a situation était alors excessivement grave. L'Europe en
UU CO.NGRÈS D£ PAiiiS 473
ti^re raf^ntaît le contre-coup de Fexplosion révolutioDiuiire qui a s Mil ('(latr en France; l'Italie était en ébullition. I.a lâche des agents diplonialiques do la Sardaigne devenait parlicuLièrement épineuse. La Cour de Turin croyait en elfet le moment propice pour réorganiser l'Italie dans le sens et dans rintérét de sa politique traditionnelle; mais d*un autre cAté, e\le senlail hien qu'elle devait éviter de s'appuyer sur les éléiiieuLs révi^hUionnaires sous peine de compromellre ses in<f lulions présentes et ses espérances futures. 11 lui imposait surtout de ne laisser supposer nulle part qu'elle pdt pactiser avec la démagogie pour s'en faire un point d'appui. Auprès des autres Gf>uvernonienls italiens, si légitimement alarmés, \\ fallait plus encore que partout ailleurs dissiper ces soupçons.
mission des agents de la Cour de Turin près de ces Gou- Temements était donc fort difficile; elle eiigeait beaucoup de tact et de prudence. M. de Villamaiiiia remplit dignement le
luaiulat qui lui ( la il confié.
La grand'croix de Saint-Maurice récompensa, en 1852, ses éminents services. Au mois d'octobre de la même année, il fut envoyé en France comme représentant de la Cour de Turin.
Peu de temps après la question d'Orient éclata avec ses menaces et ses compUcaiions. M. de Villamarina comprit rapidement la part glorieuse qui pouvait revenir à sa patrie dans la lutte Européenne qui allait s'engager. U éclaira le Gouvernement Sarde sur le véritable état des choses et sur l'attitude que lui conseillaient ses intérêts et son honneur. T)H que r;illianre fut conclue entre les deux grandes Puissances occidentaieSt i'adbésion du Piémont et son prochain concours furent acquis à la politique du droit Européen. H. Pès de Villamarina Ait rintermédiaire le plus actif de l'alliance, dès lors résolue entre les Cours de Saint-James, de Paris et de Turin, et que sanctionna le traité du 220 janvier 1855.
M. de Villamarina reçut de l'Empereur Napoléon 111» à Toc-
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casion de la signature de ce traité, le grand cordon de la Légion d'honneur.
^ A celle « j HpK une crise ininistérielle trrs-prrave éclata en Fiémonl. 1^ loi des t ouvents avait soulevé entre la Cour de Turin et le Pape les plus redoutables complications; le iiiiiiis> tère lui-même s*était divisé; la Chambre et le Sénat se montraient pleins d'hésitation; le pays était ému et agité. Le Cahin<'l présidé [lar le (iOmte de Cavour venait de dnnîier sa démission. M. de Villamahua fut appelé à Turin pour prêter au Gouvernement le concours de son dévouement et de ses conseils, et il fut chargé de former un nouveau Cabinet de concert avec le génénil Diirando. Grâce à son esprit conciliant et modén'-. an évita les périls de la situation et la crise se termina saus complications nouvelles.
Cette œuvre délicate accomplie, M* de Villamarina rennt prendre son tioste à Paris où il a figuré avec honneur dans le Gtaii;ja ^ de paix à côté du premier Plénipolenliaire Sarde.
Ti-itti». Le Gouvernement Turc est peut-éire de tous les Gouverne- Ajii-PaeiM. ments celui qui offre le plus d'exemples d'hommes arrivés des rangs inférieurs de la société à des positions éminentes. Mou-
hamnied-Emin-x\ali esl un (ie ces élus de la ioriune et du travail. Sans protection, sans intrigue, il est parvenu, i>ar sou seul mérite, aux plus hautes fonctions de TÉtat.
Houliammed-Emin-Aati passe à juste titre pour un esprit laborieux et instruit. Sa figure est douce, ses manières sont dîslinprnéos et agréables, son extérieur annonce Thomme d*étude et de méditai ion.
Né en 1815, fils de Aali-Riza-£ffendi, il entra de bonne heure dans les bureaux de la chancellerie et dans ceux des traducteurs qui, en Turquie, ont été le point de th part et p(Kii ainsi dire la première étape de tant de glorieu:>es destinées.
Kn 1834, alors qu'il avait à peine vingt ans, Mouliammed-
DU COiNGRÈS DE PARIS 475
Emin-Aali fut nommé s^nd secrétaire d'ambassafle ft Vienno.
