UiSTOiHIi
» Le générai Ganrobert, i la tète d*aD nombreux étatmajor ;
» Puis veiiaieiU le -lO®, le 50«, le 39« et le 97« de ligne;
» Les chasseurs à pied de la garde impériale;
» Les zouaves de la garde;
I» Les deux régiments de Yoltigeurs de la garde;
» I/artillorie avec six balleries; » Le ^éme de la garde;
» Les deux régiments de grenadiers de la garde; j» Le régiment de gendarmerie de la garde. » Toutes ees troupes étaient en tenue de campagne, sac au dos.
j) Les blessés, marchant en tête des régiiiieuls, ont été accueillis par les marques de sympathie les plus chaleureuses. Partout sur leur passage, les acclamations retentissaient, les mouclioirs s'agitaient; partout les cris de : Vive la lig$ie! vivent les chasseurs! virent les zouarrf! vive la yard''!
» La vue des unii'ormcs usés, ks drapeaux criLiés de balles, produisaient aussi la plus vive émotion.
» Plusieurs généraux blessés, entre autres le général Mellinet, qui porte une profonde cicatrice & la j jue droite, ont été tour k tour l'objel du plus vif enlliouMaMiie.
j) Les aigles des régiments faisant la baie s*inclinaieiU sur Le passage des troupes et les tambours battaient aux champs. Les officiers de la garde nationale se détachaient des rangs et offraient des bouquets aux officiers de Tarmée au nom de leurs compagnies.
» Pendant la marche, l'Impératrice s'était rendue au ministère de la justice, et elle a assisté au délUé.
m L*£mpeieur s*est placé en face de la colonne Yenddme, et le défilé a eu lieu dans Tordre que nous venons d'indiquer.
» En résumé, cette journée a été magnifique, et le^ m-hIiments chaleureux qui partout sur leur passage ont accueilli les troupes ont témoigné de Tadmiration qu'inspirent à qui-
conque a le cœur Français les succès de nos armes et le courage avec k^iuol ont tlé suj>[)orlées Uni de souffrances et de glorieuses é| neuves. »
« Toutes les croisées étaient garnies, disait de son oôlé le CamiiiuiionneL Partout c*étaient des vivat, des acdamationst des battements de mains qui redoublaient au passage des blessés et des drapeaux criblés par h miii aille. On jetai i .mv braves soldats de Tarmée expéditionnaire des couronnes, des tnranches de laurier et des bouquets. Beaucoup d^officievs portaient des couronnes au bras. D'autres couronnes ornaieni les drapeaux et les baïonnettes des ftisils. Blessés, vivandières, enfants de troupe marcliairnl avec leurs nnps respertifs. Presque tous leîs suidats avaient sur le sac celle précieuse couverturet devenue presque noire des boues de la Grimée, et qui leur avait servi à passer les rudes nuits du bivac. »
Le soir, tout Paris s'illumina soudainement : les places, les boulevards, les rues, les nionuinenls publics, la maison du riche, celle du pauvre, le premier et le dernier étage. La popu«lation encombrait les rues.
« Les verres de couleur, les classiques lampions, les lanternes chinoises, le gaz , réiectricîté, disait le Pays, réfléchis* saient leurs lumières sous un n i aussi pur et aussi doux qu'aux meilleures nuits du puiiteuips. »
Ainsi se termina cette belle et glorieuse journée, une des plus émouvantes à coup sûr de rhistoire de Paris.
REaX DES EVENEMENTS
jusqu'à IA RÉUniOK DU CONCaÉS
VMMmmtum, Quelles étaient, en réalité, les propositions dont on a\ait déjà tant parié sans les connattre? En iroici le texte ofliciel :
c Pfvmpautéê ifaim^'efiiiff • — Proteeiarai Rusm. — La Russie n'exercera aucun droit particulier ou exclusif de protection ou (l'ingérence dans les affaires intérieures des Principautés Danubiennes.
» Principautés conserveront leurs privil^es et immunités sous la suzeraineté de la Porte» et le Sultan» de concert avec les Puissances contractantes, accordera en outre à ces Princi^ pautés ou y coiiliiniera une orjîanisation intérieure cuuibnne aux besouis et aux mi ux. des populations.
» D'accord avec la Puissance suzeraine, les Principautés adopteront un système défensif permanent rédamé par leur situation géographique ; aucune entrave ne saurait être ap> portée aux mesures extraorditiaiies de défense qu'elles seraient appelées à prendre pour repousser toute agression étrangère.
» En échange des places fortes et territoires occupés par les
arnitcs alliées» la Russie consent à une rectification de sa frontière avec laTur(]uie lAiropéenne. Celte froiiU^ re, ainsi rectifiée d'une manière conforme aux intérêts généraux, partirait
des environs de Ghotyn, suifiaH la ligne de montagnes qui
s'étend dans la direction sud-est, el almutirail au lac Salsyk. Le tracé serait définitivement réglé par le traité de paix, et le lenriloire ooncédé lelournerait aux Principautés et à la suze* raîDeté de la Porte.
» Danube. — liheitu du Danube et de ses emboucliuros sera efficacement assurée par des institulious Européennes dans lesquelles les Puissances contractantes seront également r^résentéeSt sauf les positions particulières des riverains, qui seront réglées sur les principes établis par l'acte du Congrès de Vienne en mali^^o de navigation fluviale.
j) Chacune des Puissances contractantes aura le droit de faire stationner un ou deux bâtiments de guerre légers aux embouchures du fleuve» destinés à assurer Teiéeution des rèiglemenis rétifs à la liberté du Danube.
» Mer \otre. — La mer Noire sera ntulraiisée. Ouvertes h la marine mardiande de toutes les nations, ses eaux resteront interdites aux marines militaires. Par conséquent» il n'y sera ni créé ni conservé d*arsenaux militaires maritimes. La protection des intérôts commerciaux i l maritimes de toutes les nations sera assurée, dans les ports respectifs de la mer Noire, par rétablissem^at d'institutions conformes au droit international et aux usages consacrés dans la matière.
»Les deux Puissances riveraines s'engageront mutuellement à n'y entretenir que le nombre de bitiments légers d'une force délermmée, nécessaire au service de leurs côtes. La convention qui sera passée entre elles à cet effet sera» après avoir été préalablement agréée par les Puissances signataires du traité général, annexée audit traité et aura même force et valeur que si elle en faisail partie intégrante. Cette convention séparée ne pourra être ni annulée, ni modifiée, sans Tassentiment des Puissances signataires du traité général.
HlSIUihL
j> La dAture des détroits adm^tra reioeption applicaiile aux statîonnaires meotumaée dans Fartide précédent.
n Populations chrétiennes sujettes de la Porte, — Les immu- Bités dos sujets rajabs de la Porte seront cousacréed, sans atteinte à rindépendance et à la dignité de la couronne du Sultan. Des délibérations ayant lieu entre TAutriehe, la France* la Grande-Bretagne et la Sublime-Porte, aiin d'assurf i aux sujets clircliens du Sultan leurs droits religieux et politiques, la Russie sera incitée, à la paix, à s'y associer.
1» Les Puissances belligérantes se réservent le droit qui leur appartient de produire, dans un intérêt Européen, des coodiliuns particulières en sus des qualnî garanties. »
Attendu Timportance de ce document, le Cabinet Autricbien avait cru devoir y joindre le oonumntaire suivant, sous forme de Note, adressé au Ck>mte fisterbasgr le jour même de son
dépai t de Vienne :
. « Les paroles que Votre Excellence a eu Tbonneur de recueillir de la bouche même de l'Empereur, notre auguste mattre, ont dû de nouveau lui confirmer les intentions (|ui ont înv^ rifthlemeril guidé la politi<îue de Sa Majesté dans les différentes phases de la lutte qui pèse d*un si grand pouls sur VEurope. Toujours ûdèle à ces mêmes principes, l'Empereur aurait cru manquer à ce qu'il doit à ses peuples et à l'Europe, en laissant s'écouler le moment actuel, où une foroe majeure im> pose une trêve de l'ait aux Kfiiibatlants, sans tenter un effort suprême pour ouvrir de nouvelles voies à une paix qui se présente comme le besoin le plus urgent de l'Europe.
» Convaincue, d'un côté, de la sineértté des dédaralioQa si souvent réitérées par l'Empereur Alexandre, de vouloir prêler Ui main à toute paix qui ne porterait atteinte m à si dignité, ui à l'honneur de son pays. Sa Majesté impériale s*est sentie a|>->
DU COr^iGIiËS DE PARIS 347
pelée à employer sés meilleiirs efforts pour s'assurer du degré
de réciprocité que ces dispositions pourraient rencontrer aup^^s (les Cours de 1 lance et de Grande-Bretagne. Elle a ea conséquence daigné me charger de sonder à ce sujet les Cabi* nels de Paris et de Loudfes. Or, tout en les trouvant imbus de rinébranlable résolution de ne se prêter à aucune initiative d'ouNLii Lires paciliques, nous avons cependant, à nritio vive satisfaction, rencontré auprès de ces Cabinets des dispositions pouvant nous faire espérer qu'ils ne se refuseront point à Teiamen et à l'acceptation de conditions de nature à ofCrir toutes les garanties d'une paix sérieuse et durable et à résoudre nettement la question qui a donné naissance à la guerre.
j» 11 y a plus : nous nous croyons autorisés à exprimer l'espoir que ces Puissances» tout en maintenant dans toute sa force le droit de présenter telles conditions de paix qui leur
sembleraient convenables, n'en seraient pas moins aujoui d liui encore disposées à ne pas dévier (ki pritici[)e posé, Inrs du début de la lutte, de ne poursuivre aucun avantage particulier et de limiter leurs prétentions aux sacrifices nécessaires pour rassurer l'Europe contre le retour d'une aussi déplorable complication.
