‹ Histoire du Congrès de ParisChapitre 38 sur 43 · C HISTOIRE · texte numérisé non relu

C HISTOIRE

de la discussioD serait soigneusement écartée des procès-verbaux, qui ne devaient contenir que le sens des eipllcation«;

échangi^, exprimé le plus siMTÎnctement iK)ssible. Sur ce point important, ton> les l'ii niiinh u liai res s'étaient mis d'accord dès leurs premières cDlrevues. Cette résoIuUoo, maintenue jusqu*à la tin des travaux du Congrès, explique le laconisme du pTOcfes-verbaJ de certaines séances, qui durèrent cependant plusieurs heures, et furent très^incidentées. Si ofi vùl voulu en donner ce qu'on .ipiM'llc la /ihysionomic en termes de compte* rendu, cinquaiUe grandes pages iiy auraient pas toujours suffi.

Le procès-verbal, ainsi expurgé et condensé, acquit en importance tout ce qu*il perdit en étendue. Cliacun de ses mois

élail pt's»' .a.uil i adojilidii el avait une >iîniilir,ilion réelle qui engageait sou auteur. La mesure eut pour clïet de rendre l'expression de certaines prétentions un peu moins absolue : ainsi, il se présenta tel incident où la réclamation par le président de la mention au prorî-s-verbal d'une opinion émise lit reculer l'oraleur «'l U' remlit {jIu> fin oiispect.

Les Plénipolenliair(vs se réunissaient souvent par giuupes avant Touverture de la séance, soit dans le salon de la Rotonde, soit dans le jardin. Ces réunions avaient toujours lieu quand l'ordre du jour faisait pressentir cpielque ditïiculté sérieuse. C'était la |)Ptite séan< e avant la tzrande. et il arrivait parfoi que la petite >éante durait heaucoup plus longleuij.>s que l'antre. (Généralement, les Plénipotentiaires qui se savaient du même avis sur la question dont on allait s*occuper formaient un groupe, tandis que leurs ailversains en formaient un autre. On causait d'ahonl h voix hasse, puis, sur nii mot, sur une interpellation, sur une demande de n^nx-if^nemenC l»'> hnnunes se rapprochaient, les deux groupes se confondaient et les idées s'échangeaient. Gomme il n'.v avait (las la menace d*un protocole au bout de ces discussions, on se parlait sans contrainte, c'est-à-dire très-librement, très-chauilement môme quelque-

fois. Plusieurs honorables roenibres metlaienl ce moment à

profil pour allumer \m ri^aro. On ciM dil d'un cprcle <1p hon ton el *rilluslratiuns jK)iiUques» où les plus haulos (lutslious d'équilibre Européen el de droit international étaient trai* tées. Afifès une controverse plus ou moins longue, souvent ardente el orap^use, mats toujours savante, le débat se calmait peu ;\ peu, tU's concessions réciprocfues élaiont failis, el quand le moment paraissait venu de mellre la main à l'u uvre définitive, on abandonnait l'ébauche, et le Congrès entrait en séance.

Les séances étaient d'ordinaire interrompues i»ar quel(|ue.s Rtnioisse» instants de distraction, je poui rais presque dire de rérréalion. j,ujsioiki«i« Les Plcnipolenliaires passaient dans le salon de la Uoloiide ou descendaient au jardiu. Ou goûtait, on se promenait, on fumait. (Tétait, d'habitude, le moment que le Comte Orloff choisissait fviur donner l'essor à sa gaieté franche et souvent coiumuniraiiv» .

En ne tenant compte que des apparences, on pouvait se demander, à le voir et à l'entendre, comment la France et ia Russie, deux nations qui se touchent par tant de points, avaient pu donner au monde le spectacle d'une lutte si foruiuiable et si acliarnc'^e.

Le Comte Orloff ne parlait jamais de la personne de I Kmpereur qu'avec admiration, et il mettait une certaine affectation è en parler.

Le Baron deBrunnow n'avait ni l'entrain ni la gaîelé eipan> sive du premier Plénipotentiaire Russe; mais il se numiidd aussi fort cordial pour tout le monde et fort svmpalliique à la FïfanGe. L'un et l'autre, de deux façons différentes, avaient pris leur parti, avec beaucoup d'iiabileté ou de bonheur, de la situation délicate où ils se trouvaienL Peut-élre pouvait-on (lire en se rappelant la tArhe p^^iiihle qu'ils avaient ?i remplir, qu'ils faisaient contre iorlune ijon cœur, mais, à coup siir, on ne l'eût pas deviné par la seule observation.

Le BaroD de Bruimow se tnouf a un jour indiq^iosé dans ie cabinet du Oomie Waleirski et s'éfanouit. 4J'un des attacliés,

averti par le ministre, cfuirul chercher un flacon de sels et revint en toute hâte. A > ri iftour, il ne vit jjIus que le Ounte Orlûff, qu'il prit pour le malade, et à qui il voulut» dans sà précipitation bien naturelle, iaire respirer le flacon, le premier Plénipotentiaire Russe repoussa vivement la main qui se tendait vers lui, comme si on eût fait une grave injure à sa robuste santé, et il se leva tic sori l'auteuil avec la raî»i«lilé d'un jeune homme de vingt ans, en. déclarant qu'il ne s était jamais servi de « choses pareilles. » Pendant la courte absence de l'attaché, on avait conduit le Baron de Biunnow dans une pièce voisine, où il avait peu après repris ses sens.

