U HISTOIRE
cessilé de dissoudre l'Assemblée nationale. Le Hoi v ( unî>entU, elle 5 décembre jparut l'acte de dissolution» rédigé pat y. de Manteuffel. Le Roi Frédéric-GuiUauine donnait en même temps une nouvelle constitution à son peu(Ae et convoquait le> Chambres pour le 26 février suivant.
Cette ronstitution est, dans ses parties principales, Tœuvre de M. de Manteuff^.
Les Gbambres se réunirent, en effet, le février 1849. L'opposition contre le Cabinet Brandenburg-HanteuffeU qui s'était déjà manifestée en plusieurs circonstances, prit une forme plus agressive et plus inquiétante. La seconde Ciiambre, dans sa séance du 20 avril, somma le ministre de lever sans délai rétat de siège de la capitale. Cet acte de rébeUion ne tarda pas h être imité. Le 8 mai suivant, cinq cents députés des villes rli* n.nies se réunissaient h Cologne et forniaieut une sorte de congres indépendant. Ils «lemandaienl, entre autres choses, que TAssemblée nationale de Francfort secondât de tous ses efforts les tendances nouvelles de TAUemagne, et ils déclaraient que Teiistence du ministère Branileiil inL: MaiiieulTel était incompatible avec les >ériuUes iuleréls delà Prusse.
Une insurrection éclate à Dresde le 3 mai ; une autre insurrection a lieu bientôt à Rastadt. Des assemblées populairea qui s'improvisent dans le grand-duché de Bade décrètent la guerre l'outre la Prusse. A Carlsruhe, les troupes fralernisenl avec les ouvriers et se livrent à toutes sortes d'excès. Le ûol révolutionnaire devient de plus en plus menaçant pour le ministère Prussien, qui fait face à tout et lutte avec une énergie remarquable. Le président du Conseil succombe dans cette lutte après une courte maladie. 11 es! rfnii.lar*; par le Baron de Ladenberg, tandis que M. de Mauleutfel prend r intérim du département des affaires étrang^res. C'est de cette époque que datent les négociations qui aboutirent au rétablissemrat des bons rapports cntie TAutriche et la Prusse, et finalement à
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la lameusie eonveoUon d'Obnûtz, qui fut signée le 20 no- Tembre 1S50.
Moins d'un mois plus lard, le 10 décembre, le Baron de La- (leoberg ayant ollerl sa déinissioii de président du Conseil des ministres, le Roi Frédéric-Guillaume lui donna pour succès-* seur le Baron de ManteulTel, qu*U maintint et confirma dans ses fonctions de ministre des affaires étrangères, reconnaism\i ainsi les ca})a( ités de cet liuiuiiie d'I.tat, ses services distingués, son infatigable activité et svii tout Ténergie dont il avait su faire preuTe dans des temps difficiles*
Le Baron Othon-Théodore de Manteuffel, premier Pléni- |M)lenlia!re Trussicn au Congrès de Paris» n\i ni la haute stature du (^omle Orloff, ni les dehors aristocratiques de Lord Glareodon. 11 est frôle et de petite taille. On peut, sous beaucoup de rapports, comparer M. de Manteuffel à M. Tliiers. Il est resté, avant tout, Phomme de la dasse moyenne. U a vu le danger de trop près pour qu'on jmisse suspecter sa fermeté, et il a donné de trop nombreuses preuves de capacité pour qu'on élève jamais des doutes sur sa valeur politique et administrative. Ce qui lui manque, ce n*est donc ni la r^olution qui fait suivre avec vigueur PaccompUssement d'une idée, ni le talent qui sait en tirer tout le parti possible : c'est peut-être Pespril de synthèse tjui fait embrasser 'd'un seul coup d*œil Pensemble et les exigences d'une situation. Diplo* matiquement pariant, M. de Manteuffel n'est d'aucune école. Ses talents, sa volonté et la confiance de son Souverain Pont élevé à la position de premier ministre, et il a fait trop longtemps de l'administration proprement dite pour que, chez lui, l'administrateur ne domine pas toujours le diplomate. M. de Manteuffel est donc Phomme des détails, mais il a au service de ses connaissances, acquises par un travail iinessanl, une inlellifienfe souple, line et déliée qui suftirait seule pour expliquer la conllance que le Roi de Prusse a mise en lui.
456 histoiul:
Le Comte Maximilien de Uatzfeldl» Bxtyojé eitraordioaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi de Pnisse«
conseiller privé, etc., est né en 1813.
La laiiiille deHatzIeldl roconnaît jHiur chef Richard de Ilalzfeidt, qui assista, en au tournoi de Mersebouiig.I>u dixième au dix*septième siècle, nous trouvons le nom de Batzfeldt mêlé à tous les événmnents importants de Fbistoire d'AUemagne, et, en 1641, nous voyons l'aîné des Hatzfeldt ajouter à son titre séculaire celui de Comte de Gleichen, et prendre place à la Diète de TEmpire comme Comte souverain. Cent ans plus tard, en 1741, un Comte de Hatzfeldt recevait le titre de Prince du Royaume de Prusse. Enfin, en 1748, la dignité de Prince du Saint-Empire lui était conférée.
