‹ Histoire du Congrès de ParisChapitre 41 sur 43 · V>U\ HISTOIRE · texte numérisé non relu

V>U\ HISTOIRE

Wdewski calma l'orage en rappelant t\uc lousk^s [loiots impliquant un coiUê belli étaient vidés et que le Congrès n'arail plus à examiner que des questions incidentes ou accessoires à ro)>jet principal de la délibération. Sans engager la Franco plus il ne convenait, le président du Ciaigrès sut se faire» (f^ii> celle circonstance délicate, Tavocat de la Prusse, il pirla avec conviction et modération, et fut assez heureui pour voir les répugnances se dissiper devant ses paroles, ta Prusse avait gagné son procès. Sa dignité de grande Puissance n'eut rieo à regretter dans la part (}ui îm < laii laite.

La séance fut suspcudue pendant quelques minutes. Ob approcha deux nouveaux fauteuils de la table, et les Plâitpotentiaires Prussiens furent enfin introduits. Au moment où cette introduction eut lieu, le salon des Ambassadeurs présen- Uiii un lahlenu dont les diverses pli.vsiouomies nn'rit*iicnl, à coup sûr, d'être reproduites par le pinceau d'un artiste habile. lm jMvnnt Quelques journaux étrangers, pauvres de nouvelles, mais tééu^imn nouveautés, affirmèrent encore une fois que nous

touchions à la paix, qu'il n'y aurait pas de prolongation d'armistice et qu'enfin une Commission avait été diargée de rédiger, d'après les protocoles» le traité définitif. 11 y avait dti vrai dans ces bruits, mais tout n'était pas vrai. Aiosi, en ce qui concerne la proclamation de la paix, il était encore absolument impossible de fixer une date à cette i»iocl«nation, en admettant que la paix fût une chose tout à fait décidée, ce qui j>nuvait encore être contesté. Quant à la nomination de la Commission de rédaction, eUe remontait h la séance du 14 mars. Sur la proposition de M. le Comte Wale«^i, cette Commission avait été composée d'Aali-Pacha et des seconds Plénipotentiaires de l'Autriche, de la 1 lance, de la Grande- Bretagne, de la Russie et de la Sardaigne, l)H la séance suivante, la (Commission, par l'organe de son rapporteur, M. le Baron do Bourqueney, rendait compte de ses travaux, ce qui prouve, comme j*ai déjà eu Toccasionde le dire, que ces tioîs

jours de repos «pi^arent avaient été très-utilement employés.

Ce fut aussi M. le Baron de Bourqueney qvii, dans la sciomie séauce du 18 mars, donna leclure, en (irésenee des Plénipolentiaires Prussieiis, des paragraphes préparés pour le reoouiF€llement de la convention des détroits* Les journaux dont je parlais tout à l'heure prétendirent, par erreur, que la Sardaigne n't't/iit pas représentée dans la Commission de rédaction. Ils préleudirenl aussi que M. le Comte Wale^ski en faisait fiartie, ce qui n*était pas moins inexact. Quant à la Prusse, elle Y fut représentée, mais un peu plu^tard» par M. le 0»mte de Hatzfeldt.

Le corro>iHJiidant le mieux renseigné de ï indépendance Fîiiétiié Meigcy un journaliste dont les lettres, signées Y, avaient acqius une certaine autonté, écrivait le 19, à propos de ce mSlange d'erreurs et de vérités : .

«f Je vous disais, il y a quelques jours, que les Plénipotentiaires, on lisant les l ul Jications dos divers journaux, y trouvaicui la jireuve de l'ahsnlue tidélité de chacun d'eux à l'engagement pris. Aujourd'hui , trois semaines après l'ouverture de leurs délibérations, la même expérience, invariablement soutenue, les confirme dans ïa certitude (ju'il n'a \ms été coniinîs la njouidre indiscrétion. Toutes les précautions possibles avaient, d'ailleurs, été prises i)our assurer le secret des délibérations. Ainsi, il avait été décidé, contrairement à Tusage suivi dans les précédents Congrès, qu*U ne serait pas communiqué d'expédition dos protocoles, morno auv h'%itions des grandos Puissances i|ui sont repi i tentées aux Conférences. ïiii résumé, je crois que Ton trouverait peu d'exemples d'un secret aussi bien gardé. Les Plénipotentiaires ont la conviction que per-^ sonne, absolument personne, en dehors de ceux qui devaient nécessairement on avoir connaissance, no sait rien de positif sur ce qu'ils ont fait «m dil dans le sein du Congr^s.

