LIVRE DIX-SEPTIÈME
Gand par le roi de France, à l'ambassadeur d'Angleterre, sir Charles Stuart; et que sa cour se flattait que ce monarque si heureusement rétabli sur son trône, s'empresserait de maintenir l'abolition de la traite, sans réserve ni restriction; ce qui d'ailleurs paraissait conforme aux principes bienfaisans en tout tems manifestés par S. M. T. C. »
Le ministre Talleyrand répondit, le 3o juillet, à lord Castlereagh : « Que le roi, ensuite de ff la conversation qu'il avait eue avec sir Charles « Stuart, et de sa lettre du 27, avait donné des « ordres pour que , de la part de la France , le a trafic des esclaves cessât dès h présent y par- « tout et pour toujours; que ce que l'usurpateur avait fait à cet égard, nul comme tous ses actes, lui avait été visiblement dicté par des motifs d'intérêt personnel , et par des espérances que cet homme n'aurait point conçues, s'il eût été capable d'apprécier le gouvernement et le peuple britanniques; que sa décision n'était par conséquent, et ne pouvait être d'aucun poids pour Sa Majesté : que c'était à regret que, l'an derniet», elle avait stipulé la continuation de la traite pendant quelques années ; qu'elle ne l'avait fait que, parce que d'un côté, elle savait qu'il existait sur ce point en France, des préju-
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gés qu'ît était alors utile de ménager; et que, de l'autre, elle ne pouvait pas assigner avec précision quel tems suffirait pour les détruire ; que depuis ces préjugés avaient été combattus dans des écrits et avec assez de succès, pour que S. M. eût la satisfaction de pouvoir suivre librement son propre penchant; après que des recherches faites avec soin avaient prouvé que la prospérité des colonies françaises n'était point compromise . psit l'abolition immédiate de la traite , et que cette abolition n'était point contraire aux intérêts de ses sujets ; intérêts qu'elle devait, avant tout, consulter; que la satisfaction de S. M', était accrue par l'idée qu'elle faisait en même tems une chose agréable au gouvernement et au peuple anglais.» Cette déci* sion définitive fera époque dans les annales de l'Afrique moderne.
La possession de Bonaparte par les Anglais, était un événement dont il était important de ne pas perdre le fruit. L'esprit d'intrigue et d'as* tuce inséparable de ce personnage ; Jes machinations qui avaient facilité sa sortie de l'île d'Elbe, et de plus, le décret du Congrès qui l'avait mis hors de la loi des nations, étaient autant de motifs qui eussent justifié les plus se*vères mesures. Plusieurs voix dans l'Europe, ap-
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pelaient même la mort sur la tête de l'auteur des maux innombrables qui affligeaient encore l'espèce humaine. Guidées par des sentimens de générosité et de clémence, quoiqu'elles eussent déjà eu lieu de s^en repentir, les puissances alliées se contentèrent d'arrêter à Paris, le 2 août 181 5, la convention suivante qui était comme un arrêt définitif des principales couronnes.
ce Art. 1®^. Napoléon Bonaparte est regardé par les puissances qui ont signé le traité du a 5 mars dernier, comme leur prisonnier,
« Art. 2. Sa garde est spécialement confiée au gouvernement britannique.
« Art. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie, et la cour royale de Prusse, nommeront des commissaires qui se rendront , et demeureront au lieu que le gouvernement de Sa- Majesté britannique aura assigné pour le séjour de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être chargés de la responsabilité de sa garde, s'assureront de sa présence.
« Art. 4- Sa Majesté Très-Chrétienne sera invitée au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer également un commissaire français, au lieu de détention de Napoléon Bonaparte.
« Art. 5. Sa Majesté, le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, s'engage à remn. 27
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plir les obligations qui résultent pour elle, de la présente convention.
Cet acte était signé par lof d Ca^tlereagh , le duc de Wellington et le prince de Mettemich.