» Encouragé par ces indices, le Cabinet Impérial n'a ]»as reculé devant la tâciie de se rendre consciencieusement compte de la situation du moment et de formuler les bases sur lesqudles, à son avis, pourrait reposer Tédifice d'une paix solide. Les qualn> principes déjà acceptés par la Russie nous ont paru toujours être le meilleur point de départ. Seulement, pour assurer l'œuvre de la paix et pour éviter surtout les écueils qui ont Mt échouer les dernières* conférenceSt nous avons jugé indispensable de dévélopper les quatre principes de manière à les rendre conformes aux intérêts généraux de l'Europe et h iacUiter l'accord liual par une lielinition plus précise.
vi48 UlSTOlHt:
» Le fhiiideoetnvaUse troufecoDsigàédAiisledocum^ adjoint \ qui, par le fait de l'aoceptatioii des Puissances belligérantes, acquerra la Taleur de piélimîiiaires de peîT. La
sigiicilure de ces préliminaires serait iuiiiituiialeïiient :>ujvie d'uD armistice gcuéral et de négocia lioiiâ détinitives.
» Ge travail a jaat été honoré de Tapprotialion de Sa Majeslé rEmpereur, vous êtes diaigé. Monsieur le Gomle, de le présenter à racceptation de la Cour de Russie, en y joignant les instances les plus vives d'en peser le contenu et de nous faire savoir sa délemimation, que nous attachons la plus haute importance à connaître aussitôt que faire se pourra. Si, ainsi que nous l'espérons, nos propositions renoontient un accueil ISitorable, nous ne tarderons point à en recommander chaleureusement racceptnlion aux Cours de Paris et de Londres, en exprimant la coniiance qui nous anime qu'elles n'useront du droit de présenter éventuellement aux négociations des conditions particulières que dans un intérêt Européen et dans une mesure telle à ne pas offrir.de sérieux obstacles au réubliâsement de la paix.
» Nous supplions la Cour de Russie d'examiner avec calme les propositions que nous lui soiunettons. Nous ne nous étendrons point sur les graves conséquences qu'entialnerait le re* fus d'entrer dans les voies que nous lui ouvrons une seconde fois })our opiTcr une rtH oiiLiUalion liuiiuiable, refus <|ui ferait retomber sur elle le poids d'tme immense responsabilité. Nous préférons nous en remettre à sa sagesse pour en peser toutes les chances.
» Nous croyons ôtre ici l'interprète des vœux et des véritables I>e5uj us de l'Europe. Il nous reste à faire appel aux sentiments élevés de l'Empereur Alexandre, dont la délerminatîoo suprême décidera du sort de tant de milliers d'existences.
» Sa H^esté Impéride s'anélera, nous en avons la ferme
* Les propositionif données ci-dessus.
DU CONGRES DE PAlilS 3U)
68péiaiioe, M pmi qui seul nous semble lépondre aux véritables întérèls de ses peuples et aux exigences de rhmuaaité.»
Les propositions des Puissances avaient le caractère d'un insunciions uiimatum, La Russie devait j répondie purement et simple- emmZt. ment par Pacoeptslkm ou par le refus. Le Comte Esteihaay, en remettant les propositions, devait déclarer que son Gouver* nemenl ne Tavail «nilorisé h accepter aucune discussion sur le telle de ï ultimatum^ qui ne pouvait soulfrir aucune modiiicatioD. Tout 0^ était clair, formel et ne laissait nulle piaoe aox laux-fiiyants. Dix jours après la remise des propositions, si le Comte Eslerbazy n'avait pas reçu la réponse du Gouvernement Russe, il devait 1 inviter à lui faire cette réponse, en lui donnant im nouveau délai de dix jours, à l'expiration duquel, si la réponse n'était pas affirmative, c'est-à-dire un oui pur et âmple, le Plénipotentiaire Autricbien devait quitter Saint-Pétersbourg et revenir à Vienne avec tout le personnel de la légation.
Il résulte de ce que j'ai dit ailleurs que les propositions Expikatioa». dues à l'initiative de l' Autriche étaient devenues, par le fait de leur discussion entre les Puissances alliées, Tceuvre commune de ces Puissances. Il avait été convenu cependant que l'Autriche les présenterait à la Russie comme venant de son initiative persoiuieiie, la France et l'Angleterre promettant d'y adhérer après Tacceptation par la Russie. Cette forme donnée à la négociation avait le double avantage :de ne pas engager inutilement les Puissances occidentales et de laisser TAutridie dans le rAlc qu elle avait jusqu alors rempli.
Les ])roposiiions avaient toujours pour bases les quatre pomts de garantie formulés aux Conférences de Vienne ; seulement, les Puissances alliées, devant naturellement Caire tourner au profit de la négociation les glorieux succès obtenus sur les rliaiii[)^ de i)at<iilie, avaient usé de la faculté d'en étendre rinterprélalion dans im sens plus rigoureux pour la Russie. As-
350 HISTOIRB
sufément rien n'était plus équitable. Le Goumneineiil Français, du reste, n'avait pas attendu ce moment pour exprimer
ses UUes sur ce poinl. Un des proniiers actes de M. le Comte Walewski, lors de son entrée au iiuaisière des aflaires étrangères, avait été de faire connaître à Vienne que son Gouve*^ neroent entendait se réserver le bénéfice des événemeols militaires et comptait étendre, au besoin , ses prétentions dans la mesure des sacrilices accomplis. I/An^lrterre, dans le cours des néf^ociations qui précédèrent 1 envoi do Vulihnaium h Saint-Pétersbourg, s était pleinement associée à ces idé^. Les quatre garanties, ainsi étendues dans le sens occidental, n'avaient donc rien qui ne fût d'une stricte justice. EUes étaient le utuiiiiium de ce qu'on pouvait demander, et c'est \iour ce motif que le Plénipotentiaire Autrichien devait déclarer au Cabinet Uusse que toute modification au programme qu'il appetflàl était inadmissible*
La ciiKiiutfDie Qusnt h la cinquième clause de Vultinmiutn, relative aux conditions particulières que les Puissances se réservaient le droit de présenter, son obscurité prétait, il est vrai, à des ok>jections et pouvait inspirer la méfiance. Mais, sur ce point, ia lovauté des Puissances occidentales avait été aunlevant des difticultés par de franches explu alions. Ou avait fait connaître orticieilcmenl à l'Autriche que les seules conditions tenues secrètes se réduisaient k deux : Tune^ ayant pour objet la neutralisation des lies d'Aland; Vautre» relative à un examen de rétat des territoires à Test de la mer Noire. On n'eurait pu joindre ces ( Diulilions au.v autres sans s'exposer à voir la Uussie s*auloriser d'un prétexte i>our rejeter le tout. Kn instruisant l'Autriche de la véritable |H)rtée de cette disposition finale» on la laissait libre de donner à son tour au GaÛnet de Saint-Pétersbourg tous les édaircissements qu*elle jugerait utiles à la hoime marche des choses. En conséquence, le Comte Esterliazy avait été» sur ce point, autorisé par son Gouverneiueut è
nu CONGRÈS DE PARIS 351
parler ou à se taire, selon ce que lui conseillerail riotérèl de
En fétumé, les oonditioro particulières soos-enlendues par
le dernier [»aragraplie <les propositions n'avaient rien il'exorbitant, et l'inlerprélalion nouvelle des quatre points de garantie n'était que le résultat inévitable des événementsaccomplis*
FaUait-il pour cela se iiâter de considérer Ynitimaium comme u àmie sur accepté par la Russie ? Évidemment non. Toutes justes qu^elles éuu *îwiuî". étaient, les eoiiditions de l' Autriche imposaient de rudes saeri lires h la Russie. Quelques-unes de ces conditions, absolument inattendues, devaient surtout porter riiicertilude dans les esprits et fortifier le doute de certains Gouvernements. On n'avait pas oublié que, lors des négociations de Vienne, le Prince (iortseliakoff, poilant au nom de son Gouvernement, avait repoussé avec indignation toute idée de régler le troisième point par une limitation des forces navales de la Russie dans la mer Noire, et que M. le Comte de Nesselrode s*était pleinement associé au langage du Prince dans la circulaire oii il rendait compte des raisons qui, selnn lui, a \ aient empêché les négociations d'aboulu-. On pouvait done-, on devait même, peut-être, douter des dispositions de la Kussie. U ne s'agissait plus d'une simple limitation de ses forces navales; nous en étions bien loinl C'était la suppression complète de sa marine dans l'Kuxin qu'on lui deniaiulait désormais. Comment croire que la Russie ne cliercherail pas à se soustraire, par un artifice diplomatique quelconque, à ce qu'une pareille stipulation devait avoir pour elle d'odieusement rigoureux? Comment croire qu'^ acce[>tendt du premier coup, avec la suppression de sa marine dans la mer Noire, une déimuiation nouvelle de territoire qui lui enlevait les bouches du Danube, Ismaïl, et lui faisait perdre sa trop célèbre frontière du Pruth?
Quand le texte des propositions que je viens de placer sous eou prodnii les yeux du lecteur fut connu à Paris, les esprits sérieux et réfléchis ne désespérèrent pas absolument du succès de l'entre-
38i HISTOIRE
priso; mais ils n'eurent garde de se hâter de croire que la paix était signée. Nul ne savait à ce moment ce quL allait se passer, et rincerlitude des hommes politiques, — je parle de ceux-là mêmes qui s^étaieoi associés depuis longtemps à ee puissast effort pour conquérir la paix, — n'élait pas moàis grande que celle du public.
u La question de la neutralisation de la mer Noire, la plus * importante sans contredit de toutes celles que contenait le programme de paix, fit néanmoins subitement un grand pas dans ropiniôa publique peu de jours après Varrivée du Ménipotentiaire Autrichien h Saint-Pétersbourg.
La circulaire du Comte de Nesselrode, que j*ai déjà donnée» lut connue. On y vit la concession parla Russie du principe de la neutralisation, et plusieurs dépèches arrivées coup sur coup ne permirent phis de douter que le Gouvernement du Gzar ne fût, à cet égard, résolu à consommer le sacrilice. Je l'ai déjà dit et je le répète ici, cette résolution fut envisagée par le Cabinet Français comme im (ait considérable et d*ime nature tout k fait rassurante. Quelques journaux s^obstinèient à y voir une arrière-pensée autant que le désir de paralyser le mouvement de l'Allemagne dans le sens occidental ; mais la majorité de la presse et l'opinion publique ne se trompèrent pas sur la véritable portée de la concession* Le principe de la neutralisation était admis par la Htissie, et cette admissiim, quelles qu*en fussent les réserves sous-entendues, était à elle seule, sous certains rapports, la véritable solution de la question d'Onont.
