LES PLÉNIPOTENTIAIRES
C8(Hn8SB8 UOGRAraidDES
Je ne puis eatrepreodre d'écrire en quelques pages la bio- muw^ graphie du Comte Golonna Walewski, minisire des affaires /rf
élraiigtTCs de France et ^iresidenl du Contres de Paris, sans regreUer qu*il ne me soit pas permis de donner à ee travail toute rétendue qu'il réclame. La vie publique du Comte W'alewski est du nombre de celles que le biographe se complaît à raconter dans ses moindres détails. Elle est pleine d'épisodes intéressants, émouvants même, et ce ne serait pas trop de tout un volume pour la bien laire connaître. L'ouvrage aurait l'attrait qu'inspire toujours aux âmes élevées le récit des luttes de rintènigence et de la volonté. On pourrait en tirer
* Gomme président du Congrès, M. le Comte Walewski devait na-
tiircllcmcDt ligurer on tête de ces rapides esquisses. M. le Baron de Bourqueney, (jui ne pouvait être siiparë du premier Plénipotentiaire Français, vient ensuite. Les autres biograpiiies sont placécî^ d'après l'ordre alphabétique des Puii^sances : Autncbfi, Grande-Bretagney Plnaie^ Russie, Sardaigne et Turquie.
HISTOtRK
divers enseigoemenis utiles, montrer, par exemple, uoe fois de plus, que les obstacles forlifient et grandissent les natu* res heureusement douées. Mais je dois me borner à une
esqui-se rapide , dô^a^ée de toute réflexion c'esl-5-<iire dépouillée de ce qui fail oïdiiiairemeiit l'utilité d'un semblable travail. Heureusement les faits que j*ai à raconter sont assez variés et intéressants pour que, même présentés sous cette forme rapide , qui n*a le temps ni d'analyser ni de condure, ils soient encore pleins de charme pour le lecteur.
Le Comte Alexandre Colonna Walewski est né le 4 mai 1810, au cbAteau de Walevice, près de Varsovie. Le jeune Comte, après un séjour de quelques années à Paris« fut envoyé h Genève, où il acheva ses études. En 1834, il retourna en Pologne et il y resta jusqu'en 1827. Ia' Coi te Walewski avait alors dix-huit ans. Son instruction, la matuntc précoce de son caractère frappèrent le Grand-Duc Constantin, qui voulut l'attacher à sa personne et lui offrit de le nonmier son aide de camp. Mais Alexandre Walewskî n'avait alors qu*un désir, il voulait revoir la France, et il repoussa les oflre^ Itrillantes qui lui étaient faites. Ces refus, que les instances let^ plus pressantes ne purent vaincre, eurent pour effet de changer les bonnes dispositioas du Grand-Duc. On défendît à Walewski de quitter la Pologne et il fut placé sous la 5ur%'eilîance de la police. Mnis si ritrournix mont qu'on VoUm r\àl. il jnit cependant ga^^ner SaiiU-i*('lersbourg, quoique sa fuite eût été signalée, et entin Gronstadt et Londres.
Le Comte Walewski était h Paris quand la révolution de 1830 éclata. Quelques mois plus tard, le général Sébastian i, alors miiiislrt' des affaires ét^an^ï^^es, lui confia une nn>>{on importante }>rès du Gouvernemeat nalionai Polonais. Cette mission fut le signal de nouvelles mésaventures qui faillirent avoir pour le jeune diplomate les plus funestes conséquences* Arrêté en Prusse, il fut enfermé dans la forteresse deG1oî?aii, puis dirigé sur Saint-Pétersbourg pour être livré au Gouver-
Dli CONGRÈS DK PÂUIS 433
nemeni Russe. La peispecUve du sort qtii ratteodaît doubla l'audace du prisounier, qui sut échapper à sa nombreuse es»
corle, se réfugia dans les foréls voisines de la frontière Polonaise, trav ersa la Pologne Pnissieaue et gagna enfin Varsovie. 11 était arrivé au Heu de sa mîsskm; mais quels dangers n'avaît-llpas eounisl C'était coïnmencer sa carrière diplomatique comitoe un soldat perdu achève un jour de retraite en pays eiHieiiii; et il y a loin, il faut en roiivonir, d'une semblable prise de possession à rentrée soluiineiie d'un ambassadeur dans la ville oii il doit résider. Le Comte Walewski prit donc» pour ainsi dîre^ son premier poste diplomatique d*assaut.
Le danger avait développé ses instincts militaires ; aussi, sa mission remplie, et elle le i'ul à l'entière satisfaction de la Pologne et dé la France, s'empressa«t*il d'entrer dans Tarmée Polonaise avec le grade d'aide de camp. Est-il nécessaire de dire, après les actes de résolution et de courage que je viens de raconter, que le nouvel ofticicr saisit avec avidile loule occasion de se distinguer et qu'il versa noblement son sang pour la défense de sa patrie?
Envoyé à Londres par le Gouvernement national Polonais vers le milieu de raunéc 1831, le Comte Walewski, malgré son extrême jeunesse fil avait alors vmgt et un ans/, \ noua des relations intimes et suivies avec M. de Talleyrand et Lord Palmerston, et il obtint de ces deux hommes d'État la promesse que les Cabinets de France et d'Angleterre saisiraient la première occasion qui se présenlerail d'intervenir entre la Kussie et la Pologne dans l'intérêt de cette dernière. Maiiieureusement ces promesses ne purent être suivies d'aucun résultat, le Gouvernement Britannique déclarant un peu plus tard» malgré les instances très-ptessantes du Prince de Talleyrand, que le moment de se faire le défenseui de la nationalité Polonaise ne lui paraissait pas encore venu.
Varsovie tombée aux mains des Russes, le Comte Walewski
m HiSTOiR£
se ra|)}>ela qu'une seconde pairie lui restait, et il revint en France, où il sollicita et olitinl des lettres de naturalisation. Le diplomate se tit de nouveau soldat. Nous le voyons succèssÎTement oificier d*oidoiiiianoe du maiéehal Gémd, c^Mtaiiie dans la légion étrangère, puis ain chasseare d'AftiquOt et enfin directeur des affaires Arabes à Oran. Il fui chargé en cette dernière qualité d'une mission trbs-délirate pr^s d*Abdel- Kader, mission qu'il accomplit avec un plein succès.
