LIVRE SEIZIÈME
« Les idées libérales que professe l'empereur de fc Russie autorisent auprès de son ministère et « de ce prince même , un langage que peu d'au- « très souverains seraient capables d'entendre, tf II est permis de croire aussi , que ce monar- « que ne porte personnellement qu'un faible a intérêt à la famille des Bourbons dont la con- « duite en général ne lui a pas été agréable : il a n'a pas eu beaucoup à se louer d'elle, lors- « qu'il l'a vue professer une reconnaissance « presque exclusive pour le prince-régent d'An- « gleterre. D'ailleurs le but de la Russie est at- « teint ; ious ses vœux de puissance et d'amour- « propre sont également satisfaits. Tranquille « pour long*tems, et vainqueur sans avoir com- « battu, l'empereur Alexandre peut rentrer avec « orgueil dans ses états , et jouir d'un succès « qui ne lui aura pas coûté un seul homme. La « continuation de la guerre avec la France, se- « rait maintenant pour lui une guerre sans ob- « je^t; elle serait contre tous les calculs d'une ce bonne politique , contre les intérêts de ses « peuples. MM. les plénipotentiaires tireront <( parti de ces circonstances et de beaucoup a d'autres encore, pour tâcher de neutraliser une « puissance aussi redoutable que la Russie. «.Celle des puissances de l'Europe dont la
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tf France peut espérer le moins de ménagemens , « c'est la cour de Berlin ; msûs cette cour est i( celle dont les forœs viennent de souffrir le ce plus violent échec; et pour peu que la Russie « et TAutriche se prêtent à entrer eu négocia* a tion , la Prusse sera bien contrainte d'y accéa der. On ne manquerait pas non plus, même « avec cette cour y de raisons d'un grand poids (c pour l'amener à des dispositions plus amicales, « st elle voulait n'écouter que ses intérêts véri- « tables et de tous les tems.
<c MM. les plénipotentiaires trouveront auprès a des souverains siJUés, les plénipotentiaires bri^ (c tanniques. Ce sera peut^tre avec ces pléni- (c potentiaires que la négociation offrira le plus K de difôeulté& La question à l'égard des alliés, « n'est presque point une matière de discussion. 4c ^i^c cette puissance, tom les raisonnemens , a tous les principes SQUt pour nous* Tout con<a siste à savoir si la volonté ne sera pas indé- « pendanite de tous les principes , et de tous les (^ raisonnenpens. »
Les instructions secrètes des plénipotentiaires leur enjoignaient d'adhérer à tout gouverne* ment, excepté à celui de Louis XYIII. S'ils ne pouvaient faire passer la couronne siîir la tête cke Napoléon II , ils devaient la demander pour le
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roi de Saxe ou le duc d^ Orléans, Ce dernier était porté contre son gré, par un parti composé de militaires et de députés.
Ces instructions reposaient sur des notions inexactes des sentimens des monarques alliés, et supposaient l'existence ou la renaissance de ce faux système de jalousie qui, après avoir plus d'une fois égaré les grandes puissances , avait fait place à un concert sincère , et an sentiment d'une préservation commune. L'empereur François I n'attachait aucun prix à l'élévation du fils de Bonaparte, Iruit équivoque d'une union peu flatteuse , et qui n'aurait eu d'antre effet que de faire de l'Autriche, une alliée servile delà France. L'empereur Alexandre, quoique épris des plus nobles sentimens, n'avait nul attrait pour les opinions libérales, et était bien éloigné d'être indifférent aux destinées de la maison de Bourbon.
La Prusse avait eu trop à se plaindre de Bonaparte, pour qu'elle cédât en sa faveur, à des raisonnemens captieux,, ou à des intérêts fictifs. L'honneur, la prudence, l'affection, l'enchaînaient à ses co-aliiés; et c'était une grande erreur que de croire que l'alliance fût pour aucun d'eux , un poids pesant, ou un nœud dissoluble.