Parmi les illustrât ions nombreuses que compte la famille de Hatzfeldt, elle cite avec un juste opp^icil le Comte Melcliior, leld-marécha) de l'Empire, qui rendit les plus éminents services à TEropereuT d'Allemagne pendant la guerre de Trente ans.
Depuis plus d'un siècle, le litre de Prince fut porté parPalné des Hatzfeldt, et le père du Comte Maximilien était le Prince de Hatzfeldt qui gouvernait Berlin en 1806.
De 1806 à 1813, nous voyons le Prince de Hatzfeldt, honoré à la fois de la confiance de son Souverain et do reslime de l'Empereur Napoléon remplir à Paris diverses missions conUdenlielles à l'entière satisfaction des deux Cours. Ce fut le Prince de Hatzfeldt qui, en 1811, vint apporter à l'Empereur Napoléon les con4>liments de la Prusse sur la naissance du Roi de Rome, et c'est le fil> «lu Pnnre de Hatzfeldt qui, par une curieuse coïncidence, a été chargé, au mois de mars 1856, d'exprimer à l'Empereur Napoléon lU les souhaits du Roi Frédéric-Guillaume à l'occasion de la naissance de l'enfant îm* périal.
Le Comte de Hatzfeldt a commencé sa carribre dipl<»mdlique à Paris, en 1838, et il y est resté depuis cette époque. A vingt*
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cioq ans, c'esi-à-dire à son arrivée parmi nous, le jeune diplomate était déjà un homme distingué, en qui se retrouvaient
toutes les qualités du Prince son père. L'expérience et la pratique des affaires, qui dessèchent les cœurs vulgaires, n'ont point changé M. de Ilatzfeldt, et Ton retrouve aujourd'hui, dans le ministre plénipotentiaire de Sa Miyesté le Roi de Prusse, fortifiées et non pas diminuées par Texpérience, la droiture et la loyauté qui avaient fait aimer et rechercher le jeune attaché et plus tard le premier secrétaire d'ambassade. Longtemps avant la révolution de 1848« ces qualités avaient ouvert tous les salons devant le Ckimte Haximilien de Hatzfeldt. En politique, on< lui trouvait un jugement sûr; en littérature, des connaissances sérieuses. M. de Ilatzfeldt. est un penseur , mais c'est en même temps un homme du monde, de notre monde à nous, dont il est presque, et où il a choisi sa compagne. Mademoiselle de Gastellane, fille du maréchal.
Lorsque la révolution de Février éclatn, le Curnte Maximilien de Halzleidl était premier secrétaire de l'ambassade de Prusse à Paris. Âu mois de mars 1848, il reçut le titre de chargé d'affaires. Il montra, dans les circonstances difficiles de cette époque, un esprit de conciliation et des qualités que le Roi son maître s'empressa de reconnaître et de récompenser en relevant Tannée suivante à la haute dignité d'envcJyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, fonctions que le Gouver* nement Prassien n'avait jusqu'alors conférées qu'à de vieux diplomates. Le nouveau ministre n'était Âgé que de trente^ix ans. Cette élévation rapide fut universellement approuvée à Berlin. A Paris, dans la société politique, on la considéra comme une récompense équitable et bien méritée.
La campagne diplomatique si laborieuse qui s'est terminée par le traité de Paris a fourni à M. de Hatzfeldt plus d'une occasion d'utiliser les mérites particuliers qui le (listliiiznent. La Prusse ne pouvait, certes, être mieux représentée. Les ser-
vices qae le mîDîstre plénipotentiaire de Prusse a rendus à soo CAUTernement durant cette période difficile ne peuvent être
bien ij précit's que par le ralunet de Berlin lui-même: mais à Pans, il n'est personne qui ne reconnaisse que M. de tiatzfeldt 8*e6t toujours montré animé d*nn esprit de oonGilialioa et d'équité qui n'a pas peu contribué à dissiper des piéten^ tlons fftcheuses, trop souvent justifiées par les allures peu symj>alliiques, pour ne pas dire hostiles, de quelques vieux |>olitiques Prussiens.
le Qomie Maximilien de Hatzfeldt était le second Flénipo* tentiaite de Prusse à Paris.
Bi>sir.. Ce ne sera pas'un des fails les moins remarquables du Conte comic grès de Paris, que d'avoir vu effacer les traités entre la Russie et l'Empire Ottoman par la main même de ceui qui les avaient contractés. La signature du Comte OriofT figure au bas du traité d'Andrinople t l du traité d'I'rikiar-Skek'ssi, les deux actes lr>< plus considérables que la chancellerie de Sainl-Pétershourg ait accomplis pour atteindre le but séculaire de la politique des Gzais. Hâtons-nous de dire cependant que le Comte OriofT s'était montré, dès le principe, résolûment con- Uaire aux demi^^es manifestations de l'Empereur Nicolas contre l'Empire OUoman; il ne croyait ni l'heure propice ni le succ^s possible ; il avait desapprouvé le passage du PniUi et l'invasion des Principautés; plus tard, il s'était montré partisan sincère de la paix. Cette attitude, non moins que la haute estime de l'Empereur Alexandre, et 1 importance <hi rôle qu'il a joué dans les affaires de son pays, le désignaient à l'avance pour représenter la Russie au Congrès pacilique de Paris.
