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deux cent cinquante mille hommes depuis Tinvasion des Principautés. Us recroteoieiits extraordinaifes ne peimeltaieiit plus qu'à grand*peine de remplir les Yides laissés par ces
pertes énormes. Le commerce était anéanti. Les établissements financiers de l'Empire ressentaient cruellement le contre-coup de cette situation déplorable. La Banque d'Odessa suspendait ses payements en argent* et dans plusieurs protlDoes, le papier du Gouvernement était refusé. Le GouveniemeEt Eusse, il est mi, était parvenu à contracter un emprunt de cinquante millions de roubles-argent en Prusse; mais on savait qm^ cet emprunt, très-péniblement conclu, ne l'avait été qu'à des conditions onéreuses, et qu'il était tout à fait insuffisant pour parer aux exigences de la situation, surtout si la guerre devait recommencer au printemps. Malgré les efforts de la Russie pour donner le change sur sa véritable position, celte position était donc bien connue. Les faits parlaient avec éloquence et disaient que non-seulement il y avait urgence de faire la paix pour raviver les forces éteintes du pays, mais encore que la population Russe était mécontente de la guerre, et qu'elle aspirait ardemment aprbs un changement de systc^me dont la mort de rKnipcrcur Nicolas lui avait donné l'espoir, sitnrtiinn Getto situatiou difficile de la Russie, qui transpirait au de* u uuee. malgré les efforts qu*on faisait pour la déguiser, nous conduisait (but naturellement, en France, à faire un retour sur nous-mêmes et à constater rincontestable supériorité de nos ressourros. Nous n'avions fait aucune levée de troupes extraordinaire; nos jeunes soldats partaient avec enthousiasme; nous avions encore quatre cent mille hommes sous les armes, en France ou en Afrique; notre commerce n'avait jamais été plus prospère; notre industrie faisait dos prodiges; au nionjciU même où nos bravos soldais entraient dans Sébastopol, noire merveilleuse Exposition attirait à Paris l'élite des int^gences de l'univers entier; nos emprunts se souscrivaient en quelques heures, et tous, riches et pauvres, voulaient y prendre part ; les
travau\ {nililu s ('t.iirnt |iuusî>i^ <ivf»c une activité dont on chercfaerail vaiuemeat un exemple dans le passé. Paris aciievail 8on Louxie, împiovisail des quartiers nouveaux magnifiques; la France achevait ses grandes lignes de chemins de fer, améliorait ses roules et ses voies navigables, décrélail d'utilité pul»iique d'immenses travaux. Nous étions en guerre, nous avions deux cent mille hommes de nos troupes à plus de six cents lieues de nous» et nous faisions incomparablement plus de grandes cfaoseset de cbosesutiles qu'aucun Gouvernement n'en avait fait en temps de paix. Ce rapprochement entre la situaliun delallu^c>^e et celle de la Fr.uu augineuUiJt la couliaiiœ et fortifiait l'espoir d'une prochame solution.
Au point où les événements m'ont conduit» il n*est pas hors Attim ii de propos de dire quelques mots de l'attitude de la Prusse et « de rAutriebe. On avait contesté jusqu'à la possibilité d'une ac- ^ tîon utile de la ])art de la Prusse, en alléguant que celte Puissance ne pourrait se faire accepter comme médiatrice par rOecident, etl'on avait voulu nier l'intervention de TAutrichet en se fondant sur ce que l'Autriche étant l'alliée de la France et de l'Angleterre, ne pourrait pas remplir un rôle d'intermédiaire. En ce qui concerne la Prusse, est-il besoin de répéter qu'il n'avait jamais été question d'une médiation de sa part? Aucune médiation ne pouvait être offerte ni acceptée. La Plusse le savait très4Men ; mais sans songer à donner à ses actes le caractère d'une médiation, cette Puissance avait pu, en différentes circonstances, intervenir ulilement dans un inléièl de paix, en faisant de sages et cordiales représentations à la Russie. Ce r61e, ainsi défini, pouvait encore exercer ime certaine influence sur les événements futurs.
Quant à l'Autriche, sa position d'alliée lui traçait nettement 9a conduite. Elle ne pouvait pas se placer entre les Puissances oa identales et la Russie ; elle ne pouvait rien proposer à celleci ni aux autres, mais conmie elle était la seule parmi les Puisaanoes alliées qui eût conservé ses relations diplomatiques avec
le Cabinet de Saint-Pétersbourg, elle pouvait pressentir ses dispositioiis et cd transmettre Texpression à la France et à rAo^eterce. Elle était, pour ainsi dire, l'oieiUequî entend et la bouche qui parie. La France et l'Angleterre, en guerre avec la
Russie, n'avait'iil plus aucun moyen de se mettre en rapjiort avec elle; la Prusse ne pouvait que conseiiler, sans même se flatter que les concessions qu'elle obtiendrait seraient jugées sufâsantes par les alliés; rAutiiche, connaissant, en sa qualtlé de partie intéressée et engagée, les conditions auxquelles la paix élail possilile, pouvait si ulr donner oflkieusement à la Russie, sous forme de simple renseignement ou de conseil amical, la limite des concessions à faire pour qu'elles pussent être acceptées comme bases de négociations nouTcUes. L'Autriche n'avait pas qualité pour négocier seule avec la Russie; mais elle était eu uiesure de lui laire comprendre à quelles conditions elle croyait que îa négociation serait possiljle; elle pouvait récouter cl lui parler, puisque les rapports diplomatiques existaient toujours entre les deux pays; elle n'avait pas d'ouvertures à lui faire, mais elle pouvait recevoir ses ouvertures à elle, l'éclairer sur leur valeur, lui laisser entrevoir leur insuffisance ou leur chance probable de su( < es.
Ce rùle était très-beau, très-enviable et tout à fait digne de la vieille réputation de la diplomatie autrichienne. La situatioa. exceptionnelle de l'Autriche, alliée à trois Puissances en guerre avec une cinquième Puissance, et n'étant pas elle-même engagée dans cette guerre, était un grand bonheur, au point de vue des chances de paix. Cette situation laissait une porte ouverte aux arrangements. L'Autriche en lutte déclarée avec la Russie, la paix n'était certainement pas impossible, mais elle était moins facile. Tout ce que Paris et Londres ne pouvaient plus dire directement à Sainl-Pélersbourg, se di^^iil [mr Vienne, avec cet avantage que le langage tenu à Vienne n engageait jamais ni Londres ni Paris. De même, la Russie faisait passer par Vienne tout ce qu'elle voulait qu'on sût en France et en
Angleterre. C'est ainsi qu'eu réalité les Puissances belligérantes entretenaient lems rapports, se parlaient» se consultaient et dâibéraieat même sans que leurs paroles pussent engager l'aiFenir.
Ce côté (îe l'hisloiro di[)lnmaliqiie de la question d'Orient n'est pas, à coup sûr, le moins uUérL'Ssant. Que n'avait-on pas fait et dit, en dehors de la diplomatie, pour pousser TAutriche à dédaier la guerre à la Russie et à prendre sa part dans les péitr est la gloire des combatsi Quelles arrière-pensées ne lui prétait-on pas! On la suspectait, on raccusait même, et le mot de traliison avait été plus d'une fois prononcé. Ap^^s l'avoir longtemps sollicitée d'occuper les Principautés, on en était presque venu à penser, sinon à dire, qu'elle (n'y était entrée que pour s'en emparer, permettre aux Russes de porter leurs troupes en Crimée et nous causer de graves embarras. Ces reproches avaient même un caractère assez génénd pour constituer une nuance notable de l'opinion publique* Les Gou« ▼OTiements de France et d'Angleterre eurent le bon esprit de ne pas s'en émouroîr. Us poursuivirent invariablement leur but : la paix par la fnierre, puisque les moyens diplomatiques avaient été impnis^.nUs, mais par la guerre la plus circonscrite. On n'avait pas besoin, pour le moment, du concours do FAuthche sur les champs de bataille : on n*eut garde de le hii demandé', parce qu'on savait très-bien que ce concours empirerait la situation et fermerait une porte à la paii. Ou demaiidait à l'Autriche ce qu'il était indispensable de lui demanda. On lui eût demandé davantage qu'elle n'eût certainennent pas reculé après s'être tant avancée et si étroitement liée. Mais à quoi bon? La politique que nous avons vue exposer si frandiement son programme dans le discours de l'Exposition, n'avait jamais varié : c'était, par-dessus tout, la politique des alliances et de la pression morale. L'i^mpereur ne l'avait pas encore exprimé en belles et claires paroles quand son Gouvernement pressait celui d'Autriche de s'unir plus in-*
timement i ta poUtique occidentale, mai» tous ses artP* le disaient dairement : c'étml bien iwm» une sommation aux armées nu un appel à la raison, à ta jnslice el à ta loyauté des
nations.
En ce qui concerne le rôle de rAulriche, toutes choses avaient donc été soigneusement préparées de longue mam par notre diplomatie. Je ne dirai ï«s qu'on la tenait en réserve pour 1 occasion et que ce tAIe était marqué d'avance : ma^ quand on voit renchaînemenl des faits et leur dénomment, où le moindre incident se Uouve si merveilleusement è sa place, tt est bien permis de penser que le hasard seul n'a pas i»résidé à la marche des événements et qu'une haute inteUigence avait préparé les principales pièces sur le damier poUlique en vue de
toutes les cvcnlualités.
Dans les premiers jours de décembre, les rapports entte Vienne, Paris el Londres f'-laienl l^^îr-acllis. On le savait sans en connattre encore la véritable portée, mais cela sufiisaii v^nif redoubler l'espoir dans la paix. Qu'allait*il sortir de ce grand effort ? L'accord s*était-fl établi sur les paroles qui, déjà, avaient dû ùtre apportées de Vienne? C'était encore le seact des Cabinets, et ce secret était bien gardé ; mais tout le monde comprenait que le moment n'était pas éloigné où la inivjière devait se faire. Bientôt, en effet, les Puissances n allaieat plus avoir à se prononcer sur la question de la pwx et de la guerre, mais à diicuicr ks coadiiions de paix qtfon tem offrirait.
^„ En attendant, Vailitude du Gouvernement Anglais inspirait jjl^, d'assez vives inquiétudes aux amis de la paix. On avait des ' doutes sérieux sur le rôle de l'Angleterre dans ces préliminaires de négociations. De l'autre c6té de la Manche, une fIractioQ
de rtM"^ti<>i^ représentée par plusieurs journaux, paraissait croire que les armes anglaises avaient des revanches h prendre et semblait vouloir pousser le Gouvernement à une troisième campagne. On affirmait que le Cabinet de Saintniames
éitti disposé àsuim celte impulsioD. Les faits ont prouvé depuis que la piesse Anglaise n'était pas absolument la natiout
que l'une pouvait parler d'une façon tandis que l'autre pensait différemment. Mai> à ce moment !e doute était permis, et ce doute était si profondément enraciné dans quelques esphts qu'il survécut à Touvertuie même des Conférence de paix»
Le bruit se'répandit donc que Lord Palmerston se montrait fsYorable à la continuation de la guerre, et qu'il avait demandé à la Keinc la dissolution du Parlement, espérant que les élections produiraient une Chambre belliqueuse. On ajoutait que Ut Reine avait refusé d'accéder à la demande de son premier ministre, et que LordPàlmerston s'était alors résolu à se retirer avec quelques-uns de ses collègues et à céder la place à Lord Joli[î HusselU ([ui devait compléter le Cabiuet en s'adjoignant quelques membres de la fraction Peeliste.
Ce bruit n'avait rien de fondé. 11 ne fut pas un instant séneuaement question de la dissolution du Parlemeot ni des projets de retraite du premier mioistre. Tandis que l'on prêtait ces intentions à luid Palmerston, celui-ci [fienait part aux Uémarclies (Hciliques. Le 9 décembre, cependant, la situation était encore assez obscure pour qu'on pût écrire de Paris à un journal de Belgique « que toutes les espérances de paix achevaient de se dissiper; qu'il était plus que probable que nous retrouverions la guerre au printemps prochain dans les conditions où la campagne de 1855 avait été interrompue; qu'enûn les grandes Puissances occidentales continueraient cette gigantesque lutte pour laquelle quelques garanties n^rales de plus leur étaient acquises, maïs n'ayant pas beaucoup plus de chances de voir joindre à leurs armées un contingent fourni [)ar (les rialious autres 4jue celles qui déjà couibaUaientàlcurs cotés. D C'était une fausse appréciation de l'état des choses; Ce fut, au reste, un des demieis cris de la crainte ou du doute, et îl n*eut qu*un écho insignifiant Deux jouis après, la même plume qiû avait écrit ces paroles désespérées convenait « qu'on
était débordé par les renseignements pacifiques. » Ces renseignements étaient encore, du reste, fort peu précis. On savait que l'Autriche, après avoir eu de nombreux pourpaileis avec la 1mm sur les cooditions possibles de la paix, avait transmtt à la France et à l'Angleterre le imitât de ses observations et (le SCS (lémarclies; on savait que la I rancc secondait Iranclicmenl ces démarches pacifiques, et que l'AugWlerre, sans peut-être s'y associer aussi complètement qu*ou Teûi voulu, y prenait cependant une paît notable. Mais les renseignements n'aOaient pas an delà. Les i^us grandes précautions étaient prises par les trois Cabinets di' Paris, de Londres et de Vienne pourcjuc rien ne trau>pirAt sur la forme de leurs négocialions. Aucune eonmmnication n'était laite aux jouraaui, le secret était parfaitement gardé, et, pour plus de sûreté, le chiffre des communications télégraphiques, en ce m<mient tiès-actîves, était changé de jour en jour et pour ainsi dire d'heure en heure. Ces précautions, recnniniandées par la plus vulgaire prudence, expliquent les variations du baromètre politique. On en savait assez pour avoir confiance, pour ne plus se livrer à des craintes puériles, pour ne plus se laisser démoraliser complètement par une mauvaise nouveUe inventée et propagée dans un intéitH de Bourse; mais on n'en savait pas assez pour pouvoir aflirmer que la Aussie était prête h discuter sérieusement les conditions de la paix avec les Puissances alliées, sin n iîè uq fait considérable était acquis. L'intervention de VAutri» d» fAttridif. cne ne pouvant plus être révoquée en doute, on se disait qu'aux termes du traité du 2dérenil)re, cette Puissance n'avait pu écouler ni prononcer des paroles de })aix sans s'être préalablement concertée avec ses alliés» Il y avait donc concert entre les Puissances. Toutes avaient également entievu, après la dernière campagne, des possibilités de paix. Ces possibilités avaient fait l'objet de délibérations entre la France, l'Angleterre et l'Autriche, qui, d'accord sur le lui, l'avaient été de même dans Taction et sur les mojens. dette interprétation
des choses, la seule qui fût raisonnable, était de sa nature ffisez rassurante pour qu'on pût attendre patiemment les détails dont les Cabinets gardaient le secret. On œinprenait aussi
que les Cabinets n'avaient pu se uietlre d'accord que sur des conditions de nature à satisfaire les Puissances victorieuses sans hundlier la Russie* Ces conditions avaient donc des chances d*ètre adoptées, seconde considération non moins grsTe et non moins fayoïable dans la balance de Toplnion publique.
La Irancliise ella loyauté siniiilifiaiont, du reste, singulièrement la question. Si le but de la guerre est atteint, répétait la Fïanœ, il £sut travailler à préparer la paix. Nous nous sommes interdit tout avantage matériel dans la guerre actuelle* Nous ne faisons pas une guerre de conquête. Si nous avons assuré la sécurité, rinlégrilé et riudépeudauce de l'Empire Ottoman, la paix peut se faire.
Tel était le point de départ des négociations nouvelles. L'Autriche Vavait pleinement approuvé, parce qu'il lui permettait de tenir à la Kussîe un langage ferme et persuasif à la fols. L*AutricliL a\aiL demandé aux Cabinets derOccident s*ils voulaient, d'accord avec elle, discuter (ies propositions do paix, s'engageant à les faire accepter à la Russie ou à joindre, au cas d'un refbs. Faction de ses armes à celle de ses alliés. On avait cber^ ché de bonne foi un terrain sur lequel on pût s'entendre et on l asail Irouvo. Les propositions avaient été ju?»ées satisfaisantes par les trois Gouvernements, et elles allaient se convertir en ulimatum* Un grand pas avait donc été fait, et il y avait véritablement lieu d*espérer une tenninaison prochaine au fléau de la guerre.
L'opinion publnpie, en Angleterre comme en Fraine, se l opinion montrait favorahle à la paix. L'attitude de Lord Palmerston esi^'Jfvorâbie avait semblé, il est vrai , donner prise à certaines interprétations ^ ^ i^^^* an moment même oh les Puissances occidentales se préparaient à transmettre leurs dernières résolutions à rAutriche. On avait t)U, avec quelque apparence de raison, voir dans les hési-
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t.Umns (lu noble Lonl l'indice do préoccupations porsoîineîles et le désir do se maintenir au pouvoir en contiaiiant la guerre* Mais ces nuages n'avaient pas tardé à se dissiper, et la pression du dehors» cette force toute-puissante en Ane^eterre» avait bientôt réuni tous les membres du Cabinet Anglais dans une pensée commune, le désir d'une paix. bonoral>le.
C'est ainsi que Tliorizon poUlique s'éclaircissait graduelle ment et que les esprits les plus timides étaient rassurés*
Les choses en étaient à ce point, et Topinion paraissait aases résignée à attendre que le moment fût venu de Tédairer sans iiH onvénient pour le succ6s de IVinivre entreprise, lorsque le Morning-Poêt publia un article, qu'il présenta comme ie programme des conditions de paix arrêtées entre les Puissances.
a Plus de Sébastopol dans la mer Noire, disait le journal Anglais, plus de Bomarsund dans la Baltique pourmenacerde nouveau l'intégrité des Élats voisins! plus de flolle Russe dans TEuxin , pouvant à cbaque instant s'abattre sur Constaniinople, détruire la paix de l'Europe et compromettre sa silretél Les protectorats doivent être abandonnés, ainsi que toute prétention à se mêler soit des propriétés, soit des sujets d'autres Souverains. Non-seulement les eaux du Danube doivent ^tre libres dans leur cours, niais encore 1 eiubouciiure du lieuve doit être enlevée à la Russie que l'on doit contraindre à en abandonner la possession*
» A moins que ce ne soient là les conditions agréées par la Russie, pas de paix; mais dans la prochaine caiiiit.i^nH% usons de la force écrasante dont nous sommes armés pour compléter la victoire. »
Cette publication, tout à lait inattendue, produisit une vive émotion dans le monde diplomatique. Les relations bien ooih nues du Jfomin^Pof l avec qurhiiR'b tuonihio du Cabinet Anglais ajout^rent d'abord à l'iuipoi lance de rarliele. Les prétendues conditions de paix eurent l'honneur d'une reproduction universelle, et furent le sujet de toutes les conversations. Bimk
tôt , cepeDdani» oa se prit à penser que le programme pouvail tiyea ne pas être exact dans toutes ses parties* On se demanda s'il était raisonnable de croire qu*un premier ministre, un
homme d'Élat émineot, qui s'orcupait (iepuis quarante-cinq ans rios affaires publiques, eût «''té révéler à un journal, pour qu'il les publiât, les bases d'un arrangement qui n'était encore qu'en projet. Ces réflexions salutaires réduisirent le document à sa T^table valeur. On se dit que le fond devait en être vrai poKquMI n'était, en somme, que la reproduction des quatre points de garantie depuis longtemps connus : neutralisation de la mer Noire, indépendance des Principautés, etc. ; mais on pensa avec raison que le Maminff^Poêt n'était pas une autorité suffisante pour qu'on dût accepter sans réserve la forme et les détails de son programme.
La version du journal Anglais n'élail, en effet, ni complète m exacte, et elle ne pouvail pas l'êlre, car le texte ne lui avait .pas été communiqué. Le Morning-Poêi n*avait pu saisir que des demi-révélations, et il s'en était servi pour publier quelques semblants de vérités. Aucun texte ne fut opposé dans la presse Française à celui du journal Anulais, Los organes de notre Gouvernement, persévérant dans leur sâfr»"s>t^ et leur jmjdcnce, se contentèrent de recommander la patience , tout en déclarant que les conditions sorties des délibérations des trois Puissan* oes étaient assez elQcaces pour satisfaire les justes susceptible lités (le la France et de l'Angleterre, sans humilier la Russie ni porter atteinte à l'intégrité de son territoire. La Patrie, allant plus loin , aflirroait que les propositionâ avaient été examinées par le Cabinet Français, qui les avait jugées acceptables, et qu'elles étaient en ce moment soumises au Gouvernement Anglais, qui, sans doute, les approuverait aussi.
« A L'»ndres, cependant, écrivait le correspondant Parisien ABU»
, Jouroux
d'une feuille de Belgique, une décision aussi prompte n a pas tinsgen été prise ; on est encore à les peser, à les considérer de près, à S3 demander si elles ne cachent point un piège ou une dé-
Diyuizeo by
ception. D*oii provient cette différence d'appréciation et de BèDtimenls eotie les deux États, dont les intérêts, après tout, 8cmt identiques, de même que l'action a été commune? Tout
simplement de la différence du régime politique.
» En Anglctorro, pays pirlomontaire par excellence, il fnui compter avec deux choses, dans les questions de cette nature : d'abord avec Topinion publique, ensuite avec le ministère. L'opinion publique serait très-beureuse d'ukie paix signée dans de bonnes et honorables conditions; mais le ministère... Ah! voilà récuoil, dit-on. Dans le système parlementaire, un premier ministre arrive aux affaires pour faire prévaloir une idée et pour gouverner avec cet instrument. Quand l'idée a fait son temps, quand elle est usée ou satisfaite, quand d'autres nécessités, d'autres besoins se font sentir, l'homme d'État se relire; l'inléri^t nouveau exige et am^ne mi pouvoir un aulre représentant. C'est la loi constitutionnelle. Or, Lord Palmerston, à tort ou à raison, a toujours passé pour représenter ridéé belliqueuse, et Lord Palmerston devrait se retirer, si la guerre venait à cesser brusquement. »
Ces réflexions, qui donnent une juste idée de l'opininn du moment, tout en exagérant les scrupules de Lord Palmerston, étaient écrites le 10. 1.e 13, la Presse de Londres, organe de M. Disraeli, présentait déjà les choses comme fort avancées même en Angjlelerre : les propositions, transmises de Vienne à Paris et de Paris à Londres, avaient été agréées en substance par Lord Palmerston lui-m^'me et renvoyées à TEmpereur des Franç^s. Le jotu-nal tory ajoutait, ce qui n'était pas exact, mais ce qui parut alors assez vraisemblable, que les propositions avaient été suggérées à l'Autriche par la Bussie, car on ne pouvait admettre que le Gouvernement Français eût accueilli légèrement des prof)Ositions de paix sans avoir la ferme assurance de les voir accepter par la Russie. Entin, le Ira/ignanCi Meitenger^ journal très-prudent et très-réservé, croyait pouvoir aifirmer, de son cAté, que les propositions avaient été
DU CONGRÈS DE PARIS SoS
Baoctionnées en substance par le Cabinet de Lord Palmeiston, qu^eHes awent été renvoyées à l'Emperenr des Français, et qu*en ce moment les Cours de Vienne cl de Sainl-Pétersbourg correspondaient directement ensemble à cet égard.
On voit que les choses marchaieot rapidement. Nous n'étions Les encore qu'au 13, et l'on annonçait déjà que les Cabinets de Pans et de Londres étaient complètement d'accord sur les condltiOQS de la paix, non-seulement entre eux, mais encore avec le Cabinet de Vienne. On supi»o>ait assez généralement que si ce dernier s'était autant avancé qu'on le disait, c'est qu'il avait les misons les plus sûres de compter sur l'acquiesc^ent de la Bnssie. Mais l'Autricbe aTaitreDe bien pris les engagements qu'on lui prêtait? Avait-elle parlé d'uUimaium, de déclaration de guerre, etc. ? Ces questions sciîIps rc'^taient ohscures, et la toute récente mesure par laquelle l'Autriche venait de placer son armée sur le pied de paix semblait autoriser les doutes.