Les autres Pléiii(H»loiuiaires [u éveillaient plivMonomies assez contrastées entre elles. Ainsi, tandis que Teiquise simplicité de Lord Clarendon et son maintien de grand seigneur ne répugnaient pas à une certaine gaieté, Lord Gowley, toujours sérieux, laissait rarement le sourire effleurer ses lèvres.

MM. de Buol et de llùhner avaient conservé toute la ruideur oCûcielle de leurs fonctions, et ils ne cessèrent pas un instant de représenter l'Autriche dans ce qu'elle a de plus grave et de moins communicatif. Toutefois M. de Buol parlait assez volontiers, mab bien moins pour discuter que \mt imposer ses idées.

M. de Mauleutfei apporta au Congrès un air préoccupé' <iu*on ne retrouva pas sur le visage de M. de Uatzfeldt. L'un ell autre ne parlèrent pour ainsi dire pas*

Quant à M. de Gavour, ses collègues virent bientôt en lui ce qu'il y a réellement : les qualités d'un lionime <iislingué, vif, actif, entreprenant, im peu téméraire (quelquefois, mais toujours bienveillant dans ses rapports et agréable dans ses formes* La personnalité de M. de Villamarina, second Plâiipolentiahe» fîit natureUement un peu effacée par ce voisinage.

Je puis en dire autant de Mehemmed-Djernil-Bey vis-à-vis du

grand vezir Aalî-Pacha, qui, malgré son air timide, un peu ouf barrassé m^me, mais poli, prévenant, gracieui et intelligent, absorbait la meiUeure part d'attention et d'intérêt qu'on accor-

ilaît à la Turquie. Le Comte Orloff le rechercliail el plaisantait souveut avec lui.

Le jour de l'inauguration, le Comte Walewski réunit û&nsi nmer un ^rand dtner les Plénipotentiaires, les ministres,, les présidents du Sénat et du Corps législatif, les grands officiers de la Couronne, le gouverneur des invalides el uue partie liu Corjis Toa>iporu'. diplomatique.

Aucun discours ne fut prononcé et il n'y eut qu'un seul toast, porté par le ministre des affaires étrangères à rhmreuêe i99UF lieg Cmférencn, « Puissent-eHes, dit le ministre en cÎHMjuaiil son verre rontre celui rlu Comte Orloff, amener un résultat prompt et heureux! » Ces paroles furent accueillies l>ar un sentiment unanime d'adhésion, et la plus grande cordialité ne cessa de régner entre tous les convives. La paix se faisait entre les hommes en attendant (pi elle se fit entre les Gouvernements.

Ce (liner fui cependant l'orrasion d'un [>t4il in< idiMit (]ue le lucidrnu public ne connut jamais bien parfaitement, et sur lequel les tna^nations s'exercèrent pendant au moins un jour ou deux. Lord Col ley crut devoir se rappeler qu'en sa qualité d'ambas^ sadeur, c'est-à-dire de représentant direct de la Reine d'Anglctfrre, il avait droit, pai Inut el en toute cin (uistance, au premier rang el à la première place. Son Excellence ne crut pas pouvoir faire fléchir ces prérogatives, même en présence et au profit de Lord darendon, son ministre et son chef. G'éUût peut-être pousser un peu loin le respect des préséances. Lord Cowley eût sans (UmU^ ci'dv son premier rang à Lord Clarendon s'il n'avait eu af faire qu'à ce ministre, mais laisser passer Lord Clarendon, c'était laisser passer le Comte Euol, qui, en sa qualité de ministre des affaires étrangères d'Autriche, avait un droit semblable à celui de Lord Clarendon. Que devenait dès lors le

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• «ir.'i» it re exceptionnel ti «nKi"! nv\ai Uonl i .iiiit»fi>>»iil<'ur île Si M;ijf*^té Britannique était revêtu? Lonl (>»Nvley ne inmva rien de nuieus à faire que de se dispenser d^assister au iUiier» Scm aiKtenlion entratna natardlement œHe de Mehemiiied- Ï)jeniil-Be>% ranil)as>tuleur Turc, qui, <le son cùté, n'aurait |»rol*al>l» iiieiU j as eu de pareils scrupules, mais qui, en présence (le la résolution de ramhassadeur Anglais , ne se seniii filus libre de renoncer, même provisoiremenl, aui privilèges excessifs de Tétiquette diplomatique, et ne parut fias non plus i\ la l«ihle <lu ministre d»*> affaires étrangères, .le dois dire que les deux iiuiiimes d'Élal, dont on avait viveuieni regretté l'ai»seoce, s'empressèrent de se rendre à la soirée qui suivit le dîner, et que Lord Gowley, en particulier, s*y entretint km* guement, très-cordialement et à plusieurs reprises, avec Lord (Uarendon, ce qui n'empèclja pas rorlains journaux de prétendre qu'un conllil sérieux s'était élevé entre les deux oii- Distres Anglais. Une note insérée à la Pairie démentit ce bruit, mais ne donna pas l'explication qu*on vient de lire*

Vers huit heures, les magnifiques salons du ministère des affaires étrangères s'ouvraieul à l'clile de la société Parisienne. 11 y avait concert prié, et tout ce que Paris compte d'iiommes (list ingués dans la politique, les lettres, les sciences et les arts, était là. Leurs Altesses Impénales le Prince Napoléon et Madame la Princesse Mathilde s'étaient rendues à Tinvitation du ministre. Le Corps dif)lonialique était au grand complet. Par cxtraoniiiiaiie, ce soir- là, dans ces salons resplendissants de lumières, de dorures, de sculptures et de lleiuis, les femmes étaient un peu délaissées. Réunies dans la salle des Concerts, dont chaque détail est un chef-d'œuvre de richesse et de goût, elles n'alliiaii ni, — je parle des plus belks, — qu'une admiration dishaile. Tous les regards étaient pour les Flénipulentiaires, véritables lions du moment, que chacun voulait voir et entendre, que l'on se désignait, dont on voulait connaître tes traits, étudier l'expression de physionomie, que Ton recher-

