S4 HISTOIRE
Werliier lit comprendre au Comte de Nosselnxle que son Gouvemement serait obligé de prendre une résolulioD pénible si 166 propositions n'étaient pas acceptées.
Cette adhésion de la Prusse vint si tard et fut tenue si se-> crête, que les autres Ktats de l'Allemagne n'eurent pas le temps de faire une manifestation semblable. La Saxe el la Bavière, entre autres, que nous avons vues si Cavorabies à la politique ooddentde, qui avaient élevé si haut, un moment, le ton de leurs représentations à la Russie, et qui , ensuite, avaient été paralysées dans leur élan j iar la Prusse elle-même, se trouvèrent, dans celle circonstance sulennelle, à leur insu et contre leur gré» distancées par elle.
M. de Hatzfeldt,. ministre de Prusse à Paris, apprit par le télégraphe, et pour ainsi dire en même temps que tout le monde, la résolution de son (Touvernement. Le temps avait manqué pour qu'un la lui amionçàt avant qu'elle fût un fait accompli.
Quoi qu'il en soit de Theure tardive à laquelle le GabîDel de Berlin avait cru devoir prendre un parti énergique, sa résolulion tut un acte considérable. L'Empereur Alexandre, qui a\ait jusqu'alors peut-être sacriiié ses proi>res tendances aux exigences du vieux parti Russe, représenté à la Cour par le Grand- Duc Ckmstantin, put se faire vis-à-vis de ce parti un argument sérieui et concluant de l'abandon de la Prusse : la Russie aUait être tout à faii isolée ; elle ne ])ouvait plus même compter sur la neutraiité de sa docile et titièle auiie des jours d'épreuve, qui passait, au moment décisif, du côté de Tennemi. Comment oser continuer la lutte dans des conditions aussi défavorables T
Ixi Russie ne le tenla pas.
Les Le lt> janvier, à deux heures de i après-midi, le Comte Es- Sml^ terhazy reçut du Comte de Nesselrode la notilication de Tacpar la Rniie. ceptatlon puro et simple des propositions Autrichiennes.
Ce jour-lè et une partie du jour suivant , celte décision fut
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teoue lout à fuit secrète ù Sainl-iHHersbourg. Aucun ministre étranger n'ea Ait inslniiu Des leUres, portant la date des 16 et 17, écrites par des personnes ordinairement tr^bien informées, s'exprimaient encore (ians le sens du refus.
Le Comte Estertia/v, après avoir coTifôré avor )f» ehancelier de Russie, lit connaître à son Gouvernement, par une dépèche chiffrée t la résolution inattendue de i'Ëmpereur. Le Comte Buol, de son e6té, s'empressa de prévenir les représentants (le la France et de l'Angleterre, qui transmirent aussitôt riniiMirlaiile aouvelle à leurs Cahiiiels respeclif^. ]j\ (lépôclie du Baron de Bourqueney, partie le 16 janvier, à onze lieures quinze minutes du soir, arriva presque aussitôt à Paris, et le lendemain, 17, eUe fut affichée à la Bourse, après avoir été communiquée par le ministre des affaires étrangères au ministre de l'iniérieur.
La dépêche était ainsi conçue :
« Le ministre de France (à Vienne] au ministre des affaires étrangères.
» Le Comte Ëslerhazy écrit aujourd'hui de Saint-Pélersbourg que M. de Nesselrode vient de lui notifier l'acceptation pure
et simple des propositions contenues dans Yuttimalum, lesquelles propositions devront servir de préliminaires de paix. »
Sir George Hamillon Seymour, ministre d'Angleterre à Vienne, avait avise son Gouvernement dans les termes suivants *
« Le CahiiH^l de Saint-Pétersbourg a accepté les propositions AulrLclùennes comme bases des négociations nouvelles à ouvrir. •
A PariSt on était loin de s'attendre à un pareil résultat, car LV(rtt|.roduii depuis quelques jours toutes les nouvelles apportées -par la ^ presse étrangère s'accordaient à présenter la Hussie comme
bien décidée à courir les chances d'uoe nouvelle campagne.
Aussi la nouvelle ))ioduisil-elle un ell'el imuiense. A la Bourse, elle fut saluée pat des vivai el par uue Iiausse considérable sur toutes les valeurs. Le trois pour cent monta de plus de quatre francs. De la Bouiset la nouvelle se répandit rapîdernent dans toute la capitale, en même temps que le télégraphe lit laisail connaître aux (léparlemenls. Parloul elle provo(|ua une joie extrême. Chacun y voyait le gage d'une paix prochaine. A l'étranger, l'effet ne fut pas moins grand. A Loodies» les ooDsolidés haussèrent de plus de trois pour eent dans une seule bourse. En Allemagne, un revirement complet s'opéra. Tous les KlaLs, même ceux dont l'appui avait i lé le plus incertain ou le plus douteux, s'allribu?Tent l'honneur d'avoir ct»ntiihué à l'iieureux événement. En Autriche, la joie fut universelle et la reconnaissanoe publique se reporta sur la pmonne du Souverain, qui fut Tobjet d*une ovation enthousiaste lorsqu'il montra le soir à l'Opéra.
La dcpéciie affichée à la Bourse, transmise dans toutes les directions, reproduite par tous les journaux et lue avec avidité par tout le monde, pouvait-elle être considérée comme le dernier root du débat? Non, la paix n'était pas faite, malgré les assertions un peu légères des enthousiastes; elle n'élnit mt^nie pas encore sûre. La Russie acceptait les propusilions comme bases de négociations :/ï'était un fait considérable sans doute et des plus heureux, une première étape veis la paix, mais ce n*était pas la paix. Il faudrait s'entendre sur le sens de chaque ]juint de jiarantie, eiitK r dans une discussion minutieuse, souvent délicate, quehiuelois brûlante. Il faudrait rédiger des protocoles, en [)eser tous les mots. Une difticulté sérieuse pouvait surgir, le débat pouvait s'envenimer et aboutir, comme aux Conférences de Vienne, à une rupture. Ces considérations, insv)irées par la froide raison, étaient dans l'esprit de tous les hommes d'expérience. Certaines péripéties des séances du Congrès prouvèrent, comme on le verra plus loin, que tout en se réjouissant de racceptatlon de VuUinmimi, 11 n'était m
pnulciil m -aj?e d'aliiinier que la pai\ pouvait être t taisidérée comme signée. U y eut telle séance du Congrès où l'on put considérer, «i contraire, les efforts tentés pour rassurer comme éiant sur le point d'échouer. Mais je ne veux pas anticiper sur les faits.
O qui était certain, c'est que Yullitnatum répondait A toutes les exigeures raisonnables et admissibles. De plus, il y avait lieu d'espérer qu'on ne ferait pas naître de nouyélles difficultés par des prétentions inattendues.
• Ces idées furent celles (^ue dévoloppcrenl avec conûance les Auiuide journaux de Paris. Tous, — >aiil le Sièch, qui ne paraissait pas ^ i**""*"*» couiplé'tement satisfait du programme pacifique,— > s'attachèrent à démontrer que la paix pouvait se faire honorablement pour tout le monde sur les bases indiquées.
A rélrari'^er on fut moins o[>tinusle, et la presse Anglaise uolauHuent (il quelques efforts pour accréditer l'opinion que la cinquième clause était une jwrte ouverte à tles conditions trèsséf ères pour la Russie et dont il n'avait pas été question jusqu'alors. Ces faux bruits jetèrent quelque hésitation dans les esprits. Les conditions particulières suus-enleiulues par celte ciuquiènie clause, conditions que j'ai déjà précisi o, n'étaient nullement connues, et les Gouvernements alliés ne pouvaient pas les livrer à la publicité en ce moment. La plupart des journaux se bornèrent donc à faire observer que les nouvelles exigenc/'s do[it on })arlail constitueraient, en réalité, un second ultimatum, cl que, i)ar conséquent, le bruit dont elles étaient le prétexte ne pouvait avoir rien de sérieux. Malgré ces explications, assurément très-concluantes et dont l'origine pouvait être devinée par tous les yeux im peu expérimentés, l'obscurité de l'article prêta pendant plusieurs jours jà des connuentaires de toute sorte auxquels la presse entière prit part.
Au milieu de ce débat, un numéro du Journal de Saint-- u Pétenbourg arriva à Paris» annonçant et commentant dans les
tenues suivaDts l'acoeptation des proponltons de i'Autriclie par la Russie. Cette appréciatioo, évidemmeDi inspiiée, sÙHm formulée, par M. leGomte de Nessdrode lui-même, a trop d*im-
pnrt.iiK f ]Mmr que je ne la donne pas iri. Ce n'e^l pas vine îles pièces les moins intéressantes de ce grand et douloureux piocès:
« L'opinion publique en Europe, disait le Journal de Saùu-- Péieribourg ^ , s*est vivement émue è la nouveUe que des propositions de paix, eoncerlées entre les Puissances cnalisee:3 et l'Autriche, avaient été transmises à Samt-Pétersbouiig par riiitermédiaire du Cabinet de Vienne.
» Déjà le Gabioel Impérial avait, de son côté, fait un promier pas dans^ cette voie de conciliation en indiquant par une dépêche du 11/22 décenjbre, pul)li 'i dans tous les joumaui étrangers, les sacrifices qu'il était dj:>posé à faire eu vue du rétablissement de la paix.
» Cette double démarche prouvait de part et d*autre le désir de profiter de la trêve forcée imposée par la mauvaise saison aux upérulions militaires, pour répont Ir*' aux vn ux unanimes qui se manifestent partout en faveur d'une prompte pacification.
n Dans la dépêche citée ci-dessus, le Gouvernement Impé*
rial avait pris pour bases les quatre points de garantie admis par ies CoiiliTences de Vienne, el avait proposé à Végard du troisième point, qui seul avait amené la rupture de ces Conférences, une solution qui différait, par la forme plutèt que par le fond, de celle mise en avant è cette époque par les Puissances coalisées.
» Les proposiluMis Uaiksmises aujourd'hui [Kir le liouvcmement Autrichien partent du même principe fondamental, c'estàriiire la neutralisation de la mer Noire au moyen d'un traité
< Numéro du janvier.
nu CONGRÈS DE l'AlVIS 389
direct eotre la Russie et la Porte, pour régler d*im c<»imun aooord le nombre des l)Atimeiits de guerre que diaeune des Paissances nveraînes se réserve d'entretenir pour la sécuritc^
de ses côles. Elles ne diffèrent sensiblement de celles contenues dans la dépécUe du 11/22 décembre que par ia rectifi» catioD proposée de la frontière entre la Moldavie et la Bessaralne, en échange des points occupés par Tennemi sur le territoire Russe.
ï> Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ces propositions réunissaient, mieux que cdies du Gouveroemenl ln)[térial, les conditions nécessaires pour assurer le repos de TOrient et la sécurité de l'Europe, n suffit de constater que» en définitive, ' «m accord se trouvait établi de dit sur plusieurs des bases
ioiidariMMilales de la paix.
