LIVRE SEIZIEME
Bonaparte prend la parole en faveur de son frère; et, après avoir parlé de sa gloire, il in» voque les anciens sermens. On lui répond que les sacrifices de plusieurs millions d'hommes immolés à l'ambition de Bonaparte, attestent assez la fidélité aux sermens. L'abdication paraît une mesure commandée par la nécessité ; et les opinions sont déjà d'accord sur ce point. L'assem* blée nomme un comité de cinq membres, pour se concerter avec les ministres. De son côté, la chambre des pairs adopte les trois premières résolutions de la chambre des représentans , et crée un comité de salut public.
Bonaparte est placé entre des résolutions également critiques ; celle de dissoudre les deux chambres par un coup d'état; et ce parti lui était conseillé par son frère. La seconde résolution était de remettre aux deux chambres, l'autorité publique, et le soin de négocier directement avec les alliés. La troisième était d'abdiquer en faveur de son fils. Pour Bonaparte , il était enclin à s'emparer du pouvoir dictatorial ; mais il lui fallait l'appui de la force armée. Le ministre de la guerre, Davoust, qu'il consulte, refuse de le seconder.
Dans la nuit du 21 , un conseil est convoqué à l'Élysée-Bourbon : il est composé des ministres ,
356 CONGRÈS DE VIKWNE.
des présideos et de quatre membres de chaque chambre, ainsi que de plusieiurs conseillers d'état. Bonaparte expose la situation des choses avec une sincérité qui n'avait plus de mérite , parce que les voiles étaient entièrement tombés. Regnault propose de lever une armée dé héros pour maintenir l'honneur de la France, et mettre Bonaparte en état de traiter personnellement de la paix. La Fayette répond que les alliés ayant, dès le principe de la nouvelle rupture , exprimé le sacrifice qu'ils exigeaient des Français ; il n'était pas présumable qu'après la victoire qu'ils venaient de remporter, ils renonçassent à leur décision qui était l'expulsion de Bonaparte , lequel devait trouver dans son dévouement, l'expédient unique qui pût préserver la France des maux qui allaient fondre sur elle.
Maret, quoique d'un caractère circonspect, en sort dans ce moment critique, et ose proposer contre les royalistes et les anti-bonapartistes, des mesures violentes qui rappelaient les rigueurs et l'oppression des premiers tems de la révolution. Ce conseiller est couvert de huées , parce que son langage ne parut que celui d'une servilité peu propre à intimider la fierté de plusieurs des membres présens. Benjamin Constant et Lanjuinais parlent dans le sens de Lia Fayette.