• liail avec porsévérance tians lVs]Ktir de saisir «[uoiqy es-unes «ie leurs i)aroles. Mario, mesUauiCd 1 rezzuliiii et Borghi-Mamo déployaient toutes les ressources de leurs belles voix sans pouvoir fixer TattentioD. On applaudissait, mais on n'avait pas entendu. On jetait un regard sur cette gracieuse corbeille toute pleine do belles feiiiiues, «Hincelantes «h* «liamanls, aux « paulo nues, aux luiletles merveilleuses, mais ralleution se détournait presque aussitôt de ces groupes charmants pour se porter sur (fuelque personnage étranger dont on se disait le nom à roieille. Jamais concert diplomatique ne justifia mieux son nom. Les lu»iiiirui> (■tait'iil pour la (UpldiuaUe. Ce soir-là, elle avail ie pas sur la beauté. Ou regardait beaucoup le Comte Orloff » sa haute taille, son mâle visage et son beau front que couronnaient d*épaisses boucles de cheveux. Le grand cordon 1)1^ de Saint-André qui se détacliait sous son habit noir, la fTOix en briilanb qu'il porlail sur la j)()ilrine, \o mrdaillnii renfermant les deux jiortrails en émail do I LuipcrcAïf Ni( olas et de la Gzarine, les ordres de sa boutonnière» tous les détails, enfin, de sa personne étaient remarqués, analysés, commentés. Le premier Plénipotentiaire Russe , Tami intime du Souverain dont une illusion avait si violeiuiinMil ajJiitr la vieille Kuiope, jKiraissail heureux, de cette atlenlimi <|ui n'avait rien il'indis- «ret, et que la |K)sition particulière de l'homme expliquait autant que ses mérites personnels. Entouré successivement \m les vétérans de la diplomatie et par d'autres personnages l'oiiiiques, il causait avec rnrdialilf', pari nu Miuj«»urs en franvais, assez haut pour que tout le monde entendit autour de lui, avec assez d*élégance pour rendre jaloux plus d'un auditeur. Le Comte Orloff est l'idéal du type Russe. Quand l'Empereur Nicolas sortait dans les rues de Saint-Péterslioiirg en compagnie de son tidi h^ serviteur et ami, la populatiou s'arrêtait frappée iFéionnemeut devant ces deux liommes que la nature semblait avoir voulu combler de tons les signes extérieurs de la puissance. Quelque oJiose de

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celle inii>ression sr iiiainrt'sliàl dans les sonliinents qu*in.<pinit le Gomle Orlof f au milieu de cette foule distinguée à tant de titres qui se pressait dans les salons des affaires étrange* res. Les autres Plénipotentiaires, et particulièrement Loni Clarendon et le grand ve/ir Aali-Parlia , ('*lni<^nt aussi, a\ec les généraux. Canrobert et Bosquet, l'objet d'uiio ( uriositr soutenue, mais on revenait toujours au Comte Orloff. On eût volontiers sténographié ses paroles. On cherchait en lui un reflet de la pensée intime de ce « colosse du Nord » qui était encore notre iMinemi; et au fond il y avait une joie secrète et un attrait unique dans cette coatem{)lation d'un honinje qui, en oe moment même, portait en soi Tinconnu de la situation. C'était un adversaire, mais un adversaire loyal, et tous les regards semblaient lui dire : Nous ne vous en voulons pas, nous sommes laits pour nous «'ntendre, signons la

La paix ! ce mot magique (lue les hommes ne . qu*avec précaution et en faisant des réserves, les femmes, a . peu piquées [)eut-étre de Tahandon où on les laissait, récrivirent avec acharnement sur toutes les feuilles de papier qu'elles Irouvèrenl sur la lable du Conprr^'S. A leur tour, quit tant la galerie des fêles, elles avaient envahi le salon des Ambassadeurs, où les personnages les plus graves s*étaicnt réunie en groupes. Elles s'étaient mêlées à ces groupes ; entraînées par le mouvement général, elles regardaient et elles écoutûent avec avidité les notabilités diplomatiques en l'honneur de qui la fêle avait lieu. Nalurellemont, la table autour de latjuelle siégeaient les membres du Congrès devait attirer leur attention* Quelques-unes se hasardèrent à s'en approcher. On examina les objets qui s'y trouvaient. On remarqua que les cahiers de ])apier élaienl inta< ts, que les i>lunje> ('laient vierges, que les crayons, fraicliement taillés, paraissaient ne pas avoir servi. Une des belles invitées, plus audacieuse que les autres, eut le courage de prendre le crayon de la Russie, do le regarder et même de ressayer. En pareil ca^ il n'y a que

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le premier pas qui coûte : toutes ces> Unes et belles mains s'armèrent, et toutes écrivirent à !*envi un mot sur ces feuilli's immaculées, un seul, comme si elles se fussent consultées et .