11 avait dû en coûter à Tamour-propre Husse pour se résH gner h la perte de sa prépondérance souveraine dans TEuxin. Mais après tout, les faits accomplis aussi bien que les principes
du droit public consacrés par It's iirécédenls, étaieni i ^iotic la Russie. La Uussie était vaincue, sa marine était détruite, les instruments de sa domination dans la mer Noire n'existaient plus^ et avec eux s'était, de fait, anéantie sa souveraineté sur
œite mer. Dans la situation des choses, les Puissances occid^ laies n'usaient pas même de toute la rigueur des règles intei^ nationales en se tx^mant à n'appliquer h leur ennemie que
l'interdiction qu'elles s'imposaient à elles-mêmes, puisque, en fait et en droit, elles étaient souveraines maîtresses de rËuxin.
L'arrangement proposé, cruel pour la Russie en ce sens Éqaiié qu'il restreignait sa puissance, n'avait donc rien que de très- ^,ro^»^am moiléré au point de vue des faits accomplis. Voili^ ce que le Comte Yalentin Eslerhazy, en motivant rinleri)rétation inaltérable du système de neutralité, avait été chargé de (aire comprendre au Cabinet Rtisse. Sous ce rapport, sa tâche paraissait d'autant plus facile désonnais, que la Rtissie venait de prouver, par la circulaire de M. de Nesseirode et par ses déclarations, qu elle avait la conscience de la situation que les événements lui avaient faite et de Tim possibilité où elle était de repousser le principe de la neutralisation. Dans un intérêt de politique facile à comprendre et pour échapper à l'humUiation qui s'allache toujours h la chose imposée, le Gouvernement KusbC allait au-devant d'une condition qu'il savait ne pouvoir pas éviter.
Le principe de la neutralisation admis, le débat oriental, je ne saurais trop le répéter, faisait un pas coosidérable vers
son dénoiiuii nt. La Russie ne pouvait plus menacer la Turquie par mer. Ses grands élablissemenls mari limes étaient supprimés ou devenaient inutiles. L'£uxin se transformait en une mer commerciale. La neutralisation créait tme situation nouvelle en Europe. En réalité, elle résolvait complètement, absolument et de la manière la plus satisfaisante la cfueslion pour laquelle les Puissances alliées avaient pris les armes.
Les autres disposltious de VuUimaiumj qui n'étaient, À vrai dire, que les annexes de cette disposition principale, avaient aussi, toutefois, leur importance. La suiipression du protec^ torat taisait reculer la Russie de plus d'un siède el demi.
Influente dans les Princi{»&ulés, elle était à moitié chemin de Constantinople; de ce côté, nous Fassurions encore la Turquie en plaçant entre elle et son étemelle ennemie une bar* rière Uifranchissable. Quant aui concessions territoriales réclamées, elles avaient le double but de litwiiier une meilleure Ironlière à la Turquie et d'assurer la libre navigation du Danube en ne laissant pas les Russes mattres des boucbes de ce fleuve. Cette démise disposition avait son importance, surtout pour TAllemagne dont elle favorisait les intérêts oommi i« (aux; mais elle était, ^our ainsi dire» étrangère au débat (iriental.
Huit joufs après l'arrivée duGomte Valentin £sieriiaif à8aint- Pétersbourg, on n'avait encore à Paris aucune donnée certaine sur l'accueil lui avait été fait. Le Mcming-Poêi, ^pendant,
l(»iijom> jaltHi\ d»^ [larler le premier, cl placé, du reste, druw d'excellentes coudUioos pour éire bien renseigne, annonçait dès le 31 décembre» que le Comte avait remis lei7 le texte des pro|iositions de l'Autriche au Gouvernement Russe* Le journal se bornait à ajouter que la ré|M)nse du Gzar était attendue sous peu de jours.
Malgré cette absence de renseignements, plusieurs journaux étrangers, et notamment ÏÉmancipniion de Bnixelies, crurent pouvoir accueillir des correspondances destinées à présenter la mission du diplomate Autrichien comme ayant absolument
avorté.
« Les amis de la paix ont appris avec plus de douleur que de surprise, écrivait-on h VÈtmmeipation du 5 janvier, raecueil glacial fait par l'Empereur Alexandre au Comte Esterhazy. Le résultat de cette entrevue a produit une profonde sensaliou à Pétersbourg. L'émotion ne sera pas moins vive en Allemagne, lorsqu'on y apprendra avec certitude que la mission du Comte £sterbazy a échoué.
» L'obstination du Gzar n'est pas unanimement approuvée à Pétersbourg, mais tous mes renseignements me donnent ta
nu CONGRÈS DB PARIS 353
conviction qu6 le parti de la guerre y a décidémeDl le dessus, o
U n'y avait absoiumenl rien d*exact dans cette conununicalion, puisque, h la date assignée à Tentrevue par le oorrespon* dant, le Comte Esterhazy n'avait pas encore vu Tlilmpereur.
Au momont môme oii ces bruits fAclioiiv ('taient propagés i-a premiàe par une partie de la prusse, le Gouvernenienl Français recevait '3uS*e une dépèche de Viemiet lui annonçant que le Comte Ësterfaazy ^^f j^^^l,'^^^ informait son Gouvemanent qu'il avait éprouvé une impression favorable do sa première démarche. « Cette impression, disait la d('i)Aclie, In^^omil pressentir l'accueil des proimsilÂODS. » I.e Gouvernement Français , toujours plein d'une réserve louable, ne crut pas devoir communiquer cette infonnation aux journaux, et il les laissa complètement libres de publier sur la mission Kslerbazy les commentaires les plus opposés, ces «usinions et ces récits ne pouvant plus avoir aucune influence sur la solution quelconque qu'on attendait.
Le Maming Pa$i ne s'était trompé que d*un jour en annon- ucamc çant que le Plénipotentiaire Autrichien avait remis les j)ropo- j sitions des Puissances le 27 décembre, (^ette remise avait eu lieu le 28, la veille du lelour des troupes de Oimée à Paris.
Dès cette première entrevue avec le chancelier de Russie, le Comte Yalentin Esterfaancjr avait fait savoir, dans des terrai qui ne laissaient place à aucune équivoque, que la Cour de Vienne posait réellement son ultimatum. Conformément aux instructions du Comte Buol, il fit observer qu'il n'avait aucun mandat pour discuter les propositions et encore moins pour y admettre des modifications, se déclarant prêt, toutefois, à donner sur tel ou tel point tous les édaircisBements que le Gouvernement de l'Krapereur pourrait vouloir lui demain ier. Il lit de vives instances pour que les propositions de l'Autnclie fussent mûrement pesées par la Cour de Russie, et il pria le Comte de Nesseirode de lui Caire connaître la réponse de son Gouvernement, dans un délai de six jours, sous k forme d'une accepta tiuii pure et simple ou d un refus.
3M HlSTOmE
Le Conile de Ncssclrrulp prit lorlnre de la note écrite du Comte Buol, promit de la placer sous les yeux de l'Empereur son matire» et s'eogsgea à faire pari au Gomie Valeotiii Ester* hazj de la réponse de Sa Majesté Impériale aussitôt qu'il Fan-
rait rerue.
Ce fut à la suite de cet enfreiicn, durant lequel le chancelier de Russie s élait montré plein de courtoisie» que le PlénipoteutiAire Autrictiieu écritit à son Gouveroement pour Tiii* former que sa première impressîon avait été favorable et que Vultimaium était remis.
Réwrrp Après cette entrevue, le Comte Ksterliazy i rut devoir se ren- AairteMmt ^^^^^^ ^^"^ extrême réserve. Sauf les rapports obligés* il évita tout contact avec le monde officiel, particulièiemenl avec la Cour, et il ne demanda ni à revoir le Comte de Nesselrode • ni à être présenté à l'Empereur. Cette attitude était la seule que pi^t prendre dipnienient le représenlanl d'une grande Puissance dans une situation aussi délicate.
Plusieurs jours s'écoulèrent ainsi sans que rien tran^irât
à Saint- sur les résolutions que le Gouvernement de TEmpereur allait
Pètenbonrf.
prendre. société de Sainl-Pétersbourg était fort émue, mais si elle laissait percer son émotion, elle cachait avec le plus grand soin ses opinions, n'ayant encore, malgré l'aitentioa extrême qu'elle y mettait, recueilli aucun indice qui pût l'éclairer sur les dispositions du Gzar. Les hommes du Gouvernement étaient muets comme des sphini, pour d'excellentes raisons satis doute, car tout porte à croire aujourd'hui qu'ils ne savaient absolument neu.
Quant au personnel diplomatique étranger alors présent à SaîntrPétersbourg» il se donnait beaucoup de mouvement, sans pouvoir se vanter d'être mieux instruit que le reste de la société oflicielle. Les dépêches n'avaient jamais été plus rares et surtout plus vagues, par la raison que l'impression du jour pouvait bien ne pas être celle du lendemain ; on se sentait sur un terrain mouvant, et l'on cra%nait d*y bâtir, ne fût-ce que
pour râgt^fiiatie heures. On n'éGrivail pas, en un mot, pour iTéviter le regret d'avoir écrit*
A ce moment solennel, quelle était l'aUitude des Puis* sances?