Rentré en Fïranoe il passa au ¥ huasaidSt dont il fit partie jusqu'en 1897, époque à laquelle il quitta le service pour entrer dans la \w politique. T jé bientôt avec 1*^^ membres du centre gauclie, et notamment avec MM. Tlners et de Hémusat, il acheta le JHes$a§er, qu'il dirigea pendant trois ans» publia plusieurs brochures politiques qui euient un grand succès et qu'on pourrait relire atijourdliuî en les croyant écrites d'hier. I .nliii, il s'occupa de littérature dramatique dans ses moni* nfs de loisirs, et il fit représenter au Théâtre-Français YEcole du HMMMfe, cinq actes qui sont restés au répertoire de notre première scène littéraire.
On était en 1840, les amis du Comte Walewski Paient au pousoir. Le moment paraissait donc venu pour lui de rentrer dans la vie publique. On lui offrit et il accepta une mission importante dont le souvenir est encore dans tous les esprits, n s'agissait de faire comprendre k Méhémet-AU, Yice-roi d'Égypte, qu'apr?*s le traité du 16 juiOet, signé à Londres sans la parlicipalKiii de la France, ses intérêts se trouv.'m iii tMrnitemeul liés aux nôtres, et qu'il devait, quoi qu'il arhvÂi, agir selon nos inspirations. La situation était délicate pour nous. Les refus de M éhémeU-Ali pouvaient nous entraîner dans une guerre où nous étions menacés d'isolement. Le Comte trouva des termes assez persuasifs pour dérider le Vice-Roi à faire, à notre seule mn'^itU ration, la plupart des concessions que les Puissances coalisées lui avaient jusqu'alors inutilement demandées. Son succès ne se borna pas là. Il devint Tami de
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Méhteet-AU, et celte amitié ne s'éteignit qu*à la mort de cet
homme remarquable.
Le Comte VVaîewski fut ensuite envoyé rommo ministre [iléDipoteatiaire àia Plata, où il resia jusqu'en lHi7, et où il lendit des services que nos compatriotes de cette partie de l'Amérique n*ont pas oubliés.
L'avénement du Prince î.ouis-Napol(^)n à la Présidence de la République Fraiirai>e de vait Mtq ]ïrmr le Comte Walewski le nouveau point de départ d'une carrière diplomatique rapide. U fut successivement nommé ministre plénipotentiaire en Toscane, puis à Naples, puis ambassadeur à Madrid et enfin à Londres.
La posilion du représentant de la France en Angleterre était alors fort délicate. Il ne fallait rien moins que toute Tintelligenoe diplomatique et toute la feimeté bien connue du Comte pour qu'ette ne souffirtt pas de l'hostilité déclarée d'un parti considérable que le nom seul de Napoléon irritait au plus liaul point. pouvoir nouveau, qui faisait déjà sentir en FraiK e son action bienfaisante, était encore mal jugé au dehors. On suspectait ses intentions, on calomniait ses actes. On ne pouvait croire que le nom de Napoléon pût devenir le symbole de Tordre et de la paix, après avoir été celui de la guerre et delà conquête. Les journaux. Anglais entretenaient ces préventions, flattaient les passions mauvaises et les haines sous le préteite de stimuler le simtiment national, ^et de la tribune même du Parlement tombaient souvent des attaques et des iii^iiiualions qui i>eîiil»l>iit'iit devoir rendre de plus en jilus impossible un rapproclienient durable entre les deux pays. Pour m homme comme le Comte Walewski, il y avait, on le voit, ample matière à exercer son intelligence. Le Comte s'appliqua d'abord à renouer ses anciennes relations, et il y réussit promptement, grâce à cette noblesse de caractère et à cette coidialité entraînante et sympathique qui le distinguent. 11 fil tomber une à une toutes ces préventions, en prouvant, avec
la patience d*ua homme qui oonnait Taetioa irrésistible des paroles répétées quand elles sont appuyées par les faits, que là oh les intérêts étaient du côté de l'ordre et de la paix, il n'y
avait à craindre, sous un Gouvernpnieiil raisonnable, ni afrressions, ni rêves chimériques. Devant ces assurances, qui ne furent certainement pas l'œuvre d*un jour, il parvint à rendre la tribune plus réservée, les hommes d*État plus confiants et la presse moins hostile. Le terrain étant ainsi préparé, M. Walewski négocia la recumiaissanoe de rijupire Français par rÂngleterre, et il Toblint ! Ce premier pas fait, ce grand événement accompli par ses soins, tout le reste ne fut pour aîDsi dire plus qu'un jeu pour rhabîle et heureux diplomate, qui devait, après nous avoir fait restituer le testament de Napoléon coiJiuuner dignement son œuvre en signant, le 10 avril 1854, avec Lord Clarendon, le traité d'alliance offensive et défensive entre la France et Angleterre, acte immense dans ses conséquences , premier gage d'une solidarité d'intérêts et d'une communauté de vues et d'efforts dont SélMstopoL et le Congrès de Paris ne sont pour ainsi dire que deux épisodes.
L*allianoe Anglaise est donc en grande partie, on peut le dire à juste titre, l'œuvre du Comte Walewski.
Un mois apr^s la signature du traité du 10 avril, la Reine (l'Angleterre, voulant donner au diplomate Franraisle léuiokgnage le plus éclatant de ses sentiment^. d'estime, accepta, contrairement aux règles de l'étiquette Britannique, la plus méticuleuse de toutes sans contredit, l'invitation à un bal qui eut lieu* à l'ambassade de France. Cet acte de bienveillance royale, dont on eût, à bon droit, considéré l'idée comme le réve d'un cerveau malade un ou deux ans auparavant, produisit en Angleterre et dans toutes les cours de l'Europe une immense sensation.
