‹ Histoire du Congrès de Vienne (volume 3)Chapitre 121 sur 180 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

triche, au nom de l'intérêt général, eût été une inutile témérité. Contenir les principales puissances dans les termes du traité de Paris par «la voie des insinuations, des observations, ou quelquefois par de la fermeté, était tout ce que l'on pouvait faire. Loin donc de condamner le Congrès de n'avoir point disposé des forces qu'il pouvait mettre en mouvement, lorsque la majorité avait embrassé un parti, il faut bien plutôt lui savoir gré d'avoir été modéré. Ceux qui l'accusent de faiblesse, eussent été bien plus prompts encore à l'accuser de violence et de domination outrée , s'il eût suivi leurs inspirations. Est-ce à une époque où l'on s'élève tant contre les autorités absolues,, qu'il convenait au Congrès d'affecter un pouvoir despotique? Ainsi s'évanouit cette fausse attribution de puissance universelle d'après laquelle on a prétendu qu'il eût pu repousser la Russie derrière la Vistule, l'Autriche derrière l'Isonzo , la Prusse derrière l'Oder , abaisser l'Angleterre, expulser le Turc d'Europe, et émanciper toutes les colonies. En agissant de la sorte , le Congrès se fût constitué désorganisateur universel, et fauteur d'une guerre générale. Il eût lui-même prononcé sa dissolution ; dissolution dont le premier effet eût été, que chaque grande puissance eût gardé ce qu'elle occupait en vertu de la conquête devenue ainsi la seule

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règle des acquisitioos ; au lieu que, par une discussion réfléchie des droits, des prétentions et des intérêts, et par une sage réserve dans ses décisions, le Congrès est parvenu à construire un tout qui a obtenu Tassentiment et la garantie de la très-grande majorité des puissances. Lorsqu'il commença à délibérer , l'Europe n'était point organisée; il n'y avait que des états épars, sans autres liens que ceux résultant des traités conclus à l'occasion de la guerre» Le Congrès s'attacha à retrouver le continent dans ses débris, et l'arracha une seconde fois au déluge de maux préparés par un despotisme envahisseur. £n dix mois , il répara les désordres de vingt-cinq années de désolation. En même tems qu'il invitait les peuples à des sentimens fraternels, il plaidait leur cause pràs des rois, et leur obtenait des constitutions favorables à Texercice des droits légitimes.

Les détracteurs du Congrès diront que, malgré tout le bien dont on lui fait honneur, le mécontentement et le malaise ont éclaté dans plu^ sieurs pays, k un degré beaucoup plus haut qu'avant la tenue de cette assemblée. Si le déplacement du commerce et des grandes fortunes avait favorisé certaines contrées; le retour de chaque chose à ses vraies proportions, ainsi que des distributions plus égales, ont ôté à certains

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états quelques avantages provenant de circonstances passagères et liées à un grand désordre politique. Le Congrès ne pouvait donner à tous les peuples appauvris , l'aisance et la richesse ; mais seulement rétablir l'harmonie et la paix qui graduellement les préparent. L'état précédent avait été réglé sans calcul , et par des coup$ violens ou tout était sacrifié au moment : Tor*^ dre de choses qui a succédé, est d'un succès certain quoique lent^ parce qu'il est fondé sur ta réparation du passé et l'équité»

Sans l'invasion de Bonaparte, le bonheur de la France n'eût pas été compromis. Ce. furent les nouvelles contributions de guerre , et les réquisitions pour un million de soldats qui aggravèrent les charges publiques, et multiplièrent les ^embarras. La dernière invasion coûta plus cher, parce que le danger pour les peuples et pour les rois , paraissant plus imminent , tous réuni* rent leurs efforts pour abattre les têtes mena* gantes du despotisme et de l'anarchie, et le Congrès comme une intelligence suprême, prépara ces derniers efforts. Sans cet heureux concert, qui peut dire ce qui serait arrivé au continent composé de tant d'états éloignés, et peu capables de se mouvoir dans une direction commune ?

Le Congrès de Vienne fut à la fois réparateur.

conservateur et sauveur de TEurope. Rien ne contribua aussi éminemment à Tbeureuse issue de ses travaux , comme la préisence de plusieurs grands souverains, en sorte qu'il fut autant un Congrès de rois qu*un Congrès de ministres; ce qui donna aux négociations un caractère plus imposant, et une marche plus rapide, par la facilité qu'avaient les ministres de consulter leurs cours. On sentit surtout le prix de ce rapprochement, lorsqu'il fallut prendre des résolutions énergiques vis-à-vis de l'usurpateur j disposer de nouvelles alliances, mettre en campagne la grande armée de l'Europe , et la diriger par des lignes convergentes contre l'ennemi qui fondait le succès de ses plans politiques et mihtaires, sur la division et le défaut d'ensemble.

Si maintenant on demande quels furent les services du Congrès : il rétablit plusieurs souverains dans leurs antiques domaines, rendit à l'indépendance des états asservis , posa pour TAllemagne, les bases d'un système fédératif , affermit la confédération helvétique par la réconciliation des cantons, promulgua un acte de navigation fluviale, stipula des constitutions représentatives pour divers peuples, et protégea contre l'inhumaine cupidité dçs colons, les peuplades de l'Afrique méridionale. Le Congrès rétablit l'équilibre continental à l'égard de la France,

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e» ..disposant autour d'elle^ des éfnts câpaU^s de prévenÎT de nouvaUes irruplions*

La BjuBsîe qu'on a représentée •comûie menâ» çant l'Europe ^ est dontehue par rAuCriobe agrandiç, par la Priisse et par k confèdératiuii germapique reli^yées.. lia réunion du duché <}é Yarsovie à la Russie , <^n Ih rapprochant de VEii* Tope\ la tnet en ol>$erval;i(Hi plus imfoédiate du continent qui fortement coalisé^ est cerfeB plus puissant et plus imposant qu'elle. Si la Hussie est protégée par ses hivers ^ l'Europe l'est encore bien plus par un esprit généreux d'îtidépendance qui jamais ne pérmetWa son asservisse-' ment, Les moilarchies qu'elle renfierme, se sont fortifiées en prenant de nouveau la légitimité pour base. La théorie des coalitions vengeresses est aujourd'hui déposée dané les archives dé tous les Cabinets; et çlie e«f serait tirée au besoin contre tout peuple conquérant. L'équilibre maritime qu'on eut vou|n voir r^ naître 9 n'eût pu se rétablir efficacement que par. une répartitiqn de colonies qui eût nécessairemeut prité la puissance dominante ^ f Angleterre, de plt^sieurs des gramls établissemens que pendant la guerre j. ^Ue a acquis , dans l'Inde ^ l'Amérique , et dans les différentes mers d» globe; mais à cet égard le Cotigrès était sati^ pouvoir. De plus , la part première et décisive

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