Aleiis Feodorowitscb , Comte Orioff, est né en 1784^ n est fils
du Conile Théodore Orl(>ff Tscliesmensky, dont le nom est si étroileiiient niclé à la révolution qui, en 1762, i»ul pour objet de venverser le Gzar Pierre 111 et de donner le trùne à Cathe-
line sa femme. Le suinoiii de Tseliesniensky lui fui oclruyé en mémoire de la glorieuse bataille de Tscbesmé (1770), dans laquelle il détruisit en Morée toules les forces navales du Sultan Mustapha III.
Le frèro de Théodore Orloff, Oroiznrv Orloff, était iiiiiuNlre de la guerre; c'est à son initiative qu'est due l'expédition de la mer Caspienne, dont le résultat fut d'incorporer cette mer à rimmense Empire Moscovite.
Alexis Feodorowitscli entra tout d'abord dans l'élal militaire, n servit avec édal durant les îruerres contre Naj)oléori Sept blessures reçues sur le ctiamp de bataille de Borodioo, lui valurent les fonctions d'aide de camp de FEmpereur Alexandre. A la paix, il fut promu au grade de major générai et au commandement du régiment de la garde il cheval.
On sait rinsiirreclion que souleva la mort subite d'Alexandre Une redoutable conspiration avait été ourdie dans l'armée. Elle édata aussitôt que le nouveau Gzar, Nicolas I«^ fut proclamé. Déjà les conjurés avaient pénétré dans le palais d'Hiver, où habitait la famille impériale, pour imiuolor le nouvel Empereur et proclamer à sa place son fnTc Conslanlin, lorsque l'énergie et le dévouement du Comte Oiloff parvinrent à maîtriser l'insurrection, dispersèrent les insurgés et arra< chèrent son Souverain à une mort certaine.
Df-'S ce moment le Comte Orloff devhit en quelque sorte, par le droit de la reconnaissance, comme un des membres de la famille impériale. Une étroite intimité avec l'Empereur Ni-^ colas fut la première récompense de cet éclatant service; il devint aide de camp général de l'Empereur et membre du Conseil de l'Empire.
A peine sur le trône, le Gzar Nicolas tourna ses regards vers la Turquie, ambitieux d'atteindre enfin le but traditionnel de Pierre le Grand et de Gaâierine. La guerre de 1828 fut déelaiée. Le Comte Orloff y commandait la division des chasseurs à
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cheval. On sait que celte redoutable campagne mit TOnpife Ottoman à deux doigts de sa perte. L'armée Russe, sous les
ordres du général Diébitch, après avoir pris Ibraïla, Varna et Silislrie, avait franchi les Balkans, lorsque l'Europe, justement émue, imposa la paix aux Puissances beUigéranies. Le traité d'Andrinople fut conclu et signé par le général Diébilcb, le Comte Orloflf et M» de Boulenieff. Ce traité suscitant des difficultés d'exécution, le Comte Orloff se rendit à Cooslanlinopie pour les aplanir, et il resta ensuite dans la capitale de la Turquie conm^e ambassadeur de Russie* Il occupa ce posie jusqu'en 1832, époque à laquelle il dut accompagner l'Empereur Nicolas dans plusieurs voyages que ce Souveraia fit «n Europe.
La révolution de liclgique et la constitution de ce Hoyaum^ en État indépendant, faillirent, on s'en souvient, entraîner une guerre générale* Les Conférences de Londres eurent pour but de conjurer les périls d'une conflagration universelle; le» iRguf i iiKiiis furent longues et difficiles. Le Comte Orloff, cbaigé de la délicate mission d'exercer, dans ces graves rire* instances, une influence modératrice, s'acquitta de cette tàdie avec autant de zMe que de bonbeur.
Peu de temps après, la Russie fut mise à même de récolter ce que sa politique habile avait seniO d ins le traité d'Andnnople. En 1833, l'armée Égyptienne, victorieuse en S.vrie, menaçait le Sultan dans sa propre capitale* Mahmoud, évideimueot inspiré par les agents Russes, écrivit au Gzar pour lui demaD* der son concours et sa protection en vertu des traités. US Turcs appelaient eux-mêmes les armées Russes dans ïe sein de leur Empire ; l'occasion était trop belle pour qu'où ne s'empressftt pas de la saisir.
Trois divisions Russes arrivèrent à marches forcées à Scutari, sur la rive Asiatique ; la flotte formidable que le Cut tenait en réserve h Nicolaïcff et à Sébasto|>ol, prête à toosl^ événements, vint mouiller à Bi^ukdéré, sous les oriiie^
DU CONGR&S DE PARIS m
amixaui Greigli et Lazareff. Eu uiéiue Imips le Comte Orloff fui chargé auprès du Sultan d'une mission extraordinaire des* Unëe à maintenir la Porte dans la voie où ette s*élait engagée.