En réalité, quelle était la situation et quel avait été le rAle Mie * de rAn^eterre dans ces dernières négociations? Deux faits rAngteiene considérables élaienl acquis et ne pouvaient jilus f^tro contes- ,
tes denuèfH
les : lo !os trois Puissances signatau-es du traite du 2 décem- nègociatiani. bre avaient reconnu des possibilités et une opportunité de paixf; 2» elles avaient délibéré et arrêté en commun les con* dîtioDS auxquelles la {)aix était possible. L'An^eterreavaiti^lle fait queI«iuo opposition aux premiers pourparlers paciliques? Non; elle avait paru, au contraire, les accueillir avec empressement et satisfaction. S'était-elle montrée aussi conciliante dans la suite des négociations? Non; il avait été visible qu'elle ne s'y prêtait qu'avec répugnance. La conduite des préliminaires en avait été un peu ralentie sinon anôtée, et ces eniiianas n'avaient point échappé à la liussie. Le Cabinet Teniâiives de Sainl-Pétersbouig, habile à profiter des hésitations de ses adversaires, et pensant qu'il existait des dissentiments sérieux entre la France et la Grande-Bretagne, avait cru le moment excellent pour s'assurer le concours de l'Autriche
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et de TAllenia^e en faisant des concessions qu'il espérait Yoir déclarer sufûsantes par les Cabinets de Viemieet de Berlin. Le but était dair : il s'agissait de maintenir rAHemagoe dans sa neutralité et d'empêcher TAulriche de se lier détliiitl-> vement avec les Pms»aiie»js tle rOccidenl. La vieille diplomatie Autrichienne, non moins habile que celle de la Russie, accueillait ces ouvertuiest les eneofurageait et poussûi aux concessions sans s'engager elle*-mèine iis~à-vîs de la Russie* Le succès couronnant celle manœuvre, dans laquelle la Russie apportait un soin inQni, en môme temps qu'une grande activité, l'Autriche et les États de l'Alleniagne déclarant les concessions du Cabinet de Saint-Péteisbouig sufûsanles, au moment même oii les trois Puissances signataires du traité du 2 décembre discutaient des propositions plus complètes qu'elles aiicuent résumer en un uUunaiumf raliiaiicL dclimlive de l'Autriche avec l'Occidenl n'élail plus possible. Le traité du 2 décembre devenait une lettre morte; la France restait seule avec l'Angleterre, et la Russie recueillait les bénéfices considérables d*ime situation nouvelle. Ces tentatives, auxquelles les embarras suscités en dernier lieu par le Cabinet de Londres parurent donner un instant quelque chance de réussite, furent heureusement déjouées par le Gouvernement Fïrançais* Instruit jour par jour, et poiur ainsi dire henie par heurey des diverses phas^de cette entreprise hardie, il s'occupa bien moins de la paralyser que d'en rendre l'acte final impossible, en apportant lui-rnOme une grande célérité dans la conclusion de l'engagement suprême qui devait lui asstirer le ooncoun définitif et sans réserve de rAutridie. M. de Serres, premier secrétaire de la Légation de France en Autriche, était parti de Paris pour Vienne, porteur des propositions sur lesquelles l'Anplcterre s'était enlin mise d'accord avec la France, après des retards regrettables et qui pouvaient justifier les mois de « mauvais vouloir » qui avaient été pnmoncés* De son o6té, le Gouvernement Russe venait, disait-on, d'envoyer ses nouveDes
propositions h Vionne. Le mouii iit ('Uni vraiiiienl S'il( nnol. Le Gouvernement Frani^ais n*eut pas un instant de doute sérieux, maas il regretta cette piécipitation, que les retards du Cabinet Aurais avaient rendue néoessaire, et qui était une dérogation aux habitudes de calme et de patiente réfleuon qui avaient prt^sidé juS(iu'aiors à celte négociation délii ale. Sans ces obstacles, que le début des négociations ne pouvait pas faire pféroÎT, il est permis de croire que les choses eussent marché beaucoup plus vite, et que la Russie n'eût pas tenté ce dernier effort. Le rôle des Pubsances était donc celui-ci : la France négociait activeniciil i»our lier définitivemenl l'Autnche à la politique occidentale; l'Angleterre laissait faire d*asse2 mauvaise grftce, après avoir essayé d'arrêter le mouvement; la Russie làisait des concessions pour détacher VAur tridie de rdlianee et pour échapper à l'obUgation de consentir des concessions plus dures; l'Autriche, fidèle à ses enpragcmenls, écoutait les ouvertures de la Russie et prenait conseil de Paris ; la Prusse» avertie des répugnances de l'Angleterre, était retombée dans ses incertitudes et se voyait menaoée d'isolement; enfin, les États secondaires de l'Allemagne, trèsf.jvorables à la paix, continuaient h donner à l'Occident des preuves de bon vouloir que le voyaf;e de MM. de Beust et Pfordsten avait préparées, que le discours de rExposilion avait stimulées, et que l'attitude finale de l'Autriche devait bientôt rendre plus évidentes.
On avait appris presque en même temps le voyage de M. de Éetefatiise- Serres de Vienne à Paris et son départ de Paris pour Vienne. ****** Le Timgê annonça que le premier secrétaire avait [)orlé aux Puissances occidentales les « propositions de l'Autriche; » la Gaxeite dt Cûhgnê assura, de son côté» que le Vicomte de Serres apportait de France à Vienne des dépêches imporlanles, et V Indépendance crui ^iouvoir aminiKcr que le Vicomte emportait la réponse des Puissances aux ouvertures du Cabinet Autrichien, réponse qu'on jugeait, disait<^e> de nature à
être reçue avec une grande satisfaction par ce Cabinet. La Gaxetie AtUrichienne, qui paraissail être au courant de la situation, affirmaît que les errances de paix deyenaieni plus positives de jour en jour, que jamais éUes n*avaieDt eu de fondements plus solides» et elle déclarait «que le moment était arrivt' }>oiir la Prusse de sauvegarder sa j>o$ition à la CMizic me heure. »
Le GouvememeDt Français ne démentit pas Tobjet du voyage de H» de Serres, mais il ne le confirma pas non plus, et comme les journaux miniêiérieh de Paris s'abstinrent d'en parler, l'opinion pufïlique conserva ses doutes. C'était })n'cisén[ient ce que voulait le Gouvei iieinent, car la situation était assez intéressante pour qu'on ne la compromit pas par une indiscrétion. AMès Tandis qu'on attendait avec une vive impatience, à Paris et <k4^^^ à Londres, à Paris surtout, la nouvelle d'un accord parfait de joorMiuc r Autriche avec les Puissances de l'Occident, une partie de la ^'^^ [uesse Anglaise se sentait prise d'un nouvel accrs hclliiiutHix, dictait ses conditions à la Russie et déclarait, du ton le moins conciliant, qu'il fallait l'humilier et la dépouiller de son rang de grande Puissance. On ne pouvait mieux, il faut en convenir, jouer le jeu de la Russie, car rien n'était plus propre 5 empêcher le surets dt'b iu>;ntialions onj?ap:ées avec l'Autrif lie. Heureusement, les choses étaient déjà trop avancées pour qu'on pût les anéantir par des articles de journaux. Heureusement aussi, le bon sens public et les engagements déjà pris formaient une barrière suffisamment résistante conlre ces emportements maladroits, irréfléchis et peu dignes. Le traité du 10 avril 1854, sur lequel reposait ralliance offensive et défensive de la France et de l'Angteterre, et en vertu duquel ces deux Puissances avaient réuni leuis armes contre la Russie, disait textuellement dans son article 4 : or Animées du désir de maintenir l'écpiilihre Européen, et ne poursuivant lauxm \mi intéressé, l"s Hautes Parties contractantes renoncent d'avance à retirer aucun avantage particulier des événements qui poui^
DU COiNGRÈS DE PARIS t59
roat se produire. » Cet article était dair. 11 mettait è oéaDt toutes les exigences qui prétendaient humilier la Russie, lui
im\H)Scr des charges extraordinaires et surtout réduire son territoire. On avail voulu purcmrnl ei simplement assurer réquilibre Européen » et pour le maintenir, on avait déclaré qu'il suffisait qu'aucune Puissance ne pût abuser de ses forces* L*Empereur Napoléon lui-même, dans sà lettre du 28 janvier i854 à TEmpereur Nicolas, ne s'clait plaint que d'actes qui lui paiciissaient menacer Tordre et l'équililire Européens. Sa Majesté déclarait que les Puissances, déjà liées par les notes diplomatiques signées en commun, ne voulaient que rendre le repos à l'Europe, en assurant cet équilibre. Enfin, TEmpereur Napoléon ajoutait qu'il ne demandait rien qtii ne fût digne de l'Empereur de Russie et qui blesser son honneur.
La conduite des Puissances alliées n'avait pas dévié un seul Le$ instant de la ligne tracée par ces principes. Ce sont ces prin- nrnSiîimfl cipes qui avaient présidé aux Ck)nférences de Vienne et qui '"\J|J^'^>„f en avaient amené la rupture. Pourquoi ces Conférences n'a- ''"^s^ vaieiil-elles pas abouti? Ce n'était pas parce que les conditions que la Russie offrait d'accepter la laissaient entière et non humiliée, c'était parce que ces conditions n'assuraient pas suffisamment les garanties d'équilibre pour lesquelles on avait entrepris la guerre. M. le Comte Walewski, qui venait alors (le pîisser de i'auibassade de Londres au ministère des affaires étrangères, le faisait observer très-juiHcieusement et avec beaucoup de clarté dans sa circulaire en réponse à celle de M. de Nesselrode sur les principaux incidents de ces Conférences. Les conditions proposées n'avaient pu être acceptées, disait M. Walewski, a parce que, pour exercer la surveillance dont le droit leur serait indirectement concédé, la France et l'Angleterre seraient obligées de s'imposer à tout jamais les sacrifices les plus onéreux; que ce serait la preuve que la Bussie aurait besoin d*ètre de nouveau contenue. » Le ministre ajoutait : a Uniquement mus par Tintérêt générai de
MO RISTOmE
l'Europe, nous n'avons rien dcMii-indr' h la Russie qui coùlûl à sa (iifiiUilé, encore moins à son lionneur. » Et plus loin, enlin, la circulaire, revenant avec une loyale peisistance sur cette idée, M. Walewski disait : « La France et TAngleterre n*oiit pas les seatiments qu'on leur prête ; leur hosti* lilé n'est pas, comme on le dit, implacable. Klles n'ont jamais voulu imposer à la Russie une paix attentatoire à son honneur et à sa dignité; mais la nécessité les a investies d'un rôle qu'avec l'aide de la divine Providence elles sauront remplir, et l'Europe, raffermie sur ses bases, leur saura gré d'avoir contenu dans de justes bornes une influence qui s'efforçait de dépasser pai luul le cercle de son action légitime. »
Ces belles et loyales paroles indiquaient l'invariable persévérance des Puiseances alliées à se maintenir dans la ligne qu'elles s'étaient tracée au début de la guerre. Jusqu'au moment où la paix a éié signée, elles ont été Fimique programme de leur politique.
Ou ne vfut L'Angleterre, lice par ces engagements aux mêmes titres âé^rn^ que la France, n'avait, on le voit, aucun droit de réclamer Il amie, rbumiliation et le démembrement de la Russie, Le langage violent de quelques-uns de ses journaux était donc plus (ju'une
inconséquence comi'nmietîante , c'( lail un (iu})Ii des devoirs mutuellement débattus et acceptés. Les conditions de \m\ re« tournées à Vienne après avoir été mûrement eiaminées à Paris et à Londres, renfermaient-elles des garanties suffisantes pour assurer l'indépendance de la Turquie, l'intégrité de son territoiie et le re[»os de l'Europe? Telle était la seule question que l'on pût se poser. Malgré les prétendues révélations du Mormnff-Post^ ces conditions n'étaient pas encore connues, il est vrai, mais on pouvait être bien certain que l'Empereur Napo* léon et sa fidèle alliée la Reine de la Grande-Bretagne ne les eussent pas trouvées acceptables si elles avaient été insuffisantes. Sur ce point, la dignité des deux Gouvernements et rimporUince des faits accomplis devaient dissiper tous les
doutes. Ce n'était pas pour n'obtenir que des senil^lants de garaiilios qu'on aViUt ilt'truil Séhaslopol, anéanti la flotte Russe de la mer Noire, prodigué les hommes et les millions. Non, cda ne pouvait être. Le langage des journaux Anglais dans un moment iMietl , lorsque des conditions de paix, qu'on devait supposer sufOsantes pour toutes les Puissances intéressées, venaient d'ôlre débattues par elles, et que l'espoir d une heureuse et prochaine solution s'emjtarail de tous les esprits, était donc une faute grave. La presse Française sut encore une fois s'en garantir. Elle n'accueillit pas sans faire ses réserves le bruit qu'un nouvel uliimaium allait être prochainement soumis à Uà Russie; mais elle sut se nionlrer patiente et coniiante. Elle attendit d'abord que les conditions revues à Paris et à Londres fussent définitivement approuvées par FAutiicfae, et, en second lieu, que ces conditions, encore imparfaitement connues, fussent publiées dans leur teite exact. Le lô décenilH c, le Gouvernement Français rerut par le té-
Puisssiiccs
légraphe l'importante nouvelle que l'Autiiilie s'ai)[)ropriail la som (faccort rédaction des propositions. Les trois Puissances étaient donc YmUi^Hlumm, désormais complètement d'accord, et l'Autriche se trouvait, Yis*à-vis de la Russie, sur la même ligne que la France et l'Angleterre.
Le 16, une seconde dépêclie chiffrée, c'est-à-dire absolu- Dépan ment inmteliigdiie pour tout autre que le destinataire, arrivait ^,^,"fy au ministère des affaires étrangères et annonçait le départ du f;^"^ ^'>"t- Gomte Esterhazy pour Saint-Pétersbourg. ' te^^boarg.
A ce moment même, les esprits étaient encore fort incer- incerutode tains, sinon sur l'impoitance des propositions de paix, au moins sur le sort qu'elles avaient eu à Vieniie cl sur leur résultat piopositioM final. Aussi, à mesure que les bruits pacifiques prenaient de la ^''^ consistance, l'opinion publique flottait davantage dans l'incertitude, au milieu des versions si contradictoires des journaux. ■ Tandis qu'on parlait d'une entente complète déjà établie entre l'Autriche et les Puissances occideulaies, d'un uUimaium con-
Diyuizeo by
lésant les conditiMis de paix et d'une déclaiation du Cabinet de Vienne portant que si œt uitimatum n'était pas accepté par
la Russie, l'Autriche rappellerait le personnel de la légation de Saint-Pélcrsljuurg, le Journal Allemand de Francfort prétendait, lui, qu'on en était encore à négocier l'entente entre Londres, Paris et Vienne. Les enthouâastes pacifiques allaient jusqu'à dire que le MmUteur annoncerait prochainement l'ouverture de conférences; mais \e Morning-Post calmait brutalement cet élan en affirmant que la Russie n'avait donné ni mission ni autorisation à personne de soumettre des propositions aux Puissances occidentales, et que ces dernières, de leur côté, avaient déclaré ne vouloir entier en n^odation que quand la Russie aurait formulé des propositions claires et précises. C'était ajoutait le Morning-Post, ce que l'Autriche avait d^ transmettre à Saint-Pétersbourg. Beaucoup de gens, tout en croyant à l'entente des trois Puissances, en acceptant même la possibilité de Touverture prochaine d'une oonférence, doutaient d'un résultat satisfaisant, la Russie n'étant nullement décidée, suivant eux, à acre] )ter la création d ua nnuvelÉlat indépendant à ses frontières pas plus que le désarmement de son littoral de la mer Noire, a désarmement qui la livrerait, disait-on, à la merci des Puissances alliées, dont les forces maritimes, occupant des positions nombreuses dans la Méditerranée, pounajciil mopinémclU lianchir le Bosphore. »> Rùi^ Le véritable nMe de l'Autriche dans les dernières négociay^tSjjy' particulièrement dans celles qui avaient eu pour
objet le troisième point, était encore peu connu, et l'incertitude qui résultait de cette ignorance rendait les esprits plus accessibles aux versions contradictoires dont je viens de parler. 11 n'est donc pas inutile de jeter ici un coup d'u'il rétrospectif sur quelques faits diplomatiques de nature à éclairer ce côté de la situation et à compléter les observations que j'ai déjà présentées sur la participation de l'Autriche. Les instruction:» remises par Lord Gioreudon à Lord John
Russell,lors du départ de celui-ci pour Vienne, comprenaient, sur la solution du troisième point, deux alternatives ainsi lormulées :
« Gel objet pourrait être réalisé de deux manières : en réduisant la force maritime de la Russie dans la mer Noire dans
une proportion raisonnable, ou bien en ouvrant cette moi , avec Tagrémeot delà Turquie, aux forces maritimes des autres nations. »
Cette grave question fut abordée pour la première fois aux Conférences de Vi«[ine, dans la séance du 96 mars. H. de
Bourqueney, qui avait suivi le débat avec la plus grande attention, et qui avait jugé en homme d'expérience les diflicultés dont il était gros, avertit aussitôt, par une dépêche télégraphique, le GouTemement Français qu*il doutait que les Flénipotentiaires Russes acceptassent Tinterprétation donnée au troisième point de garantie parles Puissances occidentales. La siluaLioii cUut délicate. M. Drouyn de Llmys le comprit, et il partit à son tour pour Vienne, emportant l'esiioir d'une entente qui ne devait point se réaliser. Lord Giarendon consigna les résultats de ce voyage du ministre Français dans une dépêche qui mérite, par son importance, d'être citée en entier.
« Le Baron de Bourqueney, disait celte dépêche, ayant exprimé à son Gouvernement des doutes sur l'intention sincère de la Russie d'accepter la troisième base dans le sens dans lequel la France et l'Angleterre l'ont toujours entendue, M. Drouyn de Lhu3rs a pensé que le but serait plus facilement atteint et la dignité de la Russie mieux sauvegardée, en excluant tous les bâtiments de guerre de la mer Noire.
» Pourtant, M. Drouyn de Lhu^s a élaboré un tnemoranimut afin de donner suite à la neu&ali$aiwn de la mer Noire» et il a proposé que, d'accord avec le Gouvernement de Sa Majesté Britannique, ce projet fût soumis à la Conférence de Vienne, comme une preuve du désir de la Franco ot de l'Angleterre d'écarter toute objection raisonnable delaEussie, ainsi
que (le la sinccVité de leurs efforts d'amener les négociations à une conclusion pacii'uiue.
» Je vous ai informé, Milord, par le télégraphe , que le Gouvernement de Sa Majesté a adhéré au projet du GouTemement
Fra lirais.
» Le Baron de Bourqueney ayant infornié sou Gouvernement que ce projet n'avait pas été favorablement accueilli à Vienne, M. Drouyn de Lhuys, après avoir reçu les ordres de son Empereur, résolut de se rendre en personne à Vienne, pour y expliquer et soutenir ses vues. Mais auparavant il vint à i.()ii(lie>, atln d'établir l'accord conipl<'l enlre les deux Gouvernements sur la ligne de conduite à suivre ultérieurement. En conséquence, M. Drouyn de Lhuys ayant quitté Paris le 29 dernier, il eut, le lendemain, une entrevue ici, à laquelle assîstateni Tambassadeur de France, Lord Palmcrston, Lord Lnnsdowne et nioi-niènie.
» Les questions louchant la neutralisation de la merlsoire et la limitation des forces navales de la Russie dans cette mer y furent discutées à fond.
» Quant à la première (ou neutralisation], il fîit convenu de
pri>jK)S(T :
u 10 Que la Kussie et la Turquie n'auraient de bâtiiij< nf s île guerre, ni dans la mer Noire, ni dans celle d'Azuff, à Teiception d'un nonobre restreint de bâtiments, destinés à la police de mer, pour prévenir la piraterie ; et que, quant à la mer de Marmara et au Bosphore, on rlien lierail à ?e lueltrc d'accord avec la Porte, h relïel de voir si la Porte était disposée à comprendre ces parages dans les mêmes arranjîcments, dans le cas oîi il faudrait le faire, afin d'obtenir le consentement de la Russie à l'application du principe de neutralité h la mer Noire et à la mer d'Azoff ;
» 2» Que les ports des deux Puissances riveraines d.ins la mer Noire et la mer d'Azoff ne seraient plus que des ports de commerce ;
DU CONGRÈS DB PARIS m
» 3^ Que les Puissances étrangères seraient autorisées à entretenir des consuls dans lesdits ports.;
» 4^ Qu'il n'y aurait de la }iart d*aueune des deux Puissances des concentrations; menaçantes de troupes sur les bords de la mer Noire ;
D 50 Que les Puissances alliées : l'Angleterre, la France et rAu triche , auraient le droit d'envoyer leurs forces navales dans la mer Noire , si les stipulations du traité Tenaient à être Tiolëes;
» 0* Qoe les deuv Puissances riyeraines (la Rus^e et la Turquie' auiaienl le droit d'entretenir un uuuibre limité de bâtiments légers de guerre pour la police delà mer Noire, ainsi que des navires non armés destinés et arrangés exclusivement pour le transport des troupes. »
Lord Glarendon, après avoir rappelé les points concernant la IiniilalifHi (les forces navales de la Russie, ajoutait :
a U a été de plus décidé :
» Que les deux systèmes, et nommément celui de la neutralisation de la mer Noire, ainsi que celui de la limitation des forces navales de la Russie et de la Turquie dans la mer Noire, st^rout exposés à TAutriche, et que celle-ci sera invitée à se prononcer sur l'iidoption de l'un ou de l'autre, dans ce sens qu'en s'associant à la France et à l'Angleterre pour le proposer à la Russie, elle s'engagerait en même temps à coopérer à la guerre avec la France et TAni^etene, si l'arrangement proposé était rejeté par la Russie.
j> Qu'il était entendu (jue la France et l'Angleterre préféreraient le système de la neutralisation, si i'Autriciie en abandonnait le choix à la France et à rAn^eterre*
» Que si l*Autriche se refusait à prendre rengagement de coopérer à la guerre avec la France et TAngleterre, dans Téventualilé où la Russie rejetterait l'un ou l'aulrc projet présentés par TAutriclie, conjointement avec la France et l'An- ^tene, la France et l'Angleterre auraient à reproduire le
système de neutralisation, et si celui-ci était rejeté à son tour par la Eussie, les uégociatioQs seraient immédiatement roaw pue», p
M* Drouyn de Lhays» dès le leDdemain de son arrîTée à Vienne, avait eu une entrevue avec le Comte Buol. If. de Boop*
queney, lord John Russel, Lnnl Westmoreland et le Baron Prokescli y assistaient. Le ministre Français, conformément à ce qui avait été convenu à Londres, recommanda TadopUon du système de la neutralisation, après avoir, toutefois, développé Tautre moyen de solution. Le Comte Buol parut frappé des considtiations présentées par M, Drouyu de Lbuys, et il déclara qu'il allait s'expliquer à fond et en peu de mots sur Ja politique du Gouvernement Autrichien, touchant le troisième point de garantie, H. de Bui^ admit que le plan de neutralisation, développé par M. Drouyn de Uiuys, lui paraissait, par rapport au troisii'me point, atteindre le but que Ton s'était proposé, et il déclara que l'Autriche serait heureuse de le voir accepté, a Mais, ajouta le Comte Buol, je n'ai aucun espoir que la Russie racoepte,^attendu qu'elle serait désarmée dans la mer Noire, pendant que la Turquie serait armée dans le Bosphore» ou pour le moins dans la Méditerranée. i>
A ce moment, l'Autriche ne croyait donc pas ?J la possibilité de la neutralisation, et, tout en déclarant qu'elle l'approuvait comme la meilleure sdution, elle ne l'appuya pas. . On sait dans quelles circonstances les Conférences fùrenl rompues.
le uaron ^^^^^ rupture n'cut pas pour résultat d'anéantir le traité du' viMUMf! ^ décembre. Seulement, les Puissances alliées, comprenant * que ce traité ne pouvait «voir un effet utile qu'autant que les Parties contractantes seraient d'accord sur rapplicatlon de la troisième garantie, travaillèrent activement h établir cet accord. M. de Boui queney fit, dans ce but, un ^^yage à Paris.
11 était bien naturel que le Cabinet de Vienne, avant de prendre des engagements définitifs» désirât s'édairer par un
échange d*idées avec ses alliés sur la situation que lui feraient ces engagements. U profita donc du Toyage de M. de Bourqiieney pour lûre à ce propos quelques ouvertures.
L»îs quatre points de garantie qui constituaient la substance des Xote*ï ('( hnnîïc^ps h Vienne le 8 août 1854, laissaient [ilace aux interprétations et aux coaunentaires. Suivant la marche des érénements, on pouvait les restreindre ou les étendre. La diute de Sébastopol, suivie de celle de Kinbum, et venant couronner les succès obtenus dans la mer d'Azoff, donnait a^^n riment aux Puissam es victorieu^fK le droit de déclarer insultlsante rinlerprétation des quatre garanties telle qu'elle avait été présentée, au mois de décembre 1854, dans le fameux memenio^ tour à tour accepté et repoussé par le Prince Gortchakoff. La difficulté était là, et ce fut particulièrement sur ce poiiit que le Cabinet de Vienne pressentit les dispositions de notre Gouvernement par rintermédiaire de M. le Baron de Eourqueney.
Ju8que4à, on le voit, les ouvertures de l'Autricbe n'avaient été qu'officieuses. Dans la première quinzaine de novembre, **^^ut elles prirent une forme officielle et elles se formulèrent enfin jf^SS en propositions qui furent parafées Vienne le 14 du même mois par le Comte Buol et le Baron de Bourqueney.