Deuxan^ plus lard, on 1 appela au prisl*» <le premier droj^rnan du DivaQ impérial. 11 dut cette posiUoD de coufmnce à la répula* tion qu'il s étaii acquise comme ori^laliste, à son expérience précoce des afCaiies politiques et à sa parfaite connaissance des langues de TOccident. L'année suivante, Reschid-Paclia ayant été envoyé à Londres, Mouiiainmed-Emin-Aali lui fui adjoint en qualité de confie iller d'ambassade. Au départ do Resehid, il demeura chargé d'affaires en Angleterre*
En 1839, Mouhammed-Emin-Aali fut rappelé à Gonslantinopie et nomin^» conseiller du ministère des affaires étrangères. Il paxsa iiv. ii' pusle, >aii^ autre transition, à celui de ministre pléuiiHitentiaire à Londres. Pendant son ambassade» de graves diliicullés surgirent entre la Porte et la Grande-Bretagne; tine rupture paraissait imminente* Mouhammed-Emin-Aali contribua i)eaucoupà l'emptVrberpar son esprit de conriliation et les autres qualités qui en fais.n<'nl (léj;i un tliplumale (h^lin^vK'.
Rappelé à Conslantinoplo en IHii, nous le voyons successivement membre du Conseil suprême de justice, ministre des affaires étrangères [)ar intérim, grand chancelier du Divan, ministre des allaues éirangères pendant que Hescbid était grand vezir, puis élevé à la dignité de mucliir, c'est-à-dire maréchal, et enfin à celle de pacha*
Mouhammed-Emîn-Aali, désormais Aali-Pacha, rentra dans la vie privée en 1848; mais bientôt le Sultan recourut de nouveau h ses services et l'appela à la présidence du Conseil suprême de justice, et, peu à près, au ministère dos affaires étrangères pour la troisième fois. £n 1852, il devint grand vezir à la place de Biescfaid- Pacha. Quatre mois après, il recevait le titre de gouverneur général de Smyme. U fut ensuite gouvt nieur de Brousse, et enfin président du Conseil du Tanmuai. Ses mérites le tirent, peu de temps après, appeler de nouveau au ministère des affaires étrangères.
C'est en cette qualité qu'il a pris part aux Conférences de
m RISTOIIIE
Vienne, où il s est acquis Testime et 1 amitié de tous ses collègues. Ces Cooférenoes duraient encore lorsque Reschid quitta le. pouvoir. Aali*Pacha lui succéda au poste de grand vear, el c'est à ce titre qu'il a présidé à l'élaboration des projets de réforriies (jui odI abouti à la publication du nouveau liatti- . cbériff d'Abdul-Medjid.
Cette vie si pleine et si utile* ces nombreux smioes, une connaissance approfondie des intérêts de sa patrie désignairat d'nv.inre Aali-Pa( ba comme Plénipotentiaire delà Turquie au Congrès de Paris.
Le rôle dévolu dans ces graves délibérations au représentant de l'Empire Ottoman devait être considérable, à raison de rintérêt direct de cet Empire. Aali-Pacha a déployé en cette onaMMii une iiilahgdble activité. Il lViis<nt partie de j)resque toutes les ( ummissions s)»é('iales nommées dans le sein du Congrès. Mais il travaillait surtout avec ardeur à résoudre la question relative à la réorganisation des Principautés Danubiennes, question dont il paratt avoir fait une des grandes études de sa vie et sur laquelle il dift' rait d upmiou avec les Plénipotentiaires de France et d'Angleterre.
Après la signature de la paix, Aali Pacha donna tm grand bal auquel parut l'Empereur des Français, bonneur qui n'avait été fait auparavant a aucun autre ministre étranger.
Mehemmod-Djemil-Bey, ambassadeur de Turquie à Paris, Djemii iiej. piénipotonUaiie de la Porte, est fils de Reschid-Pacha,
et il a suivi cet homme d'État distingué danstoutesses missions en ICurope. Ou n'a pas lieu par conséquent de s'étonner que Djemil-Bey se soit familiarisé de très-bonne beure el d une manière intime avec cette civilisation occidentale qui a tant d'influence aujourd'hui sur les destinées de la Turquie» Il était attaché à l'ambassade de Reschid-Pacha, lorsque, en 1841, ce diplomate arriva une seœnde fois à Paris avec le litre d'ambassadeur. Kn 1815, Hescbid-Paclia, devenu grand vezir, plaça
son {Us dans les bureaux des affaires (•t^anR^res de la Suhlime Porte. De là, Djemil-Bey fut aii^jclc à occuper la position de deuxième secrétaire du Sultan. Ge poste de haute confiauce fut la transition qui le conduisit à FamlNissade de Paris.