Cef >pn<laiit les l*ui>saiif es Européennes ne pouvaient sans mquictudc une armée el une llolte Russes sous les murs mêmes de GonstanUnople. ËUes adressèrent au Gouvernement de la Porte les plus vives remontcinces. Mais le Comte Orloff était parvenu, par une habileté merveilleuse, à dominer l'esprit du Sultan; la Porte répondit par un mt-murandum dans lequel elle se félicitait surtout du a généreux » concours que lui prélait la Russie. Voici comment se manifesta cette ^iné^ ronié.
Le Comte (Moff, comme consécration de l'alliance intime qui existait désouii ii^ ( titre la ilussic cl l'Empire Ottoman, obtint et signa lo 8 juillet 1833 le iamcux traité d'Unkiar- Skelessi qui, confirmant tous les traités antérieurs, fermait rentrée de la mer Noire aux vaisseaux de guerre des autres nations et en faisait ainsi un véritable lac Russe. GonstanUnople était désormais à la merci des flottes du Czar.
Le Comte Orloff avait exigé que la clause relative à la fermeture des détroits serait tenue secrète; mais tme corvette Française s*étant présentée à l'entrée des DardaneUes et le passage lui ayant été refusé, des explications furent demandées par la France et par rAngleterrc, ot la Porte fut obligée d'avouer le traité d'Unkiar-Skeiessi. Dès lors la question d'Orient prit les proportions d'un événement Européen et souleva des complications que la crise de 1840 ne [)ut conjurer et que la de Paris a résolues.
On connail io> phases diverses du grave conflit qui ri l<ila alors entre les grandes Puissances Européennes. L'Angleterre, d'abord aussi émue que la France du traité d'Unkiar-Skelessi, finit cependant par se ranger du côté de la Russie. Le traité du 15 juillet 1840 fut conclu entre la Grande-Bretagne, la Russie,
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TAutriGhe et la Pniase» laissant la France isolée et cherchant à la contraindre à accepter purement et simplement ce qui au-
rail été convenu entre les quatre Puissances contractantes. Ce syst(»me, qui fut suggéré ol habileineiU conduil par la tliplomatie Busse, devait eo effet atteindre le but proposé. La Franco signa à son tour le traité du 15 juillet et abandonna sa politique pour rentrer dans le concert Européen.
Quelcjuc temps après, le ConUe Orloff acconipae:na le Grand- Duc Alexandre dans plusieurs voyages. C'est pendant ces Tojages que se décida le mariage du Grand-Duc avec la Princesse Marie, fille de Louis II, Grand-Duc de Hesse, mariage à la conclusion duquel le Comte Orioff ne resta pas étranger.
En 1845, il reniplara le Comte de Benkendorff, déerdc'*, ccmmie rliof de la troisième seclion delà chancellerie particulière de l'Empereur et de la gendarmerie de TEmpite, dont les colonels, répartis dans tous les Gouvernements, ont moins une mission de police proprement dite que d'inspection générale sur toute ra(lniini>tration du pays. Cette lonction permettait au Comlc Ol Inl f (Tenlrer chez rLniporeur et de lui parler librement à toute iieure du jour et de la nuit.
Il usa de ce privilège en 1853, pour dissuader vivement le Gzar Nicolas de trandier par des mesures violentes les complications qu'avait soulevées la mission malheureuse <lu limit e .Meu-rlukol'f. Le Comte Orloff n'était pas d'avis que l'armée Russe tranchtt le Pruth et occupât les Principautés. ^11 comprenait que l'Europe, dans sa constitution actuelle, s'unirait pour empêcher la chute de TEmpire Ottoman, et que la Russie ne pouvait (ju tHre vaincue dans la lutte iiii[)rudente où elle s'engageait. Ces sages conseils ne furent pas suivis. Le manifeste du 36 juin 1853 parut et les Provinces Danubiennes furent envaliies, sans que FEmpereur Nicolas eût communiqué ces résolutions extrêmes à son conlîflent habituel.
Le Cwir ne pouvait néanmonis se priver du concours d'un homme aussi éminent que le Comte Orloff. 11 lui coniia la mis-
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sîon dâictle de ramener rAulriche, qui entrait de plus en plus dans la politique occidentale, et de maintenir en AQema-
jene des dispositions favorables h In Russie. Mais les cirroiistances devaient déjouer riiabiieié du diplomate. Le Comte Orlofi échouay et c'est une justice à lui rendre que cet échec fut le premier et le seul de sa longue carrière politique.
La guerre dut suiTre son cours. Mais lorsque TEmpereur Ab?\anclro monta sur le tmne, innuiiiirant évidoniinoiil une politique nouveUe et plus pacillque, i'iuiiuence du Comte Orloff grandit et s'exerça de nouveau en faveur de la paix* Aussi dès que la Russie, résolue à mettre un terme aux malheurs de la guerre, se décida à aci^epter loyalement les conditions des l*ni-s,inces ocridonlales, le Comte Orloff fut naturellement désigné pour représenter son pays aux Conférences solen* nèllv qui idlaient s'ouvrir.
