LIVRE SEIZIÈME
l'approvisionner, et le peu de goût qu'avaient pour la guerre, ses habitans énervés par l'oisiveté , ne permettaient pas de compter sur des déterminations héroïques, ni sur une heureuse résistance. Le maréchal Davoust qui en était convaincu , sollicita , le 3o juin , de Wellington et de Blûcher un armistice , « attendu , disait-il , qu'il n'existait « plus de prétexte de guerre depuis que Bote naparte avait abdiqué. » Le refus des généraux ennemis d'accéder à cette demande, et le mauvais succès de quelques combats qui venaient d'avoir lieu , déterminèrent alors le maréchal Davoust à proposer la capitulation de Paris. Il lui fut annoncé par le général Ziéthen, que des commissaires du gouvernement pourraient se rendre à Saint-Cloud pour en régler les conditions. Les maréchaux Wellington et Blûcher s'abouchèrent avec les trois commissaires, les sieurs Bignon , Guilleminot et Bondi. Ceux-ci , en sollicitant un armistice, prétendaient conserver à l'armée française, la faculté de rester près de Paris. Les deux maréchaux, en admettant cette proposition, déclaraient en même tems que, l'armistice accordé ne regarderait que la ville de Paris; et qu'ils allaient attaquer l'armée rebelle dont le voisinage était incompatible avec l'arrivée prochaine du souverain légitime. Cette résolution ayant
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l'empêcher d'y rester caché au milieu d'un peuple qui l'aimait. »
«Souvenez-vous, continuait Bonaparte, de ce ce que j'ai été ; et quelle était ma place parmi les « souverains de l'Europe. Celui-ci me donnait sa «c fille; tous recherchaient mon amitié. Tétais « reconnu Empereur par toutes les puissances de « l'Europe , la Grande-Bretagne exceptée ; et elle oc m'avait reconnu comme premier consul. Fotre (c gouvernement n'aidait aucun droit de me noma mer général Bonaparte ; je suis prince; ou con- «c suL ; je dois être traité comme tel , et pas aucctrement. Quand j'étais à l'île d'Elbe, j'étais «c pour le moins reconnu aussi bien souverain de « cette île, que Louis XFUl l'était de la France. « Nous avions tous deux notre pavillon respectif, tt notre flotte, notre armée... A la fin, je lui fis «ffci guerre, ye le battis^ le détrônai; mais il n'y ff avait rien en cela qui pût me faire perdre mon « rang coi»me un des souverains de l'Europe... « Non , je n'irai pas à Sainte-Hélène ; je ne suis « pas un Hercule; mais vous ne m'y conduirez ce pas. Je préfère la mort dans ce lieu même. « Vous m'avez trouvé libre ; renvoyez-moi , re- « placez-moi dans la condition où j'étais; ou lais- «sez-moi aller en Angleterre... Y a-t-il quelque «r tribunal auquel je puisse en appeler? »
Lord Keith répondit qu'il n'était pas juris-
demandait à être reçu citoyen anglais; que, quant à Tile Sainte-Hélène, ce serait son arrêt de mort; qu'il ne pourrait y vivre trois mois avec ses habitudes ordinaires et sa constitution; qu'il était accoutumé à faire vingt milles par jour; que Botany-Bay était préférable à Sainte- Hélène;, qu'il aimait mieux mourir que de s'y rendre; mais que sa mort serait sans utilité pour l'Angleterre, puisqiUil n'était plus sauvercUn; qu'il ne desirait que de vivre en simple particulier.au sein de l'Angleterre, soumis aux restrictions que le gouvernement jugerait convenables.
A ce langage peu digne de celui qui tant de fois, avait offensé l'Angleterre par ses menaces et ses dédaias, Bonaparte ajoutait « qu'il aurait pu se rendre auprès de son beau-père, ou de l'empereur Alexandre qui était son ami persan" neL..^ qu'ils s'étaient brouillés parce qu'il voulait ajouter la Pologne à ses états; mais qu'à part cela, il était son ami; et qu'il ne l'eût pas traité comme le faisait l'Angleterre; que rien n'avait pu le forcer à la démarche qu'il avait faite; que le drapeau tricolore flottait toujours à Bordeaux, à Nautejs, à Rochefort; que l'armée de la Loire, qui n'était pas encore soumise , ambitionnait de servir sous lui ; et que s'il eût préféré demeurer en France, personne ne pouvait
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qui énonçaient la volonté arrêtée de leurs sou* Yerains de ne reconnaître que Ix>uis XVIII. Pour Texécrution de cette résolution, des batail- Ions prussiens cernèrent le palais des Tuileries où siégeait la commission du gouvernement qui, se trouvant sous Tinfluence des armes, (ut c^li* gée de cesser ses fonctions.
Cependant, les colonnes nombreuses des alliés s'avançaient avec rapidité ; et le centre de J'ar^ mée autrichienne avait déjà son quartier-général à Fontainebleau. Quelques places qui tenaient bien moins pour la cause de Tusurpateur, qu'afin d'obtenir une capitulation honorable, étaient bloquées par les alliés ; et le triomphe de la cause royale pouvait être considéré comme complet. D'après cet état de choses, Louis XYIII ne voulant plus différer son retour dans sa capitale, avait reçu, le 6 juillet, au château d'Arnouville, près Saint-Denis, les hommages des autorités et les félicitations des amis de la couronne. Ce même jour , Fouché introduit par le ministreprince Talleyrand, eut une longue audience^ Ce personnage à la fois souple et audacieux, tou* jours vain et perfide, cherchait à se faire valoir comme disposant du parti vaincu avec lequel il avait des intelligences. Il conseillait au roi de tranquilliser chacun sur sa sûreté personnelle, et de consolider son gouvernement par une amnistie