Meheimned-Djemil>Bey est à peine âgé de trente ans. 11 joint i»eaucoup de di^iiiiction à une grande affabiliU; de caractère, lies séjours qu'il a Caits dans les diverses Cours de TËurope lui ont inspiré une sympathie marquée pour nos moeurs et nos usages.
lils sëances ou congres
LES PLENIPOTENTIAIRES A PARIS
Attitaae L*attitude habile prise par les Plénipotentiaires Russes au»-
Fiéoipoteo- sit(M leur arrivr'o à Paris, et le soin qu'ils mireiil à s'assurer le* Sm^s ^^^^^^ (lisptiM lions de la France jetèrent du iloule parmi ïe>
particaiirités. esprits qui n'avaient pas oublié que l'Angleterre, tout en seprêtant aux négociations, eût peut-Atre, pour des considérations dont j'ai parlé ailleurs, vu sans déplaisir la continuation
de la i^uerre. Quelques personnes se deinandrieiit donc si l'alliance était toujours au>si intime et si les débiU> i ": filaient s*ouvrir n'étaient pas de nature à la comprometire. sagesse du Gouvernement Français avait été au-devant de ces craintes. Les deux Gabinels de Londres et de Paris s'étaient entendus sur les divers points qui devaient faire l'objet des délibérations du Congrès comme ds l'avaient fait pn'MTileniment sur toutes les autres questions. En ce qui concerne (e Congrès» le plan de conduite h suivre avait été proposé par le Gouvernement Français, mais rien dans ses dispositions ^ jxmsait — est-il besoin de le dire? — alarmer la susceptibilité la plus ombrageuse. L'Angleterre y vit clairement »|ue l'on < la>' disposé, à Paris comme à Londres, à donner à l'interpréiaii^'J des bases de paix qui allaient être discutées toute l'exteosiou qu'elles comportaient, au point de vue des intérêts de Talliance,
UISTOIBE DU CONGRÈS DE PAKiS m
sans humilier la Russie. Le Gourcrnement de Sa Majesté Britannique avait donné sa pleine < i ( ntiiMO apf>rnhation h celte ligne de conduite, qui devint, dès lors, une preuve de plus de FeateDla des deux nations.
Les Plénipotentiaires Russes allaient donc trouver, en se présentant au Con^çrèiS, les Puissances alliées étroitement unies sur rintorprf^tnlidii des ])riiici|)es p'ruTaux de la iK'i^'ociation. Celte uniuD n'excluait ni les apprécia lions différentes sur les points secondaires, ni les nuances d'opinion, mais elle était un gage d'accord indissoluble sur les parties fondamentales de la discussion. Unies par de semblables liens, et n'ayant pour ainsi dire qu'une seule et même volonté, les Puissances alliées De laissaient plus aux Plénipotentiaires liusses, quelle que fût, du reste, leur habileté, aucun espoir d'obtenir des concessions que Topinion publique eût regrettées. Nous allions pouvoir BOUS montrer d'autant {)lus conciliants dans les formes que nous éli(»us plus résolus à la fermeté sur le fond. Cette position, on le comprend, mettait de notre coté tous les avantages de la discussion et ne laissait aux mandataires de la Russie d'autre ressource que de nous intéresser par un sage esprit d'équité et de nuMléralion. T.es Plénipotentiaires Russes ne se firent pas illusion sur leur position au Congrès. Ils la jugèrent avec cette sûreté de coup d'oeil qui caractérise la diplomati'^ Moscovite, et je dois leur rendre cette justice que, sans cberciier à lutter contre des impossibilités, ils se placèrent tout d'abord sur le terrain de la résignation et de la fram liise et surent y détendre avec un art infini et une persévérance constante les graves intérêts dont ils étaient chargés.