L'histoire de ces Conférences le montre franchement disposé à aplanir les difficultés au lieu de les faire naître, et apportant d^ins toutes les d(''lih»'rntinns une modération ol une loyauté qui n'ont pas médiocremeui contribué à la conclusion do la paix de Paris,
Le Raron de Brunnow, issu d'une famille noble de Courlande, u naivu (^liié <-i Dresde Ir 31 amM 1797. Il arlieva ses éludes à l'Univer-* sité de Leipzig et il entra, ou 1818, dans la cUaucellerie du Comte de Nesselrode, où il ne tarda pas à se faire remarquer. Attaché peu de temps après au département du conseiller Stourdza, un de ses protecteurs, il rédigea sous sa direction le code civil destiné à la Bessarabie que la paix de Bucharest avait incorporée dans la Russie. *
Après ce long et minutieux travail, le Raron de Rrunnow accompagna le Comte de Nesselrode aux Conférences de Troppau et au Congrès de Laybach. U fut ensuite attaché, pendant un an, en qualité de secrétaire, h rand)assade Russe à Londres, puis appelé à participer aux travaux du Congrès de Yérone,
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puis enfiD retenu» avec une posîlion supécieuie^ au ministère des affaîres étrangères.
En 1827, nous le trouvons adjoint a la personne du Comte "Woronzow, gouverneur général d'Odessa. L'année suivante, il assistait le Comte Orloff dans les n^odations qui précédèrent et suÎTirent la paix d*Andrinoide.
Ses rares capacités et son zèle lui assurèrent bîentM Vamitié flu Comte qu'il accompagna, h Constantinople d'abord, avec le litre de conseiller d'ambassade, et, }>lus tard, dans les missions extraordinaires que le Comte Orloff remplit à Londres et à la Haye.
Le Baron de Brunnow fut nommé, après 1830, conseiller
d'Klal vl directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères, fonctions de conliance qu'il remplit pendant huit ans sous les yeui du Comte de Nesselrode et qui l'initièrent à tous les secrets de la diplomatie de la Russie.
Il débuta comme ministre plénipotentiaire aux postes de Sluttp;ard et de Hesse-Darmsladi, et il fut chargé, à la fin de l'année 1839, d'une mission conlidentielle en Angleterre. C»Hte mission, motivée par les éventualités de la crise d'Orient» avait pour but de resserrer les liens entre la Grande-Bretagne et la Russie. La Russie forgeait alors le premier anneau de la chaîne qui devait se briser définitivement quinze ans plus tard, malgré tous les efforts et tous les soins de lEmpercur Nicolas.
'Le programme proposé était oelui-d :
«Action de la France et de l'Angleterre sur les côtes de Sjrie, pour contraindre le Y ice-Roi d*Égypte, et présence d'une - flotte Russe à Gonstantinople pendant l'opération sur les cAtes
de Syrie. »
Nous avons vu cette même pensée se reproduire dans les
entretiens du Czar avec Sir H. Seyui< mr. La politique de la Russie en Orient se dessinait déjà clairement. Lord Paimerston
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comprit le danger, malgré l'apparente compensation qu'on offrait aux deux grandes Puissances de l'Occident, et il s'empressa de répondre « que jamais une escadre étrangère ne paraîtrait devant CoDStautinopIe, sans qu'une escadre An^ise ne s'y montrât en même temps. »
Le Baron de Brunoow avait donc échoué. E parut prendre son parti de cet échec, et il revint en Allemagne. Mais quelques seiiidiiies après il était de retour h Londres et il présentait un nouveau projet à Ijord Paimerston. Le moment était opportun. Les Chambres Françaises venaient de discuter l'adresse au Roi, et cette discussion avait révélé certains désaccords entre la France et l'Angleterre sur la politique à suivre en Orienl. Le nouveau projet de la Russie consistait à autoriser les deux Puissances occidentales à faire entrer cliacune trois vaisseaux dans la mer de Marmara tandis que la flotte Russe aurait mouillé devant Gonstantinople. L'Angleterre, cette fois, se montra dis[)osée à appuyer le projet et elle parla dans ce sens. Notre Cabinet, au contraire, on doit lui rendre celte justice, fit preuve de fermeté et d'une sage prévision, en repoussant la proposition Anglo-Russe, se fondant sur cette ciioonstance bien évidente que la combinaison proposée aboutissait à la conlii lualiuii tiu i^rolecloral de la Russie qu'il s'agissait de détruire et non pas de fortiiier.