Nommé ministre des affaires étrangères le 7 mai IS^Ô, M. le Comte Walewski n'a eu, jusqu'au moment où le Con*
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^rès de Paris s*est réuni, qu'à tonUouer, eu ce qui coucenie les reUUoiis de la France avec TAnglelene» l'œuvre qu'il avait oofliniencée et si bieo conduite pendant son séjour à Londres.
GrAce h ses elTorls, l'alliance du 2 décembre, un moment comprmijibe après l'avortement des Conférences de Vienne, devint ptus solide ei en uièuie temps plus éteodue. Comme ministre des affisires étrangères, il a, sous la haute direction du chef de rÉtat, préparé et consommé toutes les alliances, décidé loulcs les adhésions qui, lentement sans doute, mais sûrement, ont amené la paix et rei oui^iilaé, refondu, pour aiu^ dire, les bases politiques de TEurope.
11 était bien juste que tant de travaux et de soins patients eussent leur récompense. M. le Comte Walewski a obtenu la plus enviable de toutes, lors(|ue les Puissances représentées au Congres l'ont liesigoe puur la présidence de celte eannente réunion d'hommes d'État. Un pareil lionneur suftit pour rendre un nom impérissable. Celui du Comte Walewski, pré* sident du Congrès de Paris , a donc sa place marquée dans riiistoire de notre siècle, déjà si fécond en illaslrations politiques.
Le Baron de Bourqueney (François-Adolphe) est né en Franche-Comté et il a fait ses études à Paris, au lycée Bona- Bourauenei.
piirle. 11 débuta dans la di[)lnnialie aussitôt après sa sortie ilu coUége. il fut sucù^ssiveuient attaché à la légation de Franc* aux État^-Uois sous M. Uydo de Neuville, troisième secrétaire à Londres sous M. de Chateaubriand, qui avait pour lui une grande affection, et secrétaire de l('>gation en Suisse. Le Baron de Bourqueney occupait celle dernière position lorsqu'eul lieu la cliule de M. de Chateaubriand (1824). Le jeune diplomate, vivement affUgé de cette disgrâce, ue crut pas devoir conserver ses fonctions sous le nouveau ministère, et il interrompit alors volontairement une carrière dans laquelle il s claii Uuja fait remarquer, pour entrer au Journal des Drbais^
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dont il devmi bientôt m des coUaborateuis les plus disUo-
gués.
M. de Bourqueney ne quitta la plume du journalisle que sous'le ministèi« de M, de U Fenonays. U reutra dans la car- TihTe diplomatique avec le tilre de premier secrétaire, et dès lors ses ciualitcs personnelles, mûries par l'expéri^iee et la lutte, lui assurèrent uu avancement rapide.
M. de Bourqueney fut i nvoyé à Londres, en 183 aver le titre de chargé d'affaires. U prit en cette qualité une part assidue aui négociations délicates et laborieuses qui aboutirent à la séparali(ui de la Belgique et de la HoUande. En 184i, M. de Bourqueney relourna à Londres, mais cette fois comme ministre plénipotenUaire, et il eut l'honneur, en cette quaUic, de signer la convention des détroits, qui fit rentrer la France dans le concert Européen. Cet acte considérable de la vie publique de M. «le «ourquenoy eut une grande infiuenoe sur le reste de sa carrière diplt-uKitique. Nul mieux que le ministre qui avait représenté la France lurs de la signature de la convention des détroits, ne pouvait en surveiUer l'exécution au point de vue des intérêts Français, M. de Bourqueney fut donc envoyé comme ambassadeur à Constantinople en 1843, et il resta à ce poste, qui exiî^e des (pialilés tout à fait spéciales, jusqu'à ia chute du Hoi Louis-Fbilippe.
La révolution de 1848 interrompit de nouveau la ca^^l^^e diplomatique du Baron de Bourqueney, qui donna sa démis- M. n v{ se relira à la campagne, où il passa cinq ans dans une retraite pioionde et laborieuse que les agitations des partis ne tioublèient pas. La politique nuu\ elle inaugurée par le discows de Bordeaux put seule l'arraclier à ses livres et à ses méditations. En mars 1853, N. de Bourqueney, dont l'Empereur Naïu.léon appréciait le caractère et les mérites, fut envoyé à Vienne comme nmiislre plénipotentiaire de France.
La part que M. de Bourqueney a prise aux négociations
compilqaées qui ont abouti au traité du S décembre 1854 et finalement à la réunion du Congrès de Paris, est au-dessus de
tout éloge. Dans sa lulle contre des préventions- invétérées, (les tilli/inres mlinies et des iiili l 'Ms réels qu'il fallait ménager (oui en les comi)atlaDi, il a apporté une fermeté de langage, mie loyauté et une persévérance qui n*ont pas peu contribué à fure tomber les derniers scrupules de rAutriche, hier l'obligée do la Russie, désorni;ii> ralliée de In France. Ln pensée de rEmpereur Napoléon ne pouvait être plus lidèlemcnl et plus habilement interprétée. Le Gouvernement Français attendait beaucoup de M. de Bourquenej. Sa confiance n*a point été trompée. Les faits sont là qui disent éloquemment tout ce qu'une belle inielligeuce jomie aune ferme volonté peut faire quand elle est mise au service d'une bonne cause.
M. le fiaron de Bourqueney, issu d'une famille parlementaire» et qui compte des diplomates distingués parmi ses ancêtres maternels, s'est montré en toute occasion la fidèle expression de cette origine. M. de Bour(iueney a Umies les qualités sérieuses du diplomate; il les a puisées au moins autant dans Tamour du bien et dans le sentiment naturel du droit que dans les cercles politiques où il a passé la plus grande partie de sa vie. C'est un serviteur sûr, lélé, intelligent, qui pu^^ède au plus liant point l'art si rare de servir avec succès sans jamais compromettre. Mais M. de Bourqueoej est avant tout le serviteur d'une conscience rigide. C'est cette conscience qui, en le jeta de la diplomatie dans le journalisme, et qui, en 1848, lui commanda la retraite. Quand un homme est capable de faire «lenx fois dans sa vie, à vingt-cinq ans d'intervalle, de pareils sacrifices, on peut dire qu'il est d'une trempe peu commune, et il ne reste plus qu'à applaudir à son élévation.