» Eii présence de cet accord, en présence des vœux manifestés par l'Europe entière, en face d'une coalition qui tendait à prendre de plus grandes proportions, et des sacrifices que la prolongation de la guerre impose à la Russie, le Gouverneiin'ul Inip* l iai a a pas cru devoir ajourner par des discussions accessoires une œuvre dont le succès repoudrait à ses vœux les plus chers.
• 8 vient, en conséquence, de donn^ son adhésion aux propositions transmises par le Gouvernement Autrichien comme projet de préliminaires pour des négociations de paix.
B Par son attitude énergique en présence d'une coalition formidable, la Russie a donné la mesure des sacrilices qu'elle esl prête à faire pour défendre son honneur et sa dignité; par cet acte de modération, le Gouvernement Impérial donne en même temps une nouvelle preuve de sou sincère désir d'arrêter l'effusion du sang, de faire cesser une lutte douloureuse pour la dvUisation et l'humanité; de rendre k la Russie, à l'Europe, les bienfaits de la paix.
» 11 est en (taoît d'attendre que Topinion de tous les pays cîvilisés lui eu tienne compte. »
m HISTOIRE
Motirs Les termes de eel article» évidemmeiit lédigé en vue des
laRiUsîr^ exigences iotérieures beaucoup plus que pour Vétranger, V^lx*^ élaieul IVirl habiles. Le Gouvernemenl ne niauiiuaÉi [»as de rappeler sa dépèclie-circulaire de décembre et dévoilait aio^ la pensée secrète qui avait inspiré ce docuoieiil. L'acceptation des quatre points de garantie n^avait rien d'humiliant pour ta Russie» puisque ette-même les avait pris pour base des i.(»Lui liions de paix. En TémméjVultn/uKatn np différait sensiblement de la circulaire Husse que sur un ^eiil point. Fallaii-il pour si peu de jchose essayer de tenir tète à une coalition formidable et de plus en plus menaçante? Le Gzar ne l'avait |)as pensé et il le disait ftanchement à ses peuples. En ( >ei»ce de l'accord îles Puissances et des vn iix de l Europe entière^ il avait cru devoir céder. .le viens de dire que cet article était habile, j'aurais dû, peut-être, me servir d'un autre mot : il était vrai.
1 était vrai, mais il ne disait pas toute la vérité. La Russie avait tu eeiité tes itn>[H*sihons de l'Autriche au moiuciii même où l'Europe entière les considérait conune irrévocablement lejjetées, parce que les pertes considérables qu'elle avait éprouvées ne lui laissaient que peu d'espoir pour une can)|)agne nouvelle. l'Ille ne pouvait attendre dos circonstances aut une amélioration à sa position. Elle était isolée el se voyait meua- €ée par ses plus proches voisins. £Ue se montrait donc disposée à signer la paii, parce que la guerre, dans les conditions q]ue lui foisaît l'Europe, ne paraissait lui réserver que des
chances funestes. Le Journal de Saint-Pétersbourg ne tenait pas ce langage et il lie pouvait pas le tenir, parce qu'il est des aveux ([u'ua Souverain ne lait jamais pukdiquement à la nation qu'il gouverne ; mais aucun homme politique ou simplement raisonnable et un peu au courant des faits ne se méprit» en Europe, sur le cAté posilif ot froideineiii « nié de la resolution de la Cour de Hussie. Les explications du Journal de Saini'Fétenbourg produisirent, du reste, dans r£mpire, l'e((el
DU CONGRÈS DE PARIS m
qu'on en tvail attendu : elles justifièrent la résolution du Gzar, fortifièrent les aspirations vers la paix et fermèrent la bouche
aux \\\m mécontents qui, en présence d*un parti pris, crurent qu'il était prudenl désormais de s'abstenir*
L'Empereur Alexandre II, il faut lui rendre cette justice H«iiie nisMi bien méritée, avait continué aussi longtemps qu'il l'avait pu , p„,jireur la politiquo ] M'ritleuse de son prédécesseur ; mais ce tribut une Alexandre, fois payé h la uiénioire d'un p^ro, veXle satisfaction une fois donnée à la dernière idée d'un règne tini et aux preiiuéies exigences d'un règne nouveau, le jeune Souverain, plus libre et plus éclairé, ne devait- il pas chercher à utiliser au profit de ses peuples et de hii-roéme les cruelles leçons de l'expérionre? L*Eriif)ereur Alexandre jugea mAn^mont la situation, et i)t'u>imt que le moment était venu pour la Russie de mettre un ternie à ses immenses sacrifices, il se montra loyal et résolu dans le règlement des préliminaires de paix comme il s'était montré énergique dans la conduite de la guerre.
Le Cabinet de Vieimo fiensanl qucTIieure était propice pour essayer de rattacher la Prusse à ses propres vues, le Comte '^'^^j^côliîT* Buol adressa la dépêche suivante au Comte G. Esterhazy, mi- ^iiterhazy. nistre plénipotentiaire d'Autriche à Berlin :
« Par sa décision imporlanle «pie le Comte de Nesschode a communiquée le 16 du courant au Comte B, Esterhazy, et que le Prince Gorischakoff a portée à ma connaissance par la copie d-joînte, le Cabinet Impérial Russe a fait disparaître les dernif rt s tiUïérenccs <pii exist.nenl entre les bases de nos préliminaires de paix et les olïres laites par lui.
» Nous sommes donc aujourd'hui en position d'annoncer aux Cabinets de Paris et de Londres l'acquiescement de la Russie aux conditions dont nous vous avons fait part; nous les invitons en même temp«î h nous mettre à même de faire savoir d'une manière ollicieUe à la Cour Impériale de Russie que, pour leur port, ils approuvent lesdites conditions.
m HISTOIRE
» Afin donc de iiàter autant que possible la marciie de rowvie de paix si beuieusement commencée, nous invitons les susdits Cabinets à nous communiquer sans letaid leur
opinion sur la manière dont les préitminaires devront être sigiK's et sur les conditions d'un armistice; après quoi on fiassera h l'ouverture des nt^ociations de la paix.
» Un courrier parti hier au matin de bonne heure porte h Paris et à Londres nos ouvertures sur. le sujet dont je viens de vous entretenir,
» Fi<IMo aux sentiments que j'ai exprimés au ( tlnnci de Manteulfel, nous espérons que la Prusse prendra aux négociations qui vont s'ouvrir la part à laquelle elle a droit par sapo* sition et par les efforts qu'elle a laits dans Tintérêt de la paix. Nous apprécions Tappui chaleureux que le Comte Rsterhazy a trouvé dans son co!lî»pue Prussien, ot nous rr^mlot^s loute justice aux efforts que Sa Majesté le Hoi et son Cabinet ont lails pour exercer, dans le moment décisif, leur influence sur la sage résolution de la Russie.
» Nous avons jx'nsé, de notre côté, devoir charjçer M. de Hubner et le Comte Colloredo de proposer aux l^uissances alliées d'adresser à la Prusse une invitation d'assister aux Conférences. Nous appuierons chaudement cette proposition à Paris et è Londres, et nous comptons d'autant plus la voir accepter, ijue les Puissances cx)nliaclaiiles doivent désirer donner à l'œuvre de la pa( ilicalion un cachet solide et durable. Nous ne pouvons néaomoins garantir d'une manière positive, d'après certains indices qui nous parvienmmt, que les Gouvernements de France et d'Angleterre partageront facilement notre manière de voir h cet égard.
» Il serait peut-être nécessaire que la Cour de Berlin fortifiât encore davantage les motifs d'une pareille démarche, en déclarant immédiatement sa résolution de s'engager à accepter, aux mêmes conditions que tes autres Puissances, le programme approuvé par elles sous uu autre rapport, La posiliou
DU CONGKLS DE PAfUS 393
actuelle des cboces nous semble confirmer les inieniions de la Prusse à oet égard. 11 nous fMoratt con^eiiable que, dès que
nous serons en pbssession de la déclaration écrite du Cal)inet Uu^>î>e, [inus adressions h ia DiMc (irnnaniqup, sur 1 is>ut' de la questioD, une comuiunicalioa ayant |iuur objet de coostaier l'aiihiésion de la Confédération aux bases sur lesquelles sont établies les négociations de paix.
» Nous nous réservons de communiquer au Cabinet du Roi, avant de passer outre, l'ouverlure que nous a\uiis autorisé le Comte de Uûbner h faire. Mais nous es^iérons néanmoins que cette démarche servira à faire voir que TAutricbe, la Prusse et la Confédération s'entendent complètement sur les bases ac^ceptées.
» J'ai riiouneur de prier Votre Excellence de vouloir bien communiquer la présente note au Baron de Manteuffel. »
J*auTaî bientôt Foccasion de dire quelles impressions produisirent tes ouvertures et dans quels termes M. de Manteuffel y répondit au nom de sou Gouvernement.
£n attendant, laissons un instant la question diplomatique pour piller en quelques mots de deux (aits intéressants qui s'étaient passés à Paris dans la première quinzaine du mois, c'est-5-dire avant l'acceptation de XuHimutum, et qui se rattachent à la partie militaire de ce travail. Je veux parler duretour à Pans des 39« et 50» régiments de ligne» rappelés de Griméet et de la distribution des médailles envoyées par Sa Majesté la Reine Victoria aux troupes Françaises qui avaient
coiniiallu eu Urieul.
Les deux régiments que je viens d'mdiquer firent leur en- RcioAr trée dans Paris le 9 janvier, au milieu d'une foule considéra- Ue. Toutes les maisons^ depuis la place de la Bastille jusqu'aux ^^g^J|*^ Tuileries, par les boulevards, étaient pavoisées. Les arcs de triomphe élevés pour la solennité miiilaire du 29 décemi>re avaient été conservés, ainsi que les diverses décora-
tions qui oroaient les théâtres et les établissemenis fniblics. Gomme à la précédente solennité du même genre, la popula-
tion lit LM later sa sympathie el manifesta son émMion par les plus cliauili^. acclamations. Des bouquets et des rr>ur(jûDes étaient jetés des fenêtres aux soldats, qui eu oruâieiK leurs aigles et leurs fusils. A une heure, ces braves troupes étaient passées en revue par TEmpereur dans la cour des Tuitams* tandis que Sa Majeslé T Impératrice, placée sur le balcon du pavillon de l'Horloge, agilail suu mouchoir et suivait avec une émotion visible les détails de cette lète attendrissante, u siiibin Le même jour on reçut à Paris la nouvelle que H. de Thou-
venel, notre ministre en Turquie, avait remis au Sultan, graad cordon 29 décembre, au nom de l'Empereur des Français, les insignes d'booiicur. de la lA^gion d'honneur. L'acceptation pai" le Sultan d'un ordre étranger avait toute la portée d'un acte politique^ car Téti^ quette Turque s*était jusqu'alors opposée à oe que Sa M^esté n Mit aucune décoration. Les correspondances de Ck>nstantinopie donnèrent de longs détails sur cette cérémonie, qui fut un véritable événement pour les Turcs et à laquelle présida une grande pompe.