On sait quelles conséquences ce refus eut pour nous. Ce qu'on n'avait pu faire à cinq qn le 6t à quatre. Le traité du 15 juillet fut signé et la France se trouva isolée. M. de Brunnow se montra, dans les négociations qui précédèrent cet événement, d'une habileté extrême. Il trompa M. Guizot lui-même, qui était alors ambassadeur à Londres. U lui persuada, à l'aide d'un de ces subterfuges qui ne sont peut-être pas, il faut en convenir, de très-bonne guerre, même en diplo* malie, mais que rhi>loit f' juge toujours avec indulgence, qu'il attendait des inslruclious nouvelles de Saint-Pétersbourg, et tandis que la vigilance de notre ambassadeur était endormie
id6 lil.siOUŒ
par cette assurance * M« de Bruiinow signait le ttaité du
15 juillet.
M. do Brunnow recul immédiatement la récompense de ce
nitivemeut en qualité d'envoyé exlraordiiiaire et mioistre plénipotentiaire près la Cour de Saint-Jaines. Cette victoire remportée, le Baron de Brupnow s'apptiqoa,
tlans un but facile comprendre, à persuader au j^>euple Anglais que les teudances du Gouvernemenl Russe étaieiU des plus innocentes et des plus pacifiques. « Est-ce que c esl la Russie qui voulait la guerre ? » demanda-t-il du ton le plus convaincu, dans un banquet donné en 1841 par la compagnie Russe de bjndres, en rap[>elanl le iraité du 15 juillet. « Rst-ee que c*e?l la Hu>si'' i[ui jcpaiid.iil se< ainjcs et ses troiip»'^ ^•n Orient? Sont pas un seul soldai liusse n'a franchi nos frontières, pas un seul bâtiment de guerre Russe n'a appareillé de nosportsl »
Le voyage à Londres que fit TEmpereur Nicolas en 1844, ses tentatives d'entente secrMe avec l'Angleterre» la tuirespoodance confidentielle de Sir 11. Seymour sur les ouvertures curieuses et significatives que je rappelais tout à rbeure, sool autant de faits qui se tiennent. Us ont une origine commune, r.nuliilioii insatiable de la Russie, et un but unique, Ja possession de Constanlinople.
La mission du prince Mensclûkoff à Gonstantinople fut cependant jugée par le Baron de Brunnow, il faut lui rendre cette justice, comme une faute. L'homme d*Ëtat dont je viens d'esquisser en quelques mois la vie, avait été élevé à une é*coï^ qui J ninpie trop sur Irs ressources de l'espnt pour scfaii»' uii argument de ces allures de matamore. L'épée est pour le général, la parole est pour le diplomate, et l'art de peisuader ne consiste pas à ()ar1er en tenant une cravache h la maio. Os vieux moyens, qui nippellent un ]»eu trop les temps <le barbarie, doivent être relégués duus l'arsenal des armes dont on
ne se sert plus. M. de Bnmnow avait bien pu, à Loodres, comme je viens de le diie, sortir un peu de la vérité pour faire tomber M. Guizot dans une erreur favorable aux projets de la Russie ; mais pour rien au monde , fîan^ toute sa carrit re si bien remplie* il n'eût parlé une seule Xoiâ d'un Ion baulain et me* naçant,
la Cour de Saint-Pétersbourg qui, jusqu'à la mort de TEmpereur Nicolas, tenant rigueur à M. de Brunnow du jugement porté par lui sur la mission MeuscInkuU , lui avait interdit de se montrer à Sainl-Pétershourg après son départ de Londres, fiDît par comprendre qu'elle avait tout intérêt à ne pas se priver plus longtemps du concours et des lumières d'un
homnu' aussi (Icvoué cl aus>i utile. Quand il s'ngit d'adjoindre un collaborateur au Comte Orloiï jïour assl^le^ au Congiès. de Paris, le Comte de Nesselrode, laissé libre de désigner le second Plénipotentiaire, nomma aussitôt le Baron de Brunnow. Ce choix lionore Thomme (jui en a été l'objet et la Puissance qui l'a tait.
La famille de M. le Comte Camille Benso de Cavour est ori- «ardaigh. ginaire de Quiers ; elle a conquis depuis longtemps une grande et légitime réputation. Son père occupait à Turin des fono- ^
tions élevées «iaiis l'administration puiilKiue; son fr^re aîné, le Marquis Custave de Cavour, membre du Parlement, est auteur de plusieurs écrits philosophiques estimés.
Le Comte Camille, né en 1811, lut d*abord destiné à l'état des armes, il sortit officier du génie de rAc<idéraie militaire de Turiu. Mais la nature de son esprit le ^luassail vers l'élude des sciences économiques et de la i)olitique. Au bout de dmx ans de service, il donna sa démission pour se livrer à ses travaux flivoris.
Les questions d'économie politique étaient alors la grande préoccupation des espriLs sérieux et des lioninies d ictai dans rEurope entière, mais surtout en France et en Angleterre. La
France se dislinguail par les écrits reniarqual)les de ses éco- Qomistes; TAngleterre entrait hardiment dans la voie nouveUe et faisait passer dans la pratique des faits les théories de la science. Robert Peel venait d'inaugurer la réforme commerciale devenue si féconde pour le Royaume-Uni.
Cette grande mesure produisit sur l'esprit du Comte de Cavour une impression profonde que rien ne devait plus effacer et qui lui fit dès lors ambitionner de suivre l'exemple de l'illuslre ministre Britanni(|ue.