qu'elles eussent tenu, elles aussi, leur petit ^^vn^î^^s avant de le tracer : la paix ! Ce mol fut écrit par dix iiiaiiis, par cent mains diftérentes devant chacun des douze fauteuils vides. Le papier de TAngleterre et celui de la Russie furent littéralement couverts par ces inscriptions éloquentes. Après cette |>elite manifestation vraiment audacieuse, les dames, se considéraiit saos doute comme n),iîlit'>s»'s du terrain, se mirent à dévaliser la table historique, et, en un instant, canifs, plumes, crayons, pains à cacheter, couteaux à papier, cire et bottes d'allumettes disparurent du tapis vert« Quelques hommes, et des plus distingués, se mirent de la partie. Les plumes surtout ^ • lort recfierchées. Cirnj minutes aprî-s l'assaut, il n'en .MdT» pit» ukit sur le théâtre de la guerre, si bien (}ue h ^ der- Aif€fts arrivants, ne trouvant plus qu'une ou deux bottes d'allumettes-bougies, s*en distribuèrent fraternellement le contenu, ^ au grand ébahissement des huissiers, qui essayèrent, mais ntitilement, de s'opposer \ celte scène de dévastation qui pouvait, t\ la rigueur, rappeler en petit certains éjjisodes de l'entrée de nos troupes à Sébastopol. Je dois dire cependant que les objets d*un certain volume ou d'une valeur intrinsèque quelconque furent respectés par les assaillants. A minuit, le champ (le bataille ne présentait plus que les feuillets avec leurs inscriplious uniiurmement pacifiques, les six encriers des nénipotentiaires et Tencrier monumental occupant toujours obnmie une énigme le centre de la table.

11 va sans dire que le papier des Plénipotentiaires Ait renouvelé le lendemain avant leur arrivée, et que l'on remplaça les menu> ulijols à leur usage qui avaient disparu. '

Le Maniteur fut naturellement très-sobre d'indications sur ueouismc les travaux du Congrès. Il se borna à l'insertion des lignes sui- ^*"*''"" vantes, le lendemain de la première séance :

« La première réunion du Congrès a eu lieu aujourd liui* rii6tel du ministère des affaires étrangères, à une heure. 9 La séance a duré jusqu'à quatre heures et demie.

>, 11 a (Hé arrêté qu'il sera condu entre les années belU|^

raules un anuistice qui cessera de plriii droit W 31 niars prochain. Cet armistice sera sans elfet :>ur les blocus eiablis uu à établir. »

On voit que le MmUieur ne mentionnait pas la déclaration

l»ai la-iuelle les Plénipotentiaires attribuaient la valeur de piélimiiiaires formels de paix à l'acte signé a Vienne le 1^'^ février. Le silence gardé par le journal oûiciel sur ce point favorisa plus lard les versions les plus erronées; mais on n'eût pu parler sans trahir le secret que les Plénipotentiaires s'étaient imposé, et une indiscrétion de cette nature dans le Jfonileur on eût entraîne cl même autorisé beaucoup d'autres. i'.AH'u^ On avait d'abord proposé de fixer au l' "" avril le terme de «liolr!.^ la durée de rarmislice. Mais le Comte Orloff, évoquant avec gaieté le souvenir de la croyance populaire qui s'attache à cette date, demanda et obtint que Tarmi^tiee expirât le M mars, « ])Our que ses promesses ne fussent pas un poisson d'avril. » Cette saillie avait vm^ la réunion en bonne J mineur, ce qui n'onipêcba [>as un des l*iénipotenliaires d'exprimer, eu petit comité, après la séance» l'opinion que le Goncprès € avait déjà déraillé. »

Lesjoii» l*lusieurs journaux prétendirent savoir que le Congr^ se descanfi"* réunirait trois lois par semaine, et à des jours delerminos. Le

sont pas '

JK«:sd'av.iiuc Consliluliomiei annon(;a que les jours de séance étaient les lundi, mercredi et vendredi. 11 y eut donc quelque inquiétude dans les esprits quand on sut que le Congrès ne se réunissait pas le mercredi *27. Une note communiquée à la Pairie déclara que rexpédiliun des procès-verbaux de i lia(jue séance nécessitant un certain laps de temps, il ne pouvait y avoir de jours fixés à l'avance pour la tenue des séances. Le lundi 25, lors de la première séance, les Plénîpotentiai-

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DU CONGKtS DE PAHIS m *

les, mni de se séparer, avaient bien ûxé d ua commun accofd leur aeconde réunion au surlendemain ; mais ils avaient oompté sans le travail des bureaux; et la rédaction du pro-

c^s-ve^bal de la sr-anco d uiauguratiou en pai tu iilici a\;iit deœandé assez de temps. Toutes les séances devdionl uccessairement s*ouvrir, comme je Tai dît, par la lecture du procèsverbal de la séance précédente. Il fallait donc que ce procèsverbal fftt rédigé. C'était une tâche minutieuse et délicate. De plus, il pouvait se présenter dans le cours des débats telle difficulté qui obligeât les Plénipotentiaires à demander des instructions à leur Gouvernement. Les membres du Congrès comprirent qu'ils auraient tort de se lier en indiquant d'avance les jours de leurs réunions. Il fui donc convenu qu'à l'avenir on se bornerait, à la lin de chaque séance, à prendre jour Ijour la séance suivante, sans que cette désignation fût absolue, le ministre des affaires étrangères se réservant de faire envoyer, i ar son cabinet, les convocations définitives à domicile et par lettres closes.

La seconde séante eut lieu le 28. Dans l'intervalle <iui s'était écoulé entre la pr^mère et la seconde réunion, les Plénipotentiaires s*étaient assemblés dans le cabinet du ministre pour anéler la rédaction de la convention d'armistice.

