LIVRE DfX-S£PTIÈME
position si extrême, il était résolu à ne point attenter à son existence , il ne lui restait que deux partis : le premier, de supporter sa, réclusion comme le. lion de Numidie qui, derrière les barreaux de fer, ne rugit point, mais se contente de promener autour de lui de sombres regai^ds, et respecte du moins le gardien chairgé de le nourrir. Le second parti était de se rapprocher franchement du gouvernement anglais, et de vivre à Sainte-Hélène sous ses lois , ainsi qu'il l'avait sollicité; mais une fureur permanente convenait mieux à Bonaparte. Dominé par le souvenir d'une puissance momentanée dont il cherchait à prolonger l'illusion par les hommages de quatre ou cinq affidés, au lieu de se mettre noblement au-dessus de ses ennemis , en ne leur demandant rien, ou en acceptant tout en silence; if querellait perpétuellement pour des objets bas j pour sa table qui coûtait par an , cent mille écus, à l'Angleterre ; et il feignit même de vendre , pour y fournir, quelques pièces de vaisselle., lorsqu'il avait secrètement dans sa cassette , dix mille louis réservés sans doute pour une nouvelle évasion; car là se portaient encore toutes ses pensées. Mais, en se plaignant sans cesse, en dénonçant, en exagérant des dro^s méconnus, il ne pouvait qu'exciter la vigilance des autorités anglaises responsables envers l'Europe.
43q congrès de vienne.
Un mcMTibre de l'opposition dans la. chambre des pairs , ayant tenté de présenter les plaintes de fionaparte ^ il fut combattu par le ministre des colonies , lord Bathurst et par d'autres pairs qui prouvèrent quele prisonnier jouissait de toutes les douceurs et de toute la liberté, que r intérêt de (Europe^ et ses crimes permettaient de lui accorder.
Quel spectacle pour le moraliste, que celui d'un homme qui,, né obscur, et déchu du plus haut rang par une suite de folles témérités « au lieu de reconnaître ses tortà, et la fragilité d'une élévation mat soutenue , ne songe qu'à s'exalter lui-même , qu'à invectiver l'autorité légitime, à flétrir ce qu'il a connu, qui, sur un rocher perdu dans l'Atlantique, rêve encore la domination suprême, exige le titre impérial; entre dans des rages convulsives parce qu'on le lui refuse , et cherche encore à soulever toutes les passions. Toutetgris , au milieu des entraves dont le prisonnier se plaignait, il pouvait voir librement et sans témoins , tous les étrangers de distinction qui passaient à Sainte - Hélène. C'est alors qu'il cherchaitpar amour-propre, à donner unegrande idée de son intelligence et de ses vues; ce qui lui réussissait rarement (j) vis-à-vis des esprits
(i) Le secrétaire de l'ambassade en Chine, EUis , rcve-
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