» Qela, pour le dire en passant, atteste le caractère sérieux que les Plénipotentiaires reconnaissent à leurs devoirs, le pro-

fond seotiment qu'ils ont de la gravilé de leur mission, la di* gnité de position dans laquelle ils savent se maintenir, et cela

pour répondre aux asse* mauvaises plaisanteries, aux allaques, fort légères de loncl, mais très- violentes dans la ft<i7iie, que quelques jouruaui jugent à propos de iliriger contre la diplomatie. » Je serais aise que quelqu'un de ces écrivains qui se présentent conmie les seuls organes des besoins élevés et des grands intéréls du siècle, et qui regardent cri pitié la diplomatie à l'œuvre dans le C«uigrès de i*aii>, voukU bien nous dire comment et par quelle intervention il comprend que la paix eût dû être rétablie en Europe, b Trmn Entre le IB et le 22 mars il n'y eut pas de séance , mais oes

des

couunisskws. ^^^'^^ jours furent remplis pai les trav<uix des Commissions.

Pour ces délibérations, les Plénipotentiaires se réunissaient, non pas dans le salon des Ambassadeurs, mais au premier étage de l'iiètel, dans les appartements particuliers du mi* nistre*

La ^éance du 22 mars, la douzième, fut très-courte. Le Coii^'iès désigna une Commission chargée de lui présenter un projet détinitif de préambule. Cette Commission fut composée des seconds Plénipotentiaires. • D*«aw»toie- Beaucoup de gens se montrèrent désappointés en ne trou-

iiient ramé , , i • i » • i n i

par le Silence vant pas le lendemam au Monilair la nouvelle que la paix lia iToiNtiiir. ^j^n signée. Ce fait vient à l'appui des assertions du correspondant que je citais tout ^ l'heure et prouve que le secret était rigoureusement gardé. On n'avait dans le public absolument aucun indice sur la marche des travaux. Quelques personnes, (jui s'étaient déjà munies de lampions qu'elles espéraient allumer dans la soirée, se virent, avec chagrin, obligées de les tenir en réserve. Cet em])ressement irrétléchi, mais as-* sûrement fort louable, fut l'objet des quolibets de plusieurs feuilles étrangères.

Certains eorrespoiulaub, (jui ii avaient pas su résister à l'entrainemeut dont je viens de parier, au beu d'avouer de boune

(îràce qu'ils s'étaient trompés, cherclicrenl h expliquer les retards que suinssait la proclamation de la paix par le mauvais Touioir qu'a})porlaient, disaienWils, plusieurs Plénipotentiaires moins pressés d'en finir que leurs collègues. En réalité, cette assertion était purement gratuite. Les lenteurs s'expliquaient suffisaniiiiriu par i tiijjiui i.iiur du travail et par la nécessité de s'éclajrer à lond sur certains points d'une nature souvent délicate.

A partir du 24 mars , date de la treizième séance , jusqu'au Mm 30 mars, le Congrès se réunit tous les jours. En prince de piéDÎ[iiiujttcelte activité, personne ne duula i)lus d'une solution procliaine, et l'on commença à penser que le Congrès voulait signer la paix avant le 31 mars, époque de l'expiration de l'armistice. U est bien certain qu'une annonce de prolongation d'armistice, faite avant la proclamation de la paix, eC^t jeté le découragement (Lins les esprits et paralysé les affaires. Les Plénipoleuliaircs tirent de grands eliorts pour échapper à celte nécessité.

Le 26, le journal VAnennbUe noHawUe annonça que la paix serait signée dans deux ou trois jours, et que Lord Glarendon,

qiii lais.'iil déjà ses visites pour prendre congé, quitterait Paris le dimanche 30. Comme toujours, il y avait du vrai cl du faux dans ces allégations, que le Gouvernement n'eut garde de rectifier, par la raison qu'elles devaient devenir bientôt, comme toutes les autres de même nature, les témoignages irréfragables de la fidélité au silence juré. On ne chercha j^as davantage à donner la mesure de ce qu'il y avait de vrai dans les bruits de propos plus ou moins vifs qui auraient été échangés entre plusieurs Plénipotentiaires, et particulièrement entre ceux de l'Autriche et de la Russie. On se contenta, dans le monde officiel, de sourire de î'étonnement que ces bruits provoquaient chez les hommes assez naïfs pour croire que les Plénipotentiaires s'étaient réunis purement et simplement pour se donner la main et a bâcler » la paix sans discussion.

