‹ Histoire du Congrès de VienneChapitre 165 sur 214 · LIVRE D1X-»£PTIÈM£. 4l · texte numérisé non relu

LIVRE D1X-»£PTIÈM£. 4l

sa cour venait de donner l'ordre de suspendre les hostilités contre les côtes de France, observa u qu'il y avait lieu de prévoir que des armateurs français pourraient se livrer de nouveau à la traite des nègres , dans la croyance que l'abolition absolue, totale et imnaédiate décrétée par Bonaparte, avait cessé avec se$ pouvoirs; que ce* pendant de fortes considérations puisées dans des motifs d'humanité , et dans l'intérêt même de l'autorité du roi , invitaient à ne pas différer de confirmer en France l'abolition immédiate du commerce des noirs; que si, à l'époque du traité de Paris , le ministère français avait pu ^ désirer que la cessation de ce commerce ne fut amenée que graduellement et dans un inter* valle de cinq ans, pour donner au roi l'avan-» tage d'avoir ménagé les intérêts de la classe des Français propriétaires dan^ les colonies; maintenant que la défense absolue avait été prononcée , la question se présentait tout différemment : que si le roi révoquait cette défense , il justifierait le reproche fajt à l'ancien gouvernement français d'autoriser le^ réactions^ et ferait naître au-dehors, et nommément en Angleterre, l'opinion d'une opposition systématique aux idées libérales; qu'ainsi le moment parai^ait arrivé où les ^lU^s ne devaient pas hésiter à donner un îippni formel à l'inter^icMon immé-

4l6 CONGRÈS DE VIENKK.

gés qu'il était alors utile de ménager; et que, de l'autre, elle ne pouvait pas assigner avec précision quel tems suffirait pour les détruire; que depuis ces préjugés avaient été combattus dans des écrits et avec assez de succès, pour que S. M. eût la satisfaction de pouvoir suiyre librement son propre penchant; après qiie des recherches faites avec soin avaient prouvé que la prospérité des colonies françaises; n'était point compromise par l'abolition immédiate de la traite , et que cette abolition n'était point contraire aux intérêts de ses sujets ; intérêts qu'elle devait, avant tout, consulter; que la satisfaction de S. M. était accrue par l'idée qu'elle Élisait en même tisms une chose agréable au gouvernement et au peuple anglais.» Cette décision définitive fera époque dans les annales de l'Afrique moderne.

La possession de Bonaparte par les Anglais, était un événement dont il était important de ne pas perdre le fruit. L'esprit d'intrigue et d'as-tuce inséparable de ce personnage ; les machinations qui avaient facilité sa sortie de l'tlè d'Elbe, et de plus, le décret du Congrès qui l'avait mis hors de la loi des nations, étaient autant de motifs qui eussent justifié tes plus s;é«vères mesure^. Plusieurs voix dans l'Eure^, ap-

LIYHf DIX-SEPTifeMK. 4^7

pelaient même la mort sur la tête de l'auteur des matix innombrables qui affligeaient encore l'espèce humaine. Guidées par des sentimens de générosité et de clémence, quoiqu'elles eussent déjà eu lieu de s'en repentir, les puissances alliées se contentèrent d'arrêter à Paris , le a août i8i5, la convention suivante qui était comme un arrêt définitif des principales couronnes.

« Art 1®'. Napoléon Bonaparte est regardé par les puissances qui ont signé le traité du a 5 mars dernier, comme leur prisonnier.

m Art. a. Sa garck est spécialement confiée au gouvernement britannique.

«c Art. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie, et la cour royale de Prusse, nomme* ront des commissaires qui se rendront , et demeureront au lieu que le gouvernemenlt de Sa Majesté britannique aura assigné pour le séjour de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être chargés de la responsabilité de sa garde , s'assureront de sa présence.

« Art. 4- Sa Majesté Très*Chrétienne sera invitée au nom des quatre cours ci-dessus men-* tionnées, à ienvoyer également un commissaire finançais, au lieu de détention de Napoléon Bonaparte.

a Art. 5. Sa Majesté, le roi du royaume«uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, s'engage à rem-

4l8 COWGRès DB VIENIVE.

plir les obligations qui résultent pour elle^ d« la présente convention.

Cet acte était signé par lord Castlereagh^ le duc de Wellington et le priilce de Metternich.