Le même jour, il y eut liiuer, soirée el spectacle aux Tuile- oiuers ries en Thonneur des représentants de la Russie. Tous les Plénipotentiaires furent successivement invités à la table im- TuUcries. pénale, d'après l'ordre de leur présentation. Ainsi les Plénipo* tentiaîres Anglais, présentés les premiers, avaient dtné les jiremiers au t hàU au. Le i>reniior lMéni|)oliiiii.iire prenait place à coté de TEmpereui et le second h cùté de l'impératrice.

L'expiration assez rapprocliée de l'armistice, fixée, comme L'arnusûdon l'a vu, au 31 mars, fut favorablement interprétée. On y vit ^ihUmmI.'

généralement la preuve (^ue les Hfiules Parties intéressées étaient bien décidées à résoudre promplemcnt toutes les ques-

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lions pouvant reDlermer un casmbeUÙ Le jourmil le ( otuth- Miçnnel crut pouToir dire que les alliés du i décembre avaienl prévenu les Plénipotentiaires Russes qu*à l'expiration

de l'armislicc aucune prolongation ne serait accordée.

Cette note, qui ]>ou\ait porter les membres ilu Con^^r^s à suspecter mutuellement leur dise relion, fut vivement regrettée. On se borna cependant h Caire des représentations au journal, dans la crainte qu'une mesure sévère ne donnât trop d'importance à un incident qu'il valait mieux laisser oublier.

La troisi?îme s<^ance eut lieu le l*^"" mars. Le rmiiuR aie poiiK de garantie, considéré par beaucoup de gens comme la fîirrre d'achoppement des négociations, y fut discuté, et les Plénipotentiaires Russes apportèrent tant de modération dans cette discussion (h'licale, (juc M. le Comte W nlewski ne crut pas pouvoir se dispenser de rendre témoipnnge à leurs disiiositiuns conciliantes* Le débat avait fait un grand pas. Quelques journaux étrangers, inexactement renseignés sur ce qtii s*était passé, affirmèrent que Ton pouvait considérer la paix comnu* faite, « les préliminaires de ])iù\ aydiil i lé sign(*s. n

« Une dépèche nous a ap|iorlé hier une grvinde nouveilr , prétendenl disait V Indépendance dans son numéro du 3 mars : elle nou.< eM ifgnéè! ^ ^^^^ connaître que les préliminaires de paix sont signés, et i^iniL qu'aujourd'hui, dans son discours d'ouverture de la session législative, l'Empereur N;ip(>l(V)n annoncera vraiscmhlahlenionl la conclusion de la paix ci»nune certaine. Ainsi si» tonlirment les renseignements qui nous sont transmis par une correspondance de Paris qu'on lira plus loin.

» Les journaux de Paris qui nous parviennent ce matin ne contiennent aucun rensoi^^nmient sur la séance du Congrès de samedi. La presse de cette capitale ignorait donc encore hier les grandes et importantes nouvelles qui nous ont été trans^ mises, d'une part, par un de nos correspondants et, de l'autre, par le télégraphe. »

Plus loin, le même journal ajoutait :

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a il est à prévoir que les Conférences de Paris se lermine- Tonl beaucoup plus tôt qu'on ne s*y était généralement attendu. Les préliminatres de paix ont été signés samedi, et Ton

assure que le discours impérial annoncera aujourd'hui la conclusion piocliaine d'un irai lé Européen.

» Bien que ce résultai ne doive étonner personne, parce qu'il est conforme aux vœux comme aux intérêts de toutes les Puissances, la satisfaction du public n'en sera pas moins profonde le jour où la paix sera annon<:ée au uionde comme un fait accompli.

» Le désarmement général sera la conséquence de cet heureux dénoûment d'une situation très-tendue. Nous apprenons de bonne source qu'à la Haye, h Berlin, h Dresde et dans

la ])lupart des Cduis <rAllemnj?ne, on ronsid^'ie depuis quelques semaines la paix i onnue si probable qu'on y a déjà mis à rélude les moyens de réaliser de grandes économies sur les dépenses militaires. A Londres même, le rétablissement de la paix n'était pas révoqué en doute ces jours-ci, malgré les pré- \ liions |ie>>imisles de certains jiuuiiaux. On sait que noire opinion n'a pas varié à cet é;^ard depuis Tacceptalion des propositions Autricliiennes par la Russie ; aussi avons-nous re- produit bier, sans y croire, une dépêche de Londres qui annonçait une certaine op|)osition des Plénipotentiaires Russes à Texamen du cinquièiiic [Mjint par la Conférence de Paris.

0 P. 5. La paix est faite. »

De son cùlé, Y lùnancipaiion recevail d'un de ses correspouilants de Paris la lettre suivante :

« Le télégraphe vous anuonccia riieuieusc issue des Conférences, mais voici quelques détails, encore inconnus dans Paris, sur la manière dont ce grave événement s'est produit :

M Les quatre premiers pomls du thème Aulrichieu ont été

facik'iiu'ia irsolus tl.nis In séann* j< utli. L'onire du j(.mr île la séance de sanieili «'tail l'exameD du cinquième point, relatif aux délimitalions terriioriales, aux foriiticatioDs de Nieolaîeff* de la mer Noire et des tles d'Aland, etc. Les représentants des Puissanres alliées s'attendaient & des débats assez vifs, }>cut-élre même à lin .jjoumement des ^'ra\ts difricullésqu'offnnt cr i ùUde la question |>oliti(|ue. Ou supjiusail asi>ez généialemeDt que le Czar Alexandre s'était réservé la ratilicalion des anaiigiî» ments à intervenir.