Distribaiion La secoudo soleunité militaire, la distribution de la mé- *^iu>^bi^"' daille Anglaise aux troupes d'Orient, eut Ueu le 15. Les
èiosironpei. quatre régiments d'infanterie, l'artillerie et les n^ïimenls de la garde revenus de Crunée luienl d'abord passés en revue sur la place du Carrousel et dans la cour des Tuileries par l'Empereur, accompagné du Duc de Cambridge. Le brave général de La Marmora, ainsi que plusieurs officiers supériettis An§^, en ce moment à Paris pour les séances du Conseil de guerre, se faisaient rentar(|uer dans le brillant état-major qui entourait l'Empereur. Après la revue et au moment du défilé, généraïux, officiels et soldats attachaient sur leur poitrine la médaille commémorative offerte par la Beine d'Angleterre. L'impératrice assista à celte cérémonie militaire, comme elle avait as>ist<5 à celle du 9, du iiaut du balcon de la salle des Alarécbaui. Le
DU CONGRÈS m PARIS 393
défilé eut li u aux cris répétéfi'de Vir^ VEmpernirl rire T/mpérairice i vive la Heine (f Angleterre t La population de Paris
mèia S6S acdamatioiis à celles des troupes. Le soir» il y eut fête à ramtMâsade d'Angletem. L'Empereur y vint, aînsi que l'Im-
péralrice, malgré son élat de grossesse avancée.
.1 .il <\ijh dit que le GouverneDienl Français avait laissé aux Tome iiiM^ié journaux, depuis l'envoi des propositions à Saint-Pétersbouig, ;,,I^'''jo'^^^,aux toute latitude de discussion. Cette liberté ne fut point restreinte FoiKai»* lonque arriva lanouvdieque la Russie répondaitpar des contrepropositions, et elle se continua depuis racreptalion de VullinuUum jusiiu'à l'ouverture du Congrès. Le Gou\ernement avait à cœur de prouver qu'il ne voulait en rien, dans e«s circonstances graves, influencer Topinion, et s'il lui arrivait de faire des communications à la presse, ce n'était jamais que pour porter à la connaissance du publie quelque fait intéressant que le» journaux, livrés à leurs seuls renseignements, n'eussent pas connu ou n'eussent appris que beaucoup plus tard. Qu'on ne se méprenne pas sur ces mots de liberté laissée h la presse. Us ne Tentent pas dire que l'aulorité supérieure l'eût jamais, en aucune eirconslain (% entravée par ses injonctions. De p in illes entraves n'auraient pu être ap^wlées que par une censure, et, contiaiiement à ce que pensent beaucoup de gens naïfe ou peu an courant des lois sur la matière, H n'y a pas de censure des joumauK. 11 y a simplement examen aprèi et non pas omm^ia publiralion. J'ai donc seulement voulu dire que le Gonvnrnement avait fait savoir aux journaux, jusqu'alors maintenus, par leur propre expérience des choses, dans une grande ré-^ eerve, qu'il ne voyait nul inconvénient à ce que les opinions les plus différentes se fissent jour sur l'objet en litige et même sur les iiiuveiis employés par la diplomatie jxjui v mettre un tenue. Cet avis, tout officieux et bienveillant, encouragea les filumes les plus timides, et il suffit de jeter les yeux sur la collection des journaux de cette époque pour voir que, sauf les formes irritantes et les personnalités, qui ne sont jamais bonnes
m HISTOIRE
à riei), un poussa raremenl plus loin le droit d exprimer sa pensée*
Aupoinloù je suis arrivé de mon récit, je trouve les iéuilles Parisiennes et avec elles celles des départements, occupées à
discuter déjà les articles de Vulfunatum, à peser les probabililcs de la paix, à interroger surtout les mvsteres de ce cinquième article que plusieurs Journaux Anglais s'obslinaieni à nous montrer comme un point noir à l'horizon* On se demandait aussi quelle serait la ville choisie pour le lieu des Conférences. — Le mol lie Congrès n'élaii |uis encore officiellement prononcé. — On i)arlail de Yieuue, de Dresde, de Brunelies, de Londres et de Paris. Mais une même pensée se faisail déjà jour à la fois dans tous les pays : c*est à Paris que devait ètie le siège des négociations; c*est k la France que revenait rhoaneur de réunir les Plénipotentiaires des Puissances; c'est à son intlucnce qu'il convenait de remettre la direction de leurs travaux. L'Autriche avait eu sa large part dans Thistoire des négociations diplomatiques, en 1854 d'abord, et ensuite depuis les Conférences du mois de mars 1855 jusqu'à la remise de \ uitunaium; niais, l)ien «|u'eile ciu exercé une action incontestable sur les déterminations que le Cabinet de Saint-Pétersbouig venait de piendre, elle n'avait pas pris part à la guerre, elle était Puissance alliée et non Puissance belîigéFanto, die ne pouvait donc pas prétendre diriger plus longtemps des négociations qui allaient s'ouvrir en vue de lai»aix. L'Autriclie, du reste» je dois rendre cette justice à la loyauté et à la haute raison de son Gouvernement, n'avait pas attendu que ÏMimaêmm fût accepté pour s'exprimer dans ce sens. En réalité, U ne fut donc pas question un instant, ailleurs que dans les joumaui, de chuisir Vienne pour le lieu des Couléiences.
Lespublicistes qui se prononçaient pour Dresde ou Bruxelles, en alléguant les avantages que présentait une ville neutre, ne tenaient pas compte de certaines difficultés matérielles et <le convenances diplomaliques qui rendaient leur idée peu pra-
ticable, el» dans tous les cas, le^oix d'une YiUe neutre ne pou- Tait avoir Ueu qu'autant qu'il eût été demandé par une des
Puissances engagées, circonstance qui ne se présenta pas. Restaient donc Londres et Paris.
L*Angleierret contrairement a ce qu'on avait prétendu un Viins instant, ne se montra nullement jalouse du sentiment général ^J^^!^ qui indiquait dairement Paris au choix des Puissances. Pous- ^""^ sant même la courtoisie et les bons procédés jii>(iu7i l'abnégation, elle prit l'initiative ofticielle delà proposition, en reconnaissant spontanément a que la capitale de la France était désignée par la situaticm eUe^éme. » La Russie ayant exprimé presque nmidtanément une opinion semblable, et TAu* triche s'associant aussi h cette preuve de confiance et de parfaite entente, Paris fut décidément ciioisi pour le lieu des futures négodatioDS.
Le protocole suivant fut signé à Vienne le 1^'février , à midi, au ministère impérial et royal des affaires élrang^res , sans • avoir soulevé aucune objection qui mente d'être mentionnée :
Protocole,'^ « Présents, les représentants d'Autriche, de . , France, de drande-Brelagne, do Russie et de Turquie. En cou- vieime. séquence de l'adoption par leurs Cours respectives des cinq propositions contenues dans le document ci-joint, sous le titre de Frojet de prélimnairei^ les soussignés, après l'avoir parafé conformément à l'autorisation reçue pareu\ h cet effet, sont convenus que chacun de leurs Gouvernements nommerait des Plénipotentiaires pourvus des pleins pouvoirs nécessaires pour procéder à la signature des préliminaires de paix en due forme et conclure un armistice et un traité de paix définitif. Lesdits Plénipotentiaires devront se réunir à i'aris dans trois semâmes, à compter d'aujourd iiui, ou plus tùt, si faire se peut.
9 Fait à Vienne, en quintuple expédition, le février 1856.
« Ont signé ; Bi'OL-SciiAi ENSïKiy , oe Boiiioi e>kv,
G. H. SETMOUR, (ioaTSCUAKOFF,iUSAM*Ji
Le lexto de VuUimatum élait joint à cette pièee. Les Puissanoes intéressées fuient infonnées aussitôt par le télégraphe que le protocole constatant Tadhésion des Goûts ronlraclanles venait (i'Airo signe. En conséquence, le Moniteur publia la note suivaule :
Nott^ (( La Russie a adhéré aux dnq propositions devani servir lu jfcMiiitfiir préliminaires de paix qui ont été présentées à son acceppNMOMie. i^ii^n p„ TAutridie, avec rassentiment de la France el de r Angleterre.
» Cette adiicsion, sans réserves, a été formulée dans une note adressée par Jf. U Cmnée de Nei$elrêde, ehmi€eHer de Ruiiie^ à H. le Comte fisterfaazy, ministre d'Autriche à Saint*
Pélershourg, el dans un© dépêche communiquée à M. te Comte Buol par M. le Prince Goi Im hiikolf , ministre (ie Hii>sie à Vienne. En conséquence, le Gouvernement Russe a proposé la signature d'un protocole à Vienne, pour constater Tadhésion des Cours contractantes aux propositions destinées à servir de bases à la négociation, et pour établir que des Plénipotentiaires auront à se réuiiir à Paris dans trois semaines ^ou plus tôt, si faire se peut), dans le but de procéder successivement : à la signature des préliminaires, à la conclusion d'un armistice et à l'ouverture de la négociation générale.
» Le Goiivernemenl Brilanni<iuc avait déjà exprimé Ir désir que les Coulerences fussent tenues à Paris, et le Gouvernement Autrichien ayant, de son côté, accédé avec empressement à cette désignation, c'est dans la capitale de l'Empire que se réuniront les Plénipotentiaires appelés à délibérer sur les conditions de la paix..
» Le protocole constatant Tacceptation de toutes les parties a été signé à Vienne, aujourd'hui, à midi, et il a été arrêté que les Plénipotentiaires des Puissances devant prendre part à la négociation seront rendus à Paris avant le 80 février. »
Cette note paml au Moniteur du 2 février, telle (pie je viens de la donner, moins les mots en italique. Ces omissious, ré-
DU COiNGRLS UË PAUlS 39^
sultant probableiDeiit d*un déiaut d*allention du copiste qui avait écrit la noie sur laquelle se Irouvail le bon à publier de la luain même del'Empeieui, liir» ut, le lendemain, Tobjet d'une recùûcaUoQ au journal oûkieL
On se demanda si la Prusse serait admise aux Gonfélences, et sur oe point eoem les opinions étaient fort llf^'^pt^" divisées. Le champ était ouvert, du reste, à igus les ( oïLimcntain's , car en réalité les Gouvernenieuls alliés n'avaient pris encore aucune décision à cet égard. Ce qui est œrlain, c*est que la Prusse manifestait un vif désir de rentrer dans le concert Européen. M. de Manteoffel, dans ses conversations avec le ministre de France h Berlin, M. de Ilatzfeldl, ministre de Prusse à Paris, ne manquaient pas d'insister vivement sur l'action favorable que la Prusse avait exercée à Saint- Péteisbouig au moment décisif. Malfaeureusement, il était difficile, sinon impossible, d'oublier du jour au lendemain le rôle que la Prusse s'était vuloiiiam ment créé. Klle avait eu parfois, en diverses circonstances, des lueurs de bon vouloir, mais en somme, elle s'était isolée jusqu'au dernier moment. EUe n^avait pas signé les Noies de Vienne* elle n^avait pris aucune part aux transactions ni aux délibérations entre la France, l'Angleterre et l'Autriche; enfin, elle n'avait usé de sa part d'inûuence au sein de la Confédération Germanique que pour paralyser les efforts du Cabinet de Vienne.