L'AUeuiagne, qui smi paru un instant vouloir sortir de sa Atuiidi longue apathie^ s'était subitement anétée dans ee mouvement i>.ifSL^
lorsqu'elle avait connu le teite de la circulaire du Comte de Nessdrode. Flusieurs Klals s* mhlaienl v avoir vu un mot d'ordre, et attendaient un nouvel acte de la Cour de Itussie poar prendre un parti. La Prusse agissait comme si elle avait ou encore devant elle de longs mois pour se prononcer. Les bonnes dispositions de la Saxe, si pressantes un moiiieiil , devenaient chanceli»ntes. Li H ivière ne marchait qu'après la Saxe dans la ligne du concours réclamé. La mollesse et rindédsion de ces deux dernières Cours, qui semblaient tendre vers le niveau de leur ancienne neutralité, avaient lieu de surprendre dans un moment pareil, surtout après les témoiîznages de vive sympathie qu'elles avaient (ioiiiiéb à la politique occidentale, il était évident que l<i Prusse, qui ne paraissait pas se rendre parfaitement compte de la véritable signification de VuUimaiuin^ et qui pensait encore que la paix ne pouvait s'établir que par un échange de concessions mutuel h îs» entretenait rAllenia^'ne dans une erreur funeste et paralysait son élan. Je n'accuse pas ici les intentions de la Prusse. Sa bonne volonté, dont elle avait parfois déjà donné des preuves, n'était plus douteuse désormais, puisque le Roi Frédéric- Guillaume venait d'écrire à l'Empereur Alexandre une lettre \Uius le sens de l a(l()])tion des propositions. Je dis seulement que la Prusse ne jugeait |)as bien la situation et qu'elle faisait partager son illusion à la Saxe et à la Bavière, qui, dégagées ' de cette influence, ne se fussent certainement pas contentées de recommander les propositions Autrichiennes à l'acceptation de la Russie, sans se les approprier.
La Prusse, la Saxe et la fiavière avaient reçu communication
338 UiSTOiHE
du texte de ru^rtinolmii ai]S8tt(M. après le départ du Comte Este r h azv pour Saint-Pétersbourg, c'est-à-dire à temps pour
pouvoir agir d'une manière efticiu o. Les Puissances oi« iiientales, il laut l)ien le dire, saos compter sur un concours enthousiaste de la part de rAllema^e, avaient espéré ol>leiiir d'elie, au moment décisif» plus que ce tiède appui qui se fonnule par des paroles vagues ou des autograplies royaux qui restent inconnus. L'Allemagne laissait encore une ibis écliapper roccasion de concourir au rétablissement de la paix. En revenant à eette attitude indécise, elle n'agissait ni dans l'intérêt de l'Ooddent» ni dans celui de la Russie. U est bien évident» en eflet, que la llussie n'eût pas tenté la ressource des contre-propositions si elle se lût trouvée en ])résence de tous les Étals Allemands tenant le même langage et la pressant de faire la paix ; et d'un autre c6té, l'Allemagne eût rendu le plus grand service au Czar en lui fournissant roccasion de laisser croire à son peu}>le et au monde qu'il ne cédait que sous l'inlluence d'une ]H t?>i<m générale et devant la menace d'une coalition lùiropéenne.
La Prusse, toujours sous le prestige de l'influence Russe, ne pouvait se décider À croire que Vitlêmatum fût le dernier mot
<le rAulriclie, et que la n()n-a»'('eptation de rel ultimatum, dans les termes mêmes (h* sa rédaction, serait le signal du rappel de la légation Autricliienne à Saint-Pétersbourg. C'est à <!ette encur, je le répète , qu'il faut attribuer' son dé£aut d'énergie et l'irrésolution de plusieurs États de l'Allemagne, bien intentionnés, du reste, et complélenienl acquis à l'esprit de la politique occidentale. Toutefois, cette politique avait de nombreux appuis dans le personnel diplomatique résidant à SainI» Pétersboui>g, et les états neutres eui-mèmes, la Suède, le Danemark, la Belgiciue, faisaient porter au Czar ou à son eon* seiller intime des paroles favorables au but que l'alliance s'était propo>é. Le Grand-Duc de liesse, frère de rimpcralrice de Russie, ne dissimulait pas l'apf^bation qu'il donnait aux
DU CONGRÈS DE PARIS 3où
profiositions, et il chargeait son rejirésentant à Saint-Pétersbourg de les appvt^er auprès de rEmpereur, en même temps qu'il Irisait remettre à llmpératriee une lettre conçue dans le
même esprit. Ou agissait donc et Von parlni à Sainl-Pélersbourg dans le sens de l'adoption de V ultimatum; mais Faction manquait d'énergie et surtout d'eosemt)Ie, et les paroles étaient encore trop pleines de mollesse et d'irrésolution pour exercer une influence dédsive sur Tesprit du Gzar.
En résmm«5, on peut (Hablir ainsi la statistique des États Européens, au point de vue de la question liu^c, au muineul où ïtUHmaiHm était soumis à i'£mpereur Alexandre :
Quatre Puissances étaient engagées dans la guerre : la Fï'ance, rAngleterre, le Piémont et la Turquie.
Deux Puissances étaient aîlif^es des belligérants : l'Autriclie, en vertu d'un traité qui devait, si la paix ne se signait pas, l'amener, par la force des choses, à tirer l'épée ; la Suède, en Tertu de son traité défemif^ sur l'importance duquel tout a déjà été dit.
Trois autres Puissances étaient neutres, bien (prclles eussent donné des preuves non équivo(iucs de sympathie à la politique occidentale : la Belgique , la Hollande et le Danemark.
Deuit autres se montraient disposées à sortir de leur neutralité et à prendre part, au besoin, h la guerre tonlre la . Russie si la lutte s(; [irolongeait : l'Espagne el le Portugal.
Enfin, deux États étaient neutres avec des sympathies pour la Russie : la Grèce et les Deux<*Sicîles.
Quant à la Prusse et à la Confédération Germanique, on sait, par ( e qui précède, dans quelles dispositions elles se trou- Taient.
11 résulte de ce tableau, d'une exactitude rigoureuse, que la Russie, si elle ne s'illusionnait pas sur la situation que sa jwliiique lui avait faite en Europe, devait se considérer comme
a peu près isolée.
3<t0 HISTOIRE
l a pus^c j*ai dit qu6 le GouYernemenl Français avait cru poofoir et b'prme incoDvéDÎeaty depuis renvoi de TM/ltiiMiliiiii Autrichien è
Saiul-rélersboui f?, se préoccuper beaucoup moins des journaux qu'il ne l'avait lait pendant les n^ocialions qui précédèrent cet envoi. U n'avait plus en effet désormais les mêmes raisons de craindre une indiscrëtiony ime fausse nouvelle ou un article compromettant. 11 était trop tard et les choses étaient trop iivaiK ées j>our que Texpression des opinions, même les plus 0[)p()sées aux vues (les Pui^->.nut'S alliées, pût influer d'une façon quelconque sur la résolution (^u'on atteodaii de Saioi- Pétersbouig. D*un autre c6té, il n'était pas mauvais que la presse Française ne se montrât pas trop crédide à Tendroit de la j)ai\, atiii (}ue l'opinion publique fùl préparée à tout événement.
Les journaux Français usèrent avec réserve de cette faculté qui leur était laissée de parler librement sur la questioa à Tordre du jour, sans avoir à craindre pour le lendemain un
examen trop sévère. Un ou deuv prollièrenl de la cirronstance pour parler des nationalités dispa ru e^ el de» peuples opprmiés et pour exprimer quelques doutes au sujet de la paix; la plupart se bornèrent à recueillir dans la presse étrangère les mille bruits que la situation enfantait ; tous firent des vorax pour que la n'-ponse du Ciàr fùl favorable et que la paix sortit de cet eflort suprême.
La presse Anglaise, au contraire» se montrait toujours trèsbelliqueuse et semblait souhaiter que la paix ne se Ût pas. EUe était remplie de détails sur la flotte gigantesque construite et équipée [lar les soins tie l'Amirauté, et qui était destinée à opérer dans la Baltique, de cuuc erl avec la llolle Française. Le Moming-Poêit qtii avait annoncé, comme on l'a vu, la remise des propositions par le Comte Esterliaiy au Comte de Nesselrode, exprimait dans son numéro du S janvier la conviction qu( la Russie n'accepit r<ii! pas Vultimatum Autrichien. Cette conviction lui était mspuree par la itépêcbe-circtilaure du
Comle de Nesseirode du 32 décembre, dont le texte venait d'être apporté par une correspoodance de Beilin. Cétait, à mon sens, tirer une conclusion bien forcée et bien peu rationnelle de ce document.
Quelques jours plus tard, V Indépendance, toujours peu disposée à croire aux concessions de la Russie, jugeait qu'on était partout d'accord pour annoncer que le Cabinet de Saint- Pétersbouig n'accepterait pas les propositions. « Telle est, disait-elle, la disposition universelle des esprits dnns loule U^uropo. C'est \h un symptôme d'une évidence si mânifeste, que nous ne pouvons nous dispenser de le signaler comme étant l'indice le plus apparent et le plus sérieux de la situation générale. De quelque c6té qu'on écoute ou qu'on regarde, le sentiment général est que, par la force des choses plus que par l.'i volonté des hornnies, on marche moins vers une paix prochaine que vers une guerre plus énergique et plus étendue» »
Toutefois, elle terminait ces réflexions lugubres en mentionnant une correspondance de Berlin, prétend<iiil, d'ap^^s une dépêche de Var^uvie, «pie des négociations avaient été eutainées en vue d'un armistice.
Le lendemain, un autre journal de Bruxelles, s'appuyant sur le Jmnimid de Dreide, présentait les choses sous un jour tout différent : la situation n'était point défavorable à une entenle, elle ne ])ouvait faire redouter un relus absolu de la part delà Russie, etc.
