LIVRE XL
SOMMAIRE
De la reine de Naples,. Caroline d'Autriche. — Du commandeur Ruiîo et du duc de Serra-Capriola, ministres de Fer* dinand IV à Vienne. — Situation de Joacfaim Murât. — Note du prince Talleyrand au sujet du royaume de Naple». — Preuves du défaut de sincërité de Murât à Fégard deTAutriche. -^ Sa défense par ses plénipotentiaires à Vienne. -^ Ses menaces. — Déclaration de la cour de Vienne à son sujet Note des plénipotentiaires de Murât. — Réponse de
l'Autriche. — Guerre entre cette puissance et Murât. — Opinion de l'Angleterre sur Murât. — Sa chute. — Réintégration de Ferdinand sur le tràoe de Naples. — Négociations au sujet de l'Ordre de Malte. .^ Mémoire de ses plénipo^ tertiaires. — Projets divers en faveur de l'Ordre. — GQUsidélations.
J^'ANGLÉTEaRE défendait la Sicile contre leis attaques de Joachinr Murat^ par ses troupes et par ses vaisseaux. Le général Bentinck y commandait, pour la cour de Londres avec iine autorité qui ble3sait la reine Caroline d'Autriche ac-
1^4 CONGRÈS DS VlKirNE.
coutumée à régner sous le nom de Ferdinand IV. Impatiente d'un joug, prix de la protection anglaise. Cette^ princesse , sans être arrêtée par sa vieillesse, ni par les périls de la navigation, s^était embarquée secrètement avec son second fils, le prince Léopold , avait traversé l'Archipel , abordé à Constantinople , franchi le Bosphore; et après avoir essuyé une violente tempête dans la mer Noire , avait débarqué à Odessa, d'où elle s'était rendue à Vienne. Accueillie de la famille impériale avec tout l'intérêt dû à une tête couronnée et à son courage , h reine n'avait pas éprouvé, sous le rapport poUtîqBe» toute la sàtisfactioti qu'elle aittenîdaît de 'l'empereur, son neveu , parce que la tour de V4e»ne se trouvait liée avec le roi de Naples, par un traité d'alliance qui lui garantissait le trône. Les espérances de la reine Carpline étaient encore incerlaines, lorsqu'une mort subite vii^t la frapper le 7 de 9epteffDb>re, au moment où el)é se disposait à à^ir avec activité auprès des monarques altiés. Le prince Léopold de Bourbon, qui, quoique fort jeune , avait remplacé sa mère dans un rôle ^fficile, s*en acquitta avec une prudence qui fut couronnée d'un plein succès.
f jCs plénipotefi flaires de Ferdinand IV près le Congrès, étaient le commandeur Rti^o et le due de Serra-<îapriola. Le premier jouissait aii plus
LfVRB osrziàME. isS
haut degré de la confiance de son sotlverâiii. Ferdinand « en lui remettant le soin de ses plua chers intérêts, Tavait autorisé à faire tout ce que son zèle lui suggérerait ; et il l'avait déchargé en cas dé non-succès, de toute responsrabîlité. Gaiine au milieu des plus ficheuses vtcissi* tudés, le tommaudeur Ruffo dirigeait avec con« fiance datis l'avenir^ la négociation épineuse qui lui éiait confiée. Dépuis onze ans, il combattait l'adversité avec la fermeté du sage , et avait tou* jours soutenu v^ur le continent la dignité de sa cour opprimée» Par son. aménité, un excellent esprit et des liaisons adroitement ménagées , il avait affectionné à la cause de sou souverain beaucoup de personnages du plus, haut rang.
Le duc de Serra-Capriola , collègue de Ruffo , était depuis long^tems ministre des Deux*Siciles à Pétersbourg* Ni Tâge, ni le climat, ni les revers n'avaient refroidi 1 ardeur de ce sujet fidèle. Plein de cette franchise qui est l'épanchement d'un sentiment vif et pur, il en avait usé, en plus d'une occasion , auprès* de Paul V^ , prince peu dispo^ à éprouver des contradictions. La cour de Palerme devait au zèle du duc de Serra-Gapriola, l'intérêt que le cabinet russe porta toujours à ses malheurs. Une maladie longue et d'un caractère fâcheux , empêcha ce plénipotentiaire
ia6 CONGRÈS DE VIEIflTE.
(Tétre dans le Congrès aussi utile aux intérêts de sa cour, qu'il aurait pu l'être, d'après l'estime générale qu'il inspirait. Joachim Murât avait de son coté, pour ministres au Congrès, le duc de Campo^hiaro et le prince Cariati de la maison Spinelli r ils s'efforçaient de balancer les pléni* potentiaires de Ferdinand^ qui jouissaient d'une influence bien supérieure. Néanmoins, les dispositions de plusieurs cours n'étaient pas très-fa* vorables à celle de Palerme-, parce qu'elles croyaient que l'équilibre du midi de l'Europe exigeait que la puissance de la maison de Bourbon en Italie fut réduite. La France et l'Espagne étaient dévouées à Ferdinand IV par devoir de parenté ; et la première l'était aussi par intérêt d'état, parce qu'elle s'était engagée à replacer ce prince sur le trône par la force des armes , si le Congrès ne l'y replaçait pas.
Le prince de Talleyrand, dans un entretien qu'il avait eu avec l'empereur Alexandre, avait sollicité une déclaration d'après laquelle Murât n'eût été considéré par les puissances européennes que comme un usurpateur. Il avait même témoigné sans détour qu'il ne ratifierait point les àrrangeii^ens au sujet de la Pologne et de la Saxe , avant que cette déclaration n'eût été donnée ; et Alexandre , sans s'exprimer positivement, avait répondu en termes propres à faire