La restriction dont le prince-régent d'Angleterre avait accompagné la ratification du traité II. 114
du 25 raars, n'était qu'une légère condescendance pour l'opposition parlementaire ; niais , dans la réalité, ce prince et son cabinet étaient toujours favorables à Louis XYIII. Ceux qui dominaient momentanément en France, feignaient d'ignorer que la /^g'/7zV72;V^, indépendamment de tout autre motif, était devenue le point fondamental de la doctrine des cabinets.
Les plénipotentiaires de la commission de gouvernement s'étant rendus d'abord au quartier-général du maréchal Blucher, pour solliciter un armistice; le premier aide-de-camp de ce général, Nostitz, leur avait déclaré que cet armistice ne pouvait être accordé que dans le cas où les Français remettraient à l'armée prussienne , Metz , Thionville , Mézières , Maubeuge et Sarre-Louis. Les plénipotentiaires firent des objections ; mais le maréchal Blucher persista , en disant que de très-grands avantages pouvaient seuls le décider à prendre sur lui, d'accorder un armistice, tant que le but principal de la guerre ne serait pas atteint.
Les plénipotentiaires s'étant reconnus sans pouvoirs pour accepter des conditions aussi rigoureuses, Blucher leur fit dire que lui et le duc de Wellington, étaient disposés à recevoir à leur quartier-général, des commissaires autorisés pour la négociation particulière d'un armistice. Ce-
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pendant, les plénipotentiaires ayant obtenu des passe-ports pour le quartier-général du feld -maréchal Barclay de Toliy qui se trouvait k Kayser- I^uteru; celui-ci consentit à leur départ pour Haguenau où se trouvaient les souverains alliés et leurs ministres : Barclay fut blâmé de cette condescendance.
Arrivés à Haguenau , les plénipotentiaires soili*citent une audience, des souverains, qui la refu^ sent. On se borne à leur adresser pour les en^ tendre, le général Walmoden pour l'Autriche, le comte Capo-dlstria pour la Russie , et le général Knesebeck pour la Prusse. L'arnbassadeur d'Angleterre, lord Stewart, qui manquait de pouvoirs pour cette négociation, fut invité à assister à Tentrevue, mais sans caractère officiel. Ce lord ayant commencé par élever des doutes sur la légitimité de la chambre convoquée par Bona* parte, La Fayette lui répond a qu'il s'étonnait qu'un homme d'état d'Angleterre ignorât que le pouvoir d'une assemblée natiionale dérivait plu«> tôt des électeurs que de celu» qui la convoquait. » Cette réponse qui eût pu être fondée dans une république où le peuple est tout , ici n'était pas exacte, s'agissant d'une monarchie dans laquelle aucune assemblée ne pouvait arvoir lieu sans l'autorité du souverain. Il ne suffit pas que
3']a cosfonks dm vi£NNk.
Télection émane du peuple, il faut qu'il sint légalemeut convoqué.
Les plénipotentiaires ayant avancé qu'il n'y avait rien de préjugé concernant le chef que la nation française se donnerait, lord Stewart (ait observer, le Journal officiel à la naain, que cette assertion n'était pas conforme à la vérité , puis« qu'une proclamation de la commission du gouvernement indiquait u que le roi de Rome était il à la tête de F empire. » Interpellés en vertu de quel droit la nation française prétendait expul* ser son roi légitime, et s'en donner un autre, les plénipotentiaires citent l'exemple de rAngLa-» terre elle-même. Ils déclarent aussi et répè^ tent , qu'à défaut du fils de Bonaparte , la nation française pourrait accepter le roi de Saxe^ et ensuite un duc français. Ces réponses ayant été rapportées aux monarques alliés, les généraux Walmoden, de Knesebeck, et' le fcomte Capo* d'Istria transmettent aux plénipotentiaires une note, laquelle portait « que l'Autriche, la Prusse « et la Russie, ne pouvaient présentement en^ « trer dans aucuiïe négociation ; et que les <( cabinets se réuniraient aussitôt qti'il serait « possible ; mais que ces trois ptiissances re** « gardaient comme condition essentielle de la « paix et d'uïie véritable tranquillité, que Napo-