La cour de Londres étant chargée de la personne de Bonaparte, décida que le Nor^ thumberland le conduirait à Saiute-^Hélène. Ce * vaisseau sur lequel l'amiral Cockburti avait hissé son pavillou,ayautmisàlavoilele 1 1 août, y avait touché le i6 octobre. Tous ceux qui se sont livrés à la physiologie morale, ont pensé que c'était moins au milieu de la bonne fortune que dans la mauvaise , que l'homme déchu du pouvoir devait être apprécié ; il faut donc s'arrêter quelques instanssur le prisonnier de Sainte- Hélène, qui du reste était libre dans son intérieur, et surtout dans ses conversations <

Bonaparte, après son débarquement, fut con** duit à Longwoods maison de la compagnie de» Indes n et désignée pour sa demeure. D'après le5 instructions doimées à l'amiral Cockburn, qili devait commander provisoirement à Sainte-Hélène, le détenu devait être traité comme général. JJ ne pouvait garderlargentqu il avait apporté avec lui, parce qu'on avait ^ craindre qu'il ne s'en servit ' pour corrompre les soldats ou des habitans de . l'ile : cet argeth devait former un capital dont les intérêts serviraient à son entretien. Un officier

LIVRfi l>lX-SEPTliME. 4^9

anglais avait été chargé de l'accompagner dans ses promenades hors des limites prescrites. A l'arri* vée des vaisseaux de commerce anglais ou étrangers, et aussi long>tems qu'ils seraient en vue, Bonaparte ne pouvait sortir de Tenceinte de sa demeure dont la garde était confiée à des factionnaires des détachemens postés le long des côtes de File qui est partout inaccessible , à l'ex* ception du côté de la ville de James-Tov^n où les vaisseaux peuvent aborder. Outre ces précautions à Tintérieur, il y avait des bricks et bâtimens légers qui , dans leur croisière habituelle , enveloppaient l'île. Ces précautions étaient justifiées par Févasion furtive de Bonaparte de File d'Elbe , et surtout par Fopinion qu'on avait de son caractère rusé et intrigant.

Un bill du parlement du 8 avril 1 8 r 6 ordonnait «c que Napoléon Bonaparte , pour le maintien n de la tranquillité de F£urope et pour la suoc reté générale, serait détenu en captivité comme a prisonnier de guerre , sous la surveillance de a toute personne nommée par Sa Majesté bria tannique, et dans tel endroit de ses possessions « et avec telles restrictions qu'elle jugerait con- «venables;et que tout individu qui tenterait <( de faire évader Bonaparte du lieu où il aurait «c été placé , ou même concourrait à son inva* « sion , serait déclaré coupable de félonie , et

4^0 CONGRÈS DE VIEKNE.

a comme tel condamné à mort. » Ce bill qui constituait Bonaparte pmonnier de guerre et d'état, le blessait autant qu'il affectait ses partisans qui auraient youIu qu'au lieu de rester ainsi tout vivant dans les mains d'un ennemi auquel il avait juré haine implacable, il ne lui eut laissé que son cadavre ; mais l'exterminateur des nations, celui qui disait avec tant de £aicilité , « je vous ferai fusiller ; » s'estimait et s'aimait trop lui-même, pour songer à imiter ces personnages fameux qui, dans divers siècles, préférèrent de trancher la trame de leurs jours , à la honte de suivre en humbles captif , le char du triomphateur. Bonaparte n'avait ni le cœur indomptable de Mithridate , ni Tarae indépendante d'Annibal , ni la vertu stoîque de Caton d'Uti'que. Personnage théâtral, il n'était point disposé à abandonner la scène , dût-il parcourir la terre comme un chef de bande, ou errer sur les mers en avide pirate. Il avait en horreur l'inactivité, et cet oubli qui est le néant de l'homme vain. Pressentant ce * que les révolutionnaires et ses adhérens attendaient de son courage et de son orgueil , il les déconcerta en disant a qu'il ne voulait pas finir ses jours comme un «joueur désespéré, et qu'il tenait à la vie par a le sentiment de la gloire; » mais n'était-ce pas ' plutôt par un^ esprit d'intrigue , par la folle es-

/|48 CONGRÈS DE VIENNK.

riable des transactions fondées sur le traité de Paris, et complétées par les actes du Congrès de Vienne.