La nouvelle de Touverturc des séances du Congrès avait oinoitu...^ attiré, le 25 février au matin, une foule considérable sur le La cui iosilc quai, depuis le pont de la Conrorde jusqu'à la rue d'iéna. P"^'*^"*' Vers midi, celle foule, conipo:*ée de curieux accourus dans i'espoir de voir les Plénipotentiaires à leur arrivée à l'hôtel du ministère des affaires étrangères, était si compacte qu'on
jugea nécessaire <le la niaiulenir à distance h l'aide d'un quel d'iuiaulene el d'uue escouade de sergeub de ville. On (Hit ainsi assurer la libre ciicuialiou des voilures sur la diaussée. U n*est pas nécessaire de dire que tes eonversatioos le^ plus animées étaient engagées dans les groupes. On y discutail eii plein air sur le plus ou moins de chance d'un arranfîenient, et les avis étaient fort partagés. Toutefois on s aceurdait à faire des v<Bux dans le sens de la paix, et le sentiment qm deminait était la confiance, jointe à une curiosité bienveillante pour tous les membres du Congrès.
Les Plénipolenliaires arrivt'rent successivement de midi et demi à une heure. A une heure et demie ils étaient tous réunis dans le salon des AmbassadeurSt où devaient se tenir leurs séances.
Le salon des Ambassadeurs est une magnifique pièce située au rez-de-ch.iu^M r. Son nom indique sa destination urdiiiaue : ( est là que soQt introduits les ministres étrangers qui doivent être reçus, en attendant qu'ils entrent dans le cabinet du ministre. Le cabinet ouvre sur le jardin, du côté du midi, el n'est séparé du salon des Ambassadeurs que par une autre pièce de même grandeur et très-belle aussi, dite salou des Attachés de service.
Le salon des Ambassadeurs prend son jour du côté de la. Seine par trois fenêtres percées jusqu'au plafond. En face s'ouvre une porte communicpiaiii avec le charmant salon de la Rotonde, également nus a la disposition des membres du Congrès, qui s'y réunissaient souvent pour causer et le traversaient pour descendre au jardin.
Le salon des Attachés est à droite du salon des Ambassadeurs, et la salle des Concerts à ^.luche. Rien n'av aii ciê changé dans romcmentation ni dans 1 ameui)lement du salon des Ambassadeurs pour l'approprier à sa destination nouvelle. Los murs sont revêtus de tentures de satin ciamoîsi, tous les ornements sont en or, le plafond et les dessus de portes ont
élé décorés par nos plus liabih > arîislos, ot le parquet se cache sous un nciie lapis d'Aubusson. A droite el à gauclie de la porte qui fait face aux trois fenêtres, se trouvent les portraits eo pied et de graudeur naturelle de TEmpereur et de l'Impéntrice. Ces deux peintures, vivement édaîrées par la lumière du dehors, qui h's frappe en plein, sont le principid ornornent de la pièce et iui donnent beaucoup d'aoimatioa. Le meuble est, comnie les tentures et les rideaux, en satin cramoisi et or. Quand on regarde les portraits de Leurs Majestés, on a à sa gauche une beDe et vaMe cheminée dont la garniture est un clieM'«Piivre de moulure, de ciselure et d'Iiorloiïerie» et h sa droite une suporl >o console, formant pendant à la cheminée et supportant un buste en marbre de l'Empereur Napoléon l^*
Les envoyés de la Sardaigne étaient arrivés les premiers, Arrivée puis étaient venus les deux ministres Turcs, et peu d'instants pi^vjjjj^., après, les représculaiiis de l'Angleterre distançant de queii^ues tiains, minutes ceux de l'Autriche.
Les Plénipotentiaires Russes arrivèrent à une heure un quart, le Comte Oiloff, malgré ses soixante-dix ans passés, gravit rapidement l'escalier qui conduit à l'entrée d'honneur de l'hôtel, tandis que le Baron de Biuuuow en montait lentement les degrés
Tous les honorables membres étaient en négligé du matin.
Au moment où les Plénipotentiaires sont introduits dans la Mlle de leurs tr^naux, le uiilieu de cette salle esl occupé par tine grande table ronde que recouvre un tajiis de velours ^ert. C'est la table des Conférences. Elle a été faite pour la circonstance, et elle est d'apparence semblable à celle du Conseil fiux Tuileries, mais beaucoup plus grande. Douze fauteuils en lH>is doré et garnis de salin cnimoi^i reiitoureiit, distanrrs cotre eux par une faible séparation. En coin(>lant les sièges et en additionnant les espaces luiiîsés libres, on comprend <iu*il ne serait pas absolument impossible d'introduire deux fouteuils de plus dans le cercle, et Ton est involontairement
m HISTOIRE
«.'ouiluit à i>eiiiei aux probahililés d'admission do I.i i'iu><o. Sur le tapis vert, devaot chaque fauteuil» ont été placés les meDus objets nécessaires pour écrire : papiers de divers formats, plumes, crayons, enveloppes de toutes grandeurs et cire il cachetcM . Kniin, six encriers, un pjr Puissance représentée, et quatre bougeoirs complèlenlla garniture de la table du Congrès.
