu'une dépèche, reçue à Paris, annonçait que le Prince Gortcliakoff, à Vienne, était autorisé à accepter les quatre garanties, avec l'interprétalion oe( itientale. Je ( rois, jiourma {larl, que» dans tout ceci» il n'y a qu'un échange de communications entre la France ei les Gouvernements de; l'Allemagne, ces derniers dierchant à influer sur le Cabinet des Tuileries

îfO HISTOIRB

pour oblenir la paix, et le Gouvernement Français répondant, au contraiiet que la paii ne dépend pas de lui» et que c'est à rAllemagne de dessiner son attitude de fiiçon à îùmx la Russie à accepter des conditions de nature h garantir la paii

de l'Europe. Au reste, le langage des journaux Anglais n'est nullement propre à justifier cet eicès d niiiinusnie et à donner un corps à ces illusions rassurantes. C'est de là peut-être que viendra le premier coup d*épingle qui va dégonfler ce baUon aux couleurs séduisantes, qui prenait son essor depuis quelques jours. »

La presse Cette dernière réflexion, dont la forme exprimait plus de Anglaise. ^^^^ regret, avait son côté vrai. Une partie de

la presse Anglaise semblait avoir pris à tâche d'étouffer dans son germe Tembiyon de la paîi, en soulevant les questions les plus irritantes, en afficliant les prétentions les plus exorbitantes, et surtout en poussant jusqu'à l'uijure àes attaques contre certaines têtes couronnées.

Si jamais on ressentit les inconvénients qui peuvent résulter quelquefois de la liberté illimitée de la presse, ce fut, certes, à ce moment-là. Tandis que les Gouvernements, prenant en con^idéralion ce besoin de paix qui se manifestait ()arl(»ul, >e concertaient dans le secret et préparaient avec des précautions Infinies les bases des négociations prochaines, on vit une partie de la presse Anglaise, au mépris des convenances et de la plus simple raison, s'efforcer d'envenimer les rapports, dénaturer les faits, injurier les hommes, travestir les intriilion^, dixul- ^nicr ce qui eût dû rester encore dans le mystère, inventer et répandre les bruits les plus absurdes et les plus compromettants. Ce ne fut certainement pas la faute de ces journaux si, pour me servir de l'expression du correspondant, le ballon paciflque ne se dégonfla pas sous ces coups d*épingle. Les premi^res négociations en furent plusieurs iuis contrariées, sinon compromises, et depuis cette époque jusqu'à la signature du Traité de Paris, les hommes raisonnables, frappés du dai^r de

œs excès, purent apprécier le contraste manifeste ({u'ils formaî^t avec le ton toujours digne de nos journaux. Quoi qu'il en soit, il était évident pour tout le monde qu'un

grand effort se faisait en faveur de la jhiix.

Le journal Anglais The Press, dans son numéro du dé- us i»ruiu ceinbre, essayant de donner un corps à ces rumeurs pacifiques, ^ ^i^i^tg^ afttnnait que le Cabinet de Saint- James était engagé depuis le 19 du mois précédent dans d'activés négociations de paix sur des bases que I KiiUjereur des Français avail déclar(^es satisfaisantes. T/ie Preis ajoutait qu'il y avait espoir de voir ces négociations aboulir à un résultat favorable. De son côté, le Mornin^ CàroÊhcle annonçait, sur la foi d'une dépêche de Berlin, t que les Puissances Allemandes de second ordre paraisraient avoir été, depuis quinze jours, en communication active avee les divers agents de la diplonialie Uusso, et qu'il n'él;iit pas douteux qua leur politique future sur la question d'Orient n'eût éié le sujet de ces conférences. » Enfin, le Times insérait une lettre de Pans, dans laquelle on lui disait « que jamais, depuis le commenœment de la guerre, la paix n*avait été aussi proche m aussi probable, n Le journal ajoutait que TAutridie se disposait à adresser à la Cour de Russie un uUima^ AMI, Ja sommant d'accepter la paix à des conditions que les Puissances occidentales pouvaient admettre aujourd'hui, et qu'elles pourraient même déclarer satisfaisantes, après une nouvelle campagne couronnée du plus heureux succ^s.