Capo-d'Istria admettait « que le repos de la France et/celui de l'Europe, ne pouvaient se consolider qu'autant que la première comme corps politique, serait mise dans l'impossibilité de porter atteinte à ce repos indispensable ; que c'était du principe de l'état actuel de l'esprit public en France, et du traité du a 5 mars, que dérivaient en raison composée, toutes les questions relatives aux garanties que les alliés avaient le droit d'exiger de la nation françaifse, à l'effet d'assurer d'une manière à la fois sûre et permanente, le résultat des grands sacrifices que les souverains alliés avaient faits au bien général, et que ces garanties devaient être morales et réelles ;... que les garanties réelles pouvaient consister soit dans le resserrement des limites assignées à la France par le traité de Paris, soit dans l'enlèvement de la ligne de défense qui garantit ses frontières ou la destruction des fortifications; soit dans la privation de tout le matériel de son état militaire et la destruction de ses sources ; «oit dans une forte contribution pécuniaire qui mettrait pour long -temps la France dans l'impossibilité de se relever de la crise actuelle. « Or, continuait le plénipoten-

4t2a CONGRES DE VIENNE.

n'était gêné dans ses excursions au*delà, que par la présence d'un officier qui se tenait à une certaine distance , mais sans le perdre de vue. S'étant plaint de cette police comme vexatoire, l'amiral Cockburn l'avait, parcomplaisance,exempté de cette sujétion, sur la parole (T honneur du prisonnier, qu'il n'aurait aucune relation avec les habitans. Mais, dès les premiers jours de sa sortie, le Bonaparte ayant ouvertement violé sa parole, l'amiral avait été obligé de rétablir le règlement dans toute sa rigueur ; et le détenu, au lieu de sentir que le gouvernement britannique eût pu le condamner ^e une prison effec^ tive, ne cessait de déclamer contre cette mesure. D'après le mépris des engagemens contractés en 1814? les maux universels qui en étaient résultés , et l'appréhension d'une nouvelle invasion, la raison d'état européenne était autorisée à tout. La conduite de l'amiral Cockburn devint l'objet des sarcasmes amers de Bonaparte, qui ne le désignait dans son intérieur, que par le surnom de Requw.

Desdébats plusvifs s'éievèrentau sujet des titres de Bonaparte qui, pour singer la royauté , avait un grand maréchal, Bertrand; un conseiller d'état, La^ Cazes dont le fils était qualifié de page ; un chambellan, Montkolon;et un premier aide-de-canip, Gourgaud, Les dames de la cour

LIYBE DIX^SEPTIEM K. 4^^

étaient les épouses <ie Bertrand et de Monthoioo : leurs eafans et les gens du service représentaient le peuple français. L'amiral n'ayant donné à Bonaparte , d'après ses instructions , que le titre de général^ le mécontentement du prétendu Empereur fiit extrême ; et il fit passer des notes amères à lamiral qui répondit ironiquement « qu'il n'avait pas entendu dire qu'aucun « Empereur voyageât en ce moment. »

Le gouverneur de l'île, le colonel sir Hndson- Lowe et les commissaires (i) nommés par la France, l'Autriche et la Russie, étant arrivés à Sainte-Hélène le 17 juin t8i6, des précautions plus sévères furent prises à l'égard de l'exilé, à cause de la grande responsabilité qui pesait sur la tête de ceux à qui il était confié , et principalement sur celle du gouverneur. Ce dernier, attaché dans la campagne de 18149 au quartiergénéral d'une des armées alliées, avait eu une, correspondance avec son gouvernement; et ce qui en avait été publié, ainsi que sa nomination, £aiisait présumer honorablement de son caractère. Sur la transmission faite à Bonaparte du traité qui le constituait prisonnier des monar-

(i) Les commissaires étaient le baron Stiirmer pour l'Autriche , le marquis de Monlchenu pour la France , et le comte Balmain pour la Russie.

4^4 CONGRÈS D£ VIRNUE.

ques alliés , le détenu irrité chargea Montholon de répondre , « qu'après avoir abdiqué c< en fasreur de son fils ^ il s'était retiré vo- « lontairement en Angleterre , pour y vU^re sous « la protection de ses lois ; Que la convention a du !À août conclue quinze jours après que « l'empereur était venu en Angleterre^ ne pou- « srait avoir aucun effet , etc. » Bonaparte ajoutait que l'Auti^iche ni la Russie n'avaient aucun pouvoir sur lui; et, pour le prouver, il rappelait les rapports qu'il avait eus avec les souverains de ces pays , lesquels , suivant lui , lui devaient une grande reconnaissance pour ses procédés généreux dans le cours de ses guerres, quoiqu'il fût permis de contester la réalité de ces généreux procédés, quand on songe aux dévastations ordonnées , aux contributions imposées et aux provinces arrachées par la force et l'injustice. Bonaparte non-seulement repoussait le titre de général , il se refusait à garder Yincognito , alléguant , que lors des négociations de 1806 avec l'Angleterre , la cour de Londres l'avait reconnu comme empereur, ainsi que dans la négociation de i8i4» d'après les termes de Xultimatum présenté paroles alliés lors du congrès de Châtillon, et signé par le plénipotentiaire anglais, lord Castlereagh.

Le gouverneur ayant persisté , d'après ses ius-

Page 1