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faux dans sa généralité; mais du moins tous les princes ambitieux ne furent pas pervers ; et bien peu souillèrent l'ambition par le crime. Jamais les monarques d'Europe ne se servirent d'une compagnie de Mamelucks, instrumens féroces du despotisme oriental, pour étrangler dans la nuit des prisonniers surpris. Compte-t-on beaucoup de rois dans la longue succession des âges, qui aient dépouillé leurs frères, emprisonné des princes alliés, et des pontifes vertueux?
En politique , les plus habiles se bornent à conduire un ou deux desseins à la fois; mais l'imagination vagabonde de Bonaparte planait au même instant sur les quatre parties du monde qu'il envahissait de la pensée. De là résultait dans ses projets, un tel défaut d'ensemble qu'il était obligé de les étayer par de nouvelles et bizarres conceptions ; semblable à l'architecte qui , élevant dans les nues , un édifice sans fondement, s'efforce de le soutenir par des ouvrages accessoires, jusqu'à ce que l'incohérence et la surcharge des parties amènent une ruine complète.
Bonaparte dont les partisans vantent la sagacité et la prévoyance, exposa dix fois sa fortune avant de succomber; et les moyens qu'il sembla préparer pour la renverser, sont plus extraordinaires que ceux qu'il employa pour l'élever.
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Envahisseur irréfléchi bien inférieur aux oonquétans turcs, tartares ou mongols qui surent du moins conserver leurs acquisitions , ce personnage a prouvé que s'il est facile de bouleverser beaucoup avec de grandes forces , on ne consolide que par la sagesse. Trames habituelles contre tous les états soit neutres, soit alliés; pièges tendus aux souverains ; imposture dans les promesses; audace, témérité, mépris de la raison et des routes connues , jalousie implacable contre toute puissance capable de lui résister; tels sont les principaux traits de la physionomie politique de Bonaparte. Mais le trait le plus caractéristique; ce qui fut, Ton pourrait dire , Yame de son ame; c'est la pas^on dç l'agrandissement, en vue d'arriver à la do* mination universelle, cette folie de l'orgueil et de l'ignorance.
Le prétendu génie de cet homme ne fut que l'éruption ' volcanique d'une tête brûlante, et d'un esprit mal réglé (i). Sa finesse n'en imposait qu'à ceux qui, subjugués par sa puis-
(i) Bonaparte dictait un jour au conseiller d'état, Labesnardière; tout à coup il s'arrête, et dit : « Lisez-moi ce que ft je TOUS ai dicté. » Le conseiller lit : « Mais, dît Bonaparte, « ceta n*a pas le sens commun, » «^* J'ai écrit , répond le conseiller , ce que voire Majesté m 'a dicté»
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sauce , n'osaient pas en analyser les moyens» Dissimulé quand il se possédait, il «e démasquait dans de fréquens emportemens. Dans les discussions , on retrouvait le tribun affublé du manteau rpyal, discourant sur tout dans un langage mêlé de trivialité et d'originalité ^ d'ergotisme et de prétention au sa^voir. Prodigue d'argent et d'honneurs, moins par libéralité que pour se donner un brillant entourage, il profiaina tout, titres, noblesse, décorations, le diadème, et jusqu'à la gloire de la France dont la capitale jusqu'alors vierge, fut deux fois envahie. Avide de célébrité, il adopta cette opinion de ]VIâchiavel , « qu'il est permis de commettre les crimes « qui attestent le courage et la force de tête* » Connaissant toutes les routes du cœur humain dont it avait étudié les vices, il gagnait les uns par l'or, les autres par les titres ; ceux-ci par la menace, ceux-là par les cajoleries. 11 payait largement les services rendus à sa cause , et chercha k $'attacher beaucoup d'êtres déconsidâréS) parce qu'il comptait plus sur l'affection de l'immoralité, que sur la fidélité de la vertu à laquelle il ne croyait pas.
Bonaparte fut un composé de divers personnages. Chez lui , on trouve du Gçngis-Kan , du Bazajety du don Quichotte, du Mazaniello , du César Borgia, du Cromwell, du Danton, du
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Sganarëlle. Son nom sera fameux bien moins par ce qu'il fit , que parce qu'il se lie à quelque chose de plus fameux que lui, la révolution française, ou la grande tempêté européenne. Toutefois, on ne peut lui refuser de l'énergie, et la science pratique du despotisme.
Bonaparte disait « qu'// aidait été fait pour son siècle; » ce qui pouvait être vrai, en ce sens, que, né agitateur et révolutionnaire, il trouva sa place à une époque de convulsion universelle; mais sa chute rapide a prouvé que son siècle, en s'éclairant , avait fini par le répudier ; et l'esprit de faction , l'ignorance et le mépris du beau moral, ont pu seuls lui conserver encore des partisans aveuglés, ou aveugles volontaires (i). Bonaparte ne sera jamais grand aux yeux des vrais amis de la liberté ; mais il pourra l'être , aux yeux de ceux pour qui tous les moyens de sortir de l'obscurité , sont indifférens ; qui prennent l'intempérance des idées pour le génie, un délire épileptique pour des inspirations du Ciel, et le fi^acàs de cent combats ter-
(i) Suétone nous apprend qu'il y eut des citoyens romains qui , pendant plusieurs années , allèrent orner le tombeau de Néron , de fleurs de printems et d'été, n Et iamen « non ilefueruvLî qui per .longum tempus , vernis œstivisque « floribus , tumulum ejus ornarunt. »