520 HISTOIlii:

^ mars, il y avait eu chez M. le Baron de Hùbner, mi- ' Dislre d* Autriche en France, un grand dtner auquel avaient

assisté, entre autres personnages, Lord Glarendon, M. le Comte do liiioi, y\. le Haron de Bourqueney, M. le Biinui de Manleuffol, M. le ComU; Hal/ieldt, M. le duc de NoaUles, M. le Comte de Flabaut et M. Guizot. La présence de Tancien ctieC du Cabinet de Louis-Pbilippe fut fort remarquée et produisit ce qu'on appelait dans les anciennes assemblées pariemeotairos u des impressions on sens divers. »

Le k'iuleiuaiû , le ministre des Hnanees donnait un bal aoquel avaient été invitée toutes les notabilités du monde poli- . tique, financier, littéraire et artistique. Presque tous les Plénipotenliaires j assistaient. Jamais les beaux salons de rbôtel de la rue de Rivoli n'avaient été plus animés. Le bal se prolongea jus(4u à trois heures du matin.

Enfin, le jour suivant, M. Billaull, ministre de rmtérieur, réunissait à son tour les Plénipotentiaires dans un grand dtner, auquel assistaient également M. le Baron de Seebach, M. Mandeslrom, ministre de Su^de; M. le Baron de Vendland, ministre de Bavière; M. Firmin Ropier, les nniiisires de la justice, d'Étal, de la guerre, de l'instruction publique, des linances et des travaux publics; M. Troplong, M. le Comte de Momy, H. Baroche; les maréchaux Magnan et Bosquet; M. le Comte Tascher de La Pagerie, M. le Duc de Bassano, M. le Duc de Cambacérès, M. Delangle, M, Roulland, les préfets de la Seine et de police, et beaucoup d'autres membres éuiiuents des grands corps de l'État.

Le dtner fut suivi d'une soirée dont le ministre fit les honneurs avec une cordialité exquise.

DejKiis un mois que le Congrès avait (((iuiih iii »' ses travaux, il avait tenu seize séauces générales, sans compter les réunions des Commissions. Bien que la paix ne fût pas encore signée, on ne pouvait donc sérieusement lui reprocher de ne pas avoir fait preuve d'activité et de bon vouloir.

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Le le Moniteur annonça qu une granile revue aurait u Moniteur lieu le l«r a^, au Champ de Mars. Celte note du journal offi- 'nw. de! produisît une impression favorable et redoubla Tespoir ^<^i*^^*'

d'une conclusion heureuse imminente. On avait toujours af- Gnné (]u*iine grdude fête militaire solenniserait la proclamation de la paix.

Le lendemain» le Maniiewr publiait une dépêche du maré- Actneii ut

en Crimée à It nouvellf

cbal Pelissier qui contenait d'intéressants détails sur Taccueil

fait en Crimée à la nouvelle de la naissance du Pihk i- lin[)é- ^

' la naiss;iin-r

rial. Tous les camps, Français, Anglais et Siirdes, s étaient mis .iiii»iiucc en fête* Les Russes eux-mêmes s'étaient associés aux manifes-* ''">'''"^'* tations des alliés en illuminant leurs lignes depuis Inkerman jusqu'à Koralës.

L* l'empereur éprouva une vive émotion en lisant celle dépêche , et li chargea le général Ney, son aide de camp, de perler ses remerclments à Lord Clarendon, au Comte Orioff et au Comte de GaTour,

Le même jour, le Ctmêiitutùmnel, qui se tenait à l'affût des di uiu nouvelles fraîches et n'avait pas toujours le temps d'en con- ,e"!lîl^,,'îi' trôler l'exactitude, publia la note suivante en tête de son numéro :

« Depuis le commencement de la semaine, le Congrès déploie une activité extraordinaire. Au lieu de trois séances par

semaine, il en tient, depuis le lundi de Pâques, une chaque jour, et ces séances durent cinq à six heures consécutives.