Le Gouvernement Français pensait qu'il y avait lieu d'aoenefllir favorablement ces propositions, sauf à s'entendre avec le Cabinet de Londres pour indit[uer h l'Autridje les modifications qui seraient jugées nécessaires. Cette résolution présoitait de grands avantages. Si la Russie acceptait les proposa tiens comme bases de n^oeiations, on était sûr de n^ider dans des conditions favorables. Si la Russie les repoussait, rAutriche se trom aiten présence d'engagements extrêmement sérieux. VMe rappelait sur-le-champ son représentant h Saint- Pétersbourg, et eUe était nécessairement amenée, par la seule force des choses, à joindre prodiainement ses aimes aux nô-> Iras. Dans le premier cas, nous faisions une paix hooo*
rable ; dans le second, nous avions un puissant .lUio de plus. Répognance* L'An^loterre, oTi le sait, était moins préparée tiue nous à rAngieiefit. l'ùiée d'une paix prochaine. Elle avait fait d'énormes sacrifices en Tue de la contiiiuatioii de la guerre* De plus, il avait été facile de voir» dans le cours des négodations précédentes, qu'elle était encore sous Tinfluence de ses vieilles préventions contre l'Autriche. Ces préventions, quin'avaicni y^^, toutefois, on le sait, empêché le Gouvernement Britannique de signer le traité du d déoembie, se réveillèrent en présence des pnn positions Autrichiennes. Mais cette défiance ne résista pas à Texamen attentif de ces propositions, et le Cabinet Anglais laissant enfm tous ses scrupules, entra résolùmeiildansia voie pacifique nouvelle.
00 arait Quaut à la Turquie, principale partie intéressée» mais trop ta'f^^. âoignée pour pouvoir suivre la n^odation dans tous ses détails, elle n'avait pas, cependant, comme on pourrait le croire, été laissée en oubli durant l'écliange des communications auxquelles ïuUimaium avait donné lieu. On Tavait régulièrement informée de ces communications, et les Puissances ne s'étaient décidées à agir qu'après s*ètre assurées de son plein et entier assentiment.
Vers la fm de novembre, M, de Hiibner remit au Comte Walewski, comme corollaire des propositions parafées à Vienne, une note motivée dans laquelle TAutriche, se fondant sur des considérations tirées de la situation, adoptait le principe de la neutralisation de la mer Noire comme le moyen le plus propre h réaliser la troisième garantie. Culte déclaraûun avait causé une vive salisfacUon aux Gouvernements de France et d'Angleterre, qui s'étaient toujours montrés, on l'a vu, plus favorables au système de la muintU$atia» qu'à celui de lot imiUUim,
Le rôle de l'Autriche, même sur ce point délicat, ne pouvait donc plus inspirer aucun doute, aucune arrière-pensée à ses alliés, et les délibérations à trois avaient désonnais les bases
DU GOIfenÉS DB PARIS 269 les plus sérieuses, L'Aulriclie, par celle résolution importantot était entrée complètement dans i'aHiance, elle atait fo> imilé implidtemeQt son cattu bOlù Mais, je le répMe, oes diconstances étaient encore inconnues, et voilà pourquoi l'opinion lîotlait incertaine, au 15 décembre, entre les assertions uUra-paciliques des optimistes et les excentricités peu rassurantes du Moming^Poit.
Ce journal était, du reste, en Telne de sombres inventions nooféikn et de publications intempestives et tout à fait comprometlaïUes. Il avait donné, on se le ra[»pclle, un premier programme ^JJjj"'' des conditions de paix. Revenant, quinze jours après, sur ses assertions» il en donna un second que le télégraphe résuma
de la pressa
Esdusion de tous b&timents de guerre de la mer Noire. *
Démantèlement des places fortes Russes situées sur les côtes de cette mer. — Renonciation par la Russie au protectorat des Principautés, ainsi qu'à tous les anciens droits d'intervention dans les États du Sultan. — Cession de la partie de la Bessarabie située sur les bouches du Danube.
Cette dépèche, arrivée à Paris le 17 décembre, y produisit Attiiude une véritable stupt'fat lion. Encore une fois, les conditions de paix qui s'y trouvaient résumées n'étaient pas exactes dans tou* tes leurs parties; mais le petit nombre de personnes au courant de rétat des choses jugèrent, à la forme du programme et à certains autres signes caractéristiques, qu'il y avait eu, soit une iiidisi réliuii regretlable de la part du Cabinet Anglais, soit une inlidcUté de quelque agent. Dans tous les cas, on ne s'expliqua pas cette publication, et on la considéra comme des pilus ûcheoses dans la situation. Les secrets de l'État étaient trahis, divulgués au moment même où les drconstances recommandaient la plus grande circonspection! En France, on songea un nistanl à empfVher la reprodui tion de la note du Post ; mais on réfléchit avec raison qu'elle nous reviendrait toujours par les joumaur étrangers, et attirerait d'autant plus
ratlenliua qu'on aurait pris plus de peine pour la détourner. Les journaux de Paris, cuiiii»renant le danger, et toujours pleins d'une réserve louable» ne se hasardèrent, pour la plupart, à reproduire le Po»l, qu*apràs aTOir pris l'avis du Gouvemwent. Le ministre de l'inlérienr, d'accord avec le ministre des affaires étrangères, les laissa libres d'agir comme ils l'enlendraient; seulement, on leur rappela que le Mm^ing-Poêt s'était trompé d^à plusieurs îois, et ' on leur fit observer que rien ne proavait que sa nouvelle veraion fût exacte. Les journaux de Pans parlèrent dans ce sens, et lorsque la lumière se fit sur les véritables propositions, elle i)rouva surabonaanuuenl qu'ils avaient eu raison. Quelques feuilles «joutèrent que la publication du Post devait être accueillie avec d'autant plus de réserve qu'une communication semblable était en dehors de toutes les habitudesdi* ploroatiques. Cette réflexion n'était qu'un écho de l'opinion de tous les hommes de sens, en Angle lerre aussi bien qu'en France.
On le voit» si les choses avançaient, ce n'était pas sans di(fir culté, et les hommes d'Élat qui tenaient dans leurs mains les fils de la négociation avaient de fréquents siqets de préoociir-
palion ou de crainte. La presse Anglaise semblait avoir pris à tâche (ie tout embrouiller, et elle s'y exerçait de sou uiieux. Le départ EnGo, le départ du Comte Ësterhazy fut connu à Paris.dans ^SSm ^ journée du 17. Les journaux du soir annoncèrent oe départ, est eonaa. ge bornant à rappeler que le ministre d'Autriche à SahitF Pétersbourg était en congé à Vienne depuis quelque temps, et en ajoutant qu'on le disait porteur de dépêches importantes dont le texte, tenu secret, donnait lieu à une foule de conjectures plus ou moins hasardées.
J'ai dû laisser en arrière plusieurs faits d'tme certaine impor- *^ tance pour ne pas interrompre le récit des négociations qui précédèrent le départ du Comte listerhazy. Ainsi, le Roi de Sardaigne, de retour de son voyage en Angleterre, s'était ar-
DL CONGRÈS DL PARIS 27i
rôté deux jouis à Gompiègne, où il avait chassé avec rfimpe* lenr. Le 8 au soir. Leurs ll^estSs étaieiit levenues à Paris, et le leudemaiii dimanebe» le Roi avait quitté définitivement cette
ville pour retourner dans ses Éiats. Ce départ fournit de nouveau à la population parisienne l'occasion de témoigner ses sentiments chaleureux à notre loyal allié* Le cortège, qui suivit la me de Bivoli, la rue de Gastîg^one, la place Vendôme, la rue de la Paix et les boulevards, fût aocuelli, sur toute l'éten* due de * e long trajet, par les \ival les plus sym^ialhiques. Toutes les maisons étaient pavoisées et la foule était très-nombreuse. Gomme à son arrivée le mois précédent, Sa imesté était accompagnée par Son Altesse Impériale le Prince Napo* léon. A dix heures et demie le train royal, tout pavoisé de drapeaux aux couleurs de la France et de la Sardaigne, quitta la gare, salué par les acclamations de la ioule de hauts ionotionnaires que ce départ avait réunis.
Le Eoi arriva à Lyon dans la soirée, y dîna et partit deux heures après pour Turin, Sa Majesté n'avait 'pas quitté Paris sans y laisser, parmi Icb personnes qu'ciie avait pu couiiaître, des preuves de sa reconnaissance et de sa haute estime. Le journal olticiel de Turin mentionna bientôt de nombreuses promotions dans Tordre des Saints Maurice et Lazare. Le Eoi, de son côté, avait reçu en cadeau, le jour de son départ, le magnifique service de Sèvres qu'on avait placé dans son appartement des Tuileries lors de son } >i emier sc^jour.
On avait parlé un instant de faire coindder la rentrée de la garde impériale à Paris avec le retour du Eoi de Sar* daigne ; mais cette idée, dont quelques jotonaux entretinrent leurs lecteurs, n'eut jamais rien de sMeux. Son exécution était, en effet, absolument impossiijle.
Je ne dois pas otiblier de consigner ici \m fait qui date Traité avec de la même époque et qui passa presque inaperçu dans la presse, sans doute à cause de son peu d'importance apparente* Un traité de commerce et d'amitié avait été signé dans le cou-
t7S HISTOIRE tant de l'élé, eiiiio la France et la Perse. La latificatloD venait de rendre ce traité définitif. Bien que cet acte diplomatique ne oonUnt auouoe sUpulaUoa politique, et qu*il se bornât à léfl^er les relations commerciales enire les deux Élats, sa conclusion et réchange des faCiacaUoos olficielles dans un pa^ reii moment n*en avaient pas moins une importance sérieuse.
diplouiaiio Russe avait vivement pressé la Perse de se prononcer contre la Turquie et de contrat if i alliance avec le Ciar. Les journaux de Saint-Pétersbourg tirent même grand bruit un moment de certaines démarches du Shah et notamment de renvoi d'une ambassade à la Cour de Russie, ambassade qui n'avail cependant d'autre but, suivant les usages orientaux, que de féliciter l'Empereur Alexandre sur son avènement autrûne.
. tt n'était donc pas sans intérêt de constater que non-seulement la Perse ne s'était pas alliée à la Russie, mais encore qu'elle resserrait ses U«a5 avec les Puissances occidentales
et particulièrement avec la France.
Enpnint Un autro fait, d'une nature toute différente et d'un carac- R'sse. moins pacifique, fut connu vers la même époque. On ap* prit que la Russie était parvenue à négocier en Prusse l'em* prunt qu'elle n'avait pu contracter en Hollande. Cet emprunt, qui était de cinquante niillious de thalers, fut souscrit à Berlin par la partie de l'aristocratie prussienne la plus arriérée el la plus hostUe à la politique de l'Oceident. Le fait ne produisit néanmoins qu'une médiocre impression. Les journaux ne songèrent point à s'en alarmer; ils y virent la preuve que la Russie était à bout de ressources bien plus que son désir de poursuivre éncrgiquem» ni la guerre. Au reste, il fallait désormais, comme on va le voir, des faits beaucoup plus consir déraUes pour émouvoir ropinion.
u iniié Le traité avec la Suède, dont l'existence avait été si longwtaSM. igjjjpg contestée, faisait grand bruit depuis quelques jours dans le muude politique et surtout dans le muiidii liuancier.
DU COMGaiiS DE PARIS 278
Comme il n*était plus pennis de eioire , après les alfirawtions des journaux du Gouteroemeot, que rien n'avait été
signé à Stockholm, on avait hâle de savoir l'importance des enga^îenienls pris. Le traité venait <rèlre ralilié, mais il n'était pas encore publié. La Bourse s'agita dans ratleute de celte prochaine pui^ication. La spéculation, déjà fortement engagée à la hausse depuis quelque temps, fit des achats considérables. Le 18 au soir, on crut que le traité serait au Mmiieur du lendemain et les achats continui'rent avec une nouvelle ardeur, U se faisait surtout beaucoup d'affaires à prime. Ces achats avaient naturellement pour résultat de faire hausser les cours el par conséquent d'éscompter le fait avant qu'il fût connu. Contrairement à Fattente générale, le Mmiteur du 19 décembre ne parla pas du traité. Ce fut un premier désappointement. Cependant la rente se maintint, car on pensait, avec raison, que ce silence ne pouvait pas se prolonger longtemps, En effet, le traité parut au Moniteur du lendemain. En void le texte:
a Sa Majesté TEmpereur des Français, Sa Majesté la Ueine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, el Sa Majesté le Roi de Suède et de Norvège, désiiant provenir toute comph'cation de nature à troubler l'équilibre Européen, ont résolu de s'entendre dans le but d'assurer Tintégrité des royaumes unis de Suède el de Norv ège, et ont nommé Plénipotentiaires pour conclure un traité à cet effet, savoir :
j> Sa Majesté 1 Empereur des Français, le sieur Cliarles-Viotor Lobstein, ofûcier de l'ordre impérial de la Légion d'honneur, grand-croix de Vordre royal de l'Étoile polaire de Suède, commandeur de Tordre du Chris! el chevalier de celui de la Conception de Portugal, son envoyé extraordinaire et ministre plénipolentiaire près Sa Majesté le Uoi de Suède el de Norvège;
» Sa Majesté la Reine du royaume-uni de la Grànde-Breta^ gne et d'Irlande, le sieur Arthur-Charles Magenis, écuyer, son
274 H1ST0IRB
envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près Sà Majesté le Boi de Suède et de Norw^ ; » Et Sa Majesté le Roi de Suède et de Norwége, le fâmt
Gusiave-Nicolas-Algemon-Adolpho Baron Stierneld, sun ministre d'État et des affaires étrangères, chevalier et tonirnandeur de ses ordres, grand-croix de son ordre de Saint-Olaf de NoTwége, etc., etc.;
» Lesquels, après 8*étre commoniqué leurs pleins pouvoirs respect i fs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus de ce qui sujt :
B Art. — Sa Majesté le* Roi de Suède et deNorwége s'engage à ro céder à la Russie, ni à échanger avec elle, ni à lui permettre d'occuper aucune partie des territoires apparte-
nant aux couronnes de Suède et deNorwége. Sa Majesté le Boi de Su( ( 1 0 et de Norwége s'engage, en outre, à ne céder h la W u<- ^e aucun droit de pâturage, de pêche, ou de quelque autre nature que ce soit, tant sur lesdits territoires que sur les c5les de Suède et de Norwége, et à repousser toute prétention que pourrait élever la Russie à établii l'existence d'aucun des droits précités.
0 Art. 2. — Dans le cas où la Russie ferait à Sa Majesté le Roi de Suède etdeNorw^ quelque proposition ou deoiande ajant pour objet d'obtenir^ soit la cession ou l'échange d'une partie quelconque des territoires ap[)artenant aux couromies
de Suède et de Norwége, suit la facult(^ d'occuper certains points desdils territoires, soit la ' espion do droits de pèche, de pâturage ou tout autre sur ces mêmes territoires et les côtes de Suède et de Norwége, Sa Majesté le Roi de Suède et de Norv ège s'engage à communiquer immédiatement cette proposition à Sa Afajesté Tljnpereur des Fram ais et à Sa Majesté Britannique ; et Leursdites Majestés prennent, de leur c6té, l'engagement de fournir à Sa Majesté le Roi de Suède et de Norwége des forces navales et mililaires suffisantes pour coopérer avec les forces navales et militaires de Sadite Majesté,
dois le biil de lésisier aux prétentioDs oa aux agressions de la Russie* La nature* rimportance et la destination des fofoes dont il s'agit seront, le cas échéant, anètécs d'un commun accord entre les trois Puissances.
j) Art. 3. — Le présent traité sera ratifié, et les ratifications seront échangées à Stockliolm le plus tôt que faire se pourra.
» En foi de quoi les Fténipotentiaires respectifs font signé
et y ont apposé le cachel île leurs armes.
» Fait à Stockholm, le 21 novembre 1B5S. »
La première lecture de ce document ne suffit pas pour en Le t aité iàire apprécier toute rimportance. La Bourse n'y trouva pas ^^soa 'eiet^' tout ce qu'elle arait cru y rencontrer, et elle fit de la baisse ^ ^ Bom. en présence de ce texte si impatiemment allendu! La spéculation, qui avait été légère en fondant des espérances exagérées sur cette publication, le fut encore plus en agissant sous Tinfluence d*un désa^intement qui n'était nullement justifié. Avec un peu de réflexion, on eût compris qu'au fond, ce traité n'était qu'une pierre d'attente pour l'avenir, et qu'en admettant môme qu'il n'eût pas quelques slipulaiioos secrètes, son texte connu liait assez étroitement la Suède à la France et à rAngietene pour qu'on pût y trouver de nouveaux motiOs de oonfianoe. Mais la spéculation réfléchit-elle jamais sérieusement? A-t-elle le temps de la réfieûont Elle agit sous l'impressioa du moment, sauf à se repentir le lendemain de la précipitation avec laquelle elle a agi. C'est ainsi surtout que les dioses se 'passent sur le terrain mouvant de la Bourse. Une mauvaise nouvelle, vraie ou fausse, s'y répand; elle produit aussitôt son effet sans que personne songe à s'assurer de son exactitude. Le temps manque pour contrôler; on voit vendre autour de soi, la peur vous prend et l'on fait conime les autres. Le traité avec la Suède n'ayant pas contenté ceux qui, dans l'espoir d'y trouver la preuve écrite d'une alliance offen* shre et défensive contre la Knssie, avaient fait des achats conr
&idérables, la renie reperdu à peu près le terrain qu elle avait gagné les jours précédents. U j eut des liquidations trèsrlaborieuses, et Ton remarqua que beaucoup de persoimes, ordinairement étrangères aux opérations de Bourse, avaient partagé
les illusions des spéculaleurs el s'étaient mêlées à leurs opéraliuus en achetant île fortes jKirlies de rentes à découvert. Des sommes , considérables furent perdnr>< par des liomnies du monde et même par des liommes politiques incomplètement renseignés. La baisse frappa aussi quelques imprudents journalistes peu expérimentés en pareille matière, et qui avaient acheté élourdimenl sans tenir coniple de la hausse déjà laite.
Quelle était la signification politique du traité avec la Suède et quelle importance avait-il?
uv«fité Je dois dire d'abord que le traité était convenu el arrêté r le tmii. jg^^g toutes ses dispositions avant le voyajîc du î^éutral Canrobert. Si, dans ces circonstances qui, en apparence*, devaient laisser bien peu de chose à faire à l'envoyé extraordinaire français, notre Gouvernement crut devoir se faire représenter par un homme aussi considérable que le génériû, ce fut, on le comprend bien, parce que la mission ne consistai l pas seuîemenl dans une simple formalité de signature. !l y avait ce quo le traité disait et ce que le traité sous-enteudaiU Or, la partie sous-entendue était de beaucoup la plus importante. C'était le côté militaire de la question, le côté de Taventr, le concours de la Suî'de secondant, dans une certaine mesure et d uuo certaine ia(;on, l'action des Puissances alliées dans le Nord, si la paii ne se signait pas avant le printemps. Le traité ne disait pas cela , mais une lecture attentive le faisait comprendre. La Suède avait senti le besoin de se (aire protéger contre le Czar, parce qu'elle était favorable h la politiqu.- de rOccidenl. Celle protection assurée doublait sa ft n i eu lui laissant le libre usage de ses moyens d'action. Le traité était purement défensif 9 parce qu'à cette époque de Tanné quand
tooles les opérations militaires étaient suspendues de fait, un tnilé offensif eût été une inutilité et une maladresse; il affectait les foimes les moins agressives et les plus natureUes, parce que la campagne diplomatique de l'hiTer Tenait de s'ou
yrir, et que le Gouvernement Français, tout en prenant ses mesures |Mmr la continuaUon de la guerre, évitait avec le plus grand soin tout ce qui aurait pu aigrir les rapports et créer des obstacles à la paix. Le traité avait donc le double méhte de fortifier l'avenir et de ne pas compromettre le présent. Noire diplomatie, on le voit, avait conduit habilement les choses, et Tacte signé à Stoukiiolm av.iit une portée des j)lus sérieuses. II me paraît inutile de chercher à savoir au juste dans qudle mesure et de quelle façon la Suède eût coopéré à Tactkm des Puissances occidentales si la guerre eût recommencé au printemps. Mais il est permis de croire que ce concours était certain et que le traité défensif se fût changé en un traité offensif à la reprise des hostilités.
On comprend maintenant pourquoi le Gouvernement Français avaK envoyé le général Ganrobert à Stockholm. La mission avait un côté militaire qui exigeait de la part du Plénipotentiaire des aptitudes spéciales. Ces aptitudes, l'illustre général les possédait au suprèiue degré. De plus, il avait toute la confiance de TEmpereur, ce qui permettait au Roi de Suède de poussa aussi loin ses confidences que s'il eût parlé à l'Empereur lui*méme. On ne pouvait donc faire un meilleur choix, et le suc( ès complet de la mission prouva à quel point elle avait été agréahle h la Cum de Stockbolm. Le général Ganrobert s'était montré aussi habile négouateur qu'il avait été brave et prudent soldat. Après avoir combattu la Russie dans ses provinces méridionales, il avait Finsigne honneur de la roèoacer dans ses provinces du nord en s'associent par sa signature à une alliance dont le traité était le premier nœud. l>éâormais la Suède s'appuyait sur FOccident. En réalité, elle ranpait de fait, sinon de droit, avec la Russie. Elle n'abdiquait
pas son indépendance }ïoli tique entre nos moins, mais elle la plaçait sous notre protection au moment même où elle recoanaissait qu'un jour nous pouirions à notre tour léciamer son appui. Le traité tel qu*on Farait publié, et arec sa simple apparence, éi iil donr, nu fond, un ^rand événonient : ce fut le gage polili(|ue de noire nouvelle alliée. La Heine do Suède accepta d'être la marraine de lenfaut iuipérial alors encore attendu : ce fut son gage sympathique et intime. ht traité La presse Française restitua au traité de Stockholm sa vérîi jovnaux. ^^^^^^ imporlanre. Elle fit comprendre qu'il n'était ni incomplet ni étranger à la grave (luestion du mouient, qu'il répondait à toutes les exigences de la situation, que tel qu'il était promulgué, et sans admettre Texistence de clauses secrètes. Il engageait suffisamment la Suède pour qu*on pût la considérer désormais comme l'alliée des Puissances occidentales; qu'enfin la Su^de n'aurait pas eu besoin de demander à rOtcident les njoyens de résister aux agressions — alors très-peu probables — de la Russie, si elle n'avait pas été décidée à prendre, plus tard, une attitude qui eût pu l'exposer à ces agressions.
Le Siècle, se plaçant à son point de vue favori , la restauration des nationalités, se réjouit du tr.itîé, non pas parce qa 'û lui parut devoir couiribuer à ramener la paix, mais parce qu'il le jugea, au contraire, de nature è irriter la Russie et h prolonger la guerre. Or, pour le Siècle^ la continnAtion de la gaene c'était la Pologne relevée et Vltalie libre.
Le Sicclr se trompait évidemment dans son appréciation de la suscei)tdjdué Moscovite. La Russie pouvait, il est vrai, être mécontente du traité, mais il était raisonnable de croire que, le premier Hioment d'humeur passé, elle serait d'autant plus disposée à conclure la paix qu'eUe se trouverait eu présence d*un eniH un do plus.
Les journaux Anglais se montrèrent fort divisés d'opinions sur ce fait important. Tandis que quelques-uns Tappiédaîent comme la majorité de la presse Française, les autres le déda-
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raient insigBîâaat el même dérisoire. Le Times, sans iofirmer As coDséqueiioes qu'oo pouvait tirer du traité pour raveuic, Rappliqua à en préciser le but immédiat : dans ces dernières annéeSfla Rusràe s'était donné beaucoup de peine pour obtenir de la Suède rétablissement d'une stalum do piVlic dans la baie norR'égienne de Varanger, qui, quoique située dans les latitudes les plus septentrionales, jouit du privilège de ne jamais être prise par les glaoes; La Suède possède dans ces régions le port d'Hammerfest, ouvert toute l'année, tandis qn'Arcbangel e l les a u Ires ports Russes de ces la t i t u ( 1 os s ( > i u i n , 1 1 > o n I a h I es pendanthuit mois. La baie de Varanger est une position militaire et maritime de pronier ordre, et, disait le Times, il était facile d'imaginer que bioitôt la simple station de pèche demandée parla Russie» auraitgrandi et se serait changée en une station pour ses vaisseaux, la station en port fortifié^ le \ tort fortifié ea forteresse de première classe, et la forteresse de première classe en arsenal tnililaire et naval, de manière à tenir la Suède en resgnxi et à menacer les rivages de TËurope occidentale.
Le Cabinet de Stockholm lui-^méme, dans une circulaiie adressée à ses agents diplomatiques, expliquait quelques-uns a^stuckuou des mol ifs qui levaient porté à conclure le traite, et, comme on va le voir, il ne reculait pas devant re\j)i(jbsiou d'im blâme sévère des tendances envahissantes de la Hussie.
