LIVRE ONZIÈME. I
toutes les notions recueillies sur Murât, ébranlaient la couronne placée sur sa tête. Qui pouvait, en effet, douter que ce personnage ne fut au fond de son ame, dévoué sinon à la personne, du moins à la cause de Bonaparte ; et que , . si celui-ci eût été victorieux , il ne lui eut remis à l'instant TÉtat romain et les autres provinces envahies par lui , en disant qu'il n'avait songé qu'à les défendre contre les Autrichiens ? On devine sans peine le double rôle que dut jouer Miu^at dans la campagne de i8i4-
Ses envoyés au Congrès, Campo-Chiaro et Ca^ riati, s'efforçaient de soutenir la réputation de leur maître , en publiant dans des écrits tantôt signés et tantôt anonymes, «que Murât avait commencé à agir contre Bonaparte , avant que le traité de janvier i8i4 eût été même ratifié par l'Autriche , sans attendre l'accession des autres puissances, et qu'il avait seul conquis sur l'armée française, toute l'Italie méridionale jusqu'au Pô; « Que s'il n'avait pu obtenir des succès plus décisifs, il fallait l'attribuer au retard inattendu qu'avait éprouvé la ratification du traité d'al^ lîauce avec l'Autriche, à la conduite de lord Bentinck , et aux lenteurs du feld-maréchal de Bellegarde ;
K Que le traité conclu avec l'Autriche, