‹ Histoire du Congrès de Vienne (volume 3)Chapitre 130 sur 180 · LIVRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIEME

Bonaparte, sans résolution arrêtée, ne s'expKque point sur ce qu'il voulait faire ; et le conseil se ^ sépare.

Le 22 juin, après beaucoup de pourparlers, d'objections et de répliques animées dans lesquelles Bonaparte ne se montrait point disposé à céder, il déclare enfin aux ministres assemblés, qu'il se déterminait à abdiquer, mais à donner son abdication dans les termes suivans :« Français! en « commençant la guerre pour soutenir l'indéa pendance nationale, je comptais sur la réunion « de tous les efforts, de toutes les volontés, et a le concours de toutes les autorités nationales. « J'étais fondé à en espérer le succès , et j'avais a bravé toutes les déclarations des puissances (c contre mot.

« Les circonstances paraissent changées : je « m'ofire en sacrifice à la haine des ennemis de « la France ; puissent-ils être sincères dans leurs « déclarations, et n'en avoir jamais voulu qu'à « ma personne ! Ma vie politique est terminée ; « et je proclame mon fils, sous le titre de Napo- « léon II , empereur des Français. Les ministres « actuels formeront le conseil de gouvernement : « Tintéi^ét que je porte à mon fils , m'engage à ' tf inviter les chambrés à organiser sans délai la « régence par une loi.

358 COIfORKS DE VIENNE.

f Unissez-vous tous pour le salut public^ et « pour rester une nation indépendante.

<c Napoléon. »

L'abdication est acceptée par la chambre des représentans dans la séance du a3, et le président Lanjuinais est chargé d'aller remercier Bonaparte qui témoigne le désir que son abdication profite à son fils; mais Lanjuinais ne lui répond, rien de positif.

Il y avait une grande différence entre l'abdication de j8i4 et celle de i8i5. Lors de la première, Bonaparte était reconnu empereur par les puissances ; et lors de la seconde, il n'était à leurs yeux qu'un usurpateur, ou plutôt un prisonnier échappé de sa prison pour désoler l'Europe. Il n'avait plus sur les Français eux-mêmes, qu'un pouvoir de fait; sa réintégration n'ayant point été confirmée par des formes légales , n'était évidemment que l'œuvre de la force, et le succès d'un complot.

Le même jour ou Bonaparte abandonnait de nouveau les rênes du pouvoir, il y eut à son occasion , une discussion des plus violentes entre ses partisans et ses adversaires. Le républicain Carnot ayant paru comme ministre de l'intérieur, dans la chambre des pairs, poqr rendre compte

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des naavelles militaires qu'il venait de recevoir, et dont la plus importante était, que Grouchy avait ramené saine et sauve la division quHl commandait; et qu'il carppait sous les murs de Laon, à la tête de soixante mille hommes, tandis que le maréchal Soult réunissait à Mézières vingt mille hommes de la vieille garde ;Ney, qui connaissait mieux que personne l'état des forces présentes^ s'écrie avec indignation que tout ce qu'on vient d'exposer à la chambre est faux; que la, garde impériale qu'il commandait luimême à Waterloo, est détruite; que Grouchy ne peut avoir sous ses ordres que vingt -cinq mille hommes tout au plus.; et que l'ennemi, bien supérieiar en nombre, s'avance avec une telle rapidité, qu'il sera sous six jours peut-être à Paris. II termine. en déclarant qu'il ne reste d'autre voie que d'entamer une n^ociatîon, et de rappeler les Bourbons; que quant à lui, il allait se retirer aux États-Unis. Flahaut, Lavalette, Carnot et quelques autres parlent avec véhémence contre le maréchal Ney, qui dit que, dans les circonstances, il devait à sa patrie la vérité tout entière, quelque cruelle qu'elle fut, puisque le retour des Bourbons ne lui laissait d'autre espoir que d'être fusillé pour crime de désertion. Une autre discussion non moins orageuse, s'éleva lors de la lecture de l'abdication de Bo-

36o GOirORtS I>|£ VIENNE.

