II. ti
« Sainte-Hélène, reprit Bonaparte, d'un ton sert vère, qui me déplaît; mais votre présence en ic ce moment. » Bertrand se leva incontinent de table, salua et sortit.
Bonaparte n'est plus (i); il est permis de l'apprécier, puisque l'ouvrage présent appartient à la politique et à des faits consommés.
La diplomatie, si noble et si relevée quand elle est la prudente directrice des peuples et la médiatrice des rois, ne fut sous Bonaparte qu'une arène d'intrigues et de perfidies, et la science des larcins publics. A des réunions de pure convenance, aux invasions subites, aux confiscations, aux expulsions de rois dont le gouvernement républicain lui avait fourni plusieurs exemples., il joignit comme invention propre, le système continental ou celui du monopole gêné-
(i) Bonaparte mourut le 5 mars 1821, âgé de 5a ans 3 mois, d*un cancer dans Testomac. Cet organe offrait un trou à y passer le doigt, en sorte que les médecins et chirurgiens présens à Tâutopsie, déclarèrent que la mort eût été" la suite infaillible d'un pareil état, quand même il n'eût pas été déporté à Sainte-Hélène. Bonaparte disposa par son testament secrètement déposé chez un banquier , die cinq à six miltions en fafeirr de ceux qui l'avaient suivi, d'anciens officiers et de quelques écrivains à qui il confia sa mémoire. Bonaparte élève par son testament, à la dignité de comte, son valet de chambre, Marchand; c'est le dernier trait d'un drame mêlé de quelques scènes d'un orgueil comique.
LIYKE DIX*SEPTIÈME. 4^^
rai des denrées coloniales; le système fluvial ^ à la faveur duquel il s'empara de plusieurs états parce qu'ils possédaient l'embouchure de fleuves qui traversaient la France; le système fèdératif^ espèce de féodalité plus oppressive que celle duXF siècle, et d'après laquelle la moitié de l'Europe devait lui sacrifier sa population et ses revenus ; le système de concentration ou à* incorporation à l'empire français en vue d'étendre une vaste et tyrannique domination; enfin, un système militaire qui avait pour but de nourrir la guerre par la guerre , d'accroître la conquête par la conquête, de détruire les ennemis par les alliés, les alliés par les ennemis, l'Europe par la France, la France par l'Europe , afin de régner sans contradiction et sans alarmes sur tous les peuples abattus. Tel fut l'ensemble des idées politiques de Bonaparte, qui, du reste, n'eut aucun plan terminé , nulle vue fixe. Son empire n'offre que l'image d'un chaos brillant, ou celui d'une nuit orageuse, éclairée par la foudre.
Après avoir bouleversé l'Allemagne et l'Italie, et ébranlé l'Autriche ; il se donne le plaisir d'abattre la Prusse, et la coupe en deux. Six ans après, il veut faire subir à la Russie le même sort. Vainqueur, il eût porté ses armes dans le Bengale et chez les Marattes. Son ambition était d'élever des ruines avec fracas. Successivement
en guerre avec tous les étals, comme pour varier 5es promenades militaires; il fut surtout constant clans sa haine contre l'Angleterre, par cet instinct qui lui disait que c'était d'elle, que partirait tôt ou tard le coup qui le renverserait. Il n'adopta pas une mesure injuste et violente qu'il n'en rejetât la nécessité sur cette puissance. Blocus général de ses porls, brûlement des produits de son industrie, interdiction de toute relation commerciale et civile, diffamation de la maison de Brunswick , conspirations soudoyées ; tout fut mis en oeuvre contre l'Angleterre avec une effrayante profusion.
La confédération du Rhin, le royaume d Italie et la Pologne furent les grands pivots de la domination de Bonaparte. Par la première, il partagea l'Allemagne en deux peuples rivaux, pour se servir de l'un, contre l'autre. En vue de s'assurer de la possession de l'Italie , il s'empara de la chaîne des Alpes et des forteresses du Piémont, et poussa jusqu'aux frontières du royaume de Naples qu'il se proposait de réunir à ses autres possessions de la péninsule. Par l'attrait de l'indépendance, il arma les Polonais crédules, et arrosa de leur sang Saint-Domingue, l'Espagne, la Prusse et la Russie.
On a voulu disculper Bonaparte , en disant que tous les souverains étaient ambitieux; reproche