La cour de Londres étant chargée de la personne de Bonaparte, décida que le Nor^ ihumberland le conduirait à Sainte-Hélène. Ce vaisseau sur lequel Tamiral Cockburn avait hissé son pavilIon,ayantn)isàiavoile le 1 1 août, y avait touché le i6 octobre. Tous ceux qui se sont livrés à la physiologie morale, ont pensé que c'était moins au milieu de la bonne fortune que dans là mauvaise , que l'homaie déchu du pouvoir devait être apprécié ; il faut donc s'arrêter quelques instans sur le prisonnier de Sainte- Hélène, qui du reste était libre dans son int^ rieur, et surtout dans ses conversations.
Bonaparte, après sou débarquement, fut conduit à Longwood^ maison de la compagnie des Indes , et désignée pour sa demeure. D'après le^ instructions données à l'amiral Cockburn, qui devait commander provisoirement à Sainte-Hélène, le détenu devait être traité comxnegénérai. 11 ne pouvait garder l'argent qu'il avait apporté avec lui, parce qu'on avaità craindre qu'il ne s'en servit pour corrompre les soldats ou des habitans de nie : cet argent devait former un capital dont les intérêts serviraient à son entretien. Un officier
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anglaisavait été chargé de raccompagner dans ses promenades hors des limites prescrites. A l'arrivée des vaisseaux de commence anglais ou étran* gers, et aussi long-tems qu'ils seraient en vue, Bonaparte ne pouvait sortir de l'enceinte de sa demeure dont la garde était confiée à des factioii;iaires des détachemens postés le long des cotes de l'île qui est partout inaccessible , à l'exception du côté de la ville de James-Town ouïes vaisseaux peuvent aborder. Outre ces précautions à l'intérieur, il y avait des bricks et bâtimens légers qui , dans leur croisière habituelle , enveloppaient l'île. Ces précautions étaient justifiées par l'évasion furtive de Bonaparte de l'ile d'Elbe, et surtout par l'opinion qu'on avait.de son caractère rusé et intrigant.
Un bill du parlement du 8 avril 1816 ordonnait « que Napoléon Bonaparte, pour le maintien « de la tranquillité de l'Europe et pour la suce reté générale, serait détenu en captivité comme a prisonnier de guerre , sous la surveillance de « toute personne nommée par Sa Majesté bri- « tannique, et dans tel endroit de ses possessions « et avec telles restrictions qu'elle jugerait conte venables ; et que tout individu qui t«iterait « de faire évader Bonaparte du lieu où il aurait a été placé, ou même concourrait à son inva-» « sion , serait déclaré coupable de félonie , et
(c comme tel condamné à mort. » Ce bill qui constituait Bonaparte prisonnier de guerre et d'état, le blessait autant qu'il affectait ses partisans qui auraient voulu qu'au#lieu de rester ainsi tout vivant dans les mains d'un ennemi auquel il avait juré haine implacable, il ne lui eût laissé que son cadavre ; mais l'exterminateur des nations, celui qui disait avec tant de facilité , « je vous ferai fusiller ; » s'estimait et s'aimait trop lui-même, pour songer à imiter ces personnages fameux qui, dans divers siècles, préférèrent de trancher la trame de leurs jours , a la honte de suivre en humbles captifs , le char du triomphateur. Bonaparte n'avait ni le cœur indomptable de Mithridate , ni l'arae indépendante d'Annibal, ni la vertu stoïque de Caton d'Utique. Personnage théâtral, il n'était point disposé à abandonner la scène , dût-il parcourir la terre comme un chef de bande, ou errer sur les mers en avide pirate. Il avait en horreur l'inactivité, et cet oubli qui est le néant de l'homme vain. Pressentant ce que les révolutionnaires et ses adhérens attendaient de son courage et de son orgueil , il les déconcerta en disant (c qu'il lie voulait pas finir ses jours comme un « joueur désespéré, et qu'il tenait à la vie par « le sentiment de la gloire ; » mais n'était-ce pas plutôt par un esprit d'intrigue , par la folle es-