» La discussion a été en effet tr^s-sérieuse, surtout entro les Plcninulcnliaires Anglais cl \r liamu de Bmnnow, (jui raissait éprouver une vive rc|»u5j;naiice à céder du terrain h sc*s adversaires. Pendant ces explications d'un haut iniêrèl, le Comte Orloff gardait un silence glacial, très-remaïqué et dîversement interprété par les négociateurs. Enfin, apr^ deux heures de conversation trcs-animée, notaiimuMii «-ntrc le litron de Brunnow el les diplomates de la Gramlc-Brclagn» -, le Comte Orloff a pris la parole et a fait l'importante déclaration dont voici, m*as5UTe-t-on, les termes essentiels :

« La paix doit être rendue au monde civilisé; nous sommes • tous assez grands pour négliger c ertains déiails. l'ai lait lo » traité d'Andrinnplc, c'est à iiiui de le d*'cliirer. Xnijs accej»- » tons la rectiiicatiou des limites prop<j6ées pour la Bessarabie 9 et pour les provinces Asiatiques; nous adhérons à la cou* » dition de ne {tas réédifier la forteresse de Bomarsund, et » nous voulons <|ue les îles d'Aland ne soient menaçantes pour ii personne; il n'y a point de dillieuité qiiant ;» Nicolaieff, et » nous rendons, sans compensation aucune, la ville de Ears » à noire ancion et bon allié le Sultan. »

» Ce généreux langage du Comte Orioff a causé une sensa» tion profonde, qui s*est bientôt traduite Mir tous les visîig»^> en signes de satisfaction. Au lioul de (pielcpies iiunule.>. un membre de la Conférence a dit : u l^uisque nous voilà d'acconl. » signons. » Les signatures ont été aussitôt apposées, et les Plê-

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DU CONGRÈS DE PARIS m

nipotentiaires se sont donné la main et se sont séparés de la manière la plus amicale.

» La conclusion de la paix sera annoncée lundi par VEmpereur. »

Le même journal nous api^renait, d.ms son numéro suivant, que la nouvelle de la conclusion des prélinunniros de paix, parvenue la veille, vers midi, à Bruielles, s'était répandue rapidement dans la capitale de la Belgique et y avait produit la plus heureuse sensation. Le ministre de Russie avait dù l annoncer lui-m^^nie h Sa Majeslé.

Paris ne lut [tas sans un étomiement extrême la nouvelle tout à fait inattendue que lui envoyait la Belgique. On fut généralement confondu de reitrème assurance avec laquelle elle était donnée. Ceux qui en connaissaient la fausseté «^e demandt'rent s'il ne fcill.nl jtas v voir une manrenvre de liourse des plus coupables. £a général, on ue raccueillit qu'avec défiance. On eut le bon esprit de comprendre que notre Gouvernement n'aurait pas laissé i>asser trois jours sur un fait aussi iraportanl, sans le porter plus ou moins rompléleraent à la connaissam e du pidilir. On allendil, tuuit'lois, avec une vixc imjiatience le discours impérial. Ce discours, est-il l)esoin de le dire? ne confirma nullement les assertions des journaux Belges.

Coinnie d'iinhilutle. l'Kmpereur ouvrit la session législative L'Eni|»creur au palais des Tuileries, dans la salle des Maréchaux. Cette cé- ia'!!!*'i!)n rémonie eut lieu le 3 mars, à une heure. l)^>s midi et tlemi 'lîj^'olll^^'* tous les grands coqis de TÉtat, les hauts fonctionnaires et les personnes invitées étaient rendus au palais. Le Sénat et le Corps lé«ris]atif avaient pris place en lace du troue; à droite, étaient les nieuihres du Conseil d'État; h gaurtie, le Corps diplomatique au grand complet. Tous les Plénipotentiaires membres du Congrès de Paris étaient présents. Une vive émotion se manifesta dans Vassistance lorsque le grand chambellan

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m HISTOIRE

annonça Tlimpereur. Les plus vives acclamalions accueillirent Sa Majoslé, et les dames qui garnissaient les tribunes réservées agilèrenl leurs mouchoirs. Sa Majesté rjuipératrice n'ayant pu assister à la séance, le fauteuil qu'elle devait occuper h côté de celui de l'Empereur était resté libre.

Le Prince Jérôme s'assit à la droite de Sa Majesté. A sa pau( lie prirent place : le Prince Napoléon, le Prince Mural el les autres membres de la famille impériale. Les ministres avaient des sièges à droite et è gauche du trône. La maison de TEmpereur et ses aides de camp étaient groupés derrière Sa Majesté.

L'iùnpercur, s'élanl assis, prononça d'une voix ferme et accentuée le discours suivant :

tf Messieurs les sénaleui's, Messieurs les députés,

») La dernière fois que je vous ai conv oqués, de graves préoccupations nous dominaient,

» Les armées alliées s'épuisaient à un siège où l'opiniâtreté de la défense faisait douter du succès. L'Europe incertaine semblait attendre la fm de la lulk^ a\aiit de se prononcer. Pour soutenir la guerre, je vous demandais un emprunt que vous voliez unanimement, quoiqu'il pût paraître excessif. L'élévation du prix des denrées menaçait la classe laborieuse d'un, malaise général, et une fierturbation dans le système monétaire faisait craindre le ralentissement des IransacLions et du travail. bien , grâce à votre concours comme à Ténergie déployée en France et en Angleterre, grâce surtout à l'appui de la Providence, ces dangers, s'ils n'ont pas entièrement disparu, sont pour la plupart conjurés.