« La lutte désastreuse qui se poursuit toujours entre la
Russie et les Puissances occidentales, disait-il, a été dans son origine, comme dans son do vclnp peinent, la source des pkis graves réflexions pour le Gouvernement du Roi. Plus ceUe lutte a gagné en extension, plus les inconvénients de la guerre se sont rapprochés de nos o6tes^ plus nous avons dû songer aux dangers qu'elle pourrait entratner pour nous-mêmes. Dès Je couiinonroment des hostilités, le Roi a déclaré liaulement la marche qu'il comptait suivre, et, pendant le cours de ces deux années bientôt révolues. Sa Majesté n*en a jamais dévié.
car elle avait mûrement pesé les circoostaaces politiques elie> oannuquermtérèt et la tnmquillité deses iojauiii6siiidH|iiaieAt la ligne de conduite qae, de concert arec son auguste yoîsin»
Sa M«ijosté le Roi de Danemark, elle avait adoptée et jusqu'ici maintenue. Mai-^, tout en oiiserv.mt les règles d'une stricte neutralité, le Roi n'a pu s*empèdier de consulter les leçons du passé et de les appliquer avec une sage prévoyance aux intérêts futurs de ses royaumes, dont la sécurité forme le premier de ses devoirs, comme l'objet de ses vœux les plus chers.
» Les appréhensions pour i avemr, 1o!ii1(m s sur des souvenirs trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler» et nourries par les difficultés apportées par la Russie à un règlement satisfaisant des relations limitrophes dans les provinees boréales, n'ont pu que croître encore par la manifestation des idées d*em])iéloment de cet Empire en Orient. Sous d'nutrps circonstances plus favorables, ces idées pourraient obtenir un développement dans le Nord qui serait de nature ^ nous créer de sérieux embarras. La France et la Grande-Bretagne ayant proposé à Sa Majesté un traité d*idliance défensive destiné à assurer rinlé^rité des Royaumes-Unis, le Rfii a doiK jugé de son devoir d'accepter avec empressement une garantie dont Futilité est aussi patente qu'incontestable. Nul ne sait ce que Fayenir porte de contingents érenluels dans son sein, et dans des circonstances aussi difficiles que celles de l'époque actuelle, chaque Souverain a Tohligation de songer à maintenir l'indépendance et assurer la conservation des nations coniiées par la Providence à sa sollicitude. Cest dans cette pensée qu'a été conclu à Stockholm, le 90 du mois passé* le trailé entre les Royaumes-Unis d'un côté, et la France et la Grande-Bretagne de l'autre, dont vous trouverez le texte amn \c à la présente, et qui a été ratifié à Stockbdm le 30» à Londres le 29 et à Paris le 38 du même mois.
9 Désirant que cet acte parvienne à la connaissance des Gouvernements amis et alliés, le Roi a donné Tordre qu*il tous
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9Mt tiansinis pour être communiqaé à eelui ailpiès duquel TOUS ma. llioiineur d'être accrédité.
D Vous ferez remarquer, Monsieur, que les lernies de ce traité sont trop précis pour pouvoir être sujets à aucune mésinterprétation. L'alliance qui vient d'être conclue est défen* âte; il dépendra de la Russie d*en empêcher rapplication« puisque celle-ci n'aurait lieu que par suite d*une agression de sa j)art. Que la Russie respecte nos droits, (ju'dle cesse d'inspirer (le justes inquiétudes pour le maintien de l'équilibre politique de l'Europe, et ce traité ne lui portera aucun préjudice« Vous ferez de même observer» Monsieur, que ce traité n'apporte point de changement h notre position actuelle ; notre déclaration de neutralilé subsiste toujours, et elle continuera à être aj)pliquée, comme elle l'a ^té jusiiu'à ce jour.
D J'aime à croire que le Gouvernement remlra justice aux intentions qui ont animé le Gouvernement du Roi, et qu'il se persuadera que, loin de vouloir ajouter aux complications actuelles, le Roi n*a songé qu'à prévenir les éventualités qui, dans l'avenir, pourraient en i iev(T de nouvelles.
s> Ce traité d'alliance a été également communiqué au Cabinet de Saint-Pétersbourg. »
J'en ai dit assez sur la mission du général Ganrobert pour qu'elle soit appréciée à sa véritable valeur. Il me suffira d'ajouter que le traité ne comprenait aucune stipulation secrète,
une convention parliculière devant ôtrc signée selon toiifo protiabilité dans le cas où, la guerre recouimençanl au printemps prochain, le concours actif de la Suède serait devenu nécessaire aux Puissances occidentales*
Le Gouvernement Français apprit bientôt que le ministre de Suède à Vienne avait déclaré s'associer, au nom de son Gouvernement, à Tesprit des propositions envoyées à Saint-Pétersbourg par le Cabinet Autrichien. C'était déjà un premier acte
Impression Le traité avait paru le 20 déoeiuhre au MomUur. Le Comte Esterhazy était parti de Yienne pour Saiat^PéteiBbouig le 16. fiftaiH^ Ce voyage faisait le sujet de toutes les eonversations, le fond
. * de toutes les discussions de journaux et l'ubjel des préoccupalioas uuiversellc^. Un calculait les jours que le Plénipotentiaire passerait en route. Ou ne connaissait encore qu'imparfaitement les propositions qui allaient être soumises sous forme d'ultimatum à la Russie, maison les discutait avec passion el l'on se demandait avec anxiété quel accueil leur élail réservé par le Gzar. Le Moming-Posty qui s'était un peu discrédité par ses contradictions dernières, mais dont le ton d'assurance n'avait pas baissé, ressuscita le programme pacifique qu'il avait déjà publié, avec variantes, annonça que l'envojé Autricirien serait rendu à Saint-Pétersbourg vers le 24 ou le^, que <pmi/.L' jour» seraient laisses au Gouvt'rneim'rit Uu>se pour délibérer sur la réponse précise et sans équivoque à faire à ce document» que cette réponse serait formulée par ont ou par noft, et qu'enfin, si elle était négative, TAutriche rappelleiaii son ambassadeur. « Jamais, ajoutait le Mommg-'Pasiy aucun docunieril n*a été rédigé d'iaie laeua aussi précise et prcMant aussi peu à l'équivoque. Aucune réponse évasive ne sera reçue. » — « Si ru/rtiita/iffii des Puissances a pour bases les conditions indiquées par le journal Anglais, disait de son c6té Vindépendance Belge, qui représentait assez Men le parti de la non-( onliance , il est peu probable que la Russie consente à négocier, »
Le texte donné par le Moming-Post^ qui se rapprochait beaucoup de la vérité, mais qui n'était pas, cependant, complètement eiact, ne fut pas rectifié, par Texeellente raison
qu'une rcclilication, pour paraître sérieuse, aurait dû s*a[)puyer sur la publication d un au ire texte. Le journal Anglais eut donc les bénéfices de son indiscrétion et de son audace. Sa note fit grand bruit. Les conditions en parurent sévères, et la ibrme qui leur était donnée, ainsi que le court délai fixé à la
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JLussie pour se prononcer, inspirèrent des doutes sur leur ao e^tatioii* Quelques personnes, même dans le monde politique, tioutèrent ces conditions si rigoureuses qu^elles s'accordèrent à les croire exagérées par le journal Anglais. EnGn , parmi
ceux qui crui inl à l'exactitude du texte, beaucoup voulurent y voir la i)reine que la France et l'Aulriclie avaient fait d'importantes concessions aux exigences de Lord Paimerston.
Est-il nécessaire de répéter qu'aucune des parties contractantes n'avait eu à céder aux exigences des autres parties, ou plutôt que tous les intéressés avaient apporté dans la discus>ion des coiidiiions de paix leurs propres exigences, et que Vulfimaium était égaiement et aux mêmes titres l'œuvre de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche? Les bases de paix dont on avait tant parlé et sur lesquelles on avait tant écrit depuis un mois, qu'elles eussent été divulguées par le Moming-Post ou qu'elles fussent en * m" uitunnues, n'étaient susceptibles d'aucune interpréialiou de cette nature.
L'Angleterre, de méme.que la France et TAutricbe, n'avait pu vouloir que des conditions acceptables par la Russie. Ces * conditions avaient été, de part et d'autre, loyalement discutées, et ou lus croyait d'autant plus admissibles qu'elles avaient passé par la première épreuve du jugement de l'Autriche.
Les propositions des Puissances alliées étant parties pour ')TK^^t;„n 8aint*Pétmboiiig, la question du concours de l'Allemagne se ^X^"" présentait de nouveau. On se demanda quelle était en ce moment ratûiude de la Prusse et des autres principaux États de La Gonledération Germanique.
Le jour même du départ du Comte Esterbazy, l'Empereur Ftançois-Joseph écrivit ime lettre autographe auHoi de Prusse pour l'avertir des résolutions des Puissances et l'inviter à les appuyer. Cette lettre était très-pressante. I.e Roi d«' l'ru^se, ce{>eDdâiU , ne se hâta pas de se conformer à cette uivilation. Il connaissait les conditions, il les trouvait sévères et paraiflsait douter de leur acc^tation. Sa Mijesté doutait aussi
de la ferme résolulmn que rEirj}>ereur d'Autriche avait prise de les soutenir jnsqu au bout. £Ue n'avait pu croïie que le Cabinet de Viemie fût résolu à un acte de vigueur aussi radical que le rappel de sa légation de Saint-Pétersbourg. A la fin du mois de décembre, cependant, — le Comte Esterhazy était déjà arrivé au terme de son n on âge depuis plusieursjours, — on sut que la Prusse s'était euila décidée à païier dans le sens des propositions, sinon à les appuyer. Ce concouis, encore timide, fut prématurément annoncé par plusieurs journaux et considérablement exagéré. La vérité est qu'à cette époque, les Gouvernemeuls alliés n'avaient pas encore lieu de se montrer trèssatisfaits de TalUtude du Cabinet Prussien, et conservaient des doutes s^ieux sur sa coopération. Quoi qu'il en soit, ces velléités de bonnes intentions furent considérées comme étant d'une certaine importance au point de vue de la paix, a Pour que le Cabinet de lu rlm consente à appuyer auprès de celui de Saint-Pétersbourg les propositions arrêtées entre la France, l'Angleterre et l'Autriche, disait V Indépendance^ il faut qu'il ait des raisons de penser que la Russie est disposée à y adhérer à son tour, ou tout au moins que ces propositions lui paraissent de nature h être acceptées par cette Puissance. » De son ' côté, ÏÉinanapaiwn voyait dans la conduite du Koi hre<lenc- Guillaimie et de ses ministres im acte d'autant plus significatif qu'ils n'avaient guère à se louer des procédés diplomatiques dont TAutricbe usait à leur égard, Sa Majesté le Boi de Prusse et les agents supérieurs qui la servaient n'ayant été avertis ni des dernières négociations de l'Autriche avec les Puissances occidentales, ni des questions à résoudre entre celles-ci et la Suède* Les explications que je viens de donner sur l'attitude de la Prusse peuvent, en partie, s'appliquer à la Saxe, à la Bavière et aux autres États secondaires qui, dei)uis le voyage de MM. de Beusl et Pfordten à Paris i t le discours de l'Exposition, avaient pris dans ce grave débat une position plus marquée. Encouragés d'abord par la Prusse, puis abandonnés par elle lorsqu'ils
86 monttèrent prêts à agir avec lésolutioo, ils rasentiieat le eootie-ooup des incertitudes du Cabinet de Beriîn et se virent entravés jusqu'au dernier moment dans leur bon vouloir.
Quant à raUilude do la Subde, elle ne se démentit pas un instant, et le Cabinet de Stockholm, qui, durant le cours des négociations entre les trois Puissances, avait donné l'assurance de ses meilleures dispositions, envoya à son agent à Saint- Pétersbouig des instructions que notre Gouvernement connut et dont il n'eul t^u à se féliciter. Le Danemark, quoique plus tiède, parla aussi dans le sens des propositions.
Somme toute, le terrain pacifique était assez bien préparé. Notre diplomatie, d'accord avec celles de TAngletenre et de FAutriche, s'était fait partout un argument puissant et pour ainsi dire irrésistible des dispositions des esprits et des vœux unanimes des populations. x\p pu yée surtout par cette force morale puissante invoquée par TEmpereur, ia mission du Comte Estertia^ avait toute chance de réussir si la Russie était véritablement disposée à traiter de la paix. Sur ce dernier point seul les doutes persistaient.
En France, la confiance dans le Gouvernement était géné- eo Fumc raie. On ne connaissait pas encore officieUemcnt les condi- ^^f^ tioos soumises à la Russie, mais on savait bien que l'Empereur coavemeiBent Napoléon, le neveu de 1 homme que tant de victoires avaient illustré, ne pouvait vouloir qu'une paix honorable, et qu'il était tout prêt, s'il ne ro!)toiiaiL [)as, h continuer énergiquementla guerre. Cette pensée ralliait riiez nous tous les esprits. Les divergences d'opinions s'effaçaient devant la grande question du moment. Tous les regards étaient tournés veis Saint- Pétersbourg et tous les cœurs attendaient la réponse du Gzai, avec le fcruic désir qu'elle fût bonne, mais aussi avec la confiance que donnent la force et le droit.
L'Angleterre en masse voulait aussi la paix. Toulelois, je Tai Le parti déjà dit , parmi ses hommes politiques il s'en Urouvait un
Cil Aiigleleiie.
certain nombre qui eussent vu avec joie la guerre se oonti-
nuer. Ces hommes formaieoi une sorte de parti de la guem à tout pdx, parti isolé, sans racines dans le pajs» maïs <iui pouyait* arec une certaine apparmce de raison, se croire représenté au ministère. Ce parti voulait pour l'ADgleterre une revanche parles armes. CY*tail là son unique aigunîent. L'Angleterre n'avait pas assez lait sur les champs de bataille. 11 lui fallait une nouvdle campagne pour qu'elle pût se placer dans Pi^imon sur la même ligne que la Fïance sa iJorieuse alliée. C'était presque, on le voit, une jalousie puérile. L'armée Anglaise, il est vrai, n'aN tit {kis été aussi lieureuse que la nôtre, mais elle s'était montrée également brave et elte avait eu sa part de tous nos succès. Bien moins nombreux que nous et peut-être moins bien organisés sous certains rapports, les Anglais n'avaient pu faire tout ce que nous avions fait, mais ils avaient eu, eux aussi, de belles journées, de magnifiques faits d'armes, vaillamment accomplis et noblement payés de leur sang. Que pouvait-on obérer de plus et qu'attendait-on de l'avenir ? L'Angletene pouvait-elle mettre en ligne, si la campagne se rouvrait au printemps prochain, comme le désirait le parti de Li uMK^rro, une armée de cent ou cent cii^iuaiile mille Iiommes de bonnes troupes aguerries et bien disciplinées? Ses efforts, louables du reste, et les saenâees ^nsidérables qu'elle s'imposait pour recruter à l'étnqgiBr des phalanges de mercenaires toujours prêts à se lévoller contre le commandement, disaient assez qu'elle ne le pnuvaii pas. Une campagne nouvelle sur terre ne lui eût probablement pas donné ce presti^'e militaire que le parti belliqueux ambitionnait pour elle. EUe n'y eût peut-être recueiOi que de nouveaux mécomptes. L'Angleterre avait, il est vrai, considérablement augmenté sa marine; sa ilotle de chaloupes canonnières était formidable, et le parti de la guerre ne comprenait pas qyw ces terribles instruments de deslrucUon, devant lesquels les plus solides remparts devaient crouler, restassent ojsife dans ses ports. Il affirmait que la puissance Anglaise,
qui.ii*aTait pu se réréier .suffisamment en Grimée, se monfrenh sur mer dans tout son édat. Mais la guerre était<-el]e destinée à devenir maritime? Je n'hésite pas à repondre négalivemont. Comment ne pas comprendre, en effet, que la imx n*éiaat pas signée dans le courant de l'hiver, la guerre prenait au printemps d'incalculables proportions, devenait continentale et ne laissait, pour ainsi dire, qu'un rôle secondaire aux forces mari tiiiics des deux Puissances alliées? que les opérations dans la Baltique, quelque considéral)les qu'elles fussent, ne seraient qu'un épisode dans cette seconde partie de la lutte, et qu'il faudrait toujours en arriver, pour ne pas déchoir sur terre après s'être montré incomparable sur mer, h mettre en ligne ces cent ou cent cinquante mille honinics dont je parlais tout à l'iieure? L'Angleterre, pas plus que la France, n'avait donc aucun intérêt sérieux à désirer la continuation de la guerre. Pour l'une comme pour l'autre, le moment de signer la paix était arrivé. La guerre nous avait assuré, il est vrai, une influence que |)ersoiHii' ne songeait plus à contester; mais elle avait aussi donné à l'Angleterre tout ce (Qu'elle pouvait hû donner. La France désirait donc la paix parce que la guerre ne pouvait plus rien ajouter ni à sa gloire ni à sa prépondérance dans le monde. L'Angleterre la désirait également, «mf celle min i nie fraction dont je viens de parler, parce qu'une nation aussi sensée et d'instincts aussi raisoniial»les et positifs ne prodigue pas perpétuellement son sang et ses trésors pour de stériles questions d'amour-propre. Déplus, pour l'Angleterre comme pour la France, le but de la guerre était absolument atteint.
Tandi:i que le Comte liislcrhazy s'aclienuiiait vers Saint-Pé- PrtoedeKww. tersbourg,on apprit à Paris la prise de Kars])ar les Hussc^ . Cette produive. . nouvelle, quoique prévue, produisit partout une vive impression. A la date du décembre, on ne savait encore absolument rien sur la mission du Comte Esterhazy, sinon que le Plémpotentiaire, parU le 16 de Vienne, dovaii arriver très-prccbame-
HISTOIIŒ
menl à SainlrPéteisbouig* Mais les joamux AOemauds, <ie pkis en plus féconds à mesure que le moment critique efipro-
cliait, ne laissaient pas passer un seul jour sans nous enlrelenir (les dis|KKiiiuns vénlai»les ou supposées de la Russie. Selon les UQS» la prise de Kars devait èlre coosidécée comme un événement favorable k la paix, des correspondances de Saint- Pétersbourg faisant observer avec raison, dlsaient^îls, que la Russie pouvait dormais déposer les armes sans paraître subir la loi (lu vainqueur. D'autres, au coniraire, qui se prétendaieal uqq moins bien reoseigncs, |)résentaient révénement comme ayant surexcité Tesprit national et ranimé Téneigie du Gouvernement Russe, qui très-certainement ne se résignerait pas à accepter, après une victoire, les dures conditions qu*oa lui imposait. L'évonement fut aussi irt s-diversemenl coninienlé à Pari5, mais généralement on le considéra comme n étant pas de nature à exercer une influence sérieuse sur la situation, les choses devant être déjà fort avancées soit dans un sens, soit dans un autre. On pensait assez judicieusement que l'Empereur de Russie n'altpiidjil pas que le Plénipoteiiljaire Autrichien fût arrivé A Saint-Pélersbour^ pour décider quelle réponse il ferait à l'ultimatum des Puissances, inroxittide Du rostc, grâcc aux précautions prises par la France et par MIT Y^^ngiç^^ rincertitude était encore si grande sur Je texte des roposiiNos. propositions et sur les instructions particulières données au Comte Esterhazy par soit iiuuveniemenl, que des journaux étrangers prétendirent qu'il n'était pas exact que le Comte fût porteur d'un ultimatum arrêté par les Ptiissances alliées, et qu'il dût se présenter devant le Gzar en lui disant, au nom de son Gouvernement : « Je porte dans les plis de mon manteau la paiv ou la guerre; cljoisissezî »
Pour ces journaux, il n'y avait pas d uUimatum^ pas de ca* $uê belli , et si les propositions n'avaient pas été convenues d'avance avec la Busate, la mission du Plénipotentiaire Autrichien n'avait aucune portée sérieuse*
DU COiNGRËS DE PARIS 28»
Ces étranges dédanrtioiis firant aouriie ceux qui comiaissuent la vérité de la situation. On ne songea pas une seconde à les démeiUir. Pourquoi l'eût-cm la il? Est-ce que les événeiTienis n'allaient pas parler d'eux-mêmes plus éloquemmeni gue n eussent pu le laire toutes les explications et toutes les rectffîeations possiUes ? Je puis même dire qu'au fond le gouvernement Français n*étatt pas fâché dé ces coniradiclions et de ces erreurs sans grande portée. I! ne les provoquait pas, il ne les encourageait pas, mais il leur reconnaissait arec raison un mérite : celui de laisser l'opinion flottante et sans direction en attendant Téténement. IMins les circonstances gfaves, ce ne sont pas les fausses nouvelles répandues par Ja presse, sous une forme ou sous une autre, que la diplomatie redoute le plus, ce sont les indiscrétions. C'est pour œ motif qu'eUe s'émut des demi-véïités du Mormng-Paif et que les derniers bruits dont je parle ne l'inquiétèrent nullement.
Le déjiarl du Comle Ksleriiazy pour Sa int-Pétersbourg avait M^aveiuents été le signal d'un véritable chassë-croisé de diplomates. M. le «itaiie. colonel de Manteuf fel , frère du président du Cabinet Prussien, à qui le roi Rrédéric-Guillaume avait déjà confié plu* sieurs missions, était retourné à Vienne. M. le Baron de Kœnnerilz, ministre de Saxe près la Cour d'Autriche, était parti de Vienne pour Dresde, appelé par le télégraphe. M. le Comte G. £steifaa^, ministre d'Autiiche en Prusse et cousin de renvoyé extraordinaire qui portait les propositions À Saint* ^ Pétersbourg, était revenu à Berlin, comme je l'ai dit, pour remettre au Rui la lettre autofirnjihe de rKuqiereui !■ i aiicois-Jo seph. M. de Fonlon, ministre plénipotentiaire de ilussie près la Cour de Hanovre* faisait un voyage à Saint-Pétersboui^, où aimaient également des envoyés de la Saxe» de la Bavière et du Wurtemberg. Enfin, M» le Baron de Seebacb, ministre plénipotentiaire de Saxe près la Cour des Tuileries, et chargé, depuis la guerre, des intérêts Musses à Paris, était parti pour
Dresde^ oix il n*avait Dût qu'un irè»-couri séjour, et avail cou- Uaué sa route pour Saint-Pélersbouig.
voTffe Le départ de M. de Seebach resta secret deux ou trois jours.
M.deSMiad}. On ne le oounul il Paris (^ue lorsque les iournau\ de Dresde annoncèrent i'anivue de i hoiiurable dipiuiiiale eu Saxe. Uu sut alors que M. de Seebach avait eu ])lusieu£S entrevues avec M* le Comte Walewsid, et Ton eu inféra que le voyage avait été concerté entre le Gouvernement Français et le ministre baxuii. L c;lail une erreur. M. de Seebaeli n'avait reru el n avait pu recevoir de notre Gouvernement aucune insli ucUun. Ancien ministre de Saxe à Saint-Pétersbourg, gendre de M. de Nesselrode, et chargé, en l'.absence d'une mission, de la protection des sujets Russes en France, M. de Seebadi était dans la meilleure position i)our faire entendre au Czar el à son conseillei des paroles qui eussent chance d'être écoulées. M. de Seebach avait rendu, dans ces derniers temps, des services réels à la Russie, notamment dans la négociation de l'éciiange des prisonniers. L'Empereur Alexandre le savait, et lui en avait témoigné sa gratitude. De plus, ce minislre avait une connaissance parfaite de tuush -- il< tails des négociais •ii->. Nul ne pouvail mieux que lui donner à 1 i:<iupereur de Russie des éclaircissements sur la situation et sur les di%>06i^ tiens des Puissances occidentales, de même que nul ne pou* vait parler d'une voix moins suspecte et plus persuanve. Les étroits liens qui unissaient le iniinsire h rarchichanceUer de Russie permettaient entre ces deux hommes d'État des conlidences et des épanchements ordinairement bannis des rap» ports diplomatiques et dont les tentatives de paix ne pouvaient que profiter. M. de Seebach savait toute la vérité sur la France, sur la sincérité qu'elle apportait dans les négociations, sur son désir d'arrivor h une conclusion honorable pour tous, el il pouvait la dire. 11 pouvait parler d'autant plus librement qu'il n'avait aucun engagement, qu'il ne relevait pour ainsi dire que de sa conscience et n'était pas gêné par la réserve et les limites
DU CONGUfcS DE PARIS W
qa'une missioD impose toojouis à la parole. M. de Seebach n'avait donc pas de missioii. 11 jugeait que dans des circon-
slaiices aussi jîraves , sa présence serait utile à Saint-Pétersbourg ; son (jOUYerncmont l'avait aului i^e à s'y rendre, et il était parti en se [nroposant de ne faire qu'un très-court séjour en Russie. Le GouTemement Français vit ce yoyage avec satisfaction, parce qu'il pouvait avoir une heureuse influence sur les résolutions du Czar, et que dans tous les cas, il devait contribuer à donner la mesure des véritables dis^ositious de la France.