Los circonstances politiques dans lesquelles se trouvait 1 Italie ne devaient pas exercer une iniluence moins vive sur l'âme du Comte de Gavour. Un souffle réformateur semblait alors passer sur la Péninsule. Le Pape Pie IX avait pris l'iniUative de grandes idées et donné h son peuple des libertés pour lesquelles il n'était peiil-<^lr(' pa> encore mûr.
Le Roi Charles-Albert, allant lui aussi au-devant des désirs de son peuple, encouragé par d'éminents écrivains, les Balbo, les d*Azeglio , les Gioberti, décréta en 1847 d'impi>rtantes réforme? et l>ienlAt octroya la constitution qui régit aujourd'hui le Royaume do Sardaigne.
M. de Cavour fut Tun des premiers qui conseillèrent ces mesures. De ce moment date sa carrière politique.
Dans les Gouvernements parlementaires, où l'intérêt s'excite et se soutient par la lutte dt s partis, les hommes politiques ont deux moyens d'action et de succès : la presse et la tribune. Tous deux agissent fortement sur Topinion et donnent aux écrits sérieux et liardis l'occasion de se faire rapidement con* naître et apprécier. M. de Cavour se servit de l'un et de l'autre. Écrivain distingué et lucide, il pouvait traiter avec supériorité dans la presse les grandes questions du moment ; sans être un de ces fougueux orateurs dont l'éloquence ardente subjugue et entraîne une assemblée délibérante, il possédait les qualités qui sont nécessaires pour captiver et convaincre ses auditeurs, la clarté, la tinesse, la logique et surtout le bon sens.
au CONGRBS DE PARIS 4m»
n devait donc; réussir à la fois dans le journalisme et dans le
Parlemenl.
Il fonda et dirigea pinidanl longtemps le i{»5wr^im^n<o, journal qui prit aussitôt un rang bonorable et important dans la presse Piémontaise. En même temps, il fut élu député de l'un des collèges de la capitale.
La renoniuiée de M. de Cavour i^M-aiulil rapidement dans ces doubles travaux. En 1850 le porteieulUe de la marine, de l'agriculture et du commerce étant devenu vacant par la mort de M. de Santarosa, fut confié à M. de Cavour. L'occasion lui était enfin offerte de mettre en pratique ses idées économiques; il n'iiésita pas à la saisir, et il entra résolùment dans la voie des rtMormes commerciales.
Le 6 juillet 1850, il ût voter une loi qui abolissait les droits différentiels de navigation et de douane en faveur de tous les pavillons étrangers, à condition de réciprocité.
L'année suivante il oijtinl du Parlement une réduction importante sur le tarif des douanes et il en iil opérer plusieurs autres en 1852, 1853 et 1854. En même temps il négocia avec toutes les grandes Puissances Européennes, l'Angleterre, la France, la iU'liîiijue, les Pays-Bas, le Zollvereiii, l'Auli idie, la Sut'de, la Suisse, le Portugal, la Gr('»ce, la Turquie, etc., des traités de commerce qui opéraient des diminutions notables sur les tarifs douaniers, soit à l'importation soit à l'exportation. Enfin il fit voler une loi par laquelle le commerce de cabotage, résiMvé auparavanl au pavillon national, fut permis aux pavillons étrangers».
Toutes ces mesures sont Tapplication du système de libre échange, dont M. de Cavour a toujours été l'un des partisans
les plus convaincus. Le libre échange, dans ses théories radi- * cales et absolues, iTi'sl neul-élre [»as (''lîalcnn'iil a|tplit:al)le dans tous les pays; mais il faut reronuaiUc (pi eu Piémont, comme en Angleterre , il a produit d'excellents résultats. Il a décuplé l'activité de la^iavigation Sarde; il a créé dans les
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^»orts marUiuies du Royaume un mouvemcDl énorme de inar-
rliandises et de transactions; il a accru la consommation générale en abaissant le prix de rcvionl d<'s diverses douices; entiQ.même après la réduetion du tarif, les revenus des douanes, loin d'avoir diminué, se sont accrus sensilitemenf.
A la suite de quelques différends survenus dans le sein du Caljiuet, M. de Cavour (luilla, en 18.V2, le porlefeuillo delà marine, de ragncullure et du cumnieice et la direction du minisière des finances, il profita de cette occasion pour faire un voyage à Parts et à Londres*
Quelque temi)s après son retour en Piémont, le Cabinet d'Azeglio s'étant retiré, le Comte de Cavour fut chargé de former un nouveau ministère. M. de Cavour s'en réserva la présidence et reprit le portefeuille des finances» Les luttes de 1818 et 1849 avaient épuisé le trésor et forcé Tadministration h contracter des emprunts* La dette nationale s*était arrnic par les indemnités payées à rAulrichc. A ces causes de malni-^' linancier vinrent s'ajouter les nécessités de la guerre d'Oneut,
laquelle le Piémont a pris avec une noble résolution, on le sait, une part glorieuse.