En ce moment même, la Prusse cherchait encore à se retrancher derrière une politique dont les obscurités n'avaient rien d'encourageant pour les Puissances alliées. Le 26 janvier, M. de Manteuffely répondant aui ouvertures faites récemment à la Prusse par le Cabinet de Vienne, écrivait au Comte d'Amim :
« Votre Excelloni e ^all déje'i, par n>es eoniinunicalions tr*lé- ue^Ue graphiques, avec quelle joie Sa Majesté le Hoi a appris la non- * * féUe de Tacoeptation des préliminaires de paix que nous a
traDSQUse le Baron de Werther, la 16 jaovier dernier, ainsi que Tordre qui a été donné par nolie auguste maître d'adresser à 8a Majesté l'Empereur François-Joseph «les félin la lions sincères pour ce grand pas fait vers le prucliain rétal»ii:>semeul d'une paix bienfaisante.
» Nous savons apprécier d^ineinent la manière amicale avee laqudle le Comte de Buol s*est eiprimé dernièrement h Véfïard «le l'envoyé Prussien h Saint- Pétershoint;, <]ui, par son alliluile, avait puissamment appuyé sou collègue d'Autriche. Aussi bien dans le cas présent que pendant tout le cours du conflit oriental* Sa Majesté le Roi n*a jamais perdu.de vue les intérêts plus ou moins directs de l'Europe, et Ton peut élie certain «jue tôt ou tard on appréciera avec miparUaiilc ia pi>sition de la Prusse.
» Les démarches de l'Aulriche tendent à constater l'entente officielle des Cabinets de Paris et de Londres sur les prdUminaires acceptés par la Russie; nous les accompagnons de nos désirs les plus siiu t rès et nous souhaitons qu'elles soient couronnées d'un prompt succès. D'après tout ce que J'ai dit aux représentants de ces Cabinets» et d'après le langage tenu par ceux de Sa Majesté, tant à Londres qu'à Paris, ils ne peuvent avoir aucun doute à ce sujet. U découle déjà du seul fêit d'avoir ronlribiié , par rintervenlion du Haron Werther, à l'acceptation par le Caiiinet de Hussie des prcUminaires de paiXt que nous n'hésiterons pas à nous dédarer piéts à la signature de ces préliminaires, si les autres Puissances nous in* vitent à prendre part à la détermination en commun de la hase devant servir à la t oik hision de la paix. Par là nous ferions mieui voir que, quoique nous n'ayons pas contribué à la rédaction des détails de ce document, nous sommes néan* moins résolus de l'adopter comme point de départ de notre future politique, et nous ferons tous nos efforts pour que rette entente no soit plus trouhli r» ,^ l'avenir. 11 nous est onpo&>ible de faire à ce sujet une cummuuicalion pairticuiière
DU C0NGUI):S DE PÂHiS 401
aux Cabinets de Paris et de Londres, attendu que ces Cabinets n'ont pas encore offieièllement reconnu les préliminaires acceptés par la Russie; rtîla ne répoiulrait pas à luilre position; nous devons même éviler ies apparences de vouloir nous immiscer dans des négociations qui ju8qu*à ce jour nous ont été tenues secrètes; nous prouverions par là que nous ne savons pas estimer h sa valeur notre posttbn comme Puissance Allemande et Europtîcnne, ce qui certes n'entre pas dans les idées de Sa Majesté le Roi ni dans celles de son Gouvememeni, Nous attendons avec le plus vif intérêt la communication que TAutriche doit fàire à la Diète, et nous esfiérons avec le ministre Autrtchion qu'elle servira k constater Tunité de la Confédéralit Ml dans la grande question politique du moment et les devoirs qui eu découleront pour elle.
» Votre Ëxceilenoe voudra bien conununiquer cette note à M. le Comte de Buol, en le remerciant des communications Autnchienoes. »
Tout ce qui résultait de plus clair de ces phrases peu iatel- M>ntr ligibles et gênées» c'est que la Prusse souhaitait vivement A*mfm une place aux Conférences, mais qu'elle se refusait "^ 'r
encore aux sollicitations pressantes de rAutriche. Son admis- invrax hion soulevait Uonc des répugnances Irop légiliiiies pour (\u\m n*en tint pas compte et qu'on s*empressAt de irandier la question selon ses désirs, sans s*être préalablement concerté. Au reste, la présence de la Prusse ne devait être d'aucune utilité pour les premiers travaux du Congrès. Nulle raison cuneiuanle ne militait en faveur de son admission iiniTié> diate, tandis qu'on en pouvait donner beau roui) ^'^ li*^ sérieuses pour son exclusion définitive. Plusieurs journaux Anglais se montrèrent particulièrement hostiles à Tidée de riiUroductioii de la Prusse, et le Morning-Post se distingua par son acharnement et son iulempérauce de langage dans Te^reavon de son opinion. U ne voulait, à aucun prix, en-
tendre parier de la Prusse, et il déclarait <t fornieUemeot» que cette Puissance ne serait jamais admise aux €k>n£éreiiees. C'était, du reste, il (àut le dire ici, TopinioD toute personneUe
lie cet organe violent et vindicatif. Comme le Moming-Post^ qui recevait des communications de Lord Palnierslon, passait en même temps, bien à tort assurément, pour être « le journal de l'ambassade de France & Londres, » on voulut Toir, à Paris, dans les artides dont je parle, la preuve que le Cabinet Anglais était absolument opposé à l'admission de la Prusse, taudis qu à Beriiu la malveillance clierciiait à insinuer que rinfluence Française n'éuil pas étrangère à ces attaques, qui ne craignaient pas de remonter jusqu'à la personne du Roi Frédérie-Goillaume lui-même. Est-Û besoin de dire qneVune et l'auiif do ( «s interprclations étaient purement Lîratuut s? Le Gouvernement Français regrettait ces violences dans un journal de l'importance du Moming-Poit^ et le Gouvernement Anglais, parfaitement d'accord avec nous sur cette question de l'introduction de la Prusse au Congrès comme sur toutes les autres, les rep-ott ut uksI.
Ottveruire L'ouverlurc du Parlement Anglais avait été iixée au 31 janpJcLiit ^ circonstances donnaient une importance toute particulière à cette solennité. Une circulaire de Lord Paimersliin, adressée aux membres de la Chambre des Communes, les pressait de no pa<^ manquer d'y assisl»*r, a dos affaires i\'une liaule importance devant être soiunises sans délai à la législature. » Au jour indiqué, la Reine prononça le discours suivant :
« Mylords et Messieurs,
» Depuis la clôture de la dernière session du Parlement, les armées des alliés ont obtenu un succès signalé et important :
Sébastopol, le grand rempart de la Russie dans la mer Nuire, a cédé devant la constance persévérante cl la bravoure intré-
Diseours delà RdM.
1)1 CONCiHÉS Dt l'AUlS 403
pide des forces alliées, ies prépamiifs maritiiDes et militaires pour rannée pioehaîiie oui Décesaaiiement occupé ma sérieuse aftenllon.
» Mais, tout en t-laul l>ien décidée h ne néfrliger aucun effort qui fût de nature h donner de la vigueur nu\ opérations de la guerre, j*ai jugé de mou devoir de ne décliner aucune ouverture qui pourrait raisonnablement offrir une chance d'une paix sûre et honorable.
» Eu conséquence, lorsijue l'Rmpereur d'Autrirhe m'a récpTninent offert, ainsi qu'à mon i igusle allié TEmpereut des Français, d'employer ses bons ofiices auprès de l'Ëmpereur de Rosaîe pour tâcher d'amener un arrangement amiable des questions en litige entre les parties conlcndantes, j'ai, de concert avec mésalliés, c<tiisenli à aicepter l'offre ainsi faite, et j'ai la satisfaction de ^ ous annoncer qu'où s'est arrêté à cer* taines conditions qui, je l'espère, pourront servir de base à un traité général de paix,
}) Des négociations relatives i\ ce traité s'ouvriront Mentôt h Paris. Dans la direction de ces négociations, j'aurai soin de ne pas perdre de vue les objets pour lesquels la guerre a été eutrepiîse, et il me paraîtra juste de ne diminuer en rien mes préimratils maritimes et militaires, jusqu'à ce qu'un traité de paix sati-^faisaiit ail été conclu.
h Bien que la guerre dans laquelle je me trouve engagée ail été amenée par des événements survenus dans le midi de rfiuiope, mon attention n'a pas été entièrement distraite de la situation des affaires dans le nord ; et, conjointement avec l'Empereur (IcsFrancais, j ai conclu avec le Koi de Suède et de Norwége un traité contenant des engagements délmilils, applicables à sa souveraineté et qui tendent à maintenir l'équilibre du pouvoir dans cette partie de l'Ëurope. J'ai également condu un traité d'amitié, de commerce et de navigation avec la républicjue du Cliili. J'ai donné ordre que ces traités soient mis sous vos yeux.
j» Messieurs de la Chambie des Goimnimes,
» Le budget de Taonée procliaino vous sera communiqué. Vous le trouverez élaboré de manière à pourvoir aux exigences de la guerre, si malheureusement la paix n'est point
conclue.
9 Mylords et Messieurs,
» 11 m'est doux de reniar((uer que, malgn* les iimu\ de la guerre, les charges et les sacritices qu'elle a iné% itableip«it imposés à mon peuple, les ressources de mon empke demeurent intactes.
» Je comple avec confiance sur le inAle courage el le patriotisme éclairé de mes fidèles sujets [mur la roiUumalion de l'appui qu'ils m'ont si noblement accordé, et ils peuvent être assurés que je ne leur demanderai pas de sacrifices au delà de ce qui peut être exigé par un légitime respect pour les grands intérêts, riionneur et la dignilé de l'Europe.