Du cùté des fenêtres se trouve une seconde table de grau* deur moyenne* c'est celle où doit prendre place le rédacteur des protocoles qui remplira les fonctions de secrétaire du Gon- *yirH, Au besoin, t:clle table, <pi4 a la n)rnie d'un carré long, |K)urra être rapprochée de celle des délibérations*. Entin, un petit bureau se trouve entre la cheminée et les fenêtres; il est destiné aux Plénipotentiaires qui voudront écrire en particulier, et su|iporte un encrier monumental en argent massif, d'une vdlt'ui itÉliuix ijno de «pialre mille IVaiHS, et qui en a coûté seize mille. Cet objet curieux, compris dans le mobilier du ministère des affaires étrangères depuis le premier Empire, paraît sorti tout fratdiemeot des mains de Tartiste. On ne sait dans quelle circonstance il a été commandé ; il est destiné à servir à la si^^naluie du traité de paix si la paix se fait. Jusque-là, il ne ligurera dans la salie du Congrès qu'à titre d'or* nement K
Les douze Plénipotentiaires prirent place autour de la table,
de droite à gaucbo, dans l onlro suivant ; Autriche, France, Grande-Bretagne, Russie, Sardaigne et Turquie. Le Journal des Débals et quelques autres journaux prétendirent que les Plénipotentiaires prendraient rang à la droite et à la gauche
1 Ce rapprochement eut lieu dès la première séance. ' A la seconde séance, .U occupait le milieu de la table des délibératioDSy où il resta jusqu'à la fin des Conférences. L'un des correspondants Parisiens de VJndépmdanee Mge prétendit,
par erreur, que ce fameux encrier avait été commandé par M. Drouyn de LliUNs, pcnJant qu'il éliiil ministre, en vue de la signature d'une paix prochaine.
DU CONGRÈS Dl^ PAhiS m
(lu président, dansToidre établi parles règlements du Congres de Vieiiuc. On affirma aussi (|ue les Plénipotentiaires seraient placés, durant les délibéralionSt dans l'ordre suivant lequel avait eu lieu leur présentation aux Tuileries. U y eut encore d'autres versions, et, au milieu de ces assertions contradictoires, dont j'ai déjà parlé ailleurs, plusieurs s<^anœs eurent lieu aviint (|ue le publie roi'iiprît hi^n (ju'on «iwiU i)urement et simplement sui^^ l'ordre alpliabétn pie. Le jour où la Prusse eut accès dans la Conférence, ses Plénipotentiaires se plac^ rent après la Grande-Bretagne et avant la Russie.
Je n*ai pas l intention de revpnir iri, niômo par voie d'analyse ou de résumé, sur les prolocolcs des séances, qui se trouvent en tète de ce volume; je veux indiquer seulement les par^ictilarités les plus remarquables qui surgirent pendant la discussion et dont il n*a pu ôfre fait mention dans le travail officiel.
Kl d'abord, quelle était la marche adoptée pour la conduite des travaux?
La présidence avait été dévolue à Tunanimité à M. le Comte Walewski. Après ta vérification des pouvoirs de tous les mem-
bresdu Congrès, M. lieiiedelti, directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères, ayant été proposé et admis en qualité de secrétaire rédacteur, la table qui lui était destinée fut approchée de ceUe des délibérations, et M. Benedetti y prit place. Les fonctions du rédacteur des protocoiles cunsislaienl : à prendre des notes dans le cours de la discusâion, à résumer par écrit les opinion^ ; mises, à les rédiger en protocole, dans son cabinet, après la séance, et à donner lecture de sa rédaction à l'ouverture de la séance suivante.
