LIVRE DIX-HUITIEME
Le traité du 20 novembre termina le second envahissement de la France. Dans les principes de la politique, ce traité devait être plus rigoureux que celui du 3o mai 18149 soit parce que les efforts des alliés avaient été plus considérables , soit parce que les récidives sont toujours sévèrement punies; car il fallait enfin assurer le repos de l'Europe. Il n'est que trop constant qu'il existait en France, un parti anti-royal formé des débris de la faction napoléonienne unis à ceux de la faction républicaine; alliance monstrueuse du despotisme et de l'anarchie, usurpant également les couleurs de la liberté. Les monarques alliés défavorablement prévenus, regardaient la soumission de ces deux partis, plutôt comme un acte de dissimulation ou de feinte résignation, que comme le gage d'une conversion sincère ; et l'armée française paraissait plutôt < contenue que soumise. Ces jugemens rigoureux tenaient à l'opinion qu'avaient donnée de leurs mauvais principes, les révolutionnaires français, et à la crainte qu'inspirait leur esprit remuant ; et c'est de cette impression si récemment justifiée, que les alliés étaient partis dans la fixation des indemnités pour le passé, et des garanties pour l'avenir.
Les conditions du traité étaient peu agréables sans doute pour une puissance accoutumée à
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à des acquisitions illimitées , et qui avait pris le nom fastueux Ae grand empire. Mais, après avoir réfléchi sur la cause de ses désastres , la France dut se consoler des restitutions exigées , puisqu'elles n'affectaient point intrinsèquement son système topographique qui reposait toujours sui* d'excellentes positions, sur des chaînes de montagnes, de larges fleuves, les deux mers, et que des fortifications ajoutées à quelques villes, pouvaient remplacer lesplaces perdues. Qui ignore qu'en peu d'années, Louis XIV créa une multitude de forteresses? La France à l'abri d'atteintes sérieuses, et d'invasions non provoquées, ne perdait que le triste honneur d'être la terreur de ses voisins, et le fléau des peuples paisibles. L'occupation de dix-huit places fortes par les troupes alliées, pendant cinq'ans, afin d'affermir le pouvoir royal, n'avait jien d'humiliant pour la nation française, qui ne devait voir dans l'étranger, qu'un auxiliaire et un défenseur de l'ordre public. Quelle puissance de l'Europe n'a pas signé des traités désastreux ? L'adversité dont la France recevait à son tour les leçons, n'avilit que les lâches , et ramène à la raison les peuples gâtés par la bonne fortune.
Il eût été à désirer que le système des contributions de guerre ou d'indemnités pécuniaires^ dont on avait abusé sous le dernier gouverne-