L'Autriche, qui avait déjà fait subir une première réduction xouvciic à son armée, avait cru pouvoir sans mconvénients s'engager d^t arlTe
plus avant dans cette voie économique. Ces mesures furent défavoral)lement interprétées et considérablement exagérées. On parla de la vente de cinf]uante ou soixante mille chevaux et de la prochaine mise sur pied de paix de toute l'armée Autrichienne, sauf les corps d'occupation dans les Principautés. On affim^a que les Gouvernements occidentaux, surpris de cette réduction, qui pouvait faire douter des intentions belliqueuses de r Autriche, au cas où la Hussie n'accepterait pas les propositionSi en avaient demandé Texplication au Cabinet de Vienne. Tout cela était inexact. D'abord, U ne s'agissait pas d'une mise générale sur le pied de paix, mais simplement de la réduction de l'effectif d'un certain nombre de corps, cl [^al liculi^^ement de la cavalerie. Ensuite, les Puissances alliées n'avaient eu nul sujet d*étre surprises, par la raison que l'Autriche n'avait rien Mi sans les avertir de ses intentions et sans leur prouver qu'il s'agissait purement de mesures financières n'impliquant aucune idée politique et ne laissant, par conséquent, nulle place à une arrière-pensée. £n réalité, le désarmement, qui n'était que partiel, ne présentait aucun inconvénient sérieux, puisqu'on était à l'entrée de l'hiver, que l'action des armes était suspendue partout et qu'enfin on pourrait, si besoin ( tait, rétablir les dioses sur l'ancien pied en moins de quelques se-
mailles. Cm éclaircîsseixients , spontanément et loyalement dodiK s par le Cabinet de Vieune, furent accueillis comuit ils devaient l é ire par les GouverBements de France et d'Aiigletem. £atTe ces d«ux Puissanoes et TAutriche» ferawiiieiit unies pour la léalisaUon d'un même but. Il n'y àraiî filus de place pour un soupçon.
Quelques journaux étrangers M'en firent pas moins giand bruit des résolutions économiques de l'Autriche, qu'ils interprétèrent d'une façon très-peu occidentale, et Vinidépmâ4me$ Belge considéra « comme tout à fait inadmissible et oontnire au sens commun, » rexi)licatton, pourtant bien naturelle, donnée par le Constitutionnel, que TAutriche ne dc siinnait que pour faire des économies pendant Thiver, et être am&i plus en mesure de prendre part à la guerre au printemps prochain. Cette opinion était assee raisonnable pour mériter un autre accueil, et la fermeté que 1* Autriche montrait vis-à-vis de la Russie peu de temps après la réduction de l'armée, prouvait aux moins crédules que la mesure n*aYait pas d'autres motiCs que ceux dont TAutiiehe elle-même avait parlé.
uoMia Le temps s'écoulait, et ces divers incidents le faisaient pa-
raître moins long. On n*avait pas encore reçu la nouvelle de rarrivée du Comte Esterhazy à Sainl-Peterâbourg, mais cette nouvelle était attendue d'un moment à l'autre. Peu de person» nés croyaient à Tacceptation pure et simple ou au rejet absolu deVtijliiiMiliimpar la Russie. Généralement, on pensait que la réponse Russe ne serait ni un oui ni un non, flotleiait entre ces dcui exU'èmes et tâcherait encore une lois de gagner du temps.
Le choix que TAutriche avait fait du Comte Valentin Esterhazy, indiquait le désir d'être agréable à la France et pouvait être considéré comme une nouvelle preuve de l'entente
parfaite qui existait entre ie Cabinet dos Tuileries et ceiui de Vienne. En effet, les £sterbazy, comme les Uclàteiasteia, leurs
parents, furent de tout temps les amis «ie la France. On n'a pas oublié que ce fut un prince Paul Esterhazy que l'Empeieur d'Autriche chargea de recevoir Berthier lorsque le maréchal
vint (lornander la in.ua de l'archiduchesse Marie-Louise pour rEmpereur Napoh'on 1".
L'envoi du Comte Esterhazy avait été vu avec non moins de satisfaction par le peuple Anglais, les Esterhazy ayant l'honneur d'être alliés à la famille royale d'Angleterre, puisque le Prince Paul avait épousé une nièce de la Reine, femme de George TÎL
On puisait généralement de nouveaux motifs de confiance dans ces circonstances, d'autant plus que le Comte, accrédité déjà depuis un certain temps près de la Cour de Saint-Pétersbourg, y jouissait d'une grande estime et d'une considération justement acquise. Le choix était donc excellent à tous les points de vue.
La dépêche annonçant Tarrivée du Plénipotentiaire Autri- URiusi« ehîen à sa destination allait être transmise par le lil électrique, pHndpe lorsfpi'une autre dépêche, venue par Berlin et par Bruxelles, annonça que la Russie acceptait le principe de la neutralisation de la mer Noire.
Cette nouvelle avait grand besoin d'être longuement expliquée. Sur quoi reposait^elle? On parla vaguement d'une note de M. de Nesselrode, adressée à tous les agents diplomatiques Russes et relative h ce troisième point do garantie; mais les renseignements s'arrêtaient là. La Nouvelle Gazette de Pruae^ toujours très-russe, profita de l'occasion pour déclarer que la Russie ne pouvait se laisser interdire le droit de posséder des vaisseaux de guerre dans la mer Noire. Lt» Journal de Dresde (organe officiel du Gouvernement Saxon , qui le premier avait donné la nouvelle, était moins décourageant sans être beaucoup plus explicite. Le^ Gouvernement Russe, disait-il, s'était déclaré prêt à accepter la neutralisation de la mer Noire, moyennant certaines modifications admissibles et
m HISTOIRE
réclamées par rinlérét européen. « Si le Gouvememeiii accepte rëeîlfment le priiicij ie de la neutralisais ai al isolue de la m«r Noire, ce qui eoliatae pour lui la renonciation à toute maiine militaire dans cette mer, c'est déjà, on ne peut le méconsaltiB» disait à son tour Y Indépendance^ un grand pas de fait. j>
Ces paroîes de ronflance étaient nouvelles dans les cuU)iHies de ce journal, alors fort sceptique à reodroit de la i>aix, aussi se b&ta-t-ily dès le lendemain, de revenir à ses doutes et de déclarer qu'il ne fallait pas trop se réjouir de voir la Russie accepter le principe de la neutralisation de la mer Noire, le Cabinet de Sainl-Pétersbourg entendant cette neutralisation d'une toute autre fayon que les Puissances occidentales. « U l^udrait donc, disait-il, s'attendre à voir se renouveler ce qui se passa au mois d'avril dernier aux Conférences de Yienne« Là aussi on se crut un moment d'accord ; alors aussi toutes les Puissances acceptaient en principe les quatre points de garantie; puis, quand on voulut en venir à l'interprétation, au mode d'application, on se convainquit qu'on ne s'entendrait pas du tovt. Ta-t-on assister au même spectacle, en ce qui touche la neutralisation de l'Euxin? Les communications IrtUi^iiiises de Berlin teiulftiii ni à le faire crauulre. »
Sur cette importante question de la neutralisation , ce journal, comme beaucoup d'autres journaux, faisait Causse roule. La Russie acceptait le principe de la neutralisation : c'était déjà une concession considérable dans l'intérêt delà paix. Elle cherrhaiià se rendre cette concession aussi peu onéreuse que possible : c'était assurément son droit. Sa puissance dans la mer Noire, pour ainâ dire exclusive de toutes autres, avait été assez grande et elle remontait assez haut pour que le Gzar ne consentit pas d'un seul coup et sans discussion à en faire le sacrifice. La Russie jirujioxnt un mode de neuUali&ciUon : quel que fût ce mode , le principe était désormais admis, el c'était là le point important.
DU CONGRÈS DE PARIS m
Le Gouvernement Français, malgré l'insuHisiiiice radicale des moyens de solution « consentis » sur le troisième point par U Russie, les accueillit donc avec salisfactioD. Us n'étaient pas acceptables, ils ne pouvai^t même pas, dans la situation des choses, être discutés, puisque le Comte Esterhazy avait emporté la formule précise des seules conditions de paix que les trois Puissances voulussent signer ; mais ils étaient Tindice des dispositions de la RussiOi et Ton pouvait j Toir ce qu'on n'avait pas encore vu dans les documents diplo* matiques analogues émanés de la chancellerie Moscovite : uu ferme désir d entrer dans la voie des sacrilites et des concessions pour obtenir la paix.
Les moyens de solution du troisième point proposés par la Russie se résumaient ainsi :
1 Les détroits seront fermés;
2» Aucun paviUua mihtaire quelconque ne floUera da^^ la mer Noire, à l'exception des forces que la Russie et la Porte, d'un ofmmun accord, jugeront nécessaire d*y entretenir ;
9» La quotité de ces forces sera fixée par ime entente directe entre les deux Puissances riveraines, sans participation ostensible des autres Puissances.
Ces conditions étaient jointes, sous forme d'annexé, à une ivpAritc dépêche signée du Comte de Nesselrode, adressée aux agents diplomatiques de la Russie, et dont voici les principales dispositions :
a Le Cabinet Impérial, disait M. de Nesselrode, constate d'abofd que rinterruptlon momentanée des hostilités, par suite de la mauvaise saison , a provoqué nécessairement Tespoir général qu'on en prolllerail pour le rélahlisscment de la paix, et déclare n'avoir pas été le dernier à partager ce sentiment et à y vouer sa juste sollicitude* 11 avoue francliement que le désir exprimé par l'Empereur des Français dans une solennité publique en faveur d'une paix prompte et durable,
«9e HISTOIRE
était en même temps et est encore le vceu le phis cher de
l'Empereur Alex<indrç.
n La politique élcv éc qui a été léguée à ce Souverain par ses prédécesseurs lui fait un devoir de n'user de la puissance que Dieu a mise entre ses mains que pour le bien du monde et de désirer par cons< quent la i>ai\, non-seulement pour les intérêts (Je ses propres sujets, mais i>()ur ceux aussi do Voule l'Europe. L'Empereur Alexandre n'a pas attendu le uiomeui actuel pour marcher vers ce but. A son avènement au tr6ne« il donna son plein et entier assentiment aux bases admises par son auguste père.
» Ces bases CCI K'iuliint admettaient des inti i |ir(''tations diverses. L'Empereur^ sans hésiter, leur duuua les plus larges développements. Preuve, le concours franc et loyal qu*il prêta aux modifications à introduire dans le système politique de l'Orient et à la garantie 'collective qui devait en assurer l'indépeiidanec. il all.i mt^'ine jusqu'à >amliei des Iradit unis séculaires et glorieuses. 11 prouva eoûn la sincérité de ses résolu tions par la manière dont il adopta les changements proposés pour les Principautés du Danube et pour la navigation de ce fleuve.
» Si les ConlertMices furent rompues au sujet du iroj^ième point, la responsabilité n'en retombe pas sur le Cabinet lmpé-> rial, car lorsque le Cabinet Autrichien mit en avant la solution qui lui paraissait la plus acceptable , ce fut le Plénipotentiaire
Russe qui la déclara susceptible do devenir le point de départ d'un au oiniijodement, et ce furent les unnislres de la partie adverse qui la rejetèrent par suite des dissidences intestines survenues.
» Pendant les graves événements qui se sont succédé, pendant que des torrents de sang coulaient et que les deux parties bellijîérante^ s iinposaient des sacrifices iniiuenses, si affecté que fût le cœur de Sa Majesté Impériale par tout cela, elle dut garder le silence aussi longtemps que ses ennemis p»»
ntoaient vouloir substituer le droit de la force à cet esprit d'équité et de condliation qui, depuis environ un demi-siède, préside aux destinées de l'Europe.
» Mais dès que des renseignements parvenus au Gouvernement de Sa Majesté Tout assuré que ses ennemis étaient disposés à reprendre en sous-œuvre les négociations de paix sur les bases des quatre points tels qu'ils avaient été définis dans les Conférences, le Cabinet Impérid n*a pas hésité à aller audevant de CCS dispositions paciliqucs, et h cliorclier franchement une soluùoa pûssii)ie au troisième point dans Tordre d'idées qui avait paru satisfaisant tour à tour à toutes les parties.
« C^tte résolution de l'Empereur, disait en terminant le Cahiin t Impérial, fournira un nouveau gage des sentiments de conciliation dont il est animé, et des sacrifices qu'il est prêt à faire pour le repos du monde. 11 se confie au jugement impartial des Puissances qui sont restées étrangères à la lutte, et attend ta déctstcm de ses ennuis avec calme et confiance. »
Cette dépêche portait la date du 23 décembre. Elle avait donc été conçue et rédigée entre le départ du Comte Esterhazj de Vienne et son arrivée à Saint-Pétersbourg. Dès lors n'estil pas permis de se demander si le Cabinet Russe n'avait pas voulu, en prononçant le premier, publiquement, le mot de neutralisation, meUre autant que possible sa dignité à couferl» pour le cas plus que probable oii il devrait renoncer à l'exercice de son autorité dans la mer Noire? Par la concession du principe qu'il faisait, du moins en apparence, de son pro* pre mouvement, et avant que Vuîtimatum fût officiellement connu, il adoucissait ce qu'il y avait de plus rigoureux dans la proposition : le caractère d'une cbose imposée. La diplomatie Russe prenait ses précautions. La dépèche de M. de Nesselrode n'avait aucune chance d'être favorablement accueillie par les Puissances alliées, èBe ne pouvait modifier en rien la situation ;
im\< elle pcriiK*ilaii au (iouvernementRu«<îe de dire plu<; tard qu U û*avait pas «1161, en ce qui concerne l'Euiio, les comlitions des Puissances, puisque lui-même avail proposé un mode de neutralisatioD. Je croîs fermement que la dépécbe dont on ▼îent de lire les principales dispositions, n'avait pas d*autFe but. Li (juo>lion de di^:nit(^ était la jirave pn'*nn upation de la Russie. Elle voulait si^'ner la paii, mais sans déchoir comme grande nation, et surtout sans rien perdre de son pr^ttge en Allemagne. Les trois Puissances, et particulièrement la France, n'étaient nuOement hostiles è ce désir assurément très-légitime» et elles ravaienl maintes fois prouvé dans le cmirs des négociations. Noire Gouvernement vil donc la dépéelie de M. de Nessdrode avec satisfaction, non pas parce qu*eUe élail un document sur lequel on pût discuter, mais parce qu'elle révélait des tendances d'un bon augure pour le résultat de la nu>siou du Comte Eslerliazy. Les lionimos le^ plus e^périmenlés de la diplomatie, ceux qui savent le mieux que le côté le plus sérieux d'une note ou d'une circulaire de chancellerie n*esl pas toujours son côté apparent, ne se trompèrent pas sur la véritable signification du document dont je parle, et ils en furent d'autant plus Irappés qu'il paraissait plus inutile. LeComu! Vcrs le mémo temps, c'esl-à-dire loujr»urs avant l'arrivée siackdberf. proposîtious à Saint- Pétersbouig, le bruit se répandit de EipUcaiioM. nouveau que le Comte de Stackelberg, chargé par l'Empeieiir Alexandre d'une mission pour T Empereur François-Joseph, s'était acheminé pour Vionne où il élait sur le point d'arriver. Celle nouvelle, <^ laquelle les Cabinets de Lxmdres et de Paris crurent un instant, mais qui, en réalité, était prématurée, impressionna à peine l'opinion et ne causa aucune crainte aux Gouvernements. Les Puissances occidentales attendaient d'un moment à l'autre la nouvellt* «le l'arrivée du Comte Eslerliazv, mais le télégraphe n'avait pas encore parlé; il ne pouvait donc s'agir d'une réponse aux propositions ou de contre-pro* positions de la Russie. D'un autre côté, si le Comte de Stacàel-
berg avait été ciiargé par rËmpereur son maître de presseir le Cabinet de Viettne de déclarer satisfaisantes et suffisantes les dernières ooncesstonsdela Russie, et d'empêcher rÂutriche
de s'unir plus étroitement au\ Puissances occidentales en signant ïullttnalum^ il arrivait trop tard, puisque cet uUitmlum était non-seulement signé, mai& parti et pour ainsi dire arrivé à sa destinaticm. U n'y avait donc là nul sujet de ptéoocupatîon fâcheuse. Les re^^s, longtemps fixés sur Vienne, éiaient tous, en ce moment, touim s vers SiiiiU-Pétersboure:. Cétait de là désormais, et delà seulement, que devait veuvr la paix ou la guerre. Personne nes'y trompait plus. On apprit, du reste, bientôt que le Comte de Stackelberg n'avait pas quitté Samt-Pétersbourg.
Jus<ju au moment de l'arrivée du Plciiipotontiaire Autri- vî»e cîjien, ropmion publique, un peu lassée mais toujours con- p3Iue*pîr fiante, ne se laissa plus émouvoir que par la publication d'une brochure.
*^ , , La vérile sur
brochure a laquelle certains journaux voulurent donner un «copuade. caractère officiel. L'auteur, qui se cachait sous le voile de l'anonyme, et qui resta ini ormu pendant un jour ou deux, s'offorçait d'y démontrer la nécessité d'un Congrès pour pacilior l'Ëurope. Le Journal de$ Déhait et ï Indépendance publièrent la brochuxë la veille de sa mise en vente; lé Sikik en fit im extrait dans le but de prouver qu'il était très^rieusement question dans les sphcTcs gouvernenicntales de remanier la carte d'Europe et de donner à l'équilibre Européen des bases nouvelles. Tout ce bruit fait autour d'un opuscule de quelques pages, et l'incertitude de son origine» qu'on voulut attribuer à de hautes influences, firent d'abord à ce petit travail un sucri's de curiosité que la lecture justilla. Néanmoins, le GouveriH iiient n'accepla pas la solidarité qu'on laisait remon* ter jusqu'à lui. U avait pu approuver quelques-unes des idées de l'auteur; mais toutes n'étaient pas également d'accord avec sa politique. Lo journal la Patrie^ dans son numéro du 28 dé* ccmbre, publia donc quelques lignes pour déclarer qu'il croyait
pouvoir contredire les asserlions du Siècle, « Les opinions exprimées dans cette brochure, disait la Patrie, sont tout individuelles ; la res[K)nsabilité en appartient tout entiîTe à l'auteur, qui a suivi» en l'écrivant, ses seules inspirations. £Ue n'a donc pas, sous ce rapport, l'importance qu'on roudrait à tort lui attribuer. C'est l'œuvre propre d'un publiciste qui a cru trouver une >uiuU()n salistaiscinte et qui ro\v>ose avec conviciion. B Ces réserves laites, la Pairie reconnaissait que le ira- Yaîl avait une valeur réelle et elle le reproduisait en enlier k son tour.
Les informations de la Patrie étaient puisées à bonne source. Non-seulement la brochure n'était pas inspirée par l'Empereur, mais elle n'avait pas même reçu son a[>|)robatîon. Communiquée en épreuve au Cabinet de Sa Majesté, elle avait été retournée à Tauteùr sans qu*on y eût rien changé. Cela pouvait signifier, peut~(Mre, qu'elle n'avait pas déplu, mais cela ne disait pas absolument que rKm[)ereur l'eût lue , à plus forte raison qu'il l'eût approuvée. Quant au ministre des affaires étrangères, à qui, un instant, on Toûlut aussi Fattribuer, il ne la connut que par les journaux.
Malgré la note de la Patrie, la brochure sur la ^e( essité (T un Congrès pour pacifier l Europe^ — c'était son litre, — lut ua petit événement politique. Tous les journaux de Paris et des départements, et la plupart des journaux étrangers, la reproduisirent. Elle eut donc une publicité immense et fut commentée de cent façons dilférenles. Tout le monde en parla. Elle eut le double bonheur de toucher à des questions dont tous les esprits sérieux se préoccupaient déjà, et de venir dans tm entr'acte politique, c*est-à*dire un peu avant le lever du rideau. Son auteur, connu nagu^re par plusieurs succès dmiiiali(}ues, sendjlait avoir voulu nous prouver qu'il possédait encore les ressources de la mise en scène et la connaissance approfondie des conditions d*im succès.
Ce fut un succès tr^s-paci^lque. L'écrit, par la forme et pai le fond, était tout à fait conciliant. Ausâ, Ut plupart des leoteuTft, à rimitation des principaux journaux, en tirèrent*Us
des inductions ffiv()rai)los à la possibilité d'un [dénoûment heureux et prochain. L'idée d'un Congrès, très-controversée et très-discutée, ût néanmoins un chemin rapide dans les esprits. A l'étranger, elle souleva de vives polémiques. € La discussion des traités de 1815, regardée comme inévitable au sein d'une réunion de la uaUue de celle que propose la brochure, écrivait-on de Berlin, ne laisse pas de créer quelques ombrages. Lors même que les traités de 1815 y devraient plutôt être confirmés que revisés, ce qui tendrait à faire oublier leur origine, cet atermoiement du débat, si l'on peut ainsi dire, ne parviendrait peut-être pas à calmer les appréhensions «iue ce projet de Cong^^s imraît, dès à présent, avoir Xaii uailre ici dans quelques esprits. »
Je voudrais que Tespace me permit de donner ici ce travail intécessant, hardi, original et ingénieui, qui eut toute la vogue d*un document officiel, mais si court et si rajùde i\u i\ soit, il est encore hors de ])roportion avec le cadre de cet ouvrage. Je me bornerai donc à l'analyser en quelques lignes.
Dans la pensée de Tauteur, le conflit qui agitait alors l'Europe ne pouvait se résoudre que par la rétmion en Congrès de toutes les Puissances Européennes. Dans ce Congrès devaient être discutées, selon lui, non-seulement les quesiitHi> pour la solution desquelles la France et l'Angleterre avaient pris les armes, mais encore toutes celles qui pouvaient concourir à c réédifier Téquilibre général sur des bases plus solides et plus justes. » L'auteur paraissait convaincu que ce jugement soit nncl des [nuples Européens, constitués ainsi en une sorte de grand tribunal pacifique, élail pour tous les intérêts engagés le moyen le plus honorable et le plus facile de terminer leurs différends. 11 reliait d'ailleurs cette pensée à l'idée de l'unité et de la fraternité des |>euples, et il voyait dans son
m HISTOIRE
accomplissement l'inauguralion du règne de la paix universelle.
C'étaient là, certes, de grandes et généreuses idées, d^une exécution probableinent moins facile que ne le supposait l'auteur, miys de nature à frapper les ospi its dans fous ïos imnps et sous tous les drapeaux. En France, on ne lit pas «robjeolion bien sérieuse à Tinspi ration première de la brochure, ridée d'un Ck)ngrès. Quelques jounuiux se bornèrent à demander si rheure était propice pour recourir à ce moyen. Ne fallait-il pas d'abord s'entendre avec la iiussie sur les hases de paix? Sur quoi porteraient les délibérations? Un Congrès suppose un armistice. L'armistice était-il possible, si la Bussie n'adhérait pas à ïultimatum des Puissances? On le Yoit, ces objections n'étalent que des questions d'opportunité. Impossible aujourd'hui, le Congrès pouvait devenir possible demain.
Les objections contre la pensée de réédilier l'équilibre Européen .sur des bases nouvelles étaient beaucoup plus sérieuses. On demanda si r£urope était prête pour cette i^ificationî si elle y était disposée? si l'Allemagne, l'Autriche et la Rusâe consentiraient à y prendre pari? questions bi ùiaiiies, qui pouvaient conduire à une guerre bu niidable ceux qui se réuniraient dans un but de paciUcalion universelle et perpétuelle.
Malgré l'exaltation,- un peu intéressée, que firent un ou deux journaux parisiens de ces parties délicates et p( u pratiques de la brochure, le bon sens public sut (b:,tinguer dans ce petit ti avail ce «pi'il y avait de compatible avec la situation du moment. Jl y fortiUa sa confiance, et le leste ne l'effrava pas.
En somme, l'Impression produite fut généralement bonne, et l'auteur put se féliciter du résultat. Il avait été beaucoup lu, et la forme conciliante de son travail, en ] parfaite harmonie avec l'universel besoin de paix, lui avait mérité des adhésions honorables dans tous les partis.
DU CONGRKS DE PAUIS 303
Enfin le télégraphe annonça Tarrivée du Comte Esterhazy à u comte Saint-Péleisbouig. Presque h la même heure, le 5S9 décemhre, arHveï sJîntla garde et les régiments reveiiaul de Crimée faisaient leur entrée solennelle dans Paris, reçus à la place de la Bastille par rcn)[)ereur et salués par les acclamations enthousiastes d'une foule immense.
Cette journée mémorable, dont Paris conservera un étemel souvenir, aura sa place uaUirelle dans le récit des événements nuiilaires que j'ai, à dessein, voulu dégager des négociations diplomatiques, et sur lesquels il convient maintenant de jeter un coup d'oeil rapide.
OPÉRATIONS MlLilAlUliS
DbftiS LA FRlàE UC ShaAâTOIH)L. — Fi:( DE LA C.%MFAGNK
Sébastopol pris (9 septembre) , la campagne de rarnère-saison était à peu près terminée pour nos braves troupes de terre. L*armée, rudement éprouvée par les fatigues de ce siège mé* morahie, avait l)esoin deropos, et ses chefs (lovaient attendre des insUiii lions de leurs (iivuvemements avant (k- c ombuier leurs nouveaux plans stratégiques. Il y eut donc un temps d'arrêt obligé dans les opérations militaires. Toutefois, œ temps fut utilement employé ft rendre impossible toute tentative de retour dos Russes dans la partie sud de Sébastopol et à se proléper soi -môme dans les positions nouvelles qu'on avait [)rises. Le général en chef ne laissa que peu de troupes dans la villOt dont plusieurs parties étaient exposées au feu incessant des forts du nord, où les Russes s'étaient réfugiés, et le génie établit sur plusieurs points des i)atlenes (jui répondirent biont(M avec su( ( ès à la canonnade des ennemis.