Enfin, le 1 janvier, le CmutiiuiUmml lui-même, impressionné défavofablement par l'absence de nouv^es et par les rumeurs fâcheuses qui semblaient prendre le dessus, se crut dans le vif de la diluai ion en déclarant que la Russie ne se jugeait pas assez vaincue et qu'il fallait lui donner « une leçon |dus complète. » L'article était des plus verts. La Russie y était accusée de garder toujours au fond du coeur ses rêves de conquête et de domination. Chassée de la mer Noire, elle consi-
dérait eocore, dans ses espérances insensée, la viUe de Gonstantinople comme sa proie légitime, a Si la résistance est plus opiniâtre, disait le journal, Tattaque sera plus Tigouieose en
plus irrésistible. La France et TAngleterre sont r(''Solues à Lrioiuplier ; mais elles ne veulent pas éterniser la guerre» eif pour la faire prompte, elles la feront terrible. »
Une énumération formidable des forces dont les alliés dis* poseraient au printemps prodiain suivait ces déclarations; et le journal, après avoir menacé Cronstadt de la foruiulahle puissance de nos batteries llottantes, terminait ainsi son foudroy ant article;
« Du côté de TOccident» ce sera donc désormais une guerre à outrance, une guerre qui s'étendra de la mer Noire à la mer
Haltique et de la Finlande à la Crimée ; une guerre qui conduira peut-être nos soldats triomphants à Pétersbuui^, et qui, en se rapprochant de la Pologne, pourra bien proroquer enfin de profonds déchirements au cœur même de l'Empire ébranlé des Gcars. Qui peut prévoir tous les résultats d'une pareille campagne, enlreprise en mvmo temps sur terre et sur mer, avec les armées et les flottes de la France et de l'Angleterre, secondées par le Piémont et peut-être par la Suède, quand nous avons une armée de six cent mille hommes, aguerrie par les fatigues et exaltée par les triomphes d'une pénible et glorieuse expédia tion, accomplie sur des riv< s lointaines? >>
Après un |>areil cri de guerre, poussé par un ji^umal qu*on savait inspiré quelquefois par le Gouvernement Fiançais, les opinions plus ou moins hasardées des autres journaux paraissaient Incolores et sans intérêt. Il n'y avait plus qu'à attendre. Le public, qui naturellement n'avait pas été mis dans la confidence des dispositions transitoires du Gouvernement en ce qui concernait la discussion par la presse de l'accueil probable réservé è VulHmaium Autrichien, s*étonna bien un peu d'un si grand bruit fait dans un pareil moment et en l'absence de toute indication positive; il y eut même quelques sentiments de
DU CONCRfiS DB PARIS 361
crainte sur lo sort des propositions, qtiand on vit que l'article De doonait lieu à aucun cmimuniqtié; luais, en général, on eut le bon esprit de ne voir dans ces paroles belliqueuses que rexpresRon peiMUieUe des sentiments de celui qui les avait signées, et Ton attendit sans trop d'impatience que la lumière se fît.
On n nitendit pas longtemps. Dès le 9 janvier, le Gouverne- La Rossie ment Français était informé par une dépèche télégraphique di^mt que la Russie avait adressé diiectementà TAutriche la réponse ^réponse
à y ultimatum remis par le Comte Esterhazy. Celte réponse n'était pas coiimio, mnis comme la déj)^rlio ajoutait que le Plénipotentiaire Aulriciuen n'avait pas quitté Saint-Pétersbourg, on pouvait croire que la réponse n'était pas mauvaise ou bien qu'elle ne lui avût pas été communiquée.
Le lendemain, 10 janvier, le Morning-Post publiait la note suivante:
« Nous croyons que la réponse de la Russie aux propositions de rAutriehe a été envoyée de Saint-Péteishouig à Vienne.
» De m^me que le Cabinet Autrichien a fait ses propositions par l'intermédiaire de son représentant à Saint-Péters- Jbourg, le Comte Esterbazy» deniènie le Gouvernement Russe, nous le pensons, enverra sa réponse par l'intermédiaire du Prince Goftschakolf , qui remettra entre les mains du Comte Buol la dépêche qu*il recevra de sa Cour, aussitôt qu'elle lui sera parvenue.
f> Nous ne serons pas suri^ris d'a])pren(lre que la Russie rejette les propositkms qui lui ont été faites; mais en même temps elle iera probablement des ouvertures pour des négociations subséquentes. »
Eu iiirnie temps le Time$ annonçait, d'ajirès une dépêche de Vienne, que le Comte Stackclberg, porteur de la réfK)nse aux propositions des alliés, avait quitté Saint-Pétersboui^ le 7 au soir, pour se rendre à Vienne.
Entin, une dépéclie de Berlin portait que la Russie avait dé«
cliné la hk diation de rAulriche et accepté celle de la Scixe. La même dépêche ajoutait que le Comte de Nesselrode avait déclaré que les piopositioDS du M décembre (la note-drct^ laire Russe ) n'avaient aucun caractère absolu et que la Russie admettait des modifications.
Réfle&ious Que élait-il passé à Sainl-Pétershourg, et qu'y avait-il de CCI ihdiicnt ^'^^ ^ graves Douvelies transmises coup sur coup par le
vmàn, fii électrique?
Je rai déjà dit, depuis l'avis qu'il avait donné à son Goaver-
nement de la remise de l'ulIfiiMiftiiii au Comte de Nesselrode», le Comte Esleihazy îi avait transmis à \ ieiine aucune nouvelle indication sur la marcbe des ciioses à Saiiil-Pétersbouri^. Jusqu'au 7, il n'avait eu absolument rien à dire. Ce jour-là « il fut prévenu verbalement, par le chancelier de Russie , que le Czar «r allait faire remettre sa réponse directement à l'Empereur (l'Autrirlio par le canal du Prinre Cortschakoff. »
Le Comte l^^lerhazy n'était nullement préparé à une pareille communication. Cet expédient delà politique Rtisse n'avait pas été prévu par l'Autriche. Le Plénipotentiaire Autrichien se trouva fort incertain sur la résolution qu'il devait prendre, ses instructions, quelque piéiises (|u\ lies fussent, ne le lui disant pas. 11 lit ce que la raison et la prudence lui conseillaient: il donna avis de l'incident à son Gouvernement et il demanda des instructions par le télégraphe. La diplomatie Russe, qui avul cherché le moyen, en apparence inlrouvalilo, d iMh r une rupture ouverte avec rAulriche, sans cependant prononcer ie oui fatal, l'avait trouvé. Elle ne répondait ni par oui ni par non aux propositions, elle faisait des contre-propositioos, etoepeoK dant le Comte Esterhazy ne quittait pas SainUPétersboui^! La diplomatie Russe avait donc son petit triomphe et elle pouvait s'en réjouir. Malheureusement pour elle, le triomphe lut iiieu éphémère.
Les termes de la réponse du Cabinet Russe n'avaient point été commtmiqués au Comte Ësterhazy, qui n'était, on le sait.
nalleiDeiit autorisé à discuter sur le food même de VtdHmaium,
Mais il jugea , avêc nuson , qu'il ne s'agissait pas d*une acceptation pure et simple des propositions ; car, dans ce cas, le Comte de Nesselrode n eût probablement ims songé à prendre un autre intermédiaire que le Plénipotentiaire Autrichien pour foîie Gonnattre sa résolution à Vienne, il était donc raisonnable de penser que la réponse de la Russie contenait des contrepropositions que le Prince Gortscbakofi éUul chargé de développer et d'appuyer.
ËQ employant ce biais, la Russie n'avait fait qu'user d'un droit, lescommumcatioDs officielles de Cabinet k Cabinet pouvant toujours avoir lieu -par l'organe des représentants accrédités; mais elle s'était placée à rexliénie limite des bons procédés que les Gouvernements se doivent entre eui, en ne se conformant pas à l'usage consacré jusqu'alors par de nombreux précédents et qui veut que la réponse à un ultimaitm soit remise à l'agent même qui a été chaîné de cet w/ltmalum.
D'un autre côté, le Comte de Nesselrode semblait oublier que le Cabinet de Vienne n'avait aucun pouvoir pour transmettre officiellement des contre-propositions à ses attiés. C'était un OUI ou un non qu'on attendait, à Vienne aussi bien
qu'à Paris et h Londres, et aucune autre réponse n'était possible ou ne pouvait ^tre considérée que comme un refus.
Cet oubli du cbancelier Russe ne peut s'expliquer que par son vif désir de prévenir un éclat, d'empêcher le départ du Comte Esterl»az}% et aussi sans doute par le vaj^ue espoir que les nouvelles concessions renfermées dans les contre-pro- * positions paraîtraient suffisantes au Cabinet de Vienne et modifieraient ses dispositions.
11 y eut un moment d'hésitation dans le monde politique BflMvmdnii lorsque l'on cuiuiul 1 invoi direct des contre-propositions de rexpwuem la hussie. Quels étaient les termes de la réponse du Czar? On ngnoralt» mais le bruit qu'elle ne différait pas essentieUemeut
des f onditions de Vultimaium avait pris une lT^5i-p^a^(le constôia&us Oû se dcniaudait donc si la Ku&>ie, ayant adliérc' aux propositions Audicbiennes dans leurs dbpositioiis priDcipsIes» la guerre devait être continuée pour un simple désaccord sur les points secondaires. On ne savait pas suffisamment que les Puissances alliées, en se concertant siii l,i nMlaclion de Tm/Zîina/ttiji, avaient réglé d*avance la coiiduile qu elles auraieuV, à tenir au cas où la Russie tenterait de substiAuer d-auties propotions à celles qui lui étaient soumises. <}uellefi qu'elles fussent, des contre-propositions devaient être considérées comiiie un refus cl enlraiiitr le rappel du PlénîpotcuUaire Au- Irichieu. Seulement, il ne faut pas oublier que le iîomte ësterhaz^, tout en recevant Tordre de demander une réponse pour le 6 janvier, était autorisé à prolonger jusqu'au 18 son séjour à Saint-Pétersbourg. Évidemment, celte faculté ne lui avait été at cnidi c (|ue ])our laisser à la Russie le temps de réfléchir et de revenir, au besoin, sur une première détermination.
luiediCMiie Dans la situation qui lui était faite par la résolution împré-
vue de la Russie, le Comte Esterhazy n'avait qu*à attendre des instniclions de son (iouvernenienl. Si ces instructions ne lui étaient pas parvenues le 18 janvier, et si, durant le nouveau délai dont la Russie avait le bénéfice, il n'avait pas reçu une acceptation pure et simple des propositions, sa conduite était tout indiquée : il ne lui restait qu'à quitter Saint-Pélersbouig pour revenir h Vienne.