» Un grand lait d'armes est venu décider en faveur des armées alliées une lutte acharnée, sans exemple dans l'iiistoiie. L'opinion de rK..rope, depuis ce moment, s'est plus ouvertement pronon' ée. Partout nos alliances se sont étendues et af-

léraiies. Le troisième emprunt a été couvert sans difficulté. Le pays m'a prouvé de nouveau sa con6ance, en souscrivant pour une somme cinq fois plus forte que celle que je deumndais. U a supporté avec une admirable résignation les souffrances inséparables de la cherté des vivres, souffrances allégées néaniDoiDS par la charité privée, par le zèle des municipalités et par les dix millions distribués aux départements. Aujourd'hiii, l<'s arrivages de blés éti.'mj^i rs produisent une hai^se sensible. Les craintes nées de la disparition de l'or se sont allaiillies, et jamais les travaux n'ont été plus actifs, les revenus plus considérables* Les hasards de la guerre ont réveillé Tesprit militaire de la nation. Jamais il n'y eut autant d'enrôlé* raents volontaires, ni aulauL d ardeur parmi les conscrits désignés par le sort.

9 A ce court exposé de la situation viennent se joindre des fàits d'une haute signification politique.

9 La Reine de la Grande-Bretagne , voulant donner une preuve de sa confiance, de son estime pour noire p.iys, et rendre nos relations plus mlinies, esl venue en France. L'a<:eueil enthousiaste qu'elle y a reçu a dù lui prouver a>nd)ien lessenlimeots inspirés par sa présence éUiient profonds et de nature à fortifler l'alliance des deux peuples.

» Le Roi de Piémont, qui, s^ms re^^arder derrière lui, avait embrassé notre cause avec cet élan rourngeuv qu'il avait déjà montré sur le champ de bataille, est venu aussi en France consacrer une union déjà cimentée par la bravoure de ses soldats.

» Ces Souverains ont pu voir un pays naguère si agité et déshérité de son rnn^ç dans les conseils de l'Kurope, aujourd'hui prospère, j»ajsibie et respecté, faisaiil la ^'ucrrc, non pas avec le délire momentané de la t)assion, mais avec lo calme de la justice et l'énergie du devoir. Us ont vu la France, qui envoyait deux cent mille hommes à travers les mers, convoquer en même tenq>s à Paris tous les arts de la pai\, comme si elle eût voulu dire à l'iiurope : « La guerre actuelle n'est encore pour

I» moi qu*un épisode; mes idées et mes forces sont en partie » toujours dirigées vers les arts de la paix. Ne négligeons rioi

j) pour nous entendre» et ne iiio rititcz pas à jeter sur les a cliaiups de bataille louiez les iebsumcei) el toute ïéhei^ 9 d'une grande nation» »

» Cet appel semble avoir été entendu, et rhiver, en suspen* dant les hostilités, a favorisé l'intervention de la diplomatie. L'Autriche se résolut à une démarche décisive, qui a^iportail dans les délibérations toute l'influence du Souverain d'un vaste empire. La Suède se lia plus étroitement à i' Angleterre et à Ja France par un traité qui garantissait Tintégrité de son tmitoire. Enfin, de tous les Cabinets arrivèrent à Saint-Pétersbourg des conseils <ni des j)rières. L'Empereur de Uussie, héritier d'une situation qu'il n'avait pas faite, sembla auiiné d'un sincère désir de mettre fin aux causes qui avaient amené ce sanglant conflit. 11 accepta avec détermination las ] propositions transmises i»ar l'Autriche. L'honneur des armes une fuis sali>fail, c'était s iionorer aussi que de déférer au vœu nettement formulé de l'Europe.

n Aujourd'hui les Plénipotentiaires des Puissances belligérantes et alliées sont réunis à Paris pour décider des oondi* lions de la \m%. L'es[iril de niuiléralioa el d'équité qui les anime tou< dnii nous faire espérer un résultat favorable, h'éanmoins, attendons avec dignité la lin des Conférences, et soyons également prêts, s'il le faut, soit h tirer de nouveau i'épée, soit à tendre la main à ceux que nous avons loyalement combattus.

» Quoi qu'il arrive, occupoiis-nuus do tous les moyens propres à augmenter la force et la richesse de ia France. Resserrons encore, s'il est possible, Talliance formée par une communauté de gloire et de sacrifices, et dont la paix fera encore

mieux ressortir les avantages récii>ro(pies. Mettons eaiiii, en ce moment solennel pour les destinées du monde, notre confiance en Dieu, afin qu'il guide nos efforts dans le sens

le plus conforme aux intérêts de rhumanité et de la civilisation. »

De chaleureuses acclamations inleiruuipireul [►lusiours luis i-ftoi prouuu Sa Majesté, et ses dernières paroles furent couvertes par le cri eediscaus. de Vive VEmperewrl poussé par toutes les bouches.

Le dîseours exprimait Tespérance d'un résultat favorable, et il rendait hommage à Tesprit de modération et d'équité qui aiUÉii.iil les Plénipoiunliaite^; mais il ne tnulirmail luillenicnt les prédictions pacitiques qu'on s'était, un peu légèrement, empressé de faire hors de France. Du reste, comme si la parole impériale ne sufOsait pas pour rétablir la vérité de la situalion, le Pays et la Patrie publièrent la note semi-ofûcieUe qui suit :

a L Indépendance Belge^ dans son numéro du 2 mars, publie Bectifkation. une dépèche télégraphique datée de Paris, annonçant que les

Plénipotentiaires ont signé d'une manière définitive les préliminaires de paix contenant tous les casus belli, c'est-à-dire, en réalité, la pnix olle-iiièiiie.

w Nous sommes autorisés à déclarer que la nouvelle donnée par V Indépendance Belge est entièrement controuvée.