M. de Bourqueney, qui était déjà grand-croîï delà Légion d'honneur, a été fait sénateur a[)res la signature du traité de Paris, et enfin créé ambassadeur de France à Vienne.
iLCTtmi. La politique de l*Autridie s est personaiûée depuis le (.omi t ( oiuie menoement de ce siècle en deux hommes qui ont d'aiUeufs *^ exercé une grande influence sur le mouvement général des
inlérôls Kurop«'cns. Ces deux liommes sont M. de Metlernich et le Prince de Schwartzeniierg.
A l'extérieur^ la politique Authcl donne n'a pas sensiblement varié depuis quarante ans ; mais à Tintérieur eUe a traversé des phases diverses dont M. de Mettemich et M. de Schwarlzenberg oui élé les promoteurs et la personnification.
M. de Mettemich a été la dernière expression du régime féodal en Autriche. Sa longue vie politique s'est dévouée au soutien de ce régime défaillant que battaient en brèche chaque jour les progrès moraux et matériels de la civilisation moderne. Mais M. de Metternicli était trop clairvoyant pour ne pas comprendre I nupossibililé de faire vivre nidéfiniment un système d'institutions surannées qui ne se maintenaient plus que par une sorte d'habitude. Pendant trente-trois ans de pouvoir, le Prince de Mettemich appliqua tous ses soins et liiil tout son génie à faire subsister le Gouvernement €^ force de précautions et d'aternioicmenls de toute nature, faisant tolérer d'ailleurs son immobilité et sa résistance au progrès par les formes paterodles des actes de son admioistiation.
Ces efforts surhumains \ inrent cependant se briser devant la révolution de 1848. M. de Metlernich dut fuir devant Vémeule, abandonnant à d'autres mains plus vigoureuses la direction des afiaices publiques.
Quelques mois après cette époque orageuse, M. de Schwartzeaberg fut appelé au pouvoir. Il eoiji| i t ([ii 1 fall ni inaugurer une nouvelle poUtique sur les débris de l'ancienne et que le salut de TAutriche exigeait qu'elle entrât résolûment dans d'autres voies.
Pour conserver le vieil édifice féodal, M. de Mettemich avait
soigneusement maintenu ia dnision des races et des iutéréts
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dans les diveises provinces de l'Empire. L'œuvre du Prince
dp Schwartzenberg fut au contraire de les unifier afin de consulider l'ensemble par l'harmonie de ses éléments. Les barrières douanières qui séparaient les États dont se compose la monarchie Autrichienne furent renversées; la langue Allemande fut répandue dans toutes les écoles; on organisa une centralisation vigoureuse. L.i liberté civile, l'égalité des droits devinrent la base des nouvelles inslilulions et, en satisiaisant les vœux des populations, opposèrent le plus ferme obstacle à des révolutions nouvelles. Sous cette influence progpressive, l'Autriche put refondre son crédit et reconstituer rapidement les éléments compromis de la fortune publique. Kn un mot, M. de Schwartzenberg est parti de la révolution de 18i8 comme d*un fait accompli contre lequel il eût été superflu de résister, et il en a tiré le meilleur parti possible en réorganisant un Gouvemenaent national, sagement progressif et fortement édifié sur les ruines que l'explosion révoluùunnaire avait faites.
Ainsi qu'il a été dit plus haut, rAutriche n'a pas eu à subir à l'extérieur les mêmes révolutions que dans sa politique intérieure. Sous M. do Sc hwartzenberg, comme sous M. de MeW
lemicit, la diplnmalie Aulrichienne a iiiarclié d'un pas égal dans uuc voie bien déterminée, prudente et réservée. Habile à laisser croire à son concours sans jamais s'engager définitivement, essentiellement modératrice plutôt qu'active dans les grandes affaires Européennes, elle a toutefois poursuivi dès lono'lerapsun but vers lequel elle s'avance par tous les moyens possibles et avec une persévérance infatigable : ce but consiste à devenir la seule tète, sinon laseule souveraineté de TAl^ lemagne. Sur ce terrain elle s'est trouvée en face d'une double compétition. 1^ Prusse, par sa nature essentiellement Germa-» nique et par Ui constitulinn du ZoUverein, tient en ses mains la direction des intérêts Allemands. La Russie, par ses alliances et par sa prépondérance croissante dans les affaires de TEu-
rope centrale, marchait à grands pas vers une sorte de suze^ raineté de fait sur la Goofédération tout entière. UA^ulriche a
toujours lutté contre cette duuMe action. Ses différends avec la Pruise sont nombreux et pre5(iue périodiques ; elle a lait de grands efforts pour prendre la direction du Zollverein, et l'on se rappelle la scission profonde que produisit naguère en Allemagne la réunion de Bambeig.
Ce n*est pas d'aujourd Itui non plus que la Cour de Vienne s*est montrée lioslile à la politique des C^rs. Eu 1829, M. de Mettemich avait iait tout son possible pour empédier, par une coalition Européenne, la guerre entre la Russie et la Porte et régler dès lors la question d*Orient. En 1850, ce fut avec une doult'Ui profonde que les lium mes d'État Autru iiipns subirent la protection des armées du Czar Nicolas, dont l'influence sur l'Europe grandissait d'autant plus par Tappui qu*ii donnait à Tune des deux principales Puissances Germaniques* On connaît le mot attribué à ce sujet au Prince deSchwartzenberg, disant que l'Aulm lie étonnerait un jour le mumle par son ingratitude. Quoi qu'il en soit, 1* Autriche avait un in lérèt immense et direct à ne pas laisser s*étendre encore la prépondérance de la Russie.