Comment ce délai, convenu entre les Puissances alliées en prévision des hésitations de la Russie, allait-il être utilisé par eOes, maintenant ({ue, par un expédient inattendu et inadmissible, le Cabinet Russe déplaçait le lieu du problème et faisait tourner subitement sur Vienne ralleulioa qui s'était jusque-là concentrée sur Saint-Pétersbourg?
né^)iuiioii Les alliés du S décembre n'étaient, nullement disposés à Pvissances. modifier la règle de conduite qu'ils s'étaient imposée; leur
DU COM.UÉS DE PAUlS 307
programiae, quelque rigoureux qu'il fût, devait élxa suivi jusqu'au bouu 11 n'y eut pas à cet égard un instant d'hésitation de leur part. Ils eurent le l)on esprit de comprendre qu'en suivant la Russie dans la voie où elle s'efforçait de les entraîner par cet artifice de diploouitie sans précédents, ils reculaient indéfiniment la section, rouvraient la carrière aux diseussions sans issues et perdaient tous les bénéGees d'une |X>sition acquise au prix de beaucoup de soins et d'une ])rudence infinie. Le premier niomeul ti élouuoment et de doute passé, ils comprirent que l'expédient même des contre-propoaitioiiB prouvait qu'ils avaient frappé juste, et que la Russie n'avait tenté cet effort désespéré que parce qu'elle se sentait défaillir sous l'étreinte puissante de l'alliance. A tous les points de vue, la persévérance el la lernielé étaient un devoir pour les alliés. £Ues seules pouvaient liAter la solution, et r£urope entière demandait une solution prompte. Toutefois, si la prudence et la sagesse reconunandaient de ne pas dévier de la îiprne qu'on s'était tracée, elles ne s'nf>posaicat nullement à ce que l'on prU connaissance des nouvciks concessions de la Russie, non pour les discuter, comme le Cabinet de Saint- Pétersboufg l'eût souhaité, mais pour s'éclairer sur son bon vouloir, et se mettre en mesure de lui donner, au besoin, si bcs concessions étaient juchées bonnes en pt imipe^ les explications et les assurances qu'elle pourrait désirer avant d'adliérer pufemeot et simplement à ïuliinuUw»,
Je crois avoir, par ce qui précède, lait oonnatlre assez v. de secM clairement dans quelles dispositiom se trouvaient la France, pciersiNHirg. l'Angleterre et l'Autriche à l'égard des coutn -[iK iiosiliuiis Eusses, lorsque ces contre-propositions arrivèrent à Vienne. 11 convient maintenant de dire quelques mots du court séjour que fit H. de Seebach à Saint-Péteisbouig.
La Nom elh Gautte de Pru$$e fut un des premiers journaux qui iiisiiuièrent que M. de Seebach avait été cli.ugc la France de porter des propositions àSaint-Pétersbotu-g. J'ai déjà
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dit ailleuTS que ce bruit n*avait aucune espèce de fondemeot et que ridée de ce voyage n'avait été inspirée à M. de Seebach
que par sa connaissance des dispositions pacifiques des Emv»> reurs Najmlôon et Alexandre, cl [)ar IVsjKtu (pic si présence à Saint-Pétersbourg pourrait être utile à la paix. On croira facilement que le diplomate Saxon n'avait pas d'autre mission que celle qùMl s'était lui-même donnée, en se tap» pelant la r^gle de conduite des Puissances et leur discrétion à propos de Vultitnafum. On n'en fil pas iiioiii> nulle l ommentaires les plus invraisemblables et les plus impossibles sur le but de ce voyage et la part que, disaitHm, M. de Seebacli avait prise h la rédaction des contre-propositions Russes.
On prélendit aussi que la Hussie, déilinanl la « médialion » de rAulriche, — on sait que rintervention de l'Autriche n*était pas xme médiation et qu'il n'y avait pas de médiation possible en ce moment , — proposait celle de la Saxe, Le télégraphe se mil de la partie. 11 annonça d'abord que les ronlre-[)roiK>-.ilions de la Uussie étaient à peu près ideiiiKjues aux modilicalions qu'avait indiquées le Baron de Seebach; puis, que ce diplomate était autorisé par le Cabinet Busse à continuer les négociations à Paris. On voit que toutes ces prétendues nouvelles n'annonçaient pas, de la part de ceux qui les inventaient ou les propageaient, une connaissance bien approfondie de la situation. M. de Seebach n'avait pu intervenir à Saint-Pétersbourg que d'une manière officieuse, par la raison qu'il n'avait aucun pouvoir d'aucune des Puissances alliées, et il n'avait nullement été chargé par le &d)inet de Saint- Péter^lMiurp; de soutenir les contre-proposilions Russes à son retour à Paris, par l'excellent motif que Paris n'avait absolument rien à voir dans des contre-propositions, quelles qu'elles fussent. A son retour comme à son dépari, M. le Baron de Seebach n'avait eu aucune mission.
L'inteiventioii de M. de Seebach se i>oraa donc aux boiiS
oKkes d'un homme parfaitement éclairé sur l'état des choses et animé des meilleiues intentions.
M. de Seebach rapiK)rta à Paris la pensée que les contrepropositions envoyées h Vienne élaicnt le dernier mot des concessions de la Russie, et il n liés i tait pas à le dire. U se montra donc persuadé que tout espoir de voir les négociations aboutir à une solution lieureuse devait être abandonné, lorsqu'il sut que la réponse du Cabinet de Saint-Pétersbourg ii avail aucune chance d'être [)rise en considération, ni même d'être admise à la discussion par les Puissances. 11 devait être» comme tout le monde, et plus que tout le monde peut-être, surpris de la résolution déflnitive que le Cabinet Russe prenait un peu plus tard, au moment même où l'Europe entière regardait les propositions de PAutriche comme irrévocablement rejetées.
Berlin, qui ne nous avait guère envoyé jusqu'ici que des lc$ joamaax nouvelles anti-pacifiques, vit subitement le langage de ses '^'^'^^^ journaux se modifier. Tandis que la presse étrangère, discuiuui les cliances que les contre-propositions Russes avaient d'être exammées par les Puissances, concluait à la presque unanimité que tout espoir d'entente était h peu près perdu, le Tempê^ journal ministériel Prussien, exprimait au contraire le ferme espoir que l'Europe a était plus rapprochée de la i*aii qu'on ne le croyait de divers côtés. » Le développement de celte aïtirmation n'était, il est vrai, qu'un plaidoyer en faveur des contre-propositions,>ncore inconnues ; mais ce plaidoyer prouvait que la Prusse avait tm ardent désir de paix, et que, si eUe ne se sentait pas assez rassurée sur les conséquences de sa résolution ]vour faire <i( le d'initiative, eile ne demandait pas mieux que de suivre les événements.
Tandis que l'attention de l'Europe était absorbée i)ar les PvétMUant eiforts pacifiques de la diplomatie, des préparatifs formida- pojj^ces. bies se continuaient pour la cam{)agne possible de 1856. Nos soldats, victorieux eu Ciunûe, détruisaient pai la mine lesprin-
cîpaax établissements miliUiires de Sébastopol; TAngieterie poursuivait vigoureusement ses Gonstnictions maritimes gigantesques; des troupes fratdies s'embarquaient à Marseille
et à Toulctîi pour l'Orionl; une escadre d'avnnt-^.inle s'apprêtait à mettre à la voile pour la Baltique, et le jçraod Conseil de guerre dont j'ai déjà |)arlé se réunissait à Paris sous la présidence de FEmpereur. Jamais Toxiome : Si vis pncem^ para he(lum, n'avait été mieux pratiqué.
Ke Conseil La première séjmeo du Cotiseil eut le 10 janvier. Les membres, au nombre de di\-liuit, non compris TEmpereur, s'assemblèrent aux Tuileries. L'Autriche» n'étant pas Puissance belligérante, ne s'j trouvait pas représentée. La Turquie n'j avait pns non plus de représentant. D'après une nule publiée par le journal ofliciel, le Conseil n'était point cbargé d'arrêter le plan de la prochaine campagne, ni de délibérer sur les considérations politiques qui pourraient faire préférer un plan à un autre. Son objet était seulement d'éclairer les Gouvernements alliés sur les diverses combinaisons militaires qui pouvaif'nt être adoptées, de prévoir toutes ies éventualités el d'en régler les exigences. Formé, en grande partie, d'ofliciers expérimentés, qui, presque tous, avaient pris une glorieuse part aux opérations accomplies en Orient et dans la Baltique, le Conseil ne pouvait émettre que des avis mûrement réfléchis et (les propositions éminemment utiles pour le meilleur emploi des forces de terre et de mer que les Puissances occidentales tenaient en réserve.
Le grand Conseil de guerre était composé ainsi :
L'Empeiibur,
Le Prince Jérôme Napoléon, le Duc de Cambridge, le Prince Napoléon, Lord Gowl^, l'amiral Sir Ed. Lyons, l'amiral Dundas, le major général Sir Richard Ayrey, le major général Sir Harrj' Jones, le général Comte de La Marmora, le marécbal Vaillant, le Comte Walewski, le général Canrubert, le générai
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Bosquet» le général Niel , le général Martin^rey» l'amiral Bamélm, ramlial Jurien de La Gravière, l'aoïiral Pénaud.