«Je prie avec ferveur que la divine Providence ré[)ande ses bénédictions sur vos conseils, et les seconde dans l'accomplissement du grand objet de mon incessante sollicitude : le bien* être et le bonheur de mon peuple. »
Déint» Selon l'usage, les débats s'engagèrent aussitôt dans les deux (£bÎ!i«i. Chambres sur la rédaction de l'adresse en réponse au discours royal. A la Chambre des Lords, le Comte Derby reprodia à ce discours de n'avoir indiqué aucune des mesures que le Gouvernement se proposciil de souiiicUre à Tattenlif m du pays. « Quant aux témoignages de reconnaissance envers nos alliés, dit-il, je n'ai jamais encore entendu parler en termes aussi peu expressils d'une pareille constance, d'aussi héroïques efforts et de résultats tels que peu de personnes auraient osé les espérer. Si ou eût laissé parler le cœur de Sa Miyeslé, jamais
DU CONGIŒS DE PARIS 40a
eHe n'eût exprioié sa gralitude en termes aussi froids et aussi peu obUgeants. Bien qu*il me reste de la défiance relativement
à l'eniiroil d'où sonl parties les propositions de paix, je ne puis blâmer le Gouvernement d'admettre ces propositions. On trouve deux graves omissions dans le discours du Trône, La Sardaigne, notre éneigique aUiëe, est complètement oubliée. Quant à la Turquie, il n'en est pas fait mention non plus. Quelques paroles de sympailiie pour chacune de ces Puissances eussent été non-seulement obligeantes, mais n'auraient pu que les encourager. »
Lord Glarendon, répondant à Lord Derfoj, déclara que le Gouvernement de Sa Majesté Britannique n'avait jamais eu de répugnance à i a 1er l'oreille à des ouvertures de paix, et qu'il était toujours animé du vif désir de mettre lin à la guerre d'une manière satisfaisante. « U ne convenait certainement pas à la France, ajouta-t-il, de faire aucune ouverture quelconque, et nous pouvons, je crois, comprendre, j'ai presque dit respecter, les motifs qui ont porté la Russie à ne nous pas faire d'ouvertures. Mais l'Autriche était en position de proposer ses bons offices, et le moment qu'elle a choisi pour cela était excellent, celui où l'approche de l'hiver nécessitait la cessation de^ lio>tilités. Ce n'était pas, néanmoins, une médiation qu'offrait l'Autriche. Elle offrait siini>kiiienl de bien s'assurer des conditions auxquelles les alliés consentiraient h la paix, et de les faire connaître à Saint-Pétersbourg. Je dois rendre au Gouvernement Autrichien la justice de dire que, tout d'abord, il a reconnu la nécessité qu W y avait à ce que les conditions fussent claires et précises, alin d'écarter, autant que possible, la chance de tout malentendu, et, en évitant les malentendus et les complications qui avaient surgi Tannée dernière, de donner aux négociations une heureuse issue. »
A la Cliand)re des ( ioininunes, la discussion de l'adresse ne pr^nta i)as moins d'uUérét. M. d'iMatli engncen la Cliaiubre à surveiller les ministres, et annonça qu'il demanderait plus
tard des ëdâircissemeiits sur la reddition de Mm. « i*ai Tes- • poir, dil-ilt que la Chambre des Gommuiies se numlim lé-
senrée, mais prudente et ferme, et que, tout en érîtant d'entraver la marche du lumislère appelé à suivre des négodaljons si difticUes, elle surveillera cependant tous ses actes avec une vigilance eitrème. 11 résultera quelques airantages de ce que le Parlement soit en session : c*est que la lumière se fera. On a dit que la guerre serait continuée pour donner un nouveau lustre aux armes de FAngleterrc. L*éclat des armes de l'ADgleterre n'ayant pas été terni, n'aurait, je pense, nul besoin de ce nouveau lustre. Les hommes qui ont essayé de jouer avec la susceptibilité des sentiments du peuple par une pareille asseï^ tion ont monlits i)ar leurs propres arguments, quelle valeur ils allachaienl h la puiss;in( e el aux ressources de l'Angleterre. Je m'associe cordialement aux éloges qu'on a donnés au courage et à la constance déployés dans le siège de SébastopoL Hais il y a un autre siège dans lequel on n*a pas montré moins de courage et de constance, bien que co courage et celte constance n'aient pas eu le môme succès. Je ne veux pas de* mander au Gouvernement des exfdications sur le mystère de la chute de Kars; mais j'espère que les ministres oompreodroot que ces explications leur seront demandées en temps convenable. »
Lord Palmerston, dans sa réponse, conmiença par déclarer que le Gouvernement n'avait jamais eu l'intention de demander un igournement du Parlement. Quant à la question de paix, comme les négociations étaient pendantes, il n'était pas
conforme à rinl< l èl public qu'il donnât des explicaliuus bur ce sujet, mais il les donnerait aussitôt qu'il le pourrait sans inconvénient pour la chose publique* « Si» dit le ministre, les conditions proposées sont telles qu'elles remplissent pleinement les objets de la guerre, nous manquerions à notre devoir si nous les rejetions pour la chance d'obtenu des succès plus grands dans une autre campagne, ^lous savons que les re&»
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sources de renoemî dirainuaieiit chaque jour, tand» que nos ressources et nos iiioviTis étaient en accroîsscmenl ; niais nous avons pensé que nous ne devions pas rejeter les cooilitions qui noua étaient olferlas, uidqiiMmeDt pour obtenir ultérioiMeiiieiit de plus grands soocès. Je pense que le pays approuvera oetle nlani^re de voir. Si nous réussissons à établir une paix satisfaisante et sûre, il nous sera donné de recueillir fmii> de nos elforts et de nos sacrifices, bi un ivl résultat n'est pas Meîniy il n> aura pas, du moiiis, de la faute de ceux qui ont dirigé les négociations. >
Quant à la capitulation de Kars, elle n'avait été, dit le ministre, accompagnée de rien qui ressemblât à une défaite : « Ce sont les vainqueurs qui ont été pris, non pas faute de courage et d'babilelé, mais faute des ressources nécessaires pour permettre à une irflle de soutenir un siège. » Lord Palmerston termina ce premier discours en annonçant que le budget pour le service public serait préparé sur le pied de guerre; mais que le Gouvernement ne demanderait que des crédits partiels, dans l'eapéiance que la paix pourrait éire conclue avant qu'il fallût demander d'autres crédits.
La diambre parut satisfaite des paroles de Lord Palmerston, et elle accueillit par des applaudissements l'assurance qu'il donna que le Gouvernement ne désertait aucun principe. Toutefois, M, Roebuck demanda pourquoi la Chambre continuerait à siéger si elle ne devait pas être libre d'exprimer son opinion sur la marche des négociations. L'orateur déclara n'avoir nulle cuiiliance dans le ministère, et il se crut fondé à dire que, si la paix était conclue aux conditions que Ton connaisBait, la Russie serait à Gonstantinople avant dix ans. Sir de Lacy Evans, de son c6té, exprima la pensée que TAn^eterre aurait pu obtenir de meilleures conditions. Enfin, nu autre membre demanda à Lord Palmerston quelle conduite il se proposait de teniràrégard de la représentation nationale pendant le cours des négociations. Déposerait-il chaque jour sur le bu--
reau les comptes rendus des négociations» ou bien pieodrait il en main sous sa responsabilité immédiate la directloii de ces
négociations ?
Lord Palmerslon répliqua qu'il n'avait pas entendu un seul instant rejeter sut la Gbainbre la responsabilité qui appartenait naturellement aux ministres de la Reine. « Je répète, dil-il, que je me suis borné à dire que ce serah un grand aTanlaf^
pour le ministère, s'il avait besoin de l'appui du ParlenRiii, de pouvoir Tobtenir sur-^le-cbamp , si le Parlement l'en jugeait digne* »
Quant aux négociations. Lord €3arendon en fit ainsi le rapide historique à la Chambre des Lords.
a La }>remière proposilioa de l'Autriche était de communiquer les conditions à la Russie, sous sa propre responsabilité ; mais nous avons dit qu'il était inutile que TAutriche les envoyât à Saint-Pétersbourg sans la sanction des alliés.
» L'Autriche est devenue partie aux conditions dont il s'agit ; elle s'en est rendue ros|K)nsable, et elle a pris l'engagement de rompre ses relations diplomatiques avec la Russie dans le cas où les conditions seraient rejetées, et de se concerter avec les alliés sur les moyens de contraindre la Russie. Ces conditioiis ont été envoyées par le ministre Autrichien h Saint-Pétersbourg; il devait demander une réponse catégorique : oui ou non,
» n était simplement porteur d'une dépêche, il lui était în* terdit d*en discuter le contenu; et il ne devait, à aucun titre
quelconque, admettre ni modifications ni contre-propositions, quelles qu'elles lussent.
»La réponse de la Russie fut transmiso directement à Vienne, elle n'était pas sous la forme exigée par l'Autriche, et eUe contenait quelques modifications très-importantes. En conséquence, le Gouvernenienl Autrichien fil savoir au minislro Kusse à Vienne, (ju'à moins qu'une réponse catégorique ne fût reçue dans un délai déterminé, le ministre Aulii-
chien, ayec la légation entière à Samt-PéteiBbourg, quitterait
cette capitale, et qu'il serait expédié des passe-ports à la légation Russe h Vieone. Le Prince Gui l>( liakoff (n\ domia aussilùt avisa son Gouvernement, et sur-le-cbamp une acceptation pure et simple fut tiansmise à Vienne pat le téUp'apki^ Les dépêches qui la contenaient sont arrivées à Tienne le 24. Lasubstance a été communiquée au Gouvernement de Sa Majesté, et le f»lan qu'on [iropose d'adopter est celui-ci, à savoir : que les représentants des alliés à Vienne adhéreront aux conditions qui ont été acceptées par la Russie ; qu*il sera conclu un armis* tice, et que les clauses du traité seront alors déterminées. Bien qu'à présent je ne m'étende ])as davantage sur les conditions ou la durée de l'armistice, et qu'il ne me semble pas à propos de le discuter en ce moment, je dois néanmoins saisir Toccasion de dire que je conviens parfaitement qu'il doit être de la plus courte durée possible. »
Cet exposé de YvXHii de la question terminé, Lord Clarendon convint que le résultat attendu était 1 objet de beaucoup de doutes et d'une grande anxiété, a il est impossible» dit-il, de nier qu'on doute de la sincérité avec laquelle la Bussie peut avoir accei>té les conditions. L'empressement même qu'elle a montré à les acc( pt^^r n .in<:nienté ce doute ; et la manière dont elle s'est conduite i année (icrnière, après avoir accepté purement et simplement les conditions alors proposées, a fortifié les soupçons.
» Tout ce que nous pouvons espérer, c'est que la Russie soit sincère, et, pour ma part, je pense que l'Empereur de Russie a fait preuve d'un grand courage moral en acceptant sur-lechamp des conditions qu'il a tout lieu de croire être fort désa^préablesau parti de la guerre en Russie. J'espère qu'il continuera de montrer le même courage moral, et que, sans i:lierclier d^ déloui>. et des subterfuges, il s'en tiendra ^ rt'>[iril de ces conditions. S'il agit ainsi, nous avons, je crois, la perspective d'obtenir ce qui a été constamment le but de la guwre,
HlSTOiaE
une paix sûre 61 honorable. Par une paiihonorabley j'entaids me paix honorable pour toutes les parties ; car une paix qui
serai l honteuse pour la Russie ne serait pas une paix sûre. Pour moi, je pense que la Russie a accepté des conditions qui ne lui imprimeront pas de flétrissures ; elle doit saroir que b politique agressive qui lui a été imputée est la cause de Pataime et de l'irritation de l'Europe, et qu'on y résistera. Cesl sous ce rapport (ju'elle a été requise de donner et qu'elle a et>nsenti à donner des garanties pour le maintien de l'^mpiie Ottoman.