C'était la première fois, depuis le retour aux idées de paix, que le mot d'ultimatum était prononcé, des assertions d'un jounial .aussi considérable produisirent un grand effet, et il làut bien convenir que son appréciation de Tiinportance des garant i es réclamées de la llussie iVaNail rien d'exagéré. 11 y eut, cependant, des doutes en France el parmi les principaux journaux de l'étranger. V Indépendance ne consigna ces bruits qu'en les déclarant « dépourvus de toute espèce de probabilité, > et en demandant pour ainsi dire pardon à ses lecteurs,

à ses lecteurs de Kussie surtout t — de les leur mettra sous lesyeui.

ineertinde Deux jouTs après , le même journal reoomiaisaail cependant

■ (ju'on na{4cail |)lus ([ue janiais on pleine paix, a De Paris, de Londres, de certaines réfiions de l'Allemagne ini^ine, n'arrivent» disait-il , que des rumeurs pacifiques. Les Bourses s'émeuvent et leurs espérances se traduisent par une hausse importante. »

Le journal Belge n'acceptait ces bruits qu'avec défiance, mais il avait déjà cessé de les qualilier de monstrueux j il les discutait, et il reconnaissait que l'existence des propositions paraissait réelle. C'était beaucoup I Et si je mentionne ici, en quelques lignes» les variations de Yinàépendtmeef c'est que ce journal , publié dans un pays où la presse est libre, mais obligé à de CCI laines réscrvt s jiour circuler en France, el h d*autres réserves, d une nature toute dillérente, pour être admis en Russie, représentait assez bien la partie indécise et sceptique de l'opinion. De plus, ce journal s'était justement acquis» par ses nombreuses correspondances, un intérêt qui le faisait rechercher el lui (luiuiail, au milieu des circonstances du moment, une place à part et quelquelois une certaine autorité.

« D'où émanent ces propositions? en quoi consistent-elles? demandait la feuille Belge. Obscurité encore & peu près oooi> plète sur ces deux points. Généralement on les attribue ^ l'Autriche. On ajoute que le Gouvernement Français les a trouvées acccplahlcs et (juc le Cabinet de Londres, après quelques uhjeciidus, aurait Uni par s'y rallier. Depuis deux joun on serait d'accord.

» Ceux qui affirment cela ne vont-ils pas un peu bien vîtet D'autres vont cependant plus vite encore, car ils disent qa a-

vant de transmettre ces nouvelles propositions en 0« ciJent, lAutnche aurait commencé i)ar s'assurer de l'acquiescement de la Russie. Cela expliquerait Tasseriion d'un correspondant Parisien du r»iîw#, qui mande à ce journal que, dans le cas

OÙ ia Russie n'accepterait pas ïtUtimaium où ces propositions 86 trouTeront coateiraes, TAuthche romprait immédiatement ses rélations diplomatiques avec la Cour de Saint-Pétersbourg; d'autres ajouteat qu'elle signerait sans plus tarder avec les

Puissances ocddentales celte faintuse convention militaire dont il a été si souvent question déjà* S'il était vrai que le Cabinet de Yimne se fût assuré par avance de l'acquiescment delà Russie aux propositions qu'il vient de faire accepter» diton, par la France et TAngleterre, il ne risquerait rien à faire les déclarations que lui prête le correspondant du Times; il saurait déjà qu'il n'aura ni à rompre ses relations. diploiiiaUques avec Saint-Pétersbourg, ni à signer la convention militaire avec les Puissances occidentales. »

Au milieu de ce chaos de nouvelles pacifiques, plusieurs points s'étaient déjà suffisamment élucidés pour ne |>Ius être mis en question. Ainsi, on était certain que la Russie se moiitraii disposée à accepter les quatre garanties comme bases de négociations ; que ces dispositions avaient été annoncées aui Puissances occidentales par rAutricbe; qu'enfin la Russie était prtHo à se faire représenter dans des conférences pour y discuter It^ ri nditions de paix.

L'opinion, quoique toujours facile à se laisser impressionner situation par les mauvaises nouvelles, paraissait fermement résolue à ^ ne pas abandonner le terrain pacifique qu'elle avait conquis depuis un mois» Elle n'accorda qu'une attention distraite à la réunion de plusieurs diplomates Russes qui eut lieu à Saint- Pétersbourg , et elle fut non moins indifférente aux allures iittra-belliqueuses de V Abeille du Nord, déclarant que la guerre commençait seulement à devenir sérieuse, et que TEmpeieur Alexandre rebAtirait un Sébastopol plus fort et plus imprenable que l'autre. On pressentait le iiéani de ees déclamations tout au moins inutiles. La lumière se fai^ail sur la véritable situation de la Russie. Cette situation était très-difticile, et chaque jour l'empirait. La Russie avait perdu jdus de

Page 1