» D'après l'adage d'Horace : Moiu$ in fnm eitior^ nous voyons dans cette activité des Plénipotentiaires la confirmation de l'espoir que l'armistice conclu entre les Puissances belligérantes n'expirera pas le 31 mars sans que la siî?nature de la paix soit un fait accompli. Tout porte à croire (jue cet événement tant désiré s'accomplira dans la séance de diman* cbe 30 courant. Nous apprenons, h ce sujet, que Sa Majesté rimi)ératrice, saluant dans la coïncidence de la naissance du Prince Iniiiérial avec la conclusion de la paix de Paris, un

m UlSTOlHt;

pronostic heureux, a manifesté le désir de posséder et de conserver la plume avec laquelle les Pténipotentiaires des Pui»-

sancf's ( (>nlrartaijk5 si^iierunt le traité j?(*n»''ral de paix. €ne plume d'aigle a élo choisie pour cet el iot, el après avoir été ornée, par le joaillier de la Ckiuronne, d'emblèmes appropriés h la circonstance, reste réserrée pour la signature exclusive (les sept exeii)plaires dans lesquels YimirmmU de la paix sera cxi^'ilié.

» La conclusion de la paix étant aussi certaine qu iniuiuiente, le Congrès a dû nécessairement prendre ses précautions pour que Tarmistice, qui devait expirer le 31 courant, soit prolongé pendant les ratifications et jusqu'à l'échange des ratifications du traité Av [):ù\. \a\ é^nrd h la di<lance qui s('i>arL* Paris «ie Pélersbourg el de Constantiiiopie, la durée de la prulungnUon de rarmistice ne saurait être inférieure à six semaines, pour permettre aux courriers de cabinet d'accomplir le voyage d*alr 1er et de retour, et de rapporter à Paris la ratification du traité de paix de la part de toutes ie> hautes (:oui*s contractantes.

» Nous avons lieu de croire que l'échange des raliiicalions s'accomplira à Paris dans la première quinzaine de mai. Ce n*est qu'alors que le traité de paix sera publié dans son contenu textuel. 9

La publication de ces détails, mélange d'erreur rt tlo \Liit<^, l)r()iiva iiu'd y avait eu indiscrétion. Mais quel était le coupable? On éuit alors trop absorbé par le grand fait qui allait s'accomplir pour songer à une enquête* Le CmuiUutwnnel fut donc invité encore une fois à plus de circonspection.

Quant aux autres journaux, ou les avertit (]ue la uole du Constituiiounel n'avait puuii été publiée de l'aveu du Gouvernement, et ils s'abstinrent de la reproduire.

On parla cependant encore de cette fameuse plume, arrachée à l'aile d'un aigle du jardin des Phintes, et destinée a la signature du traité de paix; mais on sut hiuiilnt «]u'cllo n'avail reçu aucun des riches ornements dont le ConHùuiiQtmei l avait dé-

tion faite

Signature dntrtllé

de paix.

coré€. Sa desliiialioii seule l'iliustrail, en effet, suftisaniinent pour qu'on pût se dispenser de la faire passer par les mains du JoaiBier de la Ck>uroime»

Le 29 au soir, les directeurs politiques et rédacteurs en chef

des principaux journaux (It^ Paris furent informés que le iraitr» auxjoufiuax. de paix serait signé le h udeniaiii. Ce même jour, riniprimerie impériale mettait sous i»resse les affiches qui devaient annoncer la conduaion de la paix à la population de Pans, aussitôt après que les Plénipotentiaires auraient apposé leur signature au hiib de l'inslrunienl de i>aix.

Le dimanrlie 30 mars, h midi, tous l<'s Ple^nipotontiaires, moins le ministre des affaires étrangères, étaient réunis, en grande tenue, dans la salle de leurs délibérations. Le Ciomte Walewski ne descendit qu'un peu plus tard : il se trouvait en ce moment auprès de la Comtesse sa femme, qui, dans la nuit même, l .i\ail rendu prro d'une pf.'lile liUc. Cette eoiiiLidence singulière fut très-remar<|uée et rendit encore plus vifs les témoignages de sympathie que reçut le ministre lorsqu'il parut quelques instants après dans la salle du Congrès.

Tandis que les Plénipotentiaires, assistés de leurs secrétaires, ^"oiTUpaîent à collationner les instruments de paix «jui leur avaient été remis par M. Feuillet de Conches, chef du bureau des protocoles, tout le personnel du cabinet, en costume officiel, se tenait aux ordres du ministre, soit dans la saUe même des délibérations, soit dans les pièces voisines K

Les deux portes de la salle du Congrès, donn ini sur le salon des Attachés de service, s'ouvraient Iréquemmeul et n'étaient

* Les copies du traité de paix avalent été faites dans les bureaux de H. FeaiDet de Conches, chef du protocole. Tous les autres Instrumenls étaient copiés de la main du Comte d'Héliand. La nuit du 29 au 30 mars, jusqu'à cinq heures du matin, avait été remplie par ce double travail.