Je n'ai rien à dire dos travaux de ce Conseil, qui no so réumt qu'uii pelil nombre de fois et dont les séances lurent subitement interrompiies par la résolution finale du Cabinet do Saint Pélersbourg. Je dois mentionner toutefois que la Russie
êTait eu, elle aussi, vers la même époque, son grand Conseil de guerre, où 1 on s'était principalomoiit occupé des questions relatives aux loi liticat ions des points stratégiques de l*Empire. Le 13» les Cîabinets de Paris et de Londres furent informés
* (le r9p|H.*i
par le télégraphe que TAutriche, persévérant jusqu'au bout moyé dans la résolution concertée avec ses alliés, venait de donner ^J^^^, avis au Prince Gnrtscli.ik"ir que le Coiule Rsterhnzy avail reru Furdre de quitter Saint-Pétersbourg le 18 et de ramener à Vienne le personnel de la légation autrichienne. Cette nouvelle, transmise le lendemain par la télégraphie privée, produisit une immense sensation et jeta une vive lumière sur la Situation. Aucun doute n'était plus possil»le sur la coopération entière et énergique de TAulridie. Sa poUtique était la nôtre; elle n'avait failli à aucun des engagements pris. Ce fait considérable qui semblait, de premier abord, devoir anéantir toute espérance de paix, fut apprécié par l'opinion publique d'une façon bien dilïérenle et qui l^uuia pleinement raison à la politique des alliés. On se demanda si cette pression vigoureuse de TAutricbe sur la Russie n'aurait pas pour effet de décider celle-ci è céder. La Bourse elle-même, si timorée et si pronqite à prendre peur, lit preuve, dans celle circonstance, d'intelligence et de prévision. Elle jugea que la resolution de FAutriche améliorait la situation au lieu de l'ag^aver» et elle fit de la hausse.
Les Puissances n'avaient donc qu'è s'applaudir delà fermeté de leur programme, puisque ce programme était universellementapprouvé^mème daiiâ ses dispositions les plus rigoureuses.
On se demanda, il est vrai , si le départ probable de la iégalioQ d* Autriche à Saint-Pétersboiug impliquait une rupture définitive, un refus absolu de poursuivre les négociations; et« sur ce point, Topinion qui parut prévidoîr un moment fut que, si les contre-propositions ne différaient pas irop de Vulfinta/nm^ comme du reste on 1 allirmail, il y aurai l lieu d'admettre de oouvelles explications ou négociations. Pour œui qui pensaleiit ainsi, l'Autriche ne rappellerait son aiabassade de Saint-Pélm> bourg que pour accomplir jusqu'au bout les engagements qu*elleavailpris envers la France et l'Anglelerre, et pour prou n er à la Hussie que la volonté des trois Puissances formait désormais un faisceau Indestructible ; mais cet acte significatif une fois accompli, rien n'empéclmit, disaient-ils, qu'on négodfti de nouveau, car on ne pouvait pas éterniser la guerre, et il faUaît bien qu'on s'enk udit un jour ou l'aulre : or pourquoi ne pas essayer de s'entendre tout de suite, si les dispositions de ia Russie étaient aussi bonnes qu'on le prétendait?
Ceux qui raisonnaient ainsi ne se rendaient pas suffisamment compte de la situation nouvelle qui devait nécessiiiremenl résulter du rap{)el de la légation d Auluche à Saint- Pétersbourg. Le rappel de la légation n'était pas encore la déclaration de guerre, mais c'était la rupture définitive des négociations diplomatiques entre les deux Puissances. L'Autriche se trouvait vis-à-vis delà Russie dans la même situation que la France, FAncrlolerre, la Sardaipne et la Turquie : eUe cessait d avoir un représentant à Saint-Pétersbouig, et l'Empereur de Hussie n'était pas non plus représenté chez elle. Gomment admettre, dès lors, la possibilité d'une discussion de propositions, quelles qu'elles fussent? La Russie et ses adversain's, y roiiipris l'Autriche, n'avaient plus aucune qualité m pour faire ni pour examiner des propositions. Le rappel du Comte Ësterhaay ne pouvait pas élie une simple mestm de forme; il entraînait bien réellement la rupture cmnpiète des négociations diplomatiques, c'est-à-dire qu'il créait une situa-
DU CONGRES DE l'AKlS Zr4
tîon tout à fâit ooii?elle. Cette siluatîoD, je le répète, n*implH quait pas une déclaration de guerre immédialp par rAulriclie h la Russie, mais elle asMir.iil loul au nmiris le concnars des armes de rAutriche au priniemps procliain , si d'ici là les Puissaiices n'avaient pas avisé aux moyens d'introduire de nouTeau entre elles, sons une forme encore indéfinie, l'élément diplonialique qui venait d'èlre exclu.
L'acte du Cabinet de Vienne, on le voit, avait une portée considérable, et rien ne ressemblait moins à une demi-mesure. La Russie ne fut pas longtemps à le comprendre, et nous ver* rons tout à l'heure que la Prusse le comprit aussi. La Russie était vaincue sur le terrain iiiAme où elle s'était placée. Ce qu'elle avait voulu éviter par-dessus tout, c'était précisément ce qui arrivait. Elle avait fait un surprenant effort d'inteUigence diplomatique pour empêcher le rappel du Comte Esterhazy, et le Comte allait partir. Elle avait voulu, à tout prix, même en accordant presque autant qu'on lui demandait, maintenir rAutriche entre elle et l'Occident, et TAutriche se liait indissolublemeut à la politique occidentale. Pour la Russie, c'était une grande bataille diplomatique perdue, et les résul* fats devaient en être incalculables si elle ne mettait pas à profit le peu de jours qui lui restaient pour se dé( ider. Elle le comprit, et elle ne chercha pas plus à défendre son terrain diplomatique, quand elle se vit forcée dans la position qu'elle y avait prise, que ses troupes n'avaient essayé de se maintenir dans Sébastopol après que Malakoff fut enlevé.
1^ dépêches qui avaient annoncé In résolulutii du Cabinet ucp^ciu-!;. de Vienne furent couiplélées le len<iemain par d'autres dépêches un peu moins laconiques. Quelques-unes donnaient ou pfétendaient donner déjà certaines indications sur la teneur des contre-pro[>ositions.
« M. le Cdiiite Buol, disnit une de ces dépêches, a rejeté les contre-propositions Russes sans même les discuter. » En même temps, on mandait de Vienne au Journal dê IMmde « que
^74 lUSTOmfi
les Puissances alliées déclaraient ioadmissîble tout change*
menl h hnir programme, el que, d'un aulre côté, aucune con^ cession m pouvant être espérée de la part de la Russie (c'était l'opinion qu'exprimait Y Indépendance Belgt dans sou auméio du 14 janvier), on considérait comme imminente la rui>tuie des relations diplomatiques entre la Russie et VAutriche. • Solon une troisii'me dépèclie, le Prince Gorbcliakoff faisait SCS prt'paratils pour quitter Vieuiie. On désignait le 18 janvier comme le jour fîié pour son départ. Néanmoins, le Prince attendait, disait-on, des ordres ultérieurs de Saint-Pétersbourg. EnGn, une autre dépêche affirmait que l'Empereur d'Autriche montrait beaucoup de fermeté et insistait pour l'ai ceplation sans condition des propositions portées parle U>Uile Valentio £sterliazj.
Les tmirt- Lcs coutre-proposîtions de la Russie étaient arrivées à i vl^Quer Vienne le 12 janvier, portées par un courrier de Cabinet. Le lendemain, à uiidi, le Prince Gortsoliakoff se rendit l\ la « hanceliene d'État pour remettre au Comte Buol la uole écrite contenant la réponse de la iiussie. Le même jour, à deux heures, le Comte Buol communiqua cette réponse au Baron de Bourquenej et à Sir Hamilton Seymour, ministres de Fkance et d'Angleterre à Vienne. Ceux-ci, d'accord avec le Comte Buol, décidèrent : l»* qu'il y avait lieu de ( <»ii>uller immédiatement leurs Gouvernements par le télé^rapbe; 2** qu*un courrier de Cabinet serait expédié le soir môme pour Paris el Londres, afm d*apporter aux deux Cours de France et d*An^ gleterre le texte même des contre-propositions de la Russie.
La Uussie n'acceptant point purement et siiofïlenient les propositions, les Cabinets de Paris et de Saint-James, qui n'avaient aucun motif pour revenir sur une décision longtemps réfléchie et irrévocable, et qui avaient déj à parié dans ce sens l(»rs de l'expédient imaginé par la Uussie, confirmèrent aussitôt leurs précédentes résolutions. En conséquence, ic Prince GorlschakoU fut informé par le Comte Buol que la lé^tion
DU CONGRÈS DE PAKIS Jl«
4rA«triGlie àSftml4*étefsbouig serait rappelée le I8,€ilailiiââie n*acceplaît pas les propositions avant cette époque, le Cabinet Impérial étant obligé d'attribuer à ces propositions le caractère d'un ultimatum et se voyant iiors d'étal d'y proposer ou d'y admettre des modifications.
Aucune équivoque n'était possible ; il fallait que le CabmeA de Saint-Pétersbourg acceptât purement et «imptement les propositions Autrichiennes, ou qu'il se résigni^t h voir partir le Comte Esterhazy, c'est-à-dire à la rup^re ooiiiplète des r.elations diplomatiques avec l'Autnclie.
Ea réalité, les contre-propositions Russes dlfféraienVelles f:^'«>^ti beaucoup de l'ultimatum Autricbien, et les dernières concessions que la Russie allait être obligée de faire pour écbapi>er au\ graves conséquences de celte ru|)luro <Jevaienl-cllcs caùr ter beaucoup à son amour-propre 7 Le lecteur en jugera luimême en comparant les contre-propositîoos au texte de Vultt^ maiUM que j'ai déjà donné.
La Russie adoptait la base des deuxième et quatrième points de garantie, el elle consentait à ce que les quatre points iuasent transformés en préliminaires de paix par la simple signature des parties contractantes.
£lle rejetait la rédaction de la seconde clause de la première proposition, relative à la rectiiicalion de sa fronti^^e par une cession de son territoire. Elle offrait d'accepter les lïontières naturelles du Danube.
La- troisième garantie,— la neutralisation de la mer Noire,^ était acceptée en principe par elle, sauf quelques modifications fie rédaction qui n'en altéraient pas les consé<iuences légales.
Kïï échange des places tories et des territoires orcnpés par les alliés, elle proposait de rendre Kars à la Turtpiic, ainsi que le territoire conquis par cAle en Asie pendant la dernière campagne.
Quant au cinquième itoint, relatif au droit que les Puissances belligérantes se réservaient de produire des conditions
particulières en sus des quatre garaaUes, clie le repoussait
sans V ricQ sub&Utuer.