On arriva ainsi, sans incident notable, Jusqu'aux derniers jours du mois de septembre.
A cette éjxxiue, on prétendit que le commandement en chef des armées alliées comptait sur une évacuation prochaine de la Crimée par les Uusses, et l'on voulut voir dans le mouve-
HISTOIRE DU CONGRÈS DE PARIS m
menl de deux corps, à droite et à gauche de l'ennemi, le commencemeiit d'exécution d'un pian destiné à le chasser de ses positions du nord, et à couper sa ligne de communication ayec Pérékop. Ces mouvements, on le sut bientôt, n'avaient pas une aus<ii fînmde portée. Il s'oprissail de pousser une double reconnaissance aussi avant <^ue possible. Seulement, comme on pouvait se trouver en face do l'ennemi, toutes les précau^ tioiîs avaient été prises pour le bien recevoir.
Le maréchal Pelissîer entreprit en personne la reconnais- opérations sance sur la gauche des Russes. Le corps d'armée sous ses or- ''p^ii^î.** dres franchi l des obstacles qui eussent peut-être paru insurmontables à des troupes moins éprouvées. On ne s'engagea ni dans la route de Kaffa ni dans celle d'Aloulcha; Tannée ne pouvant passer par la première de ces deux routes sans se diviser, et la seconde présentant des inconvénients sérieux puisque les troupes qui l'auraient suivie devaient, à un moment donné, se trouver isolées et dans l'impossibilité de recevoir aucun appui. Le maréchal s'ouvrit une voie directe dans la montagne et put ainsi maintenir son armée d'opérations toujours reliée à l'armée d'occupai in de SébaslopoL Nos troupes, dans cette expédition hardie, ne rencontrèrent pas un poste Busse, mais elles furent souvent arrêtées par les acddents d'un sol bouleversé, coupé de ravins profonds, encombré de rochers et sur lequel le pied de l'homme semblait se poser pour la première fois. Lesdiriicultés de transport était'ul iumienses. Le maréchal franchit ainsi, après des travaux et des efforts inouïs, le plateau de Kemer-Tchesné et pénétra dans la vallée du haut Belbeck, où le général Morris avait fait des fourrages sans être inquiété par l'ennemi, qui se retirait de lnu> les points à mesure (pi'il nous voyait avancer. Enfin, l'armée d'expédition put tourner les Russes en suivant la montagne et elle arriva au delà du plateau d'Inkerman.
Nos troupes brûlaient d'en venir aux mains. Les généraux croyaient a une ailaire sérieuse et la désiraient vivement. Mais
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le maréchal, jugeant la position avec le calme et la haute raison d'un chef qui ne vt ul rien compromctlre, a \ ant compris qu'il était impossible de faire venir, par la voie qu'il s'était frayée, Tartillerie nécessaire, les ambulances et les fourgons de vivres et de munitions, ne voulut fMs, avec les seules forces dont il disposait, aller chercher une bataille sur un terrain choisi et fttrlifié par les Russes, où leur anm-e tlail litrlement massée cl où nos troupes n'auraient pu déboucher i^ue par d'étroits défilés. Le maréchal avait donc tenniné là sa grande reconnaissance et il était venu reprendre sa position sur la TchemaSa.
oiKraiions Le général li'Allonville, chargé de la reconnaissance sur Ja d'AiSwviUe. ^0^^* ^^^^^ P^^^ position à Eupatoria avec trois régiments de sa division de cavalerie (4« hussards, 6* et 7« dragons et une batterie à cheval). 11 s'attacha d'abord à s'établir solidement, et, se portant plus en avant, il menaça la grande ligne de communit aïKin de Simféropol à Pérékop. Eu[)aluiui «levait donc être le pivot d'une série d'opérations qui, sans se rattacher à un plan de campagne proprement dit, puisque Faimée devait bientôt songer à prendre ses quartiers d'hiver, ne manquaient pas cependant d'une certaine importance.
Le général d'Allonville était Ircs-ulilemenl secondé par Abmet-Mucliir-Pacha, commandant du corps oiinman.
Le 39 septembre, trois colonnes quittèrent Eupatoria à trois heures du matin pour marcher à l'enQemi. Ls général d' AUonville commandait la troisième colonne et le muchir était à la téte de la seconde. Le rendez-vous commun était Djolkhak, près du lac Salsyk, où les colonnes se trouvèrent réunies vers dix heures du matin. Pendant que le général d'AUonville faisait rafraîchir ses chevaux, il observait les mouvraents des Russes qui, avec dix-liuit escadrons, plusieurs sotnias de Cosaques et de Tartillerie, ciierchaientà tourner sa droite eus avançant entre le lac et nous.
Le général d'Allonville, que le muddr fit soutenir en arrière
par deux régiments de cavalerie Turque et les six bataiUoos Égyptl^i^» ^ dirigea ausaitAt sur k pointe du lac pour enve* lopper luHnéme l'eimemi.
La promptitutlo de ce mouvement jiermit au 4® de hussards, conduit en première ligne par !e général Walsin Eslerlmzy, d*aborder les Russes à l'arme blanche, tandis que le général Champeron, avec les 6« et 7« dragons, en deuxième et tro^ sième ligne, débordait les ufalans et les forçait à une retraite précipitée, durant laquciie ila iureiil harcelés pendant plus de deux lieues.
L'ennemi ne tenant plus sur aucun point et s'enfuyant dans tontes les directions, le général d'Allonville arrêta ses escadrons et recueillit, avant de se retirer, tout ce qui restait sur le champ de bataille. On s'empara de 6 bouches à feu, de 12 caissons et d'une forge de campagne avec leurs attelages. Nous fîmes 169 prisonniers, dont un officier, et nous primes 330 chevaux* La perte des Russes fut de 50 tués environ. De notre côté, nous ne perdîmes que 6 hommes.
Le succès de cette première expédition engagea le général d'Allonville à faire une seconde reconnaissance avant que le temps se fût mis tout à fait au froid. 11 avait reçu, vers le milieu du mois d'octobre, des renforts assez considérables. La division d'infanterie du général de FaiUy était venue le rejoindre à Eupatoria et le général Simpson avait fait embarquer pour la mémo deslmation la brigade de cavalerie Anglaise do Lord Page t. Ces nouvelles forces permettaient au général d'ADonviile de sonder les dispositions prises par Tennemi sur les deux directions de Pérékop et de Simféropol, d'inquiéter la grande ligne de communication tiui uiiiSaait ces deux points et d'étendre, au bcsom, son action autour d'Ku[)atoria. Pour faciliter ses mouvements dans cette zone pauvre et presque privée d'eau, des transports et des équipages de pompes mobiles, d'outrés et d'engins propres à utiliser les rares puits de cette région, lui avaient été expédiés de Kamiesch.
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Le corps d*année du général d'AllonviUe se mit ea marche le 22 octobre au matin» 11 était divisé en deux colonnes. La première, composée en grande partie d*infanterieTurco-Française, était commandée par le j^énéral de FaiUy. Elle rerut l'ordre d'aller, par Tisthme de Sak, prendre position près du village de ce nom. La seconde colonne, formée de cavalerie Turco- Angle Française, contourna le lac de Salsyk et vint appuyer la division Failly, à une deroi-lfeue sur la gauche.
Les Russes se replièrent partout devant les troupes alliées et ne s'arrêtèrent qu*à une grande distance où ib se cU ployèrent. On échangea quelques boulets; mais au bout de deux jours, les troupes commençant à manquer d*eau malgré les précautions prises, le général d'AllonviUe crut devoir revenir
à Eupalona.
Celle petite expédition nous lit connaUre la l'orce de Tennemi sur ce point. Nous pûmes nous assurer que les Russes comptaient environ 20,000 hommes dinfonterie et 10 régiments de cavalerie, soit 40 ou 50 escadrons. De plus, ils avaient 12 l»atleries de campagne. Notre mouvement «lut faire comprendre à l'ennemi que désormais il lui fallait une armée pour couvrir ses communications avec Pérékop. Nous acquhnes de notre côté la conviction que c'était vers le sud qu'il avait pris ses points de concentration. Toutefois il importait de s'en assurer plus complélemenl , et une nouvelle expediUuu fut résolue dans ce but.
En ronséquencc, le 27 octobre, de grand matin, le général d'AUonville se remit en mouvement avec 24 bataillons de la division Failly et du muchir Ahmet-Pacha, 38 escadrons Anglais, Turcs et Français, et 56 pièces de caïu)ii.
cf Arrivé h deux heures de l'après-midi devant Sak, dit le maré( h i! Pelissier dans son rapport au ministre, le général d'AllonviUe, n*ayant devant lui qu*un rideau de Ciosaques soutenus par quelques escadrons, échelonna les divisions Française et Turque sur la droite eu avaiUde Sak, la drojie appuyée au
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grand vayln bourbeux qui aboutit à ce village, et se dirigea, avec toute la cavalerie et l'artillerie à cheval, sur Tchobotar,
euviron une lieue et demie de là.
» Les escadrons ennemis continuèrent de se retirer en suivant la route de Simféropol, et, lorsque notre cavalerie fut ar^ rivée à environ 1,500 mètres des positions qui couvrent le point oik cette route passe le ravin de Tcbobotar, les Russes démasquèrent 30 pièces de gros calihrp (de 32), dont les obus vinrent éclater sur toute notre ligne, nous tuèrent ï lioinnies et en btessèrent 18. Le général d'AUonville fit alors tàter la nombreuse cavalerie ennemie qu'il avait en lace de Kii. Il lança vers notre gauche 4 escadrons Turcs contre 10 escadrons Russes, qm n'attendirent pas et reculèrent.
» L'ennemi n'osait ou ne voulait pas s i ngager, et il ne pouvait entrer dans la pensée du général d'ÂUonviUe de se laisser attirer, avec sa seule cavalerie, sur des positions défensives fortement garnies. La journée s'avançait. Le général se décida donc à rejoindre l'inianlerie, et prit une solide position de bivac, son front couvert par Sak et ses ailes par les deux lacs voisiiis. Quelques bâtiments légers, Anglais et Français, embossés près du rivage, étaient prêts à donner l'appui de leur artillerie dans te cas od cela eût été nécessaire; mais l'ennemi
ne tenta auiune altaquc.
» Jl était probable qu en présence de cette démonstration les Russes réuniraient, des points occupés à proiimité, leurs forces disponibles pour les faire concourir à la défense de la direction menacée. Pour mieux juger de ces forces et des dispositions ado[)tées |)ar les Russes, le général d'Allonville résolut de marcher de nouveau vers Tenncmi le -28. La garde de Sak et du ravin inférieur de Tchobotar lut confiécf à l'infanterie Turque et Égyptienne du muchir Abmet-Pacha; le général de FaiUy vint se placer, avec sa division, h une lieue en avant, et le général d'Allonville, avec la brigade de casalerie Anglaise de Lord Faget, la cavalerie Turque d*Ali-Facba et la cavalerie
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Française aux ordras du général Walsiit4SKtMlia^, marcha dans l'est, se dirigeant entre Temesch et Djamîn, et prokm-
géant ïiors de portée du canon les positions Busses.
D Les escadrr»ns ennemis se reployiTent vers noire droite el côtoyèrent notre marche sans rinquiuler, quoique notre ca- Talerie se fût portée à plus de deux lieues de l'infinteiie. Dans ces mouvements, les Russes montrèrent environ M escadrons, et il fut possible de distinguer des ouvrages de terrassement el des troupes massées vers Touial et Aïcli.
9 Après avoir tenté, mais vaineuienl, par quelques manoeuvres, d'engager un combat de oavalerie dans la plaine, le général d'AttonvIlle, qui ne pouvait trouver de l'eau qu*A Lez, en arrière de Toulat, se replova vers le mâieu du jour sur l'iafaïUerie du général de Failly, el regafrna avec elle dans la * soirée, sans être suivi, son bivac de la veille, à Sak.
j» Les puits de Sak étaient presque épuisés ; la moitié des chevaux n'avaient même pu boire ; du reste, le but essentiel de cette opération, qui était, non pas d'engager une affaire à fond, mais (io reconnaître les positions prises de ce cùié par Tarmée ennemie, était atteint. Le général d'AUonviUc rentra donc le lendemain â9 à Ëupatoria, après avoir constaté que, de ce côté comme sur tous les autres, le vide avait été fait autour de cette place ; que dans un rayon de sept à huit lieues, Tennemi avait fait évacuer tous les vilhiges par les habitants,
et que i armée Russe n'y entretenait plus un seul cantonne' ment. »
Tandis que les divisions Françaises commandées par le général d'Allonville prenaient leurs quartiers d'hiver à Eupatoria, l'armée Ottomane se repliait tout entière dans son immense camp retranché où elle avait organisé un baraquement complet.
n ntif^ On profitait des derniers beaux jours pour s'instaUer aussi commodément que possible, et l'année, bien vêtue, amplement approvisionnée et bien abritée, voyait sans inquiétude
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jereoir la saison rigoureuse. Peu à peu la vie des camps se transfonnait en ne de garnison» Toutes les précautions furent prises aussi pour rhrremement de la malerie, dont une fai^
ble partie seulement devait passer l'hiver aux environs de Sebasiopol. A Balaklava, on s'occupait k perfectionner et roujpiéter le chemin de fer établi par les Anglais. Le travail des routes et le déblajement de Sébastopol étaient poussés avec aetWité. Quant à la ligne des fortifications^ qu'on avait primir tÎToment occupée par mesure de précaution, elle fut abandonnée vers le milieu d'octobre. A la môme époque, on rembarf]ua une partie de Timmense matériel de siège accumulé autour de Sébastopol. l^e plateau de Kamiesch perdait son aspect guerrier pour prendre celui d'une ville en fondation. Ce n'était plus qu'un immense chantier dans lequel on voyait nos soldats manifT la pelle, la ])ioclie, la hache, tratner la l)rouelte, avec le même entrain que s'ils eussent porté un fusil. On faisait des routes tracées au cordeau, avec ponceaux et cuvettes; on comblait des ravins, on creusait des rampes, on réunissait tous les petits cours d'eau pour en faire des fontaines, on préparait des alireuvoirs, on élevail des baraques pour les clievaux et des baraques pour les hommes. Toute la roule, de Eamiescb à la Tchemaïa, de Kamiesch à Sébastopol et à fialaUava, se couvrait de maisons, d'aubeiges, de guinguettes, comme par endiantement.
«Chacun s'occupe h passer rhiv(T le moins désagréable possible, écrivait un témoin de tout ce mouvement curieux. Sébastopol va devenir le rendez-vous des fiÂneurs.
» On nous promet monts et merveilles pour nous aider à supporter les rigueurs de la saison; il est bien entendu que ces pmmpsses sont faites par nombre d'industriels qui tous réclament l'attention publKnic pour l'achalandage de leurs établissements. Ce qu'il y a de positif, c'est que nous aurons des salles de bal, des salles de concert, un théâtre avec une véritable tioupe de vaudeville, des cafés, des restaurants et je ne
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sais combien d'aulies choses, loulos plus engageantes les unes que les autres; en vérité, je ne désespère pas de voir poindre un jouinal quelconque au milieu des ruines de SébasU^» mais aucun symptôme n*eo a encore accusé rapparltioo. » opèntkHu Pour la marine, la saison commençait aussi à devenir peu favoral)le. A celte époque de l'année, la mer Noire est souvent mauvaise et les vaisseaux peuvent y courir de grands dangers. L'amiral Bruat, cependant, qui se proposait de revenir pro* chainement en France, ne voulut pas effectuer son retour sans avoir ajouté par quelque nouvelle action d'édat à la gtoire de notre pavillon.
1^7 octobre, une forte division navale quittait Kamiesch, se dirigeant vers le nord- ouest. Le même jour, elle arrivait devant Odessa et mouillait près de TArsenai* Rien n*avait transpiré sur le but de Veipédition; mais quand la population d'Odessa vit ces nond>reux navires prendre position h une faible distance, elle fut convaincue que la ville allait >uïnr un nouveau bombardement. La terreur fut générale parmi les liabitants, et beaucoup s'enfuirmit dans l'intérieur. On pensait que cette fois il s'agissait d*un bombardement en rè^e et que, par conséquent, aucun (ju u lier ne serait épargné. Celle préoccupation mortelle dura une semaine entière, pendant laquelle on s'attendit de minute en minute à entendre le premier coup de canon qui devait donner le signal de la destruction de la ville.
A bord de la flotte, Ic^ ninnns surent l)irntôt qu'il nes*agissait pas de inaubardiT Odessa; mais comme ils manquaient d'indications, ils pensèrent que le but de l'expédition était Nicolaïeff , le grand arsenal de constructions maritioies de la Russie dans la mer Noire. Cette opinion paraissait d*autant plus fondée que les escadres comprenaient un certain nombre de chaloupes canonnières.
Les gros vents d'ouest qui régnaient depuis le 8 se calmèrent dans la soirée du 13. Ce ftuent ces vents qui nuôntinreDt
les iia?ires iounobiles dans la rade d'Odessa pendant huit jours.
Le 14, au malin, les escadres levèrent l'ancre et disparurent bientôt, au grand élonnement et à l'inexprimable satisfaction de la population, qui ne se sentit tout à fait rassurée que lorsqu'eDe eut perdu complètement de vue la dernière voile. Le soir du même jour, les navires mouiOaient devant Kinburo.
Le fort de Kinburn, qu'on devait attaquer le lendemain, Kinborâ. était situé à l'embouchure du Bug el du Dnieper, dont les eaux, après avoir formé un lac où elles se confondent, aboutissent à la mer par une seule branche et forment, entre Otcbakoff au nord et Kinbum au sud , un chenal étroit d*une profondeur moyenne de quinze pieds. La position a donc une irès-^^rande importance. S'en emparer, c*était assurer le IjIucus des deux fleuves sur les rives desquels sont situées les villes de Kherson et de Nioolaïeff. L'occupation de Kinbum était une conséquence nécessaire du développement des opérations des ar» mées alliées. La Russie n'avait plus de flotte active dans les eaux de Sébastopol; l'Instrument par lequel elle exerçait sa prépondérance dans la mer Noire était anéanti. Que nous restait-d à iaire? À prendre des mesures pour que les vaisseaux détruits ne fussent pas remplacés par d'autres vaisseaux; à nous emparer du delta du Bug et du Dnieper où étaient établis les chantiers de coïl^l^^lr'tion des navires qui allaient ensuite compléter leur armement de guerre dans le port de Sébastopol.
Kinbum, réunie à l'empire Russe en 1788, en même temps
que la Crimée, est située à 7 kilomètres d'Otchakoff, sur une langue de terre étroite Itai^iiée de trois c6tés par les eaux du Liman et de la mer. Ënceinle d'une vieille muraille Turque, là forteresse ne comprenait d'autres habitations, à l'époque du bombardement, que la maison du commandant et une caserne pour les soldats. Un petit bourg se trouve à une dislance de 300 mètres.
La citadelle de Kioburn était un ouvrage à cornes en maçonnerie, avec parapets en terre« entoiué d*un fossé là où il n*était pas baigné par la mer. Elle était îrréguliëremeBt fortifiée, présentant un front bastionné avec orillons sur la face qui regardait l'isllime, trois tours hasliuuaûrs sur le colé opposé et un système de redans et de crémaillères sur les deux faces adjacentes. Les courtines étaient casematées. La cita- * ddle était armée sur toutes ses laces, offrant un étage de feux couverts oasematés, surmonté d*une batterie à barbette, le tout pouvant iuL>( !iipr 60 bouches à feu, dont la moitié battant en (U'Iiorssur la mer, du sud-ouest au nord-nord-ouest.
Kinbum portait le pavillon de guerre toujours arboré, indioe d'armement, et contenait au moment de Tattaque 2,000 hommes de garnison, sans compter les colons militaires qui habitent le jjetit village dont j'ai })arlé. otciukoo: Otcliakoff, sïiuvv do l'autre côté, sur la rive droite, est à une distance de 7 kilomètres de Kinbum. Otcfaakoff est bâtie au sommet d'une falaise qui s'avance en ang^e aigu vers le sud , et projette une pointe basse sur laquelle s'élève un vieux fort d'origine CiénoLse. Une batterie de 9 pièces de gros calibre, récemment construite sur la falaise eîi deliors du clienal, qu'elle prenait d'enfilade, complétait la défense de ce côté.
Otcbakoff, ancienne forteresse Turque, avait été prise pour la première fois par les Russes en 1737, jKiis rendue à la Tur- <iuie par le traité de Belgrade, et enfin réunie définitivement à la Russie en 1788,
Otdiakoff et Kinbum, déjà célèbres dans les guerres du dixhuitième siëde entre la Russie et la Turquie, devaient donc naturellement, par suite de leur position à l'entrée du Linian <lu Dnieper, avoir leur rôle dans la guerre nouvelle entreprise contre la Russie et pour la Turquie.
Dans la nuit du 14 octobre, quatre chaloupes canonuièffes Françaises et quatre canonnières Anglaises iiranchffent la passe d'Otchakoff et entrèrent dans le Dnieper, malgré le feu violent
mais peu meurlrier du forl. Le lendemain, dî's la pointe du jour, les troupes furent débarquées h 4,500 mètres environ, dans le sud delà place. Dans raprè»-midi, les bombardes Françaises et Anglaises ouvrirent leur feu, mais elles furent obligées de riulei i (»niprc (i la tombée de la nuit, à cause de la boule qui rendait leur tir incertain.
Lbb opérations simultanées de ce premier jour sulfisaient d^à pour rendre impossible la retraite de la garnison et l'arri- • vée de renforts dans la citadelle.
Le venl ayant tourne au mkI • t la houle étant très-forte, on ne put rien Caire le 16. Les troupes débarquées s*occup^^(Mlt à se retrancher et tirent des reconnaissances dans le sud. Toutefois» les canonnières qui étaient dans le Dnieper purent continuer leur tir.
Le vent changoa do nouveau dans In miît, et, (tens Tnprèsmidi du 17, une belle brise du nord et une mer unie permirent aux batteries flottantes, aux bombardes et aux chaloupes canonnières de prendre leur position devant le fort de Kinbum et de commencer l'exécution du plan de combat qui avait été arrêté la veille, 3\)tH l'opéralioii des sondages. A neuf heures vingt minutes, trois batteries flottantes ouvrirent leur feu et bienldt Tattaque devint trè^-vive. Le tir, rectifié parles signaux des avisos, avait un tel succès qu'avant midi les bfttiments de l'intérieur du fort étaient en feu et que le côté de l'est avait cuii>i(l<'raf>lpment souffert. Les rorn paris présentaient déjà sur plusieurs points des brèches praticables.
Cinq canonnières Françaises, soutenues par six canonnières Anglaises, avaient pris leur position à peu près en même temps que les bombardes. Leur tir ricocliail avan!ag<'\isonient sur les batteries à barbette que combattaient aussi les battenes flottantes*
Dès que le feu de la place devint moins vif, les canonnières Françaises et An^ses se portèrent à la hauteur des batteries
flottantes.
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A midi, quatre vaisseaux Français et quatre vaisseaux Anglais allèrent se placer sur une seule ligne devant Kinl)urn. Ils je!^ront Tancre et s'embossèrenl à 1,600 mètres des loris, par M pieds 1/2 d'eau. L amiral Bruat était allé eo personnet dans son canot, indiquer le mouillage à chaque vaisseau de son escadre, sous le feu de la place. La précision avec laquelle ils prirent leur position, dans l'ordre le plus rapproché, beaupré sur poupe, n'ayant (jue 2 pieds de fond sous la quille, était admirable. Au même moment, neuf fré^les, dont six Anglaises et trois Françaises, s'engageaient dans la passe, entre Otchakoff et le banc de Kinbum, et prenaient les forts à revers, tandis que d'autres navires attaquaieiil la batterie du ceidre ou dirigeaient leur feu contre celle de la pointe du banc.
Le vaisseau Ang^ Hmmibal s'était avancé jusqu'au milieu do la passe. Enfin, les généraux Bazaine et Spencer avaient
porté leurs tirailh urs et leurs pièces de campagne à 400 mètres environ des remparts.
Ces manœuvres hardies et le feu terrible des vaisseaux eu<* lent un effet rapide et décisif. A une heure trente-cinq minutes, le fort de Kinbum ne tirait plus, bioi que les ouvrages du nord continuassent encore à se servir de leurs niorfiers. Les deux amiraux pensèrent qu'une ganiisua qui s'clail .^i bien défendue méritait des ménagements. Le signai de cesser le feu fut donné, on bissa le pavillon parlementaire et on envoya à terre une embarcation Française et une embarcation Anglaise. Le gouverneur major général Comte Kockanowitdi aca i>la la capitulation qui lui était oifei te. En conséquence, la garnison, composée de 1,800 hommes, sortit de la place avec les bonneuis de la guerre, et, déposant ses armes sur les glacis, se constitua prisonnière. Les troupes alliées occupèrent aussitôt tous les ouvrages Russes.
lu plupart des officiers Russes faits prisonniers, — ilsLlaii iU au nombre de quarante, — aûirmèrent que le Gzar et le Grand-
Duc GoQsUuntin avaient assisté à Tattaque placés sur une émlneiioe du cap Otcbakoff.