Le traité était écrit sur papier très-fort, mais non pas sur paichemm, comme plasieurs Jonmanx le prétendirent.

m UISTOIHE

jamais oompléteinent closes. Les Pléni[)Otentiaires allaient et

venaient. Quelqur^-nns se tl* Minaient l>eaucoiip de nmiivemeoL Tous paraissaient eneiiantés de l'œuvre accomplie. A une heure un quart les portes furent poussées, et il ne resta plus dans le salon des Attachés qhe M. de BQling, chef du cabinet du ministre des affaires ét^ang^^es ; le r4omte d*Héliaïul, serr<''{ain' archiviste de la dirertion juihli^juc. ri un rlief de section à la division de la presse ^ministère de riutérieur}, chargé des rapports avec le ministère des affaires étran* gères.

A une heure et demie, M. le Comte W'alewski i^** salon des Attachés, et tid (juelqucs motSii ^on chef de cahii. qui sortit aussitôt : M. de Billing se rendait aux Tuileries pour annoncer à TEmpereur que la première signature Tenait d*èlrt apposée sur le traité de paix K

* Les PUnipDtentiaires se sertirent, pour la signature^ de rencrier monumental en argent massif ciselé et ouTragé dont j*ai déjà parié. Tous employèrent aussi, au moins une fois, la plume d*aigle, désormais Ihmense, dont Im jouniauz s'étaient tant occupés; mais le nombre des signatures ne s'életant pas à moins de trois cent quatre- Tingt-douie, U fallut recourir à d*auties plumes pour opérer plus vite. Les pièces à signer étaient au nombre de vingtfliuity soit sept exemplaires du traité, de l'acte additionnel et de ses deux annexes.

M. le Comte Walewski, connue pre^njeul du C*»nf?iès, signa le premier. La formalitë de la signature ne dura pas moins d'une heure et demie. On signa d'abord sur la petite taMo ijui avait servi à M. Benedeltl, secrétaire du Congrès; mais couiiue mode nécessitait le déj»l.iccmcnt des Plénipotentiaires et prenait beaucoup de temps, le? membres dn Conprès s'assirent autour de la crande table et siirni cnt simultaru-mcnt les pièces qui leur étaient passées pai- les becrétau-es alluciiés.

Conformément à l'usage diplomalique, chacun des e\enii)laui > de l'instniment de paix prê tait en tète l'indication de la Puissance caor ti*actante à laquelle il était dci^tiné.

Aussitôt après que la dernière signature bit apposée, toutes les psf-

DU COiNGRËS DE PARIS 525

M. le Comte Walewski apprit ensuite à la personne envo3rée

parle iiiinisln; de l'intérieur, que les Plénipotentiaires signaient, el qu^•lp^^sla signature ils >e rendraient en corps aux Tuileries, oîi Sa Majesté l'Empereur devait l(»s reeovnir. Le minisire ajouta qu'il n'avait eu qu'à se féliciter de l'attitude de la presse Française depuis rouverture du Congrès. 11 exi>rinia la conviction que la publication dn traité « contenterait les plus ditticiles, » les Puissances alliées ayant tiré tout le parti possible des quatre garanties sans humilier ^la Russie t et Tavenir de la Turquie • yiiiiiais assuré, "«l'iastants après, le ministre de rint<^rieur était pré-

^iti que le traité venait d'ôlrc signé. Avis fut aussitôt transmis au préfet de police pour l'attichage dans Paris; les télé- Ifraphes fonctionnèrent et portèrent en quelques minutes ^heureuse nouvelle dans toute la France, et le canon des Invalides, éloquente expression de toutes nos gloires et de toutes nos joies, annonva par ses salves la fin de la j^uei rc.

Le Moniteur publia dans l'après-midi un supplément extraordinaire, consacré au grand événement du jour.

A Paris, la joie fut universelle. Les malsons se pavoisèrent EObipTvdju de drapeaux Russes mêlant leurs plis h ceux des drapeaux ^.^^^g^^^. Fran(;ais, Anglais, Prussiens, Autrichiens, Piéuiontais et Turcs. i» i^ix.

sonnes présente!^; y compris les Plénipotentiaires eux-mêmes^ se mirent à (ôilever de la table du C()i)<,M-ès, avec une ardeur qui rappelait la scène analogue que j'ai déjà racontée, tous les objets qui s'y trouvaient. En un instanti il D'y eut plus rien sur le tapis. Chaque Plénipotentiaire avait reçu la demande d*un nombre illimité, de phunes.

