LIVRE DIX-MUITlÈMl
« des étrangers font chez lui , lorsqu'ils le re- « connaissent, et qu'ils entretiennent avec lui « les relations de paix accoutumées. La guerre « est faite alors contre des hommes aux droits «c desquels celui qui les combat , ne peut succé- « der, parce qu'ils n'en ont point, et sur leste quels il est impossible de conquérir ce qui « n'est pas à eux. L'objet ni l'effet d'une telle <c guerre ne peuvent pas être de conquérir; mais a de recouvrer : or, quiconque recouvre ce t< qui n'est pas à lui, ne le peut recouvrer que « pour celui qu'il en reconnaît comme le posi< sesâeur légitime.
« Pour pouvoir se croire en guerre avec un « pays, sans l'être avec celui qu'on en reconnais- « sait précédemment comme souverain , il faut <c de toute nécessité , de deux choses l'une : ou' «cesser de le tenir pour tel, et regarder la « souveraineté comme transférée à ceux que « l'on combat par l'acte même pour lequel on « les combat, c'est-à-dire, reconnaître, suivre, « et par-là sanctionner les doctrines qui avaient
renversé tant de trônes, qui les avaient ébranlés « tous, et contre lesquelles l'Europe a dû s'ar- « mer tout entière; ou bien croire que la souve- « raineté peut être double : mais elle est essence tiellement une, et ne peut se diviser; elle peut « exister sous des formes différentes, être coK
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« leclive et individuelle à la fois dans un même a pays qui ne peut avoir en même tems deux « souverains.
c<Or, les puissances alliées n'ont fait ou cru faire ni Tune ni l'autre de ces deux choses. Elles ont considéré l'entreprise de Bonaparte comme le plus grand crime qui pût être commis parmi les hommes, et dont la seule tentative le mettait hors de la loi des nations. Elles n'ont vu dans ses adhérens que des complices de ce crime qu'il fallait combattre, soumettre et punir; ce qui excluait invinciblement toute supposition qu'ils pussent avoir naturellement pu acquérir, conférer, ni transmettre aucun droit.
« Les puissances alliées n'ont pas cessé un instant de reconnaître S. M. très * chrétienne comme roi de France, et conséquemment les droits qui lui appartiennent en cette qualité ; elles n'ont pas cessé un instant d'être avec lui, dans des relations de paix et d'amitié; ce qui seul emportait avec soi l'engagement de res* pecter ses droits.
« ïllles ont pris cet engagement d'une manière formelle bien qu'impli(iite , dans leur déclaration du i3 mars; et dans le traité du a'5, elles l'ont rendu plus étroit en fabant entrer le roi, par son accession à ce traité, dans leur alliance contre l'ennemi commun; car si Ton ne
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pf^ut conquérir 6ur un ami, à |>lus forte rsâson ne. le peut-'on pas sur un aliié? Et qu'on ne dise pas. que le roi ne pouvait être l'allié des puissances qu'en coopérant activement avec elles, et qu'il ne Ta point fait. Si la défection totale de l'armée qui, à l'époque du traité du a 5 mars, était déjà connue ou réputée inévitable, ne lui a point permis de faire agir des forces régulières, les Français qui, en prenant pour lui les armes, au nombre de 60 à 70,000 hommes dans les départemens de l'Ouest et du Midi, et ceux qui, se montrant disposés à les prendre, ont mis l'usurpation dans la nécessité de diviser- ses forces ; et ceux qui , après sa défaite à Waterloo, au lieu des ressources en hommes et en argent qu'il demandait, ne lui en ont laissé d'autre que de tout abandonner, ont été pour les puissances alliées, des auxiliaires très-réels et très*utiles. Enfin, les puissances alliées, à mesure que leurs forces se sont avancées .dans les provinces françaises , y ont rétabli l'autorité du roi, mesure qui aurait fait cesser la conquête, si ces provinces eussent été véritablement conquises.
c< Il est donc évident que la demande qui est faite de cessions territoriales, ne peut être fondée sur la conquête. Elle ne peut pas davantage avoir pour motif les dépenses faites par
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les puissances alliées; car s'il est ju9te que le^ sacrifices auxquels elles ont été forcées par une guerre entreprise pour l'utilité conin)une, mais encore pour Futilité spéciale de la France , ne restent pas à leur charge; il est également juste qu elles se contentent d'un dédommagement dé luéme nature que le sacrifice : or, les puissances alliées n'ont point sacrifié de territoire.
« Nous \ivons dans un tems où plus qu'en aucun autre, il importe d'affermir la confiance dans la parole des rois. Des cessions exigées de S. M. T. C, produiraient l'effet tout contraire, après la déclaration où les puissances ont annoncé qu'elles ne s'armaient que contre 3ona«> parte et ses adhérens, après le traité où elles se sont engagées à maintenir, contre toute ai* teinte, l'intégrité des stipulations du traité du 3o mai t8i4 qui ne peut être maintenu, si celle de la France ne l'est pas, après la proclamation de leurs généraux en chef où les mêmes assu* rances sont renouvelées.
« Des cessions exigées de S. M. T. C. lui ôteraient les moyens d'éteindre totalement et pour toujours parmi ses peuples , cet esprit de conquête, soufflé par l'usurpateur, et qui se rallumerait infailliblement par le désir de recouvrer ce que la France ne croirait jamais avoir justement perdu.