A ce point de vue, c'est vers l'Occident qu'elle devait naturellement se reporter pour y trouver un coiilre-poids h L V vtension immodérée de la puissance Moscovite. M. de Sch^arlzenbeig éprouvait, à 1 égard de la France et du Prince qui la gouvernait, des sentiments beaucoup plus sympathiques que ceux des hommes d'État vieillis sous la terreur rétrospective qu'inspirait encore le souvenir du })reiiyei l inj^m' et de l'armée Française campée sur le Prater. 11 seniii que c était de ce côté que se trouvait désormais le pivot des aiiianoÀ et de la politique futures. U s'entoura des hommes les plus aptes à rétablir en Occident les anciennes relations que l'Autriche avait toujours [naiiquées avant 1789 et qui avaient été faussées par les coalitions d'abord, ensuite par la Sainte-Alliance* Parmi
DU COiNGRËS 1)Ë l'AlUS « U3
ces hommes, Jf • le Comte de Buèt-Scbauenstein «e place au premier rang.
Le Comte de iiui>l-Srhauenslein de Rieberg, Stranherg et lîijresfels (Charles-Ferdinand), chambellan et conseiller iatîme, ministie des affaires étrangères de la Cour et de la MaisoD impériale, est në le IT mai 1797. 11 est fils du Comte Jean-Rodolphe de Euol, qui a présidé la Diëte Germanique en qualité de ministre plénipotentiaire de la Cour de Vienne.
Entré dans la'carrière poUlique à Tàge de dix-iieui ans, li lut d'abord attaché à la légation impénale de Florence^ puis à celltis de Hanovre, de Gassel et de Francfort-sur-Mein* Le Comte de Buol fut, à la mort de son père, nommé secrétaire de légation h la Haye, puis, en 1822, secrétaire d'ambassade à Paris. Deux ans après , il remplissait les mêmes iouctions à Londres. Ministre à Carlsruhe en 1828, envoyé extraordinaire piès la Cour de Hesse-Darmstadt en 1831« ministre è Stuttgard en 1838, les services qu'il sut rendre dans ces divers postes lui méritèrent le litre de conseiller intime de r£mpereur qui lui fut conféré en 1844.
LNsque la révolution de 1848 éclala, le Comte de Buol oecupait le poste, alors bien difficile, de ministre plénipotentiaire d'Autriche à la Cour de Sardaigne. La LomlNirdie révoltée venait de faire appel à l'esprit chevalerescpie du Hoi Charles-Albert, qui se croyait appelé à délivrer Tllalie. Ce Souverain hésitait cependant à rompre ouvertement avec i'Au» triche. Le Comte de Buol mit un terme à cette situation embarrassante en prenant sur lui de demander ses passe-ports. Le Prince de Schwartzenherg , i)remier minisire d'Autriche depuis le mois d'octobre 1848, apprécia cotte conduite décidée et récompensa dignement le Comte de Buol en le nonunant ministre plénipotentiaire à Saint-Pétersbourg. Les talents qu'il déploya dans celte position élevée le firent choisir, en 1850, pour remplir les fonctions délicates de second plénipotentiaire aux Conférences de Dresde, oii lurent, on le sait, examinés et
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résolus divers points sur lesquels l'Aulridje et la Prusse n'étaient pas li'arrord.
Nous retrouvons peu de temps après le Comte de Buol ministre pléDipotentiaire à Londres. Une grande froideur existait alors entre l'Angleterre et l'Autriche. Cette dernière Puissaiice se plaifînail surtout des sympathies ouvertement exprimées eu Angleterre en faveur des iij>uïj4< ^ llalions et ilonjîrois. Le Comte de Buol entreprit de rétablir l'entente entre les deux pajSt tâche délicate s'il en fut, dans laquelle il déploya toutes les ressources d'un diplomate consommé et qu'il eut le bonheur et le talent de mener h bonne fin.
Les liautes im>siIious que le Comte de Butil avait successivement occupées, à Turin pendant Tinsurrection de la Lombardie, à Saint-Pétersbourg pendant l'insurrection de la Hongrie, à Londres dans les circonstances' que je yiens d*indi(iuer, le désignaient naturellement {umr rn m illir la succession politique <iu Pi iiice de Schwartzenberg lorsque ce ministre fut prématurément enlevé par une attaque d'apoplexie foudroyante. Le Comte de Buol fut donc investi des fonctions de premier ministre de l'Empire. 11 les remplissait depuis quelques mois à |)eine lorsque la question d'Orit nl «m lata cl lui fournit do nouvelles et solennelles occasions de déployer ses quaiiit s d'homme d'État. Les Conférences de Vienne, que le Comte de Buol présida avec un tact et une habileté qui lui valurent la reconnaissance de tous les Plénipotentiaires, le traité du 2 décembre conclu avec les deux grandes Puissances de TOccident et entin l ultimatum porté à la Russie par le Comte Esterbazy et accepté par elle, tels sont, avec les Conférences de Paris, les actes considérables auxquels le nom du premier ministre Autrichien se trouve indissolublement attaché. H n'en faut pas toujours autant pour assurer à un liomme politique la reconnaissance de ses concitoyens.
Le Darou '
te Hitaer. M. le Baron de nûbner se place aussi au premier rang
m COî^GRÉS DE PARIS 445
des hommes à larges idées dont le Prince de Schwartzenberg s'entoura pour faire triompher la nouvelle politique
de l'Autriche. C'est lui qui , durant le mémorable voyage d'Oliuutz, diri«?oa la correspondance politiquo du Prince de Schwartzenberg. La plupart des actes pul)lics, proclamations et mam'festes, notamment l'acte d'abdication de l'Em* pereur Ferdinand et de l'Archiduc François-Gharies, en faveur de rArcbiduc Françoi<i-Joseph actuellement régnant, ont été rédigés par M. de Hiihner.
Les débuts diplomatiques de M. de ilubner remontent à 1833. A cette époque» ^ de vingt et un ans à peine, il fut attaché au Cabinet du Prince de Mettemich , poste qu'il conserva jusqu'en 1840, à l'exception de deux années ])endanl lesquelles il demeura aupn^s du Comte d'Appony, ambassadeur d'Autriche à Paris. U devint ensuite et successivement secrétaire de légation à Lisbonne en 1841, puis, en 1844, • chargé d'affaires d'Autriche h Anhalt et consul général à Leipzi*?.