» Hylords, notre sincérité dans ces négociations est aussi révoquée en doute. Vos Seigneuries savent probablement que,
mr le continent de riÀin)})e, on nous accuse de iii.iin jui»r de sincérité en acceptant ces ( uiuiiUniis. On a dit (pie nous nous proposions de continuer la guerre, simplement parce qu'il nous faut plus longtemps la guerre, non pour un but défini, mais dans la prévision qu'une nouveOe cam(>agne nous dotera d'une gloire militaire qui sera une compensa lion de nos sacrifices. Si je mentionne ces rumeurs, c'est parce qu'elles imt été largement répandues et accréditées, et aussi parce que je désire, au nom du Gouvernement de la Reine, leur donner le plus éclatant démenti.
» Bien qu(; nous connaissions Vesprit qui anime lanati(»n. l>icn que l'on puisse regretter que les énormes préparalits ([ue nous avons faits (préparatifs sans exemple jusqu'ici dans nos annales] ne soient pas utilisés, et qu'ils ne servent pas i rehausser encore le renom militaire et maritime de l'Angleterre, je nedouic i)as que le nombre des personnes qui ont ajouté foi à ces bruits ne diminue rapidemeul, alors qu'on verra que, nonobstant tous nos efforts et tous nos sacrifices, nous demeurons fidèles aux conditions par nous précédera* ment acceptées.
» Mais si l'on tentait de nous frustrer des conditions que nous sommes en droit de demander et que nous avons déjà
DL CONGUÉS DE PAIUS 411
adoptées, oh i alors, je crois que le peuple An^is se lèverait eoflune un seul faomaie; il ne trouverait pas de sacrifices trop grands pour continuer la guerre, et nous pourrions compter
sur des * nmliiions liien différentes de celles que le Cou vernefflent de la Eeioe a acceptées et auxquelles il demeure fidèle.
» U est une autre considération qui m'a engagé à relever ces rumeurs, et j'espère qu'il n'y a pas de présomption de ma part h en parler, attendu qu'elle est d'une nature toute personnelle. La Reine a daigne vouloir que je me rendi«ise à Paris en qualité de négociateur en son mm. Bien que j'eusse désiré décliner un tel honneur, je crois devoir obéir auL ordres de Sa Majesté et mettre à sa disposition toute l'eipérience qu'il a pu m'étre donné d'arquérir dans les questions qui se sont préalabieuienl discutées.
» Agissant au nom de mon Gouvernement, j'aborderai les n^odations avec un désir sincère de la paix; et ce sera avec un regret bien senti que je devrai m© retirer, quand ma conviction sera que la paix est impossible «^ des condi lions compati i)les avec riionneur et la dignité de mon pays»
» Mylords, je crois pouvoir proclamer ici, sans manquer en rien à la réserve officielle, que les sentiments du Gouvernement de la Reine sont complètement partagés par l'Empereur des Français. J'espt ro qu'il n'y a pas de i)résomption de ma part à déclarer que le jugement, la fermeté, la modération et la conduite droite et honorable du Gouvernement de l'Empereur des Français dans ces affaires sont au-dessus de tout éloge.
» L'En)p( reur des Français désire la paix, mais il no fera pas de paix (\m ne soit compatiMo avec la dignité el ! hcniu'ur de la France. Comme le Gouvernement de la Heine, il veut que les préparatife maritimes et militaires continuent avec une activité non interrompue ; il veut enfin que les deux pays se trouvent complétemenl prAts h la guerre d^s le jour même oii il sera compris que les néf5oeialions pour la pai\ <m[ échoué. »
Ces franches explications, qui ne permettaient plus à per-
sonne de supposer une arrière-pensée au Cabinet Anglais et qui prouvaieDt que l'entoole la plus pariaile régnait entre les deux Cours de Londres et de Paris, fiueut très-lsTorableineiil aA- Gueillies. En France el en Allemagne, Timpression causée par ces lu \ oies (ici laralions fut aussi très-vive. Elles coufiaient court à une foule de suppositions, indiquaient nettement la marche que le Gouvernement Britannique se proposait de suivre dans les délibérations^ rassuraient les amis de la paix sans blesser aucune susceptibilité légitime, et jetaient enfin assez de lumière sur le rôle de l'Angleterre dans les précédentes négociations jusqu'à ce moment, pour que ciiacun fûtbieo convaincu que, si cette Puissance avait pu, sur quelques points de peu d'importance, différer d'opinion avec ses alliés, elle n'avait jamais cessé d'tMre avec eux dans les questions fondamentales el de ( oiidujte générale.
Le Parlement Anglais, satisfait des éclaircissements qu'il avait reçus, s*«youma sans fiier une date à sa prochaine réa« nion.
Pieuièreiiiie Le 5 février, le mot de Oaigi t s a étail pas encore i rouuncé
des
Fiénii otcQ. officiellement, mais il était dans toutes les bouclies. Ce jour-là, le Mmiiewr publia une première liste des Plénipotentiaires appelés, disait le Journal ofUciel, « à prendre part aux négocia^ iùm$. »
Les Plénipotentiaires nommés étaient :
Pour la Ftance,
M. le Comte Colonna Walywski, ministre des affaires étrangères de l'Eiiipereur, et M. le Baron de Bourqueney, son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Vienne;
Pour l'Aulndie,
M. le Comte de BuolHSciiauenstein, ministre des affaires étrangères de l'Empereur d'Autriche, et M. le Baron de Hûb-
ner, son envoyé extraordinaire el ministre plénipotentiaire à Paris;
Pour la Gunde-Bretagoe,
M. le CkMDie de Gtarendon, principal secrétaire d'Étal de Sa Majesté Britannique au départemenl des affaires étrangères, el Lord Gowley, ambassadeur d'Angleterre à Paris;
Pour la Russie,
M. le Comte Odoff , membre du Conseil de l'Empire et aide de camp général de l'Empereur de Russie, et M. le Baron de
Brunnow, son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près la Confédération Germanique ;
Pour la Sardaigue,
M. le Chevalier Massimo d'Azeg^Ot sénateur du Royaume de Saidaigue;
Pour la Turquie,
Aàli-Paclia, grand yem de Sa Majesté le Sultan, et Meliem-
med-Ujemil-Rey, suu auiba^sadeur à i'ans,
La publication de celte liste mil un terme à divers bruits. D'abord, on en inféra généralement que la Prusse était définîtîvement exclue des Conférences. E&suite, il ne fut plus que»-
lion [ilusieufs mnm mis en av,ml et soutenus avec ténacité par les faiseurs de nouvelles, qui avaient prcteadu, entre au^ très choses peu croyables, que MM. de Nesselrode et de Titoff viendraient représenter la Russie à Paris. Enfin, on remarqua que la Sardaigne n'avait qu'un seul Plénipotentiaire.
Ceiie liste, quoique publiée par le MonUeur, ne fut pas la liste déOnitive. Quatre jours après, le journal olliciel lui-môme la rectida et la comfdéta dans les termes suivants :
« M. le Chevalier Massimo d*AzegUo avait été désigné d*abord usanbîinie. par le Gouvernement Piémonlais pour prendre part aux négo- '*««*»^**"' cialions qui vont s'ouvrir à Paris. Nous apprenons aujourd'hui que ce sont détinitivement M. le Comte de Gavour, président du Conseil des ministres de Sa M^esté Sarde, et
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M. le Marquis de Villamarina, son envoyé exlraordinaire et vtniitre pléoipoleiitiaiTe à Paiis, qui ont été lUNiifliés Plénipotentiaires de Sardaigne au Gongite de Paris. »
î.e mot (le Congres était prononcé pour la première fois par le journal du Gouvonioment.
Partir ipatiM Malgré cette double nomination, qui mettait la Sardaigne gjj^^ sur le pied des autres Puissances quant à la rqfirésentation, la part que le GouTemement de Turin devait prendre aux délibérations qui allaient s'ouvrir rosta incertaine pendant yAnsieurs jours. La question était assez délicate. La Sardaigne étant une Puissance de second ordre, sa participation à tous les travaux du Congrès pouvait être considérée comme une infraction aux principes consacrés par les précédents diplomatie ques, ot présonU'i des lucunvéïiienls sérieux. 11 fut d'«)l)ord question de n'admettre ses représentants qu*à la (iremière séance, pour signerles préliminaires, — ^la marche des travaux du Congrès n*était pas encore définitivement arrêtée,— et à la dernière, pour signer le protocole définitif. Sardaigne réclama vivcmont contre cette idée, pai la bnuclie du général de La Marnioi i, qui se trouvait encore h Paris, par son Plénipotentiaire ordinaire, le Marquis de Yillamarina, et, plus tard, par le Comte de Cavour. Elle rappela les sacrifices qu'eOe avait faits; elle parla de son sang versé cl de son argent dépensé. Ces raisons devaient naturellement rencontrer de vives svmpalhies en France et en Angleterre. Le Gouvernement Anglais surtout secondait de tous ses efforts le désir du Cabinet de Turin. Malheureusement, les motifs ([ui recommandaient particulièrement la Sardaif^ne au libéralisme con-liîiilionneî Anglais soulevaient en Russie et en Autriche de vives répugnances.
Le Gouvernement Français, qui ne ressentait ni l'enlhoustasme des uns ni l'éloignement des autres, s'efforçait de
concilier les choses en proposant do faire 5 la S ir iaismo une position honorable dans le Congrès, et qui ne pût pas cepen-
DU CONGiiÈS DE PAHiS 415
dant blesser» certaînes susceptibililée et certaines règles dont il iaSIàii tenir compte* H avait regretté la retraite de M. d*Aie-
giio, et il en avait été surpris, car M. d'Azeglio n'avait pu ignorer, lorsqu'il avait accepté de venir représenter la Sardaigne, la situation faite à cette Puissance par les dzconstances» M* d'Azeglio n'en avait pas moins donné pour motif de sa retraite une prétendue réduction d'attributions et de droits. On doit i)icn penser, cependaul, que la position do la Sardaigne n était pas une question née des derniers événements; eDe avait éveillé l'attention des Puissances du jour même où le Roi Yictoi^Emmanuel était entré dans l'alliance, et cette position avait été fixée en principe dans l'année précédente. BIM. de Cavour et de Villamarina substitués à M. d'Azeglio, on se retrouvait en présence de la situation que celui-ci avait abandonnée. La Sardaigne ne pouvait pas prétendre aux mêmes attributions et aui mêmes droits qu'une Puissance de premier ordre. Assurément, elle avait fait beaucoup plus que la Prusse, et rependant elle ne pml^.iit [)ns remplacer aiiv Conférences une Puissance comme la Prusse. Son admission au Congrès, avec des attributions en tous points s^onblables à celles des autres Puissances, pouvait être invoquée plus tard . et devenir un précédent dangereux. U\ Sardaigne, introduite au Congn^s soi' le même pied que la France, l'Angleterre, TAutricbe et la Russie, ouvrait la porte aux prétentions futures de tous les États, sans distinction aucune', et substituait la force du nombre aui principes admis jusqu'à ce jour et solennellement consacrés. Ces considérations, très-sérieuses, empêchaient, jusqu'à un certain point, qu'on reconnût autant qu'on l'eût voulu les sacrifices accomplis par la Sardaigne. Les nouveaiix Plénipotentiaires Sardes parurent comprendre ce que leur position avait de délicat, et ils se montrèrent assez disposes à ne prendre part qu'à la discussion des points qui intéressaient directement leur pays. Ce qu'ils re- • poussaient, c'était une admission sous des restrictions qui eus-
416 nigfOIRE
âeot élé ofkiâelieQieiU annoncées. Il ne s'agissait donc plus que d'une question de forme, et dès lois on devait arriver à s'entendre promptement. Des réserres consenties veriMiement
mais non formulées, soit dans un protocole, soit dans une note au Moniteur, avaient le double avantage de conserver intacts les principes diplomatiques admis par Tusage et de ne pas blesser» cependant, les susceptibilités bien naturelles et très-respectables d'une nation alliée qui, sous le rapport de la résolution et des nobles sentiments, n'avait rien à envier aux Puissances de premier ordre. Il fut dnn( convenu que la position de la Sardaigne au Congrès serait celle des autres Puissances, sauf les réserves que MM. de Gavour et de Villamarina croiraient devoir s'imposer dans le cours des délibéfations et dont on les laissait juges.