La capiUdatioQ stipulait que la place serait remise dans l'état où elle se trouvait. Les alliés entrèrent donc en possession des approustonnemenls et des munitions de l'ennemi, el de 81 rnnons ou mortiers. Les deux amiraux firent soi§pAer les blei^ sés Russes, au nombre de 130, avec beaucoup de sollicitude. On trouva quarante^dnq cadavres dans les casemates et sur les parapets. A bord des flottes alliées, les perles étaient insignifiantes.
Les Russes nous évitèrent la peine d*attaquer Otchakoff et les batteries qui en dépendaient; ils firent sauter ces ouvrages, et l'on affirma que le Grand-^Duc Constantin avait ordonné lui* même cet acte de destruction.
L'amir il Bruat, dans un rapport supplémentaire sur la prise de ikinburn, s'exprimait ainsi :
« J'attribue le prompt succès que nous avons obtenu, en
premier lieu, à Vinvestissement complet de la place i)ar terre et \niT mer; en stM ond lieu, au feu des batteries flottantes qui avaient déjà ouvert dans les remparts plusieurs brèches praticables, et dont le tir, dirigé avec une remarquable précision, eût suis pour renverser de plus solides murailles. On peut tout attendre de remploi de ces formidables machines de guerre, quand elles seront CDnduitos au feu par des officiers aussi distingués que ceux auxquels r£mpereur avait confié le commandement de la Dévoêtation^ de la Lave et de la Joniuifile.
m La navigation d'Odessa à Kinbum présentait quelques difficultés pour des bâtiments d'un tirant d'eau td que celui du MontebellOf du Wagram, de VUlm et du Jean-Bart.
» La route de ces vaisseaux a été soigneusement balisée par les fr^ates, les corvettes et les avisos à vapeur de l'escadre.
» Quels que fussent les obstacles qu'une saison avancée me laissât entrevoir, j'avais mis ma oonfianoe dans le zèle intelli-
gent des capitaines et des oCiiciers, non moins que dans 1 ardeur des équipages.
n L*émulatioii généreuse des deux escadres aUiées, la goqfiance mutuelle de leurs chefs, le concours de ces Taillantes
troupt»s auxquelles nous unit le souvt^nir de tant d'épreuves, supportées en commun, étaient aussi à mes jeux d*infaîUibles gages de succès* »
La troupe de débarquement n*avait pris à la chute de Kîn*
burn qu'une part indirecte, mais qui, néanmoins, eût pu être d^isive, dans le cas où la garnison aurait été secourue ou aurait voulu s'échapper. Le général Bazaine et la division Anglaise avaient immédiatement barré Tisthme qui» large de SI kilomètres environ , se compose d*une succession de dunes et (le llaques dVau salée. Une double ligne de circonvallation se déployait à 1,200 mètres de la place. Toutes leâ précautions avaient donc été prises en vue d'un succès complet et rapide.
CMttm L'occupation de Kinbum fut la clôture de la campagne na-
(le
taumpagoe ^'"^^^ ^^'^•^ ^^^^ "^^^ Noirc. Oii avait parlé, il est vrai, la M». ^ démonstration contre Nicolaiell ; mais les amiraux jugèrent que la saison était déjà trop avancée pour qu'une opération de cette nature pût être entreprise. On se borna à fàire visiter les bouches du Dnieper, véritable labyrinthe d'Ilots bas cl boisés, [)ar la flottille des canonnières Françaises, el à mamtenir au mouillage une dizaine de bâtiments dans le Liman» entre le Bug et le Dnieper, pour empêcher les communications de Nicolaïeff et Kherson. Durant ces opérations» les marines alliées firent diverses captures importantes et qui ne coûtèrent pas un seul hcmirne. On entreprit aussi de nombreux sondages et Ton dressa une carte exacte du fleuve, de ses rives et des diverses passes.
Les troupes d'occupation, déposant le fusil pour prendre la pioche, élevèrent rapidement des fortifications considérables
do dVté de terre, afin de oouvrir la place, au cas où le liman « du Dnieper Tenant à gelor, les Rnsaes seraient tentés de reiptendre la position. Outre ces défenses, Kinbum était pro-
légée, (iu cote (le la mer, par une puissante flottille mouillée le lODg de la cùte d Otchakoff et par les batteries flottootes qui conservèrent leur position de comiMit*
A la date du 25 octobre, l'expédition avait terminé tont ce qu'elle s*était proposé de faire. Les deux escadres avaient "visité, l'une les bouches du l)Mir[ier, l'aulre celles du Bug. U fut décidé que la position de Juaburn serait gardée exclusivement par uné^ garnison Française et que les autres troupes s^embarqueraient pour aller prendre leurs quartiers d'hiver, partie à Eupatoria, partie à Kamiesdi.
Dans les derniers jours qui p^'ccd^reïlt le relu m des escadres à ILamiescli, le corps expêdiiionnaire poussa une reconnaissance jusqu*à sept ou huit miUes de Kherson sans rencon«> lier rennemi. On apprit, par les dédarations de quelques paysans faits prisonniers, que l'arsenal de Nioolaïef s'approvi^ sionnait de ses bois de constructions dans les forints qui avuisinciii Minsk, Muiiiiew et Yisebs^. Ce renseigaemeni avait son intérêt.
Le 3 novembre, le vaisseau le MonieUllo^ portant le paviUon de ramtral Bruat, mouillait dans le port de Kamiesch, od se
trouvaient déjh le Xapoléoîiy portant le i^avilluii du contreamiral Pfcllion, le tncdland, le h leur us et V Alger, La veille, on avait vu arriver le JtannBari et r(/7m, revenant du Dnieper, de compagnie avec plusieurs frégates et corvettes à vapeur. Les équipages étaient dans le meilleur état de corps et d'esprit; el cependant les bàiinients avaient eu un aiXreux temps pendant la traversée du retour.
Le lendemain, 4 novembre, l'amiral Bruat, rappelé en France Adieu x par les ordres de Sa Majesté, adressait la lettre qu'on va lire à ^^'^ rainiral Lyons, commandant en chef des forces navales An* glaises.
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c Mon dier collègue, je mis assez beoieuxpour avoir à vous tfansmettre, avant mon départ, les fâidtatioos que Son Eicel-
lence le ministre de la marine m'a chargé de vous adresser, ain<ii qu'aux braves uiarins qui vous ont si bien secondé dans l'attaque des forts de Kinbum.
» Son Excellence le ministre de la marine a vivement partagé la salisfiiction éprouvée par les lords-^sommissaîres de VAmirauté du complet accord qui n'a cessé de régner entre nous, ainsi qu'entre les officiers et marins des ileux escadres. De même que Leurs Seigneuries, c'est à cette bonne harmonie que Son Excellence le ministre de la marine attribue surtout le succès qui a couronné toutes les opérations maritimes en* treprises de concert par les forces navales combinées. Son Excellence le ministre de la marine nie prie de vous adresser, ainsi qu'aux officiers et équipages placés sous vos ordres, l'expression de sa gratitude pour votre cordiale coopération. Le ministre me cbaige en même temps de vous exprimer l'espoir, qu'il fonde principalement sur votre caractère, que les bons rapports si heureusement élai)lis entre le personnel des deux flottes, et cimentés aujourd'hui [>ar une estime réciproque, subsisteront avec l'officier général qui doit me succéder dans le commandement en chef des forces navales de Sa Majesté dans la mer Noire.
» Je considère, mon cher collègue, coiiimt* un devoir et comme le devoir le plus agréable que je puisse avoir à rem* plir, de joindre aux félicitations de Son Ëxcellenoe le ministre de la marine mes remerdiments personnels et l'expression de ma gratitude pour le concours si loyal et si affectueux que vous n'avez cessé de m'accorder. Veuillez, mon cher collègue, être l'interprète de mes voeux auprès des officiers et des équipages de votre escadre. Je m'associerai toiyours à leurs succès, et n'oublierai point la part si glorieusis qu'ils ont prise à ceux que nous avons obtenus en commun. Veuillez aussi, mon cher collègue, partager avec mon brave ami, l'ambrai sir Houston Ste-
wait, l'assurance de mes sentimenU les plus affectueux et les irius déroués. »
Le brave amiral ne devait pas revoir la France. Surpris par Mon la m.'iladK peu de jours aprrs s(tu départ, il mourut en mer '^^n)^"*'' le 19 novembre, et le Montebello, en deuil» ne ramena à Toulon que sa dépouille mortelle.
Bniat n'avait pas soiiante ans. il était né à Golmar le SB mai 1796. Aspirant de première classe en 1815, enseigne de vaisseau en 1819, il avait franchi rapi<îement les grades de lieutenant et de capitaine de vaisseau pour arriver» en 1846» au grade de contre-amiral» trois ans après un séjour aux lies Marquises en qualité de gouverneur. En 1618» û fut nonuné préfet maritime à Toulon, et vice-amiral en 1852, après avoir été eiivoyé comme gouverneur à la Martinique. En 1853, Brual était commandant en chef de Tescadre d'évolutions de TOcéan, et rannée suivante il exerçait le commandement en second de rescadre de la mer Noire» sous les ordres de Tamiral Hamelin. Bruat venait d'être fait amiral à la suite de la prise de Sébastopol, et il avait été investi du rommaïuiement en chef au retour de ranùrai Uamelin en France. Jamais, on le voit» carrière ne Alt mieux remplie. Aussi sa mort inattendue causa-t-elle d*uDivei86ls regrets.
Le départ de Taroiral Bruat ne mit pas un terme à toutes les opérations des miirines alliées en Cruiiée.
Des expéditions d'une certaine importance avaient été entre- Fin i]e% prisesdanslamerd'Azolf par quelques navires Anglais et par «p^n^o^» idusîeurs vapeurs Français. Des villages» des postes et des ap- umet^Ax^. provisionnements considérables appartenant aux Russes, avaient été détruits dans ces parages d'un accès difficile. Ces opérations commencées en septembre, se continuèrent avec succès. Après avoir ruiné les établissements Russes de Fanagolia et de Taman» l'escadre de la mer d'Azoif maintint sa croisière, qui avait surtout pour objet la surveiUanoe des c6tes.
Les 5 et 6 novembre, les marins Anglais débarquaient avec beaucoup de résolution près de Gbesaliman» en piéseooe de lorces Russes rèUtUvemeDl assez oonsidérables» et détruisaîeut des masses énonnes de grains et de fourrages. Les jours précédents ils avaient anéaali de nninlin uses pArlK-rius. Les premières rigueurs de Tbiver n'interrompirent même pas complètement ces expéditions, qui se poursuivirent aussi longtemps que Jes embarcations AngîLaises purent oommimiquer avec la terre, c'est-Miis jusqu'au moment où les f^aoes, apparaissant daas le midi comme dans le nord, rendirent la navigalion impossible le long des c^^tes. Ces opérauons» désastreuses pour Tennemi, eurent pour effet de consolider nos positions de Saint-Paul, de Kerich et de leni-Kaleh» où Ton porta tout ce qui était transportable et pouvait être utilisé. inmiiTcs Je viens de parler des glaces du nord. Après cet exposé ra-
djiis les mers
pide des dernières opérations maritimes dans la Russie mérid j Nord, iii^oiii^^ ne puis me dispenser de jeter un coup d*(Bil sur nos flottes de la Baltique, et de dire en quelques mots quelle était, de ce côté, la situation des choses vers la fin de la
campagne.
Dès les premiers jours de novembre, tous les grands vaisseaux de ligne Anglais et Français étaient revenus à Kiid, laissant dans les mers septentrionMes qui baignent les côtes de la
Finlande, de la Suède et de la Livonie une croisière fèrte de vingt- trois (orvettes et balcaux à vapeur, placés sous le commandement du contre-amiral Baynes. Le 14 novembre, on écrivait de Riga que Thiver avait lut son apparition dans ces contrées. Tous les petits cours d*eau conmieDçaieDt à charrier des glaçons, ce qui n'était pas du reste extraordinaire , car le froid s'était fait sentir l'amiée précédente beaucoup plus tôt.
Le blocus des ports de la mer Blanche, qui se prolongea aussi longtemps que les navires purent tenir la mer, donna lieu
à plusietu^ incidents intéressants..!! avait été convenu entre les
DU CONGRÈS Ufc PARIS
eommaiidants des forces maritimes alliées que la cioîsière arrêterait et détruirait tous les bâtimeats caboteurs» et qu'on laisserait fNisser liiMrement les autres embarcations qui semble*
nn> lit être allât héos aux localités. Maison apprit bientôt (ju'on se servait de ces embarcations pour transporter des armes, venant d'Archangel, sur les différents points de la cèle. Force fût de roettie obstade à la circulation de toute espèce de baleaui[.
On parvint à nouer des relations assez cordiales avec plusieurs villages du littoral Eiisse. Sur plusieurs points, les babitanis consentirent à nous vendre des bestiaux et des vivres frais, et Ton eût pu ainsi pourvoir les équipages pendant toute la durée de la croisière, si des actes d'une grande sévérité de la part du Gouvernement Russe ne fussent venu» détruire ces bonnes dispositions des populations. On menaça les habitants qui oonununîqueraient avec nous d'être transportés en Sibérie ou fusillés. On excita le fanatisme religieux de ces peuplades ignorantes en nous dépeignant comme des barbares, et eu leur distribuant des médailles (|ui devaient les préserver de l'aileuile de nos armes. On leur promettait d'ailleurs de les indemniser des pertes qu'elles éprouveraient par notre fait. Depnb cette époque, nos équipages remarquèrent cbez les habitants du littoral une hostilité très-prononcée.
Aucun neutre n'essaya de pénétrer dans la mer Blanche pendant la croisière; mais quelques bateaux Russes tentèrent de se rendre en Norwége à la faveur des brumes épaisses et des nuits d'autonme, quelquefois obscures. La plupart furent arrêtés. Le nombre des prises sur les divers points de la cote s'éleva à soixante. Aucun de ces navires n'étant en étal île fiûre la traversée de France ou d'Angleterre, tous furent détruits.
m Pendant notre séjour dans la mer Blanche, » — disait dans
sou rappui l du il) «m lnl)rele commandant du blocus Français, — « nous avons eu quelques relations avec la ville de Var-
m HISTOIRE
d*huis, en Nonsôge. Nous y avons appris, par des lettres particulières reçues d'Archangei» combien étaient considérables les pertes causées au commeree Russe par notre blocus^ et Ton y annonçait comme infaillible la ruine complète des
premières maisons de commerce du pays. Si l'on considère, en effet, que chaque année il entrait dans la mer Blanciie au moins 600 navires neutres, jaugeant en moyenne 200 tonneaux, on aura d*abord un chiffre d*exportation de 190,000 tonneaux, auquel on peut ajouter le mouvement d*un pareî] nombre de caboteurs Russes et Norwégiens faisant rcgulièrement deux voyagos par an et transportant 15,000 lonneaux, on arrivera à un total de 135,000 tonneaux d'exportation annuelle; et, en supposant que l*importation par bâtiments neutres ne s'élère qu'au dixième de Fexportation, on atteindra encore un chiffre de 148,000 tonneaux, dont le mouvement commercial aura t-tc anéanti })ar notre croisière.»
£niin, le froid devint trop vif pour que les navires pussent séjourner plus longtemps en sécurité dans la mer Blanche. Le 9, le thermomètre était descendu à sept degrés, et les glaces commençaient h se montrer sur les eaux. 11 fallut songer à la retraite. On transmit les signaux de départ, et nos navires, en passant bord à bord des Anglais, furent salués par les chaudes acclamations et les hourras de nos fidèles alliés. Nous y répondîmes par les vîvat les plus sympathiques, des témoignages de bonne entente et d'estime mutuelle couronnaient dignement quatre mois de travaux pénibles durant lesquels les rapports entre les équipages des deux nations n'avaient jamais cessé d'être excellents.
La campagne maritime dans le Nord était terminée. On respira plus lil>remcnl à Saml-Pétersbourg, et des ordres lurent donnés pour rappeler dans Tintérieur la plupart des corps Russes disséminés sur le littoral. On sut bientôt que le camp de Riga avait été levé, et que la ganiison de cette ville n'était plus formée que de la seule milice.
Les flottes aillées , jusqu'à l'époque de leur départ pour re- Les ooues venir (\:\n^ Inirs porls d'armeiiiPiit , séjou-rncTont dans la haie de Kit 1. Des fournisseurs du pavs s'étaient cliargés, moyennant des prix stipulés d'ayanoe» mais tout à fait exorbitants, defiTier aux équipages Anglais toutes les denrées alimentaires nécessaires, «r Ges prix sont tellement exagérés, écrivait-on, que de mémoire d'homme on n'en a vu de pareils. »
Jusqu'au moment du départ pour la France, Tétat sanitaire des officiers et des équipages de notre flotte ne laissa rien à désirer. Cette circonstance heureuse fut constatée avec joie par toute la presse Française. Sur mer comme sur terre nous avions tout prévu, et rinlelli??pnte sollicitude qui avait pounn avec un soin paternel à tous les besoms de nos soldats, s'était également étendue sur nos braves marins des deux flottes.
Au 15 décembre , l'escadre tout entière de Tamiral Penaud mm
éînît rentrée à Cherbourg.
Toulon avait vu revenir, dès les jiremiers jours de décembre, une partie de notre escadre de la mer Noire. A cette époque, il restait encore dans les eaux de la Crimée deux vais* seaux de ligne Français sous le commandement de l'amiral Pelîion, deux vaisseaux de ligne Anp;lais, un assez ^ranà nombre de frégates à hélice el la ftoUiiie des batteries llottontes et des transports des deux nations. Cinq vaisseaux de ligne Ang^ et deux firégates avaient été ramenés de Grimée à Gonstantinople par le vice^amiral Stewart, vers le milieu du mois précédent.
Quant à Tamiral Lyons, rappelé par son Gouveraenienl pour assister au grand Conseil de guerre qui devait prochainement se tenir à Paris sous la présidence de TEmpereur, il arrivait à Marseille, le i*^ janvier 1860, sur le Caradoe, qui avait Moment à son l)or(l le général La Marmora. Le commandement supérieur des forces niarilnnes Anglal^i'b rcsloes en Grimée avait été coniié à ramiral Freemantle. Le général Duiando
m HISTOIRE
commandait en chef Farmée Sarde depuis le dépasi du général La Mannora.
Ktat 11 me reste, pour rompléter ce rapide tal)leaii dos opéra- ^ îSft?^ lA'^ï^s militaires sur lerre et sur mer dans les derniers mois de la campagne de iSob^ à dire quelques mots de lëlat des choses en Asie, et h raconter les principaux épisodes de la mémorable défense de Kars.
Omer-Parha, après un long séjour à Constant! Dople, était allé prendre le conimandemenl en chef de larniée Turque en Asie. Ses premières opérations, sur lesquelles des renseîgnements précis manquent absolument» fuient conduites aTec une extrême lenteur. Jusqu'au 6 novembre, date du passage de ringouri, aucun fait important ne signala la présenre du généralissime Turc en Asie Mineure. Lvs troupes d Omer-Paclia furent, parait-il, contrariées par de fortes pluies qui retardèrent leur marche et rendirent impossible la prompte exécution des plans conçus par leur chef.
siègedeKars. Les nouvelles de l'Asie Mineure devenaient rependant ^^SlmS^ de jour en jour plus inquiétantes. Les Russes y gagnaient du terrain et s'établissaient solidement sur tous les points conquis. Le général Mouravieff investissait Kais, et, chaque jour, il resserrait davantage son cercle d'opérations. Vers la fin de septembre, à l'époque môme où le général d'Allonville entreprenait sa première reconnaissance, la pu»iùoa de cette place était déjà très-difiicile. La garnison, commandée par le général Williams, souffrait beaucoup du choléra, et elle n*étatt pas sufGsanunent approvisionnée de vivres et de munitions.
Une discTsion de la part d'un corps d'armée Turc, manoeuvrant en rase campagne, eût donc été l'événement le plus heureux pour les braves défenseurs de Kais, et généralement on 7 comptait.
Le général Mouravieff, qui avait reçu de nombreux renforts et qui connaissait i état de la place investie, se déci^la à donner
l'assaut quand il eui la eertitude que ses denièm ne seraienl p« inquiétés.
En conséquence, les Russes s'ébranlèrent dans la nuit du -28 au 2i> sepleml)re, et ils attaquèrent avec résoluliou la redoute de Takmaz-Tabia , la position la plus avancée des lignes Turques. Le général Williams, piévenu dans la journée que les Russes se piépaiaient à donner Tassaut, avait envoyé en re- Gonnaissanee un bataillon qui se replia aussitôt, et la redoute ouvrit le feu contre l'ennemi. Il ('[mi alors quatre heures du matin; un fort brouillard enveloppait la plaine.
Takmaz-Tabia ne comptait que ^ défenseurs* Us aoeaeiHirenI les Russes par un feu terrible de mousqueterie et d'artillerie, auquel oeuz-d répondirent par leurs hourras sauvages. Dans cette prennière atiatjue, le général Mouravieff avait lancé (i,OUO hommes , soutenus par 30 ou 40 pièces de canon et par â régiments de cavalerie y qui se groupèrent d'abord au bas de la colline sur laquelle la redoute était con* Siniite, et qui, plus tard, prirent part à l'assaut.
On sr baUit avec cicharneinent sur ce point jusqu'à dix heures et demie du matin. Par trois fois, les réserves Russes furent lancées au pas de course contre la position et s'arrêtèrent en route. A huit heures, cependant, l'énergique entrain de Tennemi l'avait conduit j usqu'au pied des retrandiements et même sur la plaie-forme de la redoute; mais le saiig-fiojLl cl le cniirage iiéroique des défenseurs rendirent tous ces efforts iimtiles. Beaucoup de Russes furent renversés à mi-chemin de la coUine, et tous ceux qui avaient escaladé les parapets fuient tués à coups de baïonnette. Onze officiers reçurent ainsi la inori sur les canons Turcs. En même temps, l'artillerie Russe, prenant de ilanc la position, entretenait un feu terrible contre la redoute, et une nuée de tirailleurs visaient dans les embrasures. Entre chaque attaque, les artilleurs Turcs se eoudiaient contre les parapets pour s'abriter et répondre au feu de Tennemi. Mallieureusemeot, quelle que fùi la bra-
ns HISTOIRE
voure des Turcs, la position devenait inquiétante, et malgré toutes les précautions qu'on avait prises pour se garantir, àdiiheuieseldemîeS&Obomiiies sur lesâOOétaieDttuésou blessés. Les brss et les mniiitioiis allaient manquer. Tnis soldai se dérouèreiit et sortirent de Talunaz-Tabia pour aller demander des renforts. Deux de ( es braves parvinrent h rejoindre les premiers bataïUoiis que la place envoyait. « Celui qui tenait la tête, dit un témoin oculaire, s'ékmça à la baïonnette sur les tiiailieuis Eusses» qui s'étaient foimés atec la cavalerie pour barrer le chemin, et s'ouvrit du premier bond uii passage jusqu'à Takmaz-Tabia. Soyez les bienvenus! Ce fut un cri immense dans la redoute, et la défense reprit une nouvelle vigueur. Les Russes s'en aperçurent et lancèrent une quatrième colonne d'assaut, en même temps qu'ils attaquaient la queue de nos renforts et cernaient Takmai- Tabia. Le général Rmety (Ismaèl-Pacha) comprit le mouvement, rassembla la moitié de son monde, et sorûl de la redoute en faisant une charge furieuse à la baïonnette sur les Ausses. Ce fut le signal d'une débâcle générale. Ce n'était pas une retraite, mais une vraie déroute, un massacre* Poursuivis avec un acharnement indicible, foudroyés par l'artillerie, les Russes furent culbutés sur tous les poiiib s;iiis qu'il leur filt [>ossiMe de se reformer. Ils fuyaient en se traînant à lene, jetant leurs fusils, se débarrassant de leurs sabres, de teuis gibernes. Jamais je n'oublierai ce spectaclê. »
L'attaque et la magnifique défense de Takmaz-Tabta ne firent })as les seuls événements de la journée Vers cinq heures du matin, une colonne Russe, composée de 8 bataillons d'infanterie, 3 régiments de cavalerie et 16 canons, s'était portée à l'est contre les positions An^aises, dont elle s*était emparée après une lutte acharnée. Mais bientôt le colonel Like, à la tôle de quelques batailloiis, avait repris ces positions et s'y était maintenu, après diverses alternatives et malgré les efforts dése^rôs de l'ennemi. JSnfin, l'inCantede
des Kusses ayant été déimitivemeat chassée des redoutes An- ^aises, toutes leurs forces d'attaque se retirèrent arec une eitrtoe précipitation. La mitraille des batteries à portée de leurs cdoimes les décimait. Le nombre de leurs niorls fui très-considérable ; on en compta 363 dans les seuls retranchements. Toute Tarmée Russe, forte de 32,000 hommes et de 80 pièces de canon au moins, avait pris part à cette double attaque. Le |Aan du général Mouravieff était parfaitement combiné. Takma^Tabia et Engliz-Tabia Tabia des Anglais) étant pour le système générai de défense de Kars ce que Malakoff avait été pour la défense de Sébastopol, ces positions prises, Kars était pns.