M. de ilubner élail, coninit' M. de Buol, en Italie, lorsque les événements de 1848 éclatèrent* U dirigeait la correspondance diplomatique de l'Archiduc Reynier, Vice-Roi du royaume Lombard-Vénitien. Pendant l'insurrection Milanaise, il fut retenu [irisonnier à Milan en (|ii.ilité d'otage et subit une captivité de plusieurs mois avant dé ire échangé.
Il arriva à Vienne lorsque l'émeute ensanglantait les rues de la cai>itale Autrichienne. On le vit suivre partout, dans ces fatales ch'consUnces, le Prince de Schwartzenberg , et braver toi; rageusement les [ilus grands périls en accomplissant diverses misbious importantes. Plus tard, ainsi que je l'ai déjà dit, il accompagna la famille impériale à Olmutz, où il resUi jusqu'au mois de mars 1849.
Son dévouement et ses travaux avaient fait apprécier à leur jubile valeur les (lualdés éminentes qui le distinguent. Peu de temps après le voyage d'Olmùlz, il fut enfin appelé à des .
roQcUûDs dignes de son iDleUigeoce et cliargé d'une missioD eitraoïdinaire à Paris.
Cette mission était extrêmement délicate, soit à cause des
circonstances intérieures dans lesquelles la France se trouvait placée, soil h cause de >ituation à l'extérieur. M. de Hiibner se montra liabiie cl clairvoyant dans raccompiissement de son mandat; aussi est-il resté définitivement à Paris en quàUté d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire.
Ses qualités })ersonnelles, dans ces hautes fonctions, n'ont pas peu contrilmé à cimenter l'alliance de TAutriche avec la France et à aplanir les difficultés qui pouvaient mettre obstacle à une union d'où devait sortir la paix de TEurope.
Depuis le traité de Paris, le titre de ministre plénipotentiaire s'est changé pour M. de lliibner en celui d'ambassadeur.
HANDE- Lord Clarendon porte un nom historique et justement iio- KRETAGNg. ^dos les souveuiTS de sa patrie. Le premier Comte de Qa- «iia^^endon. îendou était grand chancelier sous les règnes de Charles I^^ et Charles U. Par sa fille, Anne Hyde, Dik liesse d'York, il fut l'aïeul de deux Reines d'Angleterre : la ll(Mne Anne et la Heine Marie. Mais» en dehois du rang éminent qu'il occupait, on le signale comme un orateur remarquable et d*une aptitude hors ligne. 11 a écrit une BiiUnre de la rébelHon depm» 1641 juM^ qiiau rc'tablissement de Charles 11 ^ ouvrage que l'on consulte encore avec fruit.
Lord Clarendon a liérité des grandes qualités de son iUuâtre ancêtre» et, comme lui » il a été mêlé aux plus importants événements de son époque.
George-Guillaume-Frédéric Villicrs , quairi?'me Cnmle de Clarendon, Baron Hyde, Pair d'Angleterre, appartient tout entier à notre siècle. U est né en 1800, de l'honorable Geoige Villiers et de la fille du premier Lord Boringdon.
Son éducation se lit il l'Université d'Oxford, où l'aristocratie Anglaise accomplit ces fortes études c^ui la placent ensuite à
on si haut rang dm Vonlre politique et économique. Par son
grand nom, autant que par son intelligence précoce, le jeune Frédéric Villiers devait être a[>pelé de bonne heure dans le fiMNivement des affaires publiques. Dès l'Age de vingt ans, il fiit attaché à Tambassade de Saint-Pélersbouig* où il put éUidier de près la politique des Gzars et où il resta jus(}u*en 1823.
A son retour en Angleterre, les questions financières devinrent l'objet de ses travaux de prédilection; aussi, le retrouTOQs-nous peu après premier commissaire de rexcise« emploi qu'il conserva pendant dix années. On peut juger de la manière distinguée dont il remplit ses fonctions par Timportance des missions qui lui furent contiées durant cet intervalle. C'est lui qui, de 1827 à 1829, fut envoyé en Irlande pour y effectuer la fusion des deux conseils d'excise de manière iiéoiganiser et à rétablir les finances de ce pays* Plus tard, en 1831, il yint en France négocier un traité de commerce avec rAngleterre.
Celle iiubsion fut pour lui l'occasion de démontrer qu'il n'était pas moins habile négociateur et diplomate éprouvé que fioander distingué. Aussi peu de temps après* en septembre 1833, il fut nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipo-
U'iilinre h Matlrid. "
l'EspagQe était alors bouleversée par la guerre civile; la monarchie constitutionnelle, menacée au dehors et à l'intérieur à la fois, par les efforts de Don Carlos réclamant la couronne au nom de la légitimité, par les insurrections carlistes et par les soulèvements de l'anarchie, y était le jouet des partie et des aiui)itions rivales.
Frédéric Villiers arriva à Madrid avec la ferme volonté de sou- (<mir le tr6ne d*lsal)elle et de favoriser par tous les moyens po*» sibies la pacification de la Péninsule. Pour cela, il importait avant tout de placer les nouvelles institutions do l'Espagne sous l'égide d'alliances efticaces de nature à la rassurer sur l'altitude desauties États Européens qtii patronnaient la cause du préten*
44d HISTOIRE
dant. Tel fut le bol du tratlé de la quadruple alliaoce par lequel le concours de la France, de l'Angleterre et du Portugal était
ganmli à rî'>[)ajîne. Les négociations dont ce traité fut r<>hj»»t étaient surtout dirigées par le représentant do In firaade-Bretagne. Malheureusement cet acte considérable, s'il conjurait des tentatives de restauration carliste* ne pouvait rien sur les rivalités ambitieuses de quelques hommes. Dès ce jour commença entre Espartero et Narvaez un antagonisme qui devait produire plus d'une fois de très-graves complictitloos. L'inèuence de l'honorable Frédéric Viiliers dut s'exercer bien souvent ))our maintenir la balance entre les prétentions opposées de ces deux hommes d'État.