La difGculté ne pouvait pas (^tre trancbée plus honorablement pour tout le monde. En ce qui concerne la France^il était bon qu'on ne pût pas lui reprocber d'avoir méconnu des services réels. On avait objecté les précédents, et les précédents étaient >.iufs. On avait invoqué le droit public, mais le droit pul)li(' n'est pas immuable; li est, au contraire, de sa nature, essentieliement modifiable ; il suit le mouvement de la civili* sation; il varie selon les époques et les circonstances* Cest pour cela qu'il n'est écrit nulle part. Quelle plus belle ocGasion pouvait-on avoir, je ne dis pas d'inaugurer un droit public nouveau, mais de faire passer dans le droit politique le principe étemel, si humain et si équitable, de la reconnaissance des services rendus?
La Dièifi Tandis que la question de l'admission de la Prusse aux Gonférences semblait résolue dans un sens négatif p^r la publieation au Moniteur delà liste des Plénipotentiaires, et que la participation de la Sardaigne était discutée et réglée comme je viens de le dire, une autre question de même nature se pré* sentait ; la Diète Germanique serait-elle directement représentée au Cuugiès? Au moment même où TAulriche envovait
DL COiNUKES PARIS 417 '
les proposâtioas à Saînt-Péteisbouig, tile informait les Pois-
sances de l'intention qu'elle avait , pour le cas où ces propositions ne soraipnt pas ar* cjïtées, de les coimiminquer h la Diète, dans le but d'en obtenir, au besoin, le concours armé des Étals de la Ganfédération. La Biisaie ayant accepté purement et simplement rtf/lwialiMi, il s'agissait maintenant bien moins d'un vote belliqueux que d'un appui moral. L api»n>priation des propositions par la Diète n'impliquait nullement, du reste, contrairement à ce que prétendaient plusieurs journaui, la nomination d'un niprésentant spécial pour la Ctonfédération Germanique.
L< ijuestion avait été un iiisUml agitée, il est vrai; mais la représentation directe de la Confédération toucbait à des prétentions personnelles si délicates, et d'un autre o6lé, elle oCfhut si peu de garanties aux Puissances alliées, que l'idée en fut écartée presque aussitôt, malgré Tinsistance de quelques Étals et pai iiculièrement de !a Saxe. La communication de rAulriclie, coiiii)attue dans quelques-unes de ses dispositions par la Prusse, qui se montrait, même en présence de la confiance universelle, toujours très^irrésolue sur le chapitre des engagements à prendre, subit des modifications qui en réduinirent consiciérablement la portée. M^me au point salisl'aisaul où en étaient les choses, une démonstration tonnelle et sans réserve de la part de l'Allemagne tout entière eût été un événement heureux; mais comment espérer obtenir cet acte de résolution d'une Assemblée que se disputaient deui influences opposées également puissantes? On ne se mit d'accord qu'en enlevant à la proposition tout ce qui pouvait lui donner un intérêt sérieux aux yeux des Puissances occidentales, et dès lors le vote de la Diète ne fut plus considéré et attendu que comme un incident sans importance.
Je n'en veu\ pas dire tiavaiitatje sur cet épisode, du reste fort obscur, de la politique Allemonde, la plus embrouillée de toutes les politiques. Je consacrerais plusieurs diapitres à l'ex-
. plicalion du rôle qqe la Prusse joua à ia Diète aÔD de i'empé* ciier de s'eQ^ager plus qu'elle ne s'était engagée eDe-iiiéne} je raooiileiiis les efforts faits fiar la 8aie pour rapprocher la
Prusse de l'Autriche, dans le bul d'obtenir une représentai lion directe de la Ck)nfédérâlion dans la |)ersonne de M. de Beusl luimême; je rapporterais Ifô instances de l'AutriGhe auprès de la Prusse pour obteur de oeile-ci qu'elle s'assuF&t un siège au GoD> grès de Pans, en apportant à la Diète des idées qui rappelassent un peu moins la Conférence de Bâmi>erg, de triste méoioire; je dirais comment la proposition primitive de l'Autriche fut amendée par la Bavière» qui, elle aussi, s'était montrée lan»rable à l'idée d'une représentation spâsiale pour l'Allemagne; je développerais longuement les motife pour lesquels cette idée, qui n'avait pas l'agrément de la Prusse, ne pouvait pas non plus être agréée par i'Autriclie; j'entrerais, eotio, dans le détail raisonné des eritiques que firent de la communication à la Diète ceux qui n'approuvaient pas la mesure, et je dira» sur quelles considérations se fondaient ceux qui, au contraire, en avau ni approuvé l'idée, que cet incident du grave débat oriental n en resterait pas moins plein d'obscurité, d'incertitudes et de contradictions apparentes*
En résumé, la Diète, saisie des propositions par M. de Reckberfï, son président, ministre d'Autriche à Francfort, les avait renvoyées à un comité. Le comité avait coiirhi à ra<lnpùon pure et simple des quatre premiers points de garantie, et U avait fait ses réserves sur le dnquitee point. Ge sysièine n'engageait pas les Parties contractantes au delà d'une simple adhésion morale; mais il n'en est pas moins vrai que l'Allemagne faisait un pas en a\aut et rompait avec son passé exclusivement germanique en s'appropriant les troisième el quatrième points, relaUXs à la neutralisation de la mer Noiro et à raffranchissement des sujets non musulmans de la Porte Ottomane. C'est en qualité de membre de la prande famille Européenne, et non pas coiume simple maiidalaire des mlérèls
DU CONGRÈS DE PAUiS 41»
Anemtfids» que la Confédération allail se prononcer. Si done la Piuaee trouvait son oompte aux réserves sur le cinquième point, r Autncbe et les Puissances occidentales pouvaient s*ap^
l>laudir île Tadoplion des qualie premières garanties» Voici dans quelâ termeâ eut lieu cette adoption :
« La Confédération Germaniquet donnent suite à ses réscdu» lions du dê juillet et du 9 décembre 1954, des 8 et 26 février
1855, reconnaîl avec satisfaction et giaUluJe, ddii>les }it é!iminaires recommandés au Cabinet Russe par la Cour impériale d' Autiiclie et acceptés par toutes les Puissances belligérantes» les bases sur lesquelles on peut espérer de rétablir une paix solide et durable. La Confédération reconnaît comme un besoin Européen que cet espoir se réalise bientôt. Par suite, elle se donnera également pour mission propre de mamtenir ces bases, eo se réservant son libre jugement sur les conditions spéciales que produiront les Puissances bdligéiantes. En appréciant à leur valeur les démarches fàites déjà dans cette direction par rAulrit lie et la Prusse Ja Confédération Gcrnianique exprime la ferme contiance que les deux, hauts Gouvernements continueront également par la suite à consacrer aux intérêts de la patrie commune leur sollicitude^ digne de reconnaissance» et tour attention. »
Le rôle de la Prusse à la Di^te n*était pas de nature ?i Taire sou- u rmte. haiterson introduction aux Conférences. Dans l'intérêt des prin* cipes dont j'ai parlé» cette introduction pouvait être désirable; mais la prudence est le premier de tous les principes, et elle recommanda il de ne pas admettre une vui v liusliie ou don h use de plus avant de s'être assuré que cette voix ne mettrait pas en péril TcBUvre pour laquelle on se réumssait. Les choses restèrent donc provisoirement ce qu*^es étaient. On pensa que la Prusse modifierait son altitude après la signature des préliml-oaires de paix» c'est-à-dire quand les points qui lui répu-
4io iiisTomi!:
gnaient le plus auraient été vidés. Après tout, elle ne poinraît pas vouloir rester isolée dans la paix et se montrer plus Busse
que la Russie eUe-méme. En attendant que Tobscurilé du cinquiètiit' j oiiii lût éclaircie pour la Prusse, comme eîle Véimi déjà pour la Russie, le Cabinet de Berlin, persistant dans Ja politique nébuleuse dont il avait donné le programme dans sa dépêche du ^ janvier, l'invitation qu*il souhaitait qu^on lui (H pour venir prendre place aux Conférences ne lui fut point envoTée. [A Russie elle-même, il est bon de le dire, se linjuirait disposée à considérer l'admission de la Prusse comme une question q)éeiale dont on pourrait s'occuper après la signature des préliminaires de paix, et elle ne manifestait pas auireraent son désir de la voir siéger à ses côtés. Jusqu'à Tadoption des préliminaires, l'Anlrii Ik seule devait donc représenter les intérêts Allemands au Congrès.
M. de Le jour de l'ouverture des travaux du Congrès n'était pas arrhTa"p°aHs. ^^^^ déûnitivemont fixé, et cependant les Plénipotentiaires
désignés faisaient déjà leurs préparatifs pour so rendre Paris. M. le Baron de Brunnow lut le premier Fit-iupolenliaire étranger dont on annonça le départ, et il arriva, en effet, à Paris avant tous les autres. Dès le fà au soir, il descendait à la gare du chemin de fer du Nord, où M. de Seebacb élaîf allé Vattendre. Qnelipies journaux étrangers prétendirent (pie le Plénipotentiaire Husse avait été accueilli par de chaudes acclamations à sa sortie du convoi; mais, vérification faite, il se trouva que la petite manifestation dont on avait parlé et à laqueUe on avait voulu donner une certaine couleur politique, n'avait ])as eu lieu. 31. de lii uiiuuw asait été sinipleinenl salué avec une courtoisie toute Irançaise i»ar quelques personnes qui s'étaient approchées de lui pour voir ses traits, ^jy^ M« le Baron de Bourquene^ était arrivé la veille* Tous les des «atres autros Plénipotentiaires qui n'avaient pas leur résidence &
Mènipoleii- . , .
liaires. Pans étaient ntleiidus, et ils arrisérent successivement avant le 'iO, sauf Aali-Paclia qui ne put être rendu que le 22.