Ce ne fut pas toutefois sans traverser des difficultés nombreuses (|ue le Gouvernement S/irde entra dans l'alliance orridenl.ile. La situation du trésor public était la principale de ( es difficultés; il est vrai qu'eUe fut promptement levée par Toffre que fit l'Angleterre de fournir au Piémont une somme de vingt-ci [iq millions de francs destinée à couvrir les dépenses de la jïuerre.
Malgré cet engagement, lorsque la France et la Grande-Bretagne proposèrent au Piémont de prendre une part active à la lutte contre la Russie, cette proposition rencontra des obsta-
des dans le sein du Cabinet de Turin. M. Dabormida se relira, et le (!onile do Cavour, sans quitter le portefeuille des linances, entra au ministère des affaires étrangères. Son premier acte fut la signature du traité d'alliance du 26 janvier 1855*
DU CONGRÈS DË PAHIS 471
M. de Gavour, ministre des affaires étrangères, ue négligea pas, au milieu des complieations extérieures, le soin des linaiices du Royaume. 11 commeuça par introduire la plus stricte économie dans les diverses branches de l'adminislralion ; il pt ()|K>sa plusieurs projets d*tmp6ts et s*occupa surtout de la révision générale des lois qui ont trait au sysl^me des contri- Imlions publiques. C'est h M. de Cavour cpic ie l'itiiiont doit rinsiitution régulière et solide de la Banque nationale , la créa* tion d'une caisse du commerce et de rindustrie analogue au Crédit mobilier de France, et enfin les nombreux chemins de fer qui sillonnent le pays en tout sens et ont conservé h Gènes un transit qui» celle ville risquait de perdre définitivenieul au profit des autres grands ports de la Méditerranée.
Signataire du traité d'alliance du 26 janvier 1855, M. de Cavour a été appelé, après la retraite de M. d*AzegIio, à signer le traité de paix que faisait prévoir Touverture du Congrès de Paris.
M. le Marquis Pès Salvator de Villamarina appartient à ime uu»nv»^ des grandes famiUes du Piémont. Son père a servi sous les viuamariii*.
draj)eaux de la France; puis, minisUe du Uoi (Charles-Albert, il a été, dans sa patrie, le promoteur de la plupart des grandes mesures qui ont signalé le règne de ce chevaleresque mo« narque.
Fils d'un homme qui avait tour à tour passé sa vie sur les champs do Itaiaillp ot dans les ronioils de TKlat, le Marquis Pès de Villamanna reçut une édui ation tout à la fois militaire et politique. Les traditions de sa famille lui ouvraient en même temps la carrière des armes et celle des affaires publiques. En attendant que sa vocation particulière fiU prononcée ou que les événenienls lui eussent tracf' sa voio, ses }>remières années furent consacrées h l'élude des sciences liliérales. 11 suivit les cours des facultés et se fit recevoir, en 1830, docteur en droit à l'Université de Turin.
Il semblait donc destiné aux travaux paiJtiquos de la vie civile, mais une r<Tlaine attrarlioii et j»eul-t in- .lussi la conscience du rôle que Tarmée pouvait être appeice à jouer dans Ja politique Sarde« le décidèrent à entrer au service.
Cette conviction était en effet justifiée par les espérances qui dominaient à la Ck>ur de Turin. On n'y dissinnilait pasia pensée d'aurinuliir ril.ilio ou (lu moins une partie <le VllaVio du protofioral «'Irangcr «jui st'inhle devenu depuis si longtemps la coDdilioo de sa tranquillité et même de son existence. On y rêvait l'unité italique sinon sous le sceptre du moins sous rinfluence du Roi de Sardaigne ; et surtout on j nourrissait le projet d'nrraclier tôt ou lani à l'Autriche les belles provinros de la haute Italie. Évidennuenl dans toutes ces combinaisons et dans ces hypothèses hardies le premier r61e appartenait à Tannée; on comprend que li^ fils des grandes familles Fiémontaises aient alors embrassé Tétat militaire comme offrant à leur avenir les chances les plus belles et les plus glorieuse'i.
M. Pès d(^ Villamarina se distnigua bienlùt et il obLiul eu peu de temps im grade supérieur. U était colonel de cavalerie en 1844, lorsqu*une haute faveur l'arradiant à la vie militaire, le reporta vers les régions politiques. Le Roi CharIes-AU>eri le noniiiia secréiaiiv du Conseil d<'s ministre^ (pii se réunissait hebdomadaircuient sous la présidence royale. C'était uue mission sérieuse et toute de confiance. M. de Villamarina y révéla une grande intelligence des affaires et des qualités qui le firent bientôt remarquer de son Souverain. Ces fonctions considérables l'initièrent d'ailleurs pinidiidriiienl à la politique de son pays et aux tiueslions iuqiortaates qu'elle pouvait soulever soit à l'intérieur soit à l'extérieur. U était entré militaire dans le Conseil des ministrds, il en sortit diplo* mate éprouvé.
En 1»4B, il fut nommé ministre plénipotentiaire en Toscane.