Eli 1839, on put croire néaninoins (|ue la pacificaliuii de l'Espagne était aciievée; l'insurrei lion ('lait vaincue; les institutions constitutionnelles semblaient désormais consolidées. Frédéric Viiliers, qui depuis un an, par suite de la mort de son oncle, avait pris le nom de Clarendon et le titre (\e Pair d'Angleterre, n'avail pius à ari ompUr, dans la Péninsule, uno mission h la hauteur de ses qualités diplomatiques; il revint donc en Angleterre.
En janvier 1840, il fut nommé Lord du sceau privé. Sous l'administration de Lord Jolm Russell, il était président du conseil (lu commerce. En 18i7, il fut investi de la vice-royauté d'Irlande.
On se rappelle quel était alors l'état de ce malheureux pays. 0*Gonnell, son défenseur, son cliampion infatigable, venait de
mourir, et, sous Taclion de la misère et de la famine, Tanarcliie désolait le pays. Los Land-Lonls, appauvris par rioT n n lilé du sol et la détresse générale, ne pouvaient plus su f lire eux.mêmes aux charges qui pesaient sur la propriété. U fallait dans ces déplorables circonstances beaucoup de fermeté unie à beaucoup do ménagements. Le cara('t('ro conciliant de Lonl Clarendon sut triompher de tous les obstacles, sans amoindrir l'autorité qu'il avait dans les mains et sans dévier <lu but qu'il
fdlaît atteindre. Sqo administration en Irlande a laissé des sou- Tenîis qui honorent à la fois rhonune politique et l'homme privé.
C'est en qualilé de chef du Forrîng office qu*il a présidé, en Angleterre, à tous les ados diplomatiques auxquels a donné naissance la question d'Orient. Ces actes rendus publics ont été un nouvel honneur pour la chancellerie Britanni* que, et cet honneur revient natureOement à Thomme d*État qui les a rédigés. Peiidan! cptle ménioiahle i poque. Lord Uarendou a dû prendre maintes fois la parole devant le Parlement pour expliquer la politique des Puissances alliées et les phases diverses des négociations ou de la guerre. Il l'a fait constamment avec une netteté, une force de raisonnement, une lovaulé qui lui ont obtenu de véritables triomphes oraloires.
En représentant sa patrie au Congrès de Paris, il a donné de nouveaux témoignages des éminentes qualités qui le distinguent, et maintenu loyalement entre la France et l'Angleterre cette unité de vues (|ui sont la base de leur alliance et la ga> rantie de la paix Européeiuie.
fienri-Ricbard-Cbarles Wellesley, deuxième Baron Gowley, m Coviey. est né à Londres en 1804. Son père , frère du Duc de Wellington, avait représenlé 1* Angleterre durant les guerres de l'Empire aui»rî's des principales Cours de l'Europe. Ces antécédents déterminèrent de bonne lieure la vocation du jeune Wellesley. Il embrassa résolûment la carrière diplomatique dont il ne s'est jamais écarté.
En 18->i, il fut attaché à l'ambassade de Vienne, d*oîi il passa en 1829 à celle de la Haye. En janvier 1832, nous le trouvons secrétaire de légation à Stultgard; vers le mois d'octohre 1838 il arriva à Constantinople en qualité de secrétaire d'ambassade.
Une nouvelle complication surgissait alors dans cette ques^ lion d'Orient qui, depuis le dernier siècle, préoccupait tous
m niSTomE
esprits sérieux el inquiétait TEurope. M. Welleslev put étudier de près cette redoutable question à la solutiou de laquelle les éTénements devaient ne pas le laisser étranger. En
rabsence de Sir Stratford Canning, il dut même gérer plusieurs fois ranilui>sade Brilaiimque de Coiislantinople.
En 184^t au milieu des commotions qui agitaient les États Européens, il était ministre plénipoteoUaire en Suisse sous le titre de Lord Gowley , qu*il venait de prendre à la mort de mm p^^e. l^s circonstances étaient difficiles; la République Helvétique, si voisine do la France, menaçait sou>ijieii desiapi^ortà la tranquillité des États limitrophes; l'Allemagne était en révolution. La position de Lord GoK^ey exigeait une rare prudence. 11 se rendit en mission spéciale à Francfort, siège de TAssemblce constituante, el dans ces diverses occasions il nioritra autant d'énergie que d'habileté. Aussi lorsque ia Uièie Germanique fut rétablie. Lord Cowley reçut le titre de ministre plénipotentiaire auprès de la Confédération, et ses utiles conseils ne contribuèrent pas peu à faire rentrer l'Allemagne dans une voie plus ^é^îuli^^e.
L'Anj^lcterre avait un moment iiésité vis-à-vis du Gouvernement Français après les événements du 2 décembre; mais lorsque l'Empire fut rétabli, la plupart des hommes sens^ comprirent que Talliance entre les deux grandes nations occidentales était la sécurité du présent et la garantie de Vavenir. Parmi ceux que celle conviction aniiuait le plus vivement, il faut placer Lord Cowley. Aussi, Lord Derby, désireux de voir se resserrer les liens d'intimité entre la France et la Grande- Bretagne, ne crut pouvoir choisir mieux que Lord Cowlej pour accomplir cette tâche. En 185*2, T.ord Cowley remplaça en effet Lord Normanby comnu* aiuliassadeur à Paris. On peut affirmer que le nouvel envoyé Britannique a puissamment contribué par son caractère et sa haute intelligence à consolider Falliance des deux Cours et à faciliter même entre les Souverains ces rapports personnels et sympathiques qui se
DU CONGRÈS DE PARIS Alii
sont traduits par le voyage de TEmpereur Napoléon en Anglelerre et par la visite de Sa Majesté la Reine Victoria à Paris.