nâparte. lâiden^ son frère, demanda que conformément aux terïnes de l'acte d'abdication , on reconnût à rinstant, son fils pour son successeur. PoQtécoulanly a^rès avoir observé que Liiôeri était un étranger devenu prince romain, et qu'il n'avait plus droit d'intervenir dans les débats de la France, dit qu'on ne pouvait raisonnablement reconnaître pour souverapn, un enfiint résidant dans l'étranger. Mais le colonel T^a Bé* (loyiw^e plaitk avec emportemejit les droits de ce même enfant, et réclame les conditions mises par Sa»af»arte à son abdication, tf il faut, s'écrie^t^il, « que l'efflipereur tire de nouveau Tépée ; il faut « que le sang coule. Il fisiut qiae \e^ géniaux per* <« fides qui i, en ce moment , méditent de nou- » veltes trabisons, soient poursuivis et condaim- « nés comme déserteurs dix drapeau national ; <K que leuffS) noms soient notés d'infamîe , leurs « maisons raséesi, leurs familles proscrites etext* « léeik. » Les eri& à tordre itcmBsnt avec peine la votx de cet entlioustasbe qui, s'étant fortesBrenl compromis par sa conduite rdoelle à Greniable, était prêt à tout sacrifier pour ki cause de Bonapacte, devenue la sienne.

Les pairs vefufienl toutefois*, aânsi cpe la cfaamr bre des repffésentaiis;; de reconnaître pour sou* verain Napoléon II, et ild procèdent à la nomkiatirofi des membres du gouvenaernent provtsoÂre^

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qui sont Fouché, Carnot, Caulaincourt, Grasiier et Quinefte. Fotiché élu président de k comint$«sÀon qui constituait le gouvernement promoirè , était le prototype de l'intrigue. Tour à tour audacieux et rampant, cet honinie, après s'être baigné dans le sang, avait simulé l'humanité. Se croyant l'homme nécessaire et le seul nécessaire, dévoré de la soif du pouvoir et de c^lle des richesses > il était toujours prêt, conforfoé* ment à ta manie des révolutionnaires, k cons* pirer contre l'autorité cbaocelante pour lui en substituer une nouvelle de son choix.

Le duc de Wellington était arrivé, le aa juin, à Cateaii - Cadnbresis sans avoir rencontré un seul corps français. Le noaréchal Blucher s'aVaaçai|: avec non moins de rapidité : la place d'Avesnes, après une résistance de quelques heure^^ s'était rendue âu général Zîeten. Les deux feld-ma^é<ehaux concertent /dans une entrevue à CbâtilloUv leurs opérations, et se dirigent sur la capij^e.

C'esÉ au quartier général d'Heidelberg que les monarques alliés avaient appris la victoire de Waterloo. La grande armée autrichienne, $ous les ordr« de Scbwartzenaberg , avait aussitôt précipité sa marche; et il y avait/eu le %% juin, près de Haguenau, un oombait très- vif entre le prkîce royal de|Wirtemberg et le général Rapp, qui avai* été rejeté sous les murs de Strasbourg:

36a CONGRÈS DE VIENNK.

Tandis que Cambray ouvrait ses portes à Wellington , et que Louis X VIII arrivait dans cette ville, Blûcher se portait sur les lignes construites entre Vincennes et Saint-Denis. Pour Bonaparte, il s'était retiré à la Malmaison , campagne à deux lieues de Paris : se résignant avec peine à une destinée entourée de périls, il rêvait aux moyens d'y échapper. Il parlementait; mais la commission du gouvernement, convaincue que sa présence était un obstacle invincible à la paix, avait arrêté qu'il sortirait sans délai du territoire français. Cette mesure était peu conforme aux idées de ce personnage qui sollicitait la permission de se mettre à la tête de l'armée, pour tenter de nouvelles aventures, et obtenir, par quelque succès, une meilleure composition. Il écrit à la commission « qu'il ce offrait ses services comme général j se regarde dant comme le premier soldat de la patrie. » La commission lui répond : « Que le devoir àft « ses membres envers la patrie, et les engage- (c mens pris par ses plénipotentiaires avec les « ministres étrangers, ne lui permettaient pas « d'accepter ses offres. » Bonaparte avait déjà fait seller ses chevaux de bataille, et se disposait à aller joindre l'armée, quand le général Becker, qui devait l'accompagner jusqu'au lieu de son embarquement , arrive avec la décision de la

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