Texte Yoici« au reste, le teite du document émané de la cbanoel- .nioili^. lerîe Riuae et adressé le 5 janvier par le Comte de Nesseirode
au Prince Gorlscliakoff :
« Dès son retour à baint-Pétersbourg, M. renvoyé d'Autriche s'est empressé de me communiquer la dépêche que M. le Comte Buol lui a adressée, en date du 4/16 décembre, et dont
j*ai l'honneur de joindre ci-après une copie. En s^acquitta&t de cotte coiiiFiiunicalion, M. le Comte Kslerliazy m'a remis, en même temps, un docunieal coulenant l'indication de quelques principes, qui, selon l'opinion du Cabinet de Vienne, acquerrait, par le fait de l'acceptation des Puissances béll^péimites, la valeur de préliminaires de paix et pourrait, une fois signé, être suivi d'un annislice et de négociations déliiiilives. Je n'ai pas manqué de ^umeltre ces pièces à Vlùiipereur, notre auguste maître.
» Sa Majesté Impériale s*est plu à les exasuner avec le désir le plus sincère de résoudre équitablement la question qui tient l'Rurope sous les armes, et de mettre fin au deuji qui la couvre. Elle iicsite d'autant moins à prêter la main aux eliorts que Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique veut vouer encore à l'muvie de ta paix, que tout récraiment, ne prenant conseil que des intérêts de ses peuples et de ses sentiments d'humanité, ellen'avait pas hésité d'aller spontaiiéiucut au-dcvaui «les vœux pacitiques de rKuroj>e. Kncouragé, comme le CalHIl^'( de Vienne, par des indices qt\e les négociations pouvaient être reprises sur la base des quatre points , tels qu'ils avaient été formulés dans les Conférences de Vienne, Sa Majesté TEmpereur avait adopté une résolution qu'il croyait [iropre à donner une solution nette à celui des quatre pumts qui avait amené la ru|»uii . (U s Conférences de Vienne. Par cette résolution, le Cabinet lm|)érial complétait les garanties nécessaires à une
paix durable et sérions^, cl rassurait entièrement l'Kuiope coolre le retour des déplorables complications actuelles.
» n avait donc lieu d*espérer que le Cabinet de Vienne, au<* quel on s'était empressé de la oonununiquer, en tiendrait compte pour simpliGer les questions préliminaires, destinées à précéder ia négociation délinilive. Col espoir ne s'est [)as eii- Uèrement réalisé. L'Empereur, notre auguste maître, Ta vu avec regret : cependant, il veut donner une nouvelle preuve de ses intentions pacifiques, en entrant dans les voies que le Cabinet Autrichien a cru devoir ouvrir pour une réconciliation.
w Après avoir mûrement |n'sé les communications (jui lui ont été faites et cherché à les accorder avec les nécessités de la situation du moment, le Cabinet Impérial s'empresse de faire connaître sa détermination à Votre Excellence, en l'invitant à la porter sans délai c^ la connaissance du Gouvernement Autrichien. Nous prions la Cour de Vienne de bien se convaincre que les considérations que nous allons développer sont inspirées par le désir sincère d'éviter les écueiis qui ont fait édiouer les dernières Conférences. Bien ne nous tient plus à cœur que de voir nos observations accueillies avec le même sentiriien} d'équité qui les a dictées, de concourir efticacemenl à nous l'aire atteindre le but désiré.
» Avant d'entrer dans Texamen des détails du travail du Cabinet de Vienne, nous avons deux observations générales k faire. L'une découle du contenu du cinquième point de ce iravnil. Kn en prenant lecture, nous nous sommes (lerii.iinlc si pour un principe aussi vaguement conçu et qui ouvre la porte à une négociation toute nouvelle, même alors qu'une entente complète aurait eu lieu sur les quatre points, l'espoir de la* paix pouvait se réaliser. M. le ministre des affaires étrangères est allé, il est vrai, au-devant de cette appréhension en disant dans sa dépêche « qu'il ne larderait pas à exprimer aux Cours > de Paris et de Londres la confiance qui l'anime, qu'elles n'u- «seront du droit de présenter éventuellement aux négociations
»des ciiiiiliti'Mis [larliculièie^ (juc dans un inlrn*^! Kuropéen el i» dans une uicbure telle à ne pas oiirir de sérieux oiislacies au » rétablissement de la paix. »
» Gependantt ces assiuaiioes sont elies-mêmes trop peu précises pour déimire notre objc clion; dans une situation aussi grave que celle où se» trouve I Kurope, les incerliludes quMnspire la réserve en (|uesliua ne sauraient avoir qu'une lailuence Iftciieuser en enlevant à des préliminaires même ao oeptés «H signés le caractère de stipulations définiUYes. Cest donc dans Tintérèt bien entendu de la paix que nous insistons p<»ur Trliminalion do la clause V ; el cela d'autaiil }>lus, (ju»' rinluicl Européen, qu elle semble avoir en vue, complique inutilemeni une question déjù si épineuse, et appartiendrait, du reste, par sa nature, à la décision non des parties seules engagées dans la lutte actuelle, mais à ceUe d'un Congrès Européen, seul arbitre des transactions existantes. Le Cabinet de Vienne saura, sans doute, appiccier ces considérations el les («ire valoir dans l'inlérél de la paii auprès des alliés. •
» La seconde objection générale que présente Fensemble du travail du Cabinet Autrichien, c*est que, contrairement à la pensée primitive qui avail prt'sidi au progranjnjo des </u<itre ])oints, el qui était d établir le svslème poliin^ue de l'Orient sur la base d'une parité parfaite entre les deux Puissances limitrophes, les principes posés par le Cabinet Autrichien ne demandent des garanties matérielles qu*à la Russie, sans en réclamer aucune de la Porte Oll<»mane. N'esl-il pas à cnniuiic qii't 11 iiniU4»i)anl ainsi les oblif;alions (pii incombent à Tune des parties» on crée, cootrairemenl au but qu'on se propose d^atteindre, des germes de complications futures? C'est une question que nous livrons aux méditations impartiales (lu Cabinet de Vienne el à sa longue expérience des af- Jaires d Orient,
»Du reste, en élevant cette objection générale contre la |)ensée qui domine le travail qui nous est présenté, nous ne nous
en prérandnms ni pour articuler une réserve ni pour éluder la discussion des détails. Nos déterminations sont prises. Nous
les consi^çnerons ki vu i xaiuuianl successivement les divers articles du travail Aulricliien.
» L'article l**' n'a élevé dans ses quatre premiers paragraphes aucune objection. Toutefois, le Cabinet [mpérial n'a pu adop* ter le cinquième paragraphe. Tout en admettant comme appli* cable à la situation afliielle des parties Iwlligérantes qne l'évacuation des places iorles el des territoires occupés par les coalisés sur le sol Russe peut se faire au moyen d'un écliange de territoires de la part de la Russie, nous ne saurions accepter le mode par lequel on nous propose de réaliser cet échange. La concession territoriale inij)()rtanto, r» i l.mu c sous la dénomination de redification de la /ronltère, nous parait d'autant
moins justifiée, que la Russie a entre ses mains un territoire et une forteresse conquis sur la Turquie, et qui par leur position et leur importance, sont faits pour servir d*objetsd*écbange.
En conséquenre, nous avons supprinir enti^reîll<•nt le paragraphe en question et y en avons substitué un autre, coii(;u dans le sens indiqué ci-dessus. Du reste, une entente finale sur cet objet pourrait être réservée aux Plénipotentiaires chargés de la négociation définitive.
» LedeuKU'me article, relatif au l)niiu(>e, n'a motivé aucune objection. Le Cabinet lni|>érial est prêt à concourir aux développements à donner aux principes qui j sont énoncés.
»Le deuxième article ne fait que reproduire dans le fond la proposition mise en avant par le Gabinët Impérial et que Votre Excellence avait été chargée de communiquer nu Gouvernement Autrichien. Nous l'adoptons et nous ( <»i)senlons h ce que la convention arrêtée à cet effet, entre la Russie et la Forte, soit préalablement agréée par les Puissances signataires. Pour le reste, nous n'avons introduit que deux variantes. L'une n'a d'autre but que de rendre la rédaction plus claire, afin d'éviter tout malentendu. L'autre n'ajoute qu'un moi.qui se rapporte
3eo . BiSToms
{dus spédalement aux moyens de survcillanœ qui nous sont indispensables sur les oôles orientales de la mer Noiie, afin
d'empêcher le commerce tles esclaves, que nous avons réussi à réprimer jusqu'à présent.
» Pour ce quî est du quatrième point, l'£mpereur n'aspire qu*au moment d*élever m commun, avec les autres Puissances Européennes, sa voii en faveur de ses coreligioiHiaÎTes et de s'associer aux délibérations qui <nu lieu pour ci>>urer aux sujets chrétiens du Sultan leurs droits religieux el politiques. Tel est, mon Prince, notre manière d'envisager le travail Autrichien.
» L'ensemble des considérations que nous avons développées diuiiiera, je n'en doute piis, la conviction (pic notre réponse, loin de ressembler à un refus, est un essai franc et sincère d'entrer dans la voie que l'Autriche croit ouverte au rétablissement de la paix. Bien plus, nous aimons à croire que, si nos dispositions pacifiques sont partagées par les coa* iisés, les variantes que nous avons introduites dans les idées émises par le Cabinet de Vienne contribueront esseulieilement À convertir son travail prépacatoiie en préliminaires de paix pratiques, sérieux et efficaces.
»Quoi qu'il advienne, le Gouvernement Impérial, après avoir ainsi consciencieusement rempli sa part de la lâche immense qui revient aux Puissances engagées dans la lullc, ne saurait voir retomber sur lui la responsabilité des conséquences graves qui résulteraient de Finsucoès de Tœuvre de la paix; il la repousse d'avance de toute l'énergie que donne la conscience de son droit. »
REDACTION RU^E. RÉDACTION AUTfilCHItNNË .
I. En échange des places fdi te- En échange des places furies et et tics territoii'es occupés par les lerritoriales occupées par les aranpées alliées^ la Russie consent mées alliées, la Russie consent
à restituer à la VurXc ottomane les ])laccs iortes et les territoires oc4. up<^s par ses armées en Asie.