Le Baron Ollion-Tliéodcre de Manlcutfel, président du Con- phvssc. seil d*Étal et du CoDseil des ministres, ministre des affaires i.e Raïun étrangères de Prusse, est né le 3 février 1805, à Lubben. ^
11 perdit son père à Tige de sept ans et reçut alors, ainsi que son fn-re cadot, les soins d'un oncle qui s'atlaclia à lui iairc* doDuer la meilleure éducation. Entré à l'Université de Halle en 1824, le jeune orphelin, qui avait déjà montré beaucoup d'aptitude, y resta jusqu'en 1827, époque à laquelle il termina ses études.
A vin^'l et un ans, M. de Manteuffel, préparé à la vie publique par de sérieux travaux de droit et d'économie politique, se rendit à Berlin, où il fut d'abord attaché au tribunal des finances et ensuite à Tadministnition politique. Nommé conseiller an tribunal de Luckau, Tliabileté qu'il déploya dans ces fonctions lui mérita une ( oiitiance si jçraiKh; tpie le i eiele de Sternberg le désigna pendant |)lusicurs années pour le représenter à la Diète provinciale de Brandebourg. Cette même réputation le suivit dans les fonctions de conseiller de la régence supérieure de Kœnigsberg, et la plupart des villes du cercle de Luckaului déce^n^^ent le droit de bourgeoisie honoraire. Kn 1843, il était vice-président de la régence de Stetlin, et un an plus tard, nous le voyons auprès du Prince de Prusse avec le double titre de conseiller rapporteur et de conseiller intime. Cette position de roiiliance, due entièrement au mérite de riionuui! et non à la faveur, est le véritable point de départ de la forlune politique de ^f. de ManleulTel. Travailleur infatigable, le nouveau conseiller intime compléta, par la pratique et la manipulation des affaires fmbliques, ses connaissances admînis- Iralives. Ses aptitudes spéciales et la confiance dont le Souverain et le Prince de Prusse riionoraientlui ouvrirent les portes du Conseil d'État, où il entra en 1845. M. de Manteuffel avait
élé précédemment ehargé do la direction de ia deuxième division politique au xuiuistrro de l'intérieur.
Deux ans après, en 1847, nous le retrouvons député à la Diëte, où il ne larda pas à prendre une position remarquée. Ses efforts pour maintenir la conslilulion intacte et sa vive opposition (outre le vole personnel sont ses deux premier<^ titres parlementaires. A cette époque, M. de Manteulfel eouiplait déjà des adversaires, mais il n'avait pas d'ennemis. 11 avait donné des gages à Tordre au moins autant qu*à la liberté. Comme administrateur, il s'était montré habile, actif et capable; comme liomme politique, il avait fait preuve de résolution : c'est tout ce qu'il faut pour être désigné par l'opinion publique dans un moment de crise. De plus, M. de Manteuffel s*appuyait déjà sur un parti , parti puissant en Prusse et que les radicaux, appellent dédaigneusement le paiii l>ourgeois ou de la bureaucratie. M. de Manteuffel était doa( i>orté naturellement aux affaires par le courant de l'opinion lors> que la révolution de Février éclata. Il ne prit le portefeuille de l'intérieur que le 8 novembre 1848, mais bien avant cette époque son nom avait été prononcé dans les conseils du Roi.
On sait dans quelle situation était la Prusse quand le lieutenant Comte de Brandenbuig fut nommé président du Conseil des ministres. Les concessions faites par le Roi n'avaient pu
désarmer la démagogie. Le luinislère Pfuel venait de reconnaître sou unpuissance; vainement il avait déclaré dans son programme du mois de septembre qu'il ne voulait ni réaction ni anarchie. Tout le monde avait compris que le péril était imminent et qu'il fallait pourvoir sans retard aux nécessités impérieuses d'une situalion presque désespérée. Ce fut dans ces circonstances que le Comte de Brandenburg accepta la présidence du Conseil des ministres, avec le portefeuille des affaires étrangères, tandis que M. de Manteuffel prenait la direction du département de l'intérieur.
Dr tONGUES i*K PARIS 453
Le nouveau présidênt du Conseil inaugura son entiée aux affaires en portant à TAssemblée nationale l'ordre royal, décrétant que le siège de la représentation était transféré de
Bi'ilni à Biauiielmrf?.
Personne n'a oublié ce qui se passa alors. Le président de l'Assemblée refusa d'obtempérer à l'ordre royal, très^sérieusement motivé, cependant, sur des considérations de sécurité dont chacun, en voyant Prtat delà ville, pouvait Aire juge. Le Coinlc de^ Brandenburg déclara illégale et factieuse la continuation des délibérations h Berlin, et il adressa au commandant de la garde nationale Tordre de prendre aussitôt des mesures pour que l'entrée de la salle des séances fût interdite aux membres de la Chambre. La jzarde nationale, au lieu d'obéir, fit cause ronnnune avec rAsscnibiee, qui put ainsi continuer ses séances trois jours encore, c'est-à-dire jusqu'au 11 novembre. Ce même jour parut un nouveau décret déclarant nulles et non avenues les délibérations et les résolutions prises ■par l'Assemljlée au niéjjris de l'ordre de prorogation qui lui avait été signitié. En mémo temps, la garde nationale lut désarmée et les troupes prirent position dans toutes les parties de la ville.
Cet acte de vigueur, sous lequel une main fenne et résolue se sentait déjà, n'interrompit pas les séances de la représentation dont les membres se réunirent dans la maison des Arquebusiers, toujours sous la protection de la garde natio* nale. C'est là que fut rédigée la proclamation adressée au peuple contre les rescrits royaux et les différents ordres du
(.al II net.
Lb moment était solennel. M. de MantouHel comprit que la Couronne était sérieusement menacée et qu'une heure de faiblesse ou même d'indécision pouvait tout perdre. La lutte était engagée contre le GouveTnement. Le Gouvernement ne
pouvait en sortir vauicjucur que par un acte d'énergie : M. de Mauleuiiei» unnistre de l'intérieur, lit comprendre au Boi la né-