Dons cette journée si glorieuse pour eux, les Ttircs et les Anglais n'eurent que 472 morts et 631 blessés. Les pertes des Russes furent énormes, (f Nous avons enterré, écrivait le témoin que j 'ai cité tout à l'heure, 5,600 morts, et nous n'avons pas dépassé la ligue de 900 à IdO mètres. Le voisinage des Eusses ne permet pas de s'avancer davantage. Quant à leurs blessés, ils doivent être très-nombreux. Ce ne doit pas être une exagération que de les porter à Sou 9,000. »
Le général Williams évalue à 5,000 le nombre des cadavres de Russes qui furent enterrés par l'infanterie Turque, et à 7,000 les blessés qu'on releva sur le champ de bataille.
Cinq jours a\)vv^ l'assaut, on vit d'immenses convois de blessés prendre la route de Gumri.c J'ai visité chaque jour le terrain de la bitte pour encourager nos soldats fotigués et épuisés dans leur pénible et interminable tâche (l'enterrement des morts), disait le général Williams dans son rapport, et je puis affirmer que le champ de bataille présentait un aspect plus facile à concevoir qu'à décrire. Il était littéralement couvert de morts et de mourants. »
L'assaut n'avait pas duré moins de sept heures. Pendant cette longue lutte, on vit avec admiration les femmes Turques cou-
m HISTOIRE
ranl sans cesse des fontaines am redoutes pour porter del'eau aui combattants»
Le général Mouravicff, dans un tr< s-lmig rapport en date du 12 octobre, adressé à son Gouvernement, clïercba à présenter les faits sous le jour le moins défavorable. Il s'étendit avec complaisance sur certains incidents de la journée, afin d'amoindrir ce que le résultat final avait eu de fâcheux pour les armes Russes, a Le même jour, disait-il en terminant sa nannliun assez diffuse, les troupes occupèrent leurs anciennes positions, et le blocus de Kais, suspendu seulement pendant quelques heures, fut rétabli comme par le passé. » Bes Roam Les Russes, en effet, malgré leur terrible échec, se mainttn* "'"i^oK rem ilans leurs positions, et ne parurent nullement disposés à po&iiions. lever le siège. Lu garnison de Kars pensait avec raison qu'ils voulaient prendre une revanche, et elle se tenait prête à tout événement* Néanmoins, on s'impatientait de ne recevoir ni renforts, ni munitions, ni approvisionnements, et chaque jour qui s^écoulait rendait ces secours ])lus indispens^ibles. Éiti Dans le courant du mois d'oiluhre, la situation des assi^pés dÉSMsiését. devmt tout à fait critique* Le choléra sévissait dans la ])lace; on était menacé de manquer de vivres, et le général Williams fut obligé de renvoyer une partie de ses troupes pour ménager les provisions. Malgré ces précautions, la ville souffrait beaucoup. Il était déjà facile de prévoir qu'à moins d*un secx)urs qu'on n'osait plus espérer après l'avoir attendu si longtemps» Kars ne pourrait pas résister à un nouvel assaut. La fomine devait ouvrir les portes que le canon n'avait pu briser.
L'n nouvel I-f îiovoiiihre, cependant, une nouvelle tentative du géném repoîLé» i^^i Mouravielï fut rej^oussée avec un succès complet i)ar l'héroïque garnison de Kars. Le général Russe avait fait attaquer le petit village situé au pied du fort Takmas-Tabia. Les Busses
ne purent y prendre position, et ils l'incendièrent après avoir eu une centaine d'hommes tués ou blessés.
Dans les premiers jours du mois île novembre, on nvail a|)- Monvemoit» pris enfin qu Omer-Paciia s'était porté sur Tlngour à la té le de 26,000 iiommes et de 40 pièces de canon. Ce niouve» menl avait pour objet d'assurer les communications entre le gros de l'armée Turque, établi à Souktioum-Kaleh, et les corps de Ferfiad et Osman- Paclia, composés «le 12 i».iUiillons d'infatilerie et de i régiineiàis de cavalerie, qui uvaieut pris position à Redoul-Kaleb, tandis que le corps des Tunisiens, récemment arrivé de Gonstantinople, élaltèBatoum. Le général Rebutoff, en apprenant la marche du Serdar sur rin^our, a\ail envuyé à sa rencontre des forces destinées à ( <.u|u'ï vu deux le corps d'armée doal Omer-Pacha avait pris le coniniaadeoient. Ces opérations, quels qu'en fussent les résultats, devaient nécessairement avoir une influence sur les destinées deKars.
Le 6 novembre, les Turcs forcÎTcnl le passage de l'Inj^our, PasMgc après une courte mais sanglante affaire. Dès le malin, les trou- * pes commandées par Omer-Pacba avaient reçu Tordre de prendre les armes, et h onze beures elles traversaient un bras de la rivière sans rencontrer de résistance. La fusillade ne s'engagea que vers une heure; mais bientôt les Russes, dont les avant-postes avaient été refoulés, ouvrirent un feu vIoUmU d'artillerie contre les colonnes Turque^;, f.e passage du fleuve fut tenté et effectué avec beaucoup d'élan sur deux autres points, malgré les efforts de l'ennemi, qui ne lAcha pied qu'après avoir éprouvé des pertes considérables. Du cùlé des Turcs, 20,000 liommes étaient engagés dans cette affaire. Un mouvement tournant, opéré par la gauche des lignes Ottomanes, tandis que le centre absorbait toute la force de résistance des Russes, détermina le succès. Cinq canons, des fourgons et quelques prisonniers restèrent au pouvoir îles Turcs. Les pertes de Tennemi ne furent pas exacLemenl coiiblatées, mais on enterra 347 cadavres Russes, dont 7 ofiiciers et 2 colonels. Les pertes des Turcs furent d'environ 40 morts ou blessés.
Le major Simmons, qui conduisait l'attaque de gauche, perdit son aide de cîimp. Un autre oflicier Anglais fut ègalemeai frappé à mort eu attaquant les positions du centre.
On pensa que ce succès exeicerait un effet salutaire sur les populations de la Mingrélîe, presque toutes les troupes engagées dans cette affaire, du côlé des Russes, se coinposiiiU de Mingréliens, qu'on savait déjà peu disposés en faveur de la Russie. On crut qu'Omer-Paciia allait diriger inumkiiatemeai ses troupes sur la route de Kutaïs. Ifalbeureusement celle dernière errance ne se réalisa pas. Le général Ottoman conserva ses positions, mais il n'entreprit aucun mouveraenl en avant. Celle inaction, qui se prolongea jusqu à la lin de novembre, fut sévèrement jugée. 11 parait certain, cepeudaut, que le Serdar avait fait tout ce-qu'ii lui élail possible de faire avec des contingents incomplets et hors d'état, pour la plupart, de tenir longtemps la Laniitayiic. Ka se portant sur i'iiàgour, il avait obligé l'armée du général Mouravitfl à se diviser^ puisqu'une partie de cette armée était allée se placer sous les ordres du général Bebutoff • On est donc autorisé, jusqu'à un certain point, à croire que ce premier mouvement
du généralissime Turc a\ail mis le néral Mouravu ff dans rimpossdjiiité de livrer à la place, auâàilot quU l eûi voulu, un nouvel assaut.
On se demanda si Tannée Turque d'Analolie propremeul dite, celle dont le quartier général était à Eneroum, n'aurail pas pu marcher sur la ville assiégée, s'unir à la ^arnibon et disperser les troupes Russes. On pensa que, dans tous les cas , elle aurait pu tenter de ravitailler cette malheureuse forteresse.
RfiMiik» La reddition de Kars n'eut lieu que le 98 novonbre; nuis
cet événement, universellement prévu, avait tté annoncé bien avant cette date. Kars se rendit vaincue par la famiue et non par l'armée Russe. La garnison avait successivement épuisé totis les approvisionnements, et elle en était arrivée à ses der*
nièm imoiirees, lorsque les officiers généraux, après avoir
différé jusqu'à la de ni i ère heure, a[)rès avoir codsqIU^ les soldats, la population et même les bleî»sés, se résolurent à capituler. Ils ne prirent cette décisèon qu'au moment extrême, car la laim et les privations de toute nature enlevaient alors jusqu'à cent personnes par jour. « Le 24, écrivait-on au /onmol de Constantinople^ un ral avait été vendu à un officier supérieur Anglais au prix fabuitux de 26 sdieiiings ; le peu de viande qui était restée des bétes de somme avait été réservée aux hôpitaux* »
Un dernier conseil de guerre délibéra sur les conditions onmm»
de capitulation, et le général Williams, d'accord avec le rapiuùîiQii, commaiidanl des forces Turques, fui ciiargé des négociations. Un reudez-;-vous demandé au générai Mouravieff par un officier de Tétat-miyor du général Williams fut assigné k une lieue de Kars. Les deux généraux s'y rendirent accompagnés chatun du leur état-major, et là les teimes de la capituiaUon suivante lureat débattus et convenus :
Les rédils (milices) pourront évacuer la place après avoir déposé les armes;
Les bachi-bouzoucks et les volontaires pounont également retourner dans leurs foyers ;
Les réfugiés iiougrois et Polonais auront la vie et k liberté sauves;
Toutes les personnes attachées à VarméCt mais qui n'ont pas pris les armes ou pris part à raffaire du 39, of&cieis du service administratif, fonctionnaires civils, interprètes, etc.,
auront la iiberlé de se retirer en toute sécunlé;
Le commandant en chef des troupes Ottomanes pourra désigner vingt-cinq sous-officiers et soldats de son armée qui auront la liberté assurée;
Les troupes régulières et leur giénéral en chef, Vassif-Pacha, le général WiiUams et son étal-majur, seront faits prisojuûers de guerre; néanmoins, le générai Mouravieff, vou-
lant rendre hommage à leur valeur, permet à Unislee ofûdeis de Tannée régulière de garder leurs épées;
Les Uussês s'engagent à préserver la ville de tout pillage;
Ils s'engagent en outre à respecter la vie et les besoins île la population de Kars; ils l'exemptent des cliarges et des travaux eilraordinaires qui pourraient lui être imposés en vertu des lois de la guerre ; ils promettent en outre de fournir à ses plus pressants l)esoins et de lui assurer les provisions nécessaires à sa subsistance, pendant les premiers temps de Toccupation.
Les tenues mêmes de cette capitulation témoignent suffisamment de Tadmiration que les braves défenseurs de Kars
inspiraient h leurs ennemis.
Le 28 au malm, les conditions de la ( apilulation icrinriil leur exécution. Un délackemcul de l'armée du général MouraviefC ^tra dans la place, et les troupes de la garnison déposèrent les armes. Dès la veille, les Busses avaient dirigé sur Kars un fort convoi de vivres. Toutes les précautions furent prises poui assurer la |)roteclion des liabilauls. L'occupation ne donna lieu à aucim incident fâcheux. Les Russes se montrèrent pleins d'humanité : des médicaments, des vivres, des appareils furent mis avec promptitude à la dispositioo du set^ vice des hôpitaux où se trouvaient 3,000 blessés, qui reçurent les suiiis assidus des clnrurgiens Russes.
On avait trouvé dans la place 250 pièces de canon, dont 80 pièces de campagne.
Les officiers généraux de la garnison de Kars furent envoyés à Tiflis, et Ton dirigea les troupes régulières, détachement par détacliement, sur Alexandrojml.
La chute de Kars, à cette époque avancée de l'année, n'avait qu'une importance stratégique insignifiante ; mais elle dmmait im abri à Tannée Russe, qui n'aurait déjà pu, à travers les neiges, regagner la Géorgie. A ce point de vue, la reddition fut un événement très-heureux pour les Eusses. Qudques
DU CONGRES Di^ PARIS
mois plus tafd, lorsque Ton discutait au Congrès de Paris les
conditions de la paix, cet événement lui d'un certain poids en faveur de la Russie dans la l)alance où les Plénipoleutiaires pesèreai les faits accomplis pour rendre bonne justice à cba*
CUD»
Le 16 décembre, rEnipereur Aleiandre adressa le rescrit PéKdiatioiis
t La fermeté inébranlable, le courage exemplaire et les MmvMr.
sages dispositions militaires qui ont signalé toutes vos opéralions dans la Turquie d*Asie, viennent d'ôtrc couronnés d'un plein succès. Le rempart de TAsie Mineure, la forteresse de fiais s*e$t rendue avec toute sa garnison, son artillerie et de grands dép6ts d*annes. Uarmée d*Anatolie de 90,000 hommes n'existe plus, et le niuchir Yassif-Paclia, son commandant en chef, est notre prisonnier.
» Nous vous remercions cordialement pour un si brillant exploit qui a fait rejaillir une nouvelle gloire sur les drapeaux Russes. Nous vous chargeons aussi d'exprimer notre sincère reconnaissance aux troupes confiées <\ votre commandement, et dont le brillant courage et la luavoure ont surmonté la défense la plus opinicUre de l'ennemi.
B En vous conférant, en témoignage de vos services distin* gués, la grand*croix de deuxième classe de Tordre de Saint- Georges, à laquelle vous avez acquis un droit incontestable, nous demeurons à jamais, avec noire bienveillance impériale, votre affeclionné. p
A la suite de la prise de Kars, le bruit se répandit en Turquie que cet événement rendait la position d'£rzeroum inquiétante. La Turquie jugea nécessaire de faire savoir que ces crainies n'avaient rien de fondé, le Gouvernement impérial
ayant pris toutes les mesures pour opposer, en cas d'attaque, une force bien supérieure à celle dont pouvait disposerje général Mouravieff.
suivant au général Mouravieff :
Alexandre au gcuènil
Rappel La garde impériale arait reçu rordre de reotier eo Rtanoe nouelitét ^ premiers jours de norembre.
iMpiriaie ^ c^tje mémo époque, rEuiuereur de Russie achevait ses rtKinenti. excursious eii Crimée. Le 3 novembre. Sa Majesté parlait le matîD de Nicokiïeff pour Odessa, où elle anivait dans la soirée et où elle passait tout le jour suivant. Huit jours après, rfim* pereur de Russie inspectait les troupes en position près du Belbeck et de Youkliaia-Karalès, et le lendemain, Sa Majesté se montrait aux troupes qui occupaient Tasch-Basly et les environs. Cette inspection fut le dernier épisode du voyage d'Alexandre en Grimée. Le jour même, rRmpereur reparlait pour Saint-Pétersbourg, par Moscou.
Siiuaiton Tandis que la gaule impériale cl un cerlaiii nombre de régi- ' menls s'embarquaient pour la France, l'armée de Crimée recedn imvM ^^^^ troupes Iralclies destinées à combler les vides occa* fr»icbet. sionnés par ces départs. Sur la Tchemaïa, les avant-postes Français et Sardes échangeaient toujours quelques coups de fusil avec les Russes ; mais ceu.v-ci, qui devaient, ili>aii-un, descendre procliainemenl de leurs posiliuns pour prendre Toffeiisive, restèrent immobiles sur les plateaux de Mackensie et du Belbeck. Du côté des alliés, on était toujours prêt à tout événement, mais on considérait la campagne comme décidément terminée pour l'année. A Baular comme à Eupatoria» les généraux, tout en se précaulionnant contre les surprises, s'occupaient à faire prendre les quartiers d*iiiver aux troupes placées sous leurs ordres.
A Sébastopol, alliés et Russes continuaient à se canonner par-dessus la baie; mais l'oreille de nos soldats était accoutumée depuis longtemps au bruit du canon, — elle en avait entendu bien d'autres! — et les boulets des Russes ne faisaient parmi nous que de rares victimes. Toutefois, les alliés avaient établi près du fort Saint-Nicolas une nouvelle et formidable batterie de pièces de 80, dont le tir répondait avec un succès marqué à celui du fort Constantin. Ce qui restait de Scbasto-
DU COiNGHKS DE PARIS 337
pol ae détruisait sous U double action du feu meurtrier dirigé contre la Tille par les Russes» et des démolitions que les alliés y aTaient entreprises pour se procurer tous les matériaux qui
pouvaient être utilisés en hiver flans les r;iiiipeuients.
Des renforts Piémontais suivirent de près les troupes fraîdies Tenues de France. Le dépôt de l'armée Sarde se trouTait à KadUtoî et son quartier général à Kamara.
Sauf les traTaux assez considérables entrepris pour faire laire les forts du nord, les opérations actives étaient donc suspendues eu Crimée; mais les soins qu'avaient mis les généraux adliés à s'établir solidement et l'arrivée des renforts Français et Piémontais prouTaient surabondamment qu*on Toulait être prêt au printemps prochain à recommencer énergique* ment la lutte, si la paix n'était pas signée dans le courant de l'hiver, et que par conséquent les bruits d'évacuation, si légèrement accueillis par quelques journaux, p'avaient rien de sérieux.
c Les alliés ne paraissent pas disposés è ne regarder la Crimée que coiniiie mi dmu\) do bataille, écrivait-on à l'OpifUone , de Turin. Les travaux que Ton y fait prouvent que l'on Teut la garder; les Anglais exécutent à Balaklava des travaux gigantesques. Des milliers de Ttircs, venus en grande partie de Gonstantinople et du littoral voisin, des Tartares, des Piémontais et d'autres sont payés [»ar rAngletcrrc h raison de trois francs par Jour, outre les rations de vivres du soldat; et, avec un grand nombre de bêtes de somme, on débarque, dans la baie, une quantité immense de matériaux; des régiments entiers, pendant ce t^ps, sont occupés à des travaux plus importants.
» Le long de la rive de la baie, on a fait un quai sur lequel les plus gros bâtimenis à voiles et à vapeur débarquent les vivres de Vannée sans Taide de canots, tant Teau est profonde tout près de la terre. En un mot, on réunit à BalaUava un matériel immense qui suftirait, non pas pour une aniiée de 25 h
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30,000 hommes* mais même pour une armée de 100,000 hommes. Assuiément, on ne ferait pas toutes ces danses si Too songeait à évacuer la Grimée.
» Nous avons niainleiianl de bons hal)illeinenls de laine avec lesquels nous pourrons aflrontor l'iiiver. »
Huit régimenis d'infanterie de ligne avaient été désignés pour opérer leur retour en France avec la garde impériale. Les 39», 50«, S0« et 97* s'embarquèrent les premiers, et le ték'giaphe signala bientôt leur arrivée à Toulon. ReuMu-kParis La réception des corps revenant de Crimée avaU été fixée dToim^! AU ^ décembre. Paris se prépara à 4es recevoir dignement. ^ p^i?.^ On savait que les régiments de ligne rappelés étaient précisément ceux qui avaient le plus souffert. Cette circonstance impressionnait vivement les esprits, et la popul.iiiuii tout entière voulut s*associer à cette glorieuse r i touclianle récepliuo de ceux qui Devenaient après tant de fatigues et tant de périls.
Le 99 décembre, dès six heures du matin, une foule immense se pressait sur les boulevards depuis la place de la Bastille jusqu'à la rue de la Paix. Toutes les fenêtres étaient occupées, et les curieux s'étaient aventurés jusque sur les toits des plus hautes maisons. La ligne entière des boulevards était pavoisée de drapeaux, décorée de mâts vénitiens, de trophées, de bannières et d'écussons sur lesquels brillaient les chiffres de l'Enipereur et de l'impéralrice. On remarquait aussi de nointïreuses devises en l'honneur des troupes victorieuses.
Un arc de triomphé gigantesque avait été élevé à rentrée du boulevard près de là place de la Bastille. Un second arc de triomphe , d'une grande richesse et porUml de nombreuses . devises, se dressait devant le tliéàtre de la Porte -Sàint-Martin.
Le Cirque de l'Impératrice, les théAtres, les établissements publics et la plupart des maisons avaient contribué, par Tomementation de leurs façades, à la décoration générale de cette imniensc \oic où devaient bientôt déûler les vainqueurs de
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SâMstopd* La rue de la Paix, la rae Gastiglione et la rae de BîTc^ étaieot aussi tiès-oroées, et la foule s*y pressait comme aux abords de la place de la Bastille et sur les boulevards.
Les troupes de ia garnison de Paris et la garde nationale avaient pris position dès le matin pour former la haie sur le passage du cortège» l'infanterie de ligne occupant la droite, et la garde nationale lui faisant face du côté opposé, depuis la rue
de la Roquette jusqu'à la place Vendoiue. Le général Lawipsline commandait en chef la garde nationale. Tous les bataillons de Pans et de la banlieue avaient fourni un détache* ment.
Les dépôts de la garde impériale restés à P^ris occupaient
la place Vendôme. L'espace compris enlre la colniine et le ministère de la justice avait été laissé libre pour le délil ô.
A onze heufes et demie, le marédial Magnan, entouré de son étatHnajor, arrivait place de la Bastille, où il fàisait disposer les troupes revenant de Grimée dans Vordre qu'eUes devaient conserver pendant le défilé. Ces troupes étaient uiassées entre le boulevard et la colonne de Juillet. Les batteries de Tartillerie avaient pris position en arrière, entre la colonne le canaL
Vers midi, les tambours battant aux champs et les acclamations de la foule aniion* èrent rapproche de rEmpcreur.
Le cortège arriva sur la place de la Bastille dans Tordre suivant :
Un escadrdn des guides, avec la musique du régiment; Un détachement des cent-gardes;
Les officiers d'ordonnance de l'Empereur; L'Empereur, accompagné des Princes de la famille impériale et d'un brillant état-major; L'escadron des cent^-gardes ; Les cuirassiers de la garde.
A midi un quart, TEmpereur arrivait sui la place de la Bas-
ilO HISTOIRE
tille, où il était rrru devant Vnrc de triomphe par le maréchal Magoan. L'Empereur passa aussitôt en revue la ligne d'infanterie, puis rartillerie, et il reviDl se placer au pied de U coloDue de Juillet, faisant face au boulevard. Sur un pieinler commandement du maréchal Magnan, toute Fmfinitme fit demi-tour à droite, el sur un second comiuaiKieuu ïil, les deux extrémités de la ligne e1[écut^^ent un mouvement de conversion vers le centre de la place, de manière à former le cerde autour de l*Empereur. On sut que l'Empereur allait parler; un silence vraiment solennel se fit, et Sa Majesté adressa aui troupes le discours suivant :
«Soldats,
» Je Tiens au-devant de vous, comme autrefois le Sénat Bo-
mnln ;i]lnii c\u\ portes de Rome «lu-deviîiit (io s<'s l('L:i(>ns victorieuses. Je viens vous dire que vous avez bien mérité de la patrie.
» Mon émotion est grande, car au bonheur de vous revoir se mêlent de doulotiretix regrets pour ceux qui ne sont plus
el un profond chagrin de n'avoif pu moi-même vous conduire au combat.
» Soldats de la garde comme soldats de la ligue, soyez les bienvenus.
1 Vous représentes tous cette année d'Orient dont le cou* rage et la persévérance ont de nouveau illustré nos ai^es et reconquis à la France le rang qui lui est dû.
» La patrie, attentive à tout ce qui s'accomplit en Orient, vous accueille avec d'autant plus d'oiinueil qu'elle mesure vos efforts à la résistance opinifttre de Tennemi.
» Je vous ai rappelés, quoique la guerre ne soit pas terminée, parce qu'il est juste de remplacer à leur lour \p< r(îgiments qui ont le plus souffert. Chacun pourra ainsi aller pr^ dre sa part de gloire» et le pays, qui entretient six eent nulle
DU CONGRES DE PAHiS 34I
soldats, a intérêt à ce qu'il j ait maintenant en Vmce une armée nombreuse et aguerrie, prête à se porter où le besoin l'exige.
n Gardez donc soigneusement les liabitudes de la guerre; fortifiez- vous dans l'eipérienoe acquise; tenez-vous prêts à répondre, s'il le faut, à mon appel ; mais en ce jour oubliez les épreuves de la vie du soldat; remerciez Dieu <le v(»us avoir «^par^Miés, ei marchez lièreraenl au milieu de vos frères d'armes et de vos concitoyens, dont les acclamations vous attendent. »
Ces magnifiques paroles produisirent un effet iinnieiise, indescritiiil;le. Cent mille voix j répondirent imr le cri de Vive Œmj^ereur!
Après le discours, l'Empereur revint par les boulevards à la tête de son état-major.
Voici la description très-exacte que (il le Journal des Débati de l'entrée des iroupes «le Grimée dans Paris. Je cite ce Journal de préférence à tout autre pour prouver que tous les cœurs Français s'associaient également aux succès de nos armes et que toutes les opinions se confondaient dans la plus vivo et la plus franche admiration pour nos braves Iroupes.
« Après le départ de l'Empereur, disait le Journal des Dé' 6ai«, toute la ligne d'infanterie s'est remise face en tête, a repris son alignement par bataillons en masse, et a suivi la ii^i»e (I»is l)oulevards el la rue de la Paix jusqu'à la place Vendôme dans l'ordre suivant :
» L'École polytechnique, l épée à la main, précédée du commandant;
» L'École de Saint-Cyr, à la lêle de laquelle marcliait le général Monet, ayant un bras en écharpe ;
» Un détachement de chasseurs h cheval;
» Le maréchal Maguau et son état-major;