» Dans les circonstances actueUes , nous ne saurions trop prémunir le public contre les bruits qui circulent au sujet des <U'IiI»éi. liions du Congrès. On n'a pas oublié que les Plénipotentiaires se sont imposé l'obligation d'un secret inviolable. Ce secret, qui est une des conditions de rcouvre même pour laquelle ils se sont réunis, sera très-certainement gardé fidèlement par tous jusqu'à la dernière heure. »

Les journaux Belges ne se tinrent pas pour î)atlus. Ils per- us journaux sislèrent à afiirmer que la paix était faite et signée. Vlndé^ pendanee, complètement victime d'une mystification dont on se fût beaucoup amusé è Paris si l'objet en eût été moins sérieux, alLi jusrprà prendre en pitié nos pauvres j'iuiiiaux, qui, le 3 au soir, ignoraient encore le grave événement dont tout Bruxelles était informé.

Le Marning^Paii^ de sod côté, partageant l'erreur feuilles Belges, sans cependant la pousser aussi loin, publia la note suivante dans son numéro qui arriva à Paris le 4 mars , jour

de la quad h'iiie x'ance du Conp•^s:

tf Nous pouvons annoncer d'une manière positive qu»\ dans la séance de samedi dernier du Congrès de Paris, les Plénipotentiaires ont signé les prélimmaires de paii.

» Les conditions de ces préliminaires sont identiques avec les propositions Autrii liiennesqui formaient la hase de^^nf^odations et auxquelles il avait été jugé convenable d :q)i>oser les signatures des Puissances qui prennent part aux Conférences*

» Cet acte, tout important et tout satisfaisant qu'il est , laisse

sans solution bien des questions qui seront nécessairciiMMil le sujet d'une discussion immédiate dans le but d'arriver à ia conclusion d*un traité détinitif. »

On voit que le journal Anglais faisait ses réserves, vérité Enfin, la vérité commença à se faire jour, même en Beliicixeiàes ë'*l''<^' L' Énutncipittion revint avec lovaulé sur son erreur, et elle confessa son illusion. Toutefois, elle affirma que les préliminaires avaient élé réellement signés. « Les journaux de Paris seraient bien surpris, disait-elle dans son numéro du 5 mers, s'ils connaissaient les personnages qui nous ont communiqué la nouvelle. Nous n'afliclierons pas la [irétention ridicule d'être mieux in loi Hit s (juê nos confrères de Paris; leur incrédulité unanime nous oblige à reconnaître que le contenu de la note en question est au moins inexact, et que la promesse que se sont faite les Plénipotentiaires de garder un secret absolu n'autorisait pas noire correspondant à révéler ^ tort ou à raison le résultai de leurs travaux. Mais nous alTn ruons liaulciuent deux clioses : d'aliord, qu'aucun journal, à notre place, n'eût hésité à accueillir cette communication, dans les circonstances oîi elle nous a été transmise ; ensuite, qu'il nous est impossible d'admettre que les liommes honorables et désintéressés aux-

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DU CONGRÈS DE PARIS -m

quels nous faisons allusion aient pu ourdir une intrigue de Bourse. Si nous avons été induits en erreur, ce que nous ne BOUS obstinerons pas à nier, nous Tavons été en excellente

compagnie, par et avec des personnages qui nous semblaient devoir être des premiers à connaître la vérité. Ajoutons que BOUS aurions peut-être été moins prompts à insérer la corres* pondance qui nous occupe, si les faits qu'elle relatait avaient été d'une nature moins favorable. »

Plus loin, le même journal ajoutait :

a A Berlin, h la Haye et à Londres, comme à Bruxelles, la nouvelle de la signature des préliminaires de paix a été généralement accréditée dimanche et lundi. Elle n'a pas été un instant révoquée en doute dans le monde diplomatique. Nous pourrions citer des faits curieux qui démontreraient que les personnages politiques les mieux renseignés se sont, à cet égard, avancés plus loin que les oiganes de la presse. »

Le CatutitutùmMl du 4 mars ne publia pas la note commu- rncident. niquée à la Patrie et au Pays, Il se contenta de la mentionner ^t!iZ!!î!''' comme ayant paru « dans deux journaux ministcrids du soir. » Cette excentricité de la feuille gouvernementale l'exposait à UD acte de rigueur dont on n'eût guère été étonné. On s'occupa en Conseil des allures du journal de la rue de Valois, et les mêmes considérations qui Tavaienl déjà protégé le protégèrent encore : l'autorité, par une déliratesse h coup sûr très-lioiiorahle, ne voulut pas sévir contre un journal, pour fait relatif au Congrès, pendant que cette assemblée poursuivait ses travaux. Pour tout châtiment , le Ctmitituiwnnel reçut l'ordre de publier en tête de ses colonnes le communiqué des « journaux tmnist('riehi\\i soir, » ce qu'il lll dans sonnuméro du lendemain.

La grosse erreur dont les jouruaux Belges avaient été vie- Expiicaiious. limes, — en admettant qu'il n'y ait pas eu de manœuvre cou- J^tX! pabledela part de l'auteur de la nouvelle, — ne s'explique que par la tournure rassurante des débats dans la troisième séance. Les dispositions tout à fait concilianles des Plénipolcn-

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