Quant à la plume d'aigle, elle Ait offerte le lendemain à rimpémtrice. Ce peUt objet historique avait été placé sous verre, dans un cadre doré fort simple. A droite de la plume, disposée verticalement, se li'ouvaient, siu plusiem*s rangs, les signatm'es et les cachets particuliers de tous les Plénipotentiaires. A gauche, était écrite, de la main du chef du protocole^ la mention certifiant l'authenticité du précieux objet.

Le soir, la ville entière s'illumina soudainement. Toute la i population était dans les rues.

c La paix a été sigDée aujouid*hui à une heure» à llidiel des affubres étrangères, disaienl les afflcbes placardées dans Pans.

Les Plénipotentiaires de la France, de l'Autriche, de la Grande- Bretagne, de la Prusse, de la Uussie, de la Sardaigne et «Ir la Turquie ont apposé leur signature au traité qui met tia à la guerre actuelle, et qui, eu réglant la question d'Orient, assoit le repos de FËurope sur des bases solides et durables. •

Dans la soirée, des courriers de < alun i p.irtiicni pour Londres, Vieime, Saint-Pétersbourg, Beriin, Turin ci OnL^lantinople, porteurs d'un exemplaire de Tinstrumeul destiné à chacune des Cours représentées au Congrès.

A\i$ ayait été donné de la signature du traité par voie télégrajibique mi marédiaî conHuainlaiil l'armée de Cnnu'.'. L'aruustice, qui ext)ii'^l lendemain, 31 mars, fut olUciellcmeiit prolongé de quatre semaines, fila» Le lendemain, M. le Comte Walewski donna un dtner de soixante-dix couverts en l'honneur de la paix. Tous les mem-

. ^••f bres du Congrès, le Corps <liploniali(iiie, l'arclieNèque de Paris, Cm mnistre. i i i< '

les niiiu^li es, ks pn'^idenls des grands corps de 1 Etal, les maréchaux el les irr luds ofûciers de la Couronne y asâ^laienU Tous les convives étaient en grand uniforme.

Le ministre porta un toast « à la durée de la paix, » et il ajouta : « Elle sera durable, car elle est honorable pour tous. »

Le même jour, le ministre d'Éfa! s'était rendu, i^ir «mire de r£mpereur, au Sénat et au Corps législatil, potur annoncer la signature de la paix. Cette communication avait provoqué dans les deux assemblées le plus vif enthousiasme.

Le télégiaphe signalait déjà l'effet immense produit à Londres et dans les autres capitales [mr rUeureux événement.

DU CONGRÈS DE PARIS o27

En récompense de ses services éminents, M. le Comte Wa- L Eivipcnur lewski fut élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'hon* '^^letXuT ueur. >f . 1(' Baron de Bournuenov fut nommé sénateur, riénipotai-

Le le*" avril eut lieu au Cliam^ de Mars la grande revue au- t-'i»"*^»». noncée de[)uis quatre jours. Un temps merveilleuiL favorisa cette fèie militaire et paciûque. Les troupes passées en revue &*élevaient à environ soixante mille hommes.

Quand riùnpcreur parut, accompa;j;né du Priuee Napoléon Grande revue el suivi d'un élal-inajor dans kM^uel on remarquait les maré- "j^îlîîîf diaux Vaillant, Haraguey d'UiUiers, Canrobert et Bosquet, le Comte OrloU et sa suite en grande tenue, le Marquis de Villamarina en tenue de colonel des chevau-légers, des uniformes militaires de toutes couleurs a])parlenanl aux arniées des principales PuissaiK os de l*Europe, il y eut un iRansseuieul électrique dans la fouie, et un immense cri d'orgueil et d'enthousiasme emplit le Cliamp de Mars tout entier mieux que ne l'eût iidt la voix du canon.

Celte féle magniln^uc, une des f)lus imposantes que Paris ait jaiuais vues, prouvait que la France avait pu, sa .s s'affaiMii à l'intérieur, envoyer deux cent cinquante mille a ubattanls en Crimée, et qu'elle était assez riche en hommes poui n'avoir rien à redouter ni du présent ni de Tavenir. Hais en ce jour d'oubli el de réconciliation, il n'y avait place dans aucun esprit ï>nur une idée beUi»iueuse. Le pul)lic immense qui adiniiail nos belles troupes et acclamait riùnpereur, saluait l'iostrument de la guerre en se félicitant d'avoir la paix.

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