LIVRE JDIX-'SEPTlàMB
sauce, n'osaient pas en analyser les moyens. DissimuXé quand il se possédait, il se démasquait dans de fréquens emportemens. Dans les discussions, on retrouvait le tribun affublé du niànteau royale discourant sur tout dans un lan* gage mêlé de trivialité et d originalité ♦ d'ergotisme et de prétention au savoir. Prodigued'argent et d'honneurs, moins par libéralité que pour se donner un brillant entourage, il proËma tout, titres, noblesse, décorations, le diadème, et jusqu'à la gloire de la France dont la capitale jusqu'alors vierge^ fut deux fois envahie. Avide de célébrité, il adopta cette opinion de Machiavel, «qu'il est permis de commettre les crimes <( qui attestent le courage et la force de tête. » Connaissant toutes les routes du cœur humain dont il avait étudié les vices, il gagnait les uns par l'or, les autres par les titres ; ceux-ci par la i»enace, ceux4à par les cajoleries. 11 payait laîrgement les services rendus à sa cause , et chercha à 3'attaober beaucoup d'êtres découd* d^s, parce qu'il comptait plus sur l'affection de l'immoralité, que sur la fidélité de la vertu à laquelle il ne croyait pas.
Bonaparte fut un composé de divers personnages. Chez lui, on trouve du Gengis-Kan, du Bazajety du don Quichotte, du Mazaniello , du César Borgia, du Cromwell, du Danton, du
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Sganarelli^. Son nom sera fameux bien moins par ce qu'il fit , que parce qu'il se lie à quelque chose de plus fameux que lui, la répolution française, ou la grande tempête européenne. Toutefois, on ne peut lui refuser de l'énergie, et la science pratique du despotisme.
Bonaparte disait « quV/ açait été fait pour son siècle; » ce qui pouvait être vrai, en ce sens, que , né agitateur et révolutionnaire, il trouva sa place à une époque de convulsion universelle; mais sa chute rapide a prouvé que son siècle, en s'éclairant , avait fini par le répudier ; et l'esprit dé faction , l'ignorance et le mépris du beau moral, ont pu seuls lui conserver encore des partisans aveuglés', ou aveugles volontaires (i). Bonaparte ne sera jamais grand aux yeux des vrais amis de la liberté ; mais il pourra l'être , aux yeux de ceux pour qui tous les moyens de sortir de l'obscurité, sont indifférens ; qui prennent l'intempérance des idées pour le génie, un délire épileptique pour des inspirations du Ciel, et le fracas de cent combats ter-
(i) Suétone nous apprend qu'il y eut des citoyens romains qui, pendant plusieurs années, allèrent orner le tombeau de Néron, de fleurs de printems et d'été. '» Et tamen « non defueruat qui per longum tempus , vernis eestiuisque * fforibu$ i tumitlum ejus ornarunt. »