Sept co|>ies ries protocoles ou procès-verbaux (six avant i'udiniM.iun de la Prusse^ étaient (.'nvnvtrs le lendemain des séances, à domicile, par les soins du nnnislèrc des affaires étrangères, sous enveloppes cachetées, à l'adresse des sept premier» Plénipoteniiaireê $eu!ement. Cette communication
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n*étail pas officiellemeot faite aux autres membres. Les pnmiers Plénipotentiaires apportaient au projet qui leur éuii ainsi s«»uinis, et qu'ils avaient tout le leinps li'exaîimier che/ eux, les uiodiQcalions qu'ils rroyaienl utiles aux laLéréts dont ils étaient les représentants. A la séance suivante, le projet de protocole était lu par le secrétaire, et chaque premier Piénipotentîaire suivait la lecture sur* la copie qu*il avait sous le« yeux. Quand la rédaction n'avait lionné lieu à aurune observation, le protocole était signé sur-le-champ. Quand le> observations étaient de peu d'importance et ne nécessitaient \ta> de grands changements dans la forme, ces changements étaient faits ] Mandant la séance, les pièces étaient recopiées dansiez bureaux, et le Cong^^s ne se séparait qu'après l'adoption et la signature du protoiolo. Knfin, quand te proeôs-vorbal n^mi donné lieu à des remaniements considérables, on en arrêtait les bases dans le cours de la séance, et on ne signait r/nslniment qu*à l'ouverture de la séance suivante, après une nouvelle lecture. Les protocoles étaient toujours signés par tous les Plénifiotentiaires prés<'nt>^.
Celte dernière copie ou instrument léetail pas la seule trace qui restât des décisions du Congrès. Une presse autograpliique, travaillant sous la surveillance d'un attaché du ministère, avait été d*abor<l établie dans une pièee du sous-sol de Vhôtel: elle fut ensuite numlOe au deuxième étaj^e, oùrllr fouftionna pendant toute la durée du Congrès. I n <-tief impruueur et mi ouvrier recevaient des mains d*un attaché le protocole, éirit sur papier autograpbique, le décalquaient aussitôt, sans le lire, sur une pierre j»réparée et en tiraient, sans temps d'arrêt, le noiiilvre <rexi'ni[)lairo'^ vcuilu.Ce nombre ftit d'alxtrd de vingtcinq, puis de trente-cinq. Lo premier Plénipulenliaire declia^uc Puissance recevait deux exemplaires de Tinstrument, dont l'un portait la signature du secrétaire du Congrès ; le second Plénipotentiaire n'en recevait qu'un, sans cette signature.
Aussitôt après le tirage, l'attaché faisait effacer soigiieusc-
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ment le(lécah|ue, puis 1 unpnineur et sou oinricrso retiraient l>our revenir après la séance suivante, ils n'étaient donc pas tenus en cbartre privée et au secret» comme la plupart des journaux le prétendirent
fjes Plénipotentiaires étaient convoqués à domicile, par hilliMs ÔTÎts au nom du ininibliL» des affaires étrangères, indiquant i iiouie el le lieu <le la prochaine réunion. Ces billets étaient envoyés à tous les Plénipotentiaires, sans distinction.
Aussitôt après Touverture de la séance, le président indiquait l'objet qui allait être mis en délibération et, naturellement, H (lirip^eait les dél>als. Les choses se passaient h peu \)vH Côiniiic «'Ut'» se (»ax>enl au Conseil des jiiiuistros ; il n'y avait, à vrai dire, pas de disi ours. On érhangeail lihrement ses idées, et on n'était pas astreint à Tobligation de demander la parole |K>ur répondre à une ai^umentalion ou exprimer ses idées. C'était une conversation, souvent animée, quelquefois un peu vivo, mais (jui no rap()elail en rien les disrimsiruis réglées et mùliindiques de certaines as>oin}»lées. L'ne l'ois i ordre du jour indiqué, tout membre était libre de parler quand il jugeait le moment venu. 11 va sans dire que cette liberté d*allures, réglée par b conscience de chacun et le sentiment d*une considéralion réciproque, ne condui it ia i;r,ive assemblée à la
confusion. Il ne s'agissait pas tlo brillor, mais d'éUe clair, et IX) ur réfuter avee clarté un argument il faut d'aliord savoir en «•coûter les développements avec patience.
Il avait été convenu, du reste, que toute parole un peu vive, toute <!\pression irrilanle échappée à renlrainement
< On avait eu d*abord ridée de foire imprimer les protocoles après chaque séance; mais' on comprit que rimpression tipographique rendait le secret beaucoup moins sûr. La communication d'une ('preuve du tmité, foite plus tard par un ouvrier de rimprimerle
impériale à une entreprise de publicité, prouva sural>ondamment qu'on avait eu raison de se conleutcr de l'autograpliie.