Ces petits faits* que les journaux ne manquaient pas de con- mi*
I ri *
signer avec boaucoup do soin, (léfrayaiiMit les conversations el Lac»rio«il faisaient i)ren(ln' le touips ( [i patience. A Paris, l'inlénM du P"Wi(iac. moment était là. On ûi les ccmmentaires les plus variés et les moins croyables sur les motils de l'empressement excessif de M. de Biunnow. On se dit à roreille que le Gouvernement Français en était œnlrarié, el que Lord Cowlev, parti pour Lon«lres le 12, n'avait pas fait sans uilenlion coiik aler son départ avec l'arrivée du Plénipotentiaire Russe. En réalité, cette ooincidetice était tpute fortuite : Lord Gowley était allé à Londres pour s'entretenir avec Lord darendon» et devait revenir k Paris avec le premier Plénipotentiaire Anglais. Maljrré l'invraisemblance de ces bruits, au fond très-inoffensils, on s'y attacliait, el ils passaient de boucbe en bouche dans les salons, dans les cerdes, à la Bourse et dans les théâtres. On voulait aussi savoir quels hommes étaient ces personnages qui allaient décider de la paix de l'Europe. Chacun souliaitait de les voir, el quand Tun d'eux était aperçu, il devenait aussitôt l'objet de la plus vive curiosité. Le daguerréotype et les biographes sérieui ne répondant pas assez vite à Timpatience publique» une spéculation peu scrupideuse répandit dans le public des notices de fantaisie sur les héros du jour, et rajeunit de vieux portraits mis au rebut depuis longtemps en écrivant au bas le nom de tel ou tel Plénipotentiaire* Ënlin, la plume et le crayon entreprirent des œuvres plus sérieuses et plus vraies. Les jour-* naux donnèrent successivement des biographies qui furent lues avec avidité, et les graves personnages politiques, comprenant qu'ils avaient tout avantage à se montrer tels qu'ils étaient, consentirent à poser devant l'artiste et devant le soleil. Les étalages des libraires et les vitrines des marchands d'estampes se garnirent donc de petites brochures enlevées par milliers, et de portraits lithojïraphiés et photographiés devuiit lesquels la foule s'assemblait et faisait ses commentaires. Dans cette exposition artistique qui s'étendit à tous les quartiers de
Paris, et bieDt^t à toutes les vilies de proYinoe* la digoité aristocratique de Lord dareodoQ fut beaucoup remarquée, et la gninde et frandie figure du Comte Orloff eut un sooeès de
sj^ iiiiuahio presque populaire.
Ces biographies et ces images ne sufûsaieut pas encore à la curiosité. On youlait aussi savoir quelle toit la Tîe des Plénipotentîaiies à Paris, leurs domiciles, l'aocu^ que le monde officiel leur faisait, et surtout les honneurs et les témoignas:es de bienveillance qu'ils recevaient de rKmpereur. Les journaux, prompls à répondre à ces besoins, ue manqiMieal pas d'entrer dans de minutieux détails sur les réceptions aux Tuileries » sur les paroles dites ou supposées TaToir été, sur les conyersations des Plénipotentiaires avec les ministres et particulièrement avec le minislre des atï.nres étrangères. On sut par eux (|ue Lord i^iarendon et le Comte de Cavour étaient descendus à Thètel du Louvre; qu'Aali-Pacha habitait l'Mtel de la légation Turque, rue de Grenelle; que le Comte Buol avait élu domicile à l'hôtel de Bristol, enfin que le Comte ()il*»ir et M. de Brunno\\ avaient pris j'os-^ession de rhotei de la légation de Russie, rue du Faubouiig-Saint- Honoré, où l'on était parvenu à réunir la plupart des anciens meubles de M. de Kisseleff, qui avaient été retrouvés chez des niarcliands. Les journaux n'oublièrent pas non plus de ddiuier la liste des personnes ([ui k < vnupa^naient les Plénipotentiaires extraordinaires de chaque Puissance. Oioh On sut bientôt que le lieu choisi pour les séances du Gon-
*ue^"!ialircr 1® somptueux et grandiose palais du ministre des
étniiRcres affaires étrangères. Ce choix répondait à tous les besoins et il
des scaiiccs. lut universellement a]»prouvé. Eutin, l'ouverture des délibérations fui fixée au 25 février.
Le moment est venu de parler d*un épisode dont le public
^sl^cu'/ ^ presse s'émurent pendant plusieurs jours et sur lequel il
leContiiiit- n'est pas inulile de dire la vérii»'. Le Journal drs Débafs, k ihitnnu; examinant certains ]»omb délicab îles propositions, les avait
DU CONGRÈS Uh PAHIS 423
lésohis dans le sent le moins ri^omeux. Ainsi, Nicolaïeff n'é* taiil pas sur la mer Noire» mais à pliisieufs lieues sur le Bug,
ce port échappait aux dispositions de Tarlicle III, relatif à la fern 1 e l u re d e 1 a m er N oi re ; d e pl u s , 1 PS 1^ \ Kses 1 É ' a \ a i e 1 1 1 1 d 1 1 1 1 u ' use r de leur droit en édifiant des casernes et d'autres ouvrages de défense aui Uee d'Aland ; euûn, on devait s'aUeudre à voir la Russe mettre k un trMiaul prix toutes les garanties qu'on pourrait lui demander du cAU] de l'Asie. I.e Siècle se montra lr^s-l:ou^^ollcé de cet article. Il y ré])(>ri(lit en plaisantant d'atord les journaux, qui, se regardant comme membres du GoDgiès, proposaient et résolvaient avec le plus imperturbable aplcHub les difficultés diplomatiques les plus compli*
quées.
a Le Journal des Débats est de ce nombre, poursuivait le Siècle^ et nous lui pardonnerions volontiers le petit travers qui le porte i jouer au Plénipotentiaire, comme il a joué au général avani , pendant et après le siège de Sébastopol , si les diftii uUés qu'il énuraère étaient résolues par lui dans un sens national. Mais les diplomates du Journal des Débats sont loin d'avoir les mêmes tendances que &es généraux. Le rédacteur militaire enlevait aux Kusses toutes leurs positions, tambour battant. Le rédacteur diplomatique, au contraire, leur octroie, avec une libéralité qui nous reporte au plus l)eau temps de la satisfaction continue, tout ce qu'il leur plaît de demander. »
En résumé, le SiMt^ examinan t h son tour les difûcuilés dont s'était occupé le JtmmeA deê ùébais, les tranchait d'une façon toute différente. 0 demandait en substance : le déplacement des chantiers de Nicolaïeff et de ses arseii iu\ : la fermeture du Bug; qu'aucune fortitication menaçante pour le commerce Européen ne pût exister sur les lies d'Aland ; que l'Asie ne fût p<Nnt oubliée dans les garanties qui devaient être exigées de la Bussie. Le SUeh, interprétant selon ses désirs le cinquième point, demandait 1^' plein et entier développement de toutes les conditions qui eu découlaient, suivant lui. « C'est là, disait
4ii RiSToiae
ce journal, que sont les difficultés évenUmlles, ceiles qui se rapportent aux miwmUiiéÊf aux rép&nUiamf à PéqmUbrf Burcpéen* Là est ce qu'il faut considérer, b
Gel article renliail dans la li.mic politique ordinaire du Siècle. 11 ne disait pas plus que ce juurual ii avait dit en d'autres terni^ à diverses époques. Tout récemment encore* le Siéek avait entrepris im examen critique des traités de 1814 et 1815, et ce travail, dont la publication, au moment où des représentants de l'Autriche, de la Hussie et de l'Angleterre devenaient les hùtes de la France, manquait peut-être d'h-propos et pouvait jeter quelques embarras dans les délibérations qui allaient s'ouvrir, était passé i peu près inaperçu. La réponse au Journal deg Défmiê n*eût probablement pas fait plus de bruit, si le Jfomïtfur lu i-iiièiiie ae lui avaù iias accordé l'honneur, hien rare et toujours signilicalif, d'une reproduction. Le 20 février, les lecteurs du MatUuur trouvèrent donc rartide du Siècle imprimé tout au long dans la première page du journal oifid^. Cette reproduction causa un grand étonnement et produisit une vive impression. Ce fut l'évcnementde la journée. On c rut moins à la paix ot la Bourse baissa. Le bruit, cependant, transpira bientôt dans le public que la reproduction par le Mamieur était le résultat d'une erreur. Le Canêtitutumnel voulut se renseigner sur ce point au ministère des affaires étrangères. Un de ses rédacteurs vit le ministre, reçut quelques explicMVinns, et se crut, — un peu légèrement I — autorisé à déclarer qu'il y avait méprise commise par le journal officiel. En conséquence, le Comiiiutwnnel publia la note suivante :
« Cest par suite d'une erreur que le Moniteur d'aujourd'hui a re})roLluit un article du Siècle tl'hier répondant à un article du Journal des Débats de la veille. »
Cette rectification, très-cruelle au fond pour le Momteur^ n'avait été nullement demandée au CamHiuiianneU qui, dans celte circonstance, avait fait preuve de trop de zèle. S'il y avait eu erreur et si les ministres intéressés jugeaient nécessaire de
Dl COiNGHÉS DE PARIS 4^
ie dire, il élait convenable que ce fAt le journal du Gouvernement lui-même qui fit cette déclaration le premier. Le Cum^ti-
iuiionnel, dans son empressement, louable sans doute mnis peu .réfléchi, ne tint pas compte de cette considération, el plaça, par la publication de sa note, le Mamttwr dans Timpossibilité de se rectifier lui-même sous peine d'abdiquer son titre de journal officiel. Le Moniteur, dans la situation délicate qui lui était faite, prit le seul parti que pût prendre Torgane du (iouvernement, il ne se recliûa pas et maintint, au contraire, qu'il avait' agi sdemmeot en reproduisant l'article du Siècle^ A son tour, il iiublia la note suivante :
« Le Constitutionnel s'est trompé en attribuant à une erreur l'insertion dans le Monileur d'un artide du Siècle.
o Nous profitons de cette circonstance pour rappeler (|ue le Moniteur est le seui journal du Gouvernement; s'il s'y glissait une erreur, il ne laisserait pas à d'autres le soin de la rectifier. »
Le ConstUutwnnel, blessé au vif, mais ne pouvant répliquer, ta fériur voulut au moins s'assurer les bénéfices négatifs du silence : il «^i^uwt. essaya de se soustraire à la publication de cette cru^e réplique; mais il se vit officiellement invité à la publier en tète de ses colonnes, ce qu'il lit dans son numéro du 24 février.
Le Constitutimmlf il laut le dire aujourd'hui, n'avait eu d'autre tort que son empressement à vouloir donner à ses lecteurs ce qu'il pouvait, à juste titre» considérer comme une nouvelle t^^s-inlé^essanle. 11 avait oublié, dans cette circonstance, h's |((urnau\ étant j)laeés dans les attriiniiMtn- du ministre de riuLérieur, et le ministre des affaire s étrangères faisant passer, pour plus de sûreté» par la division de la presse, les communications dont il désire la publication par les journaux, toutes les indications données directement de ministre à journaliste ont un raiac tère eontidentiel sous-entendu, et ne peuvent, par conséquent, être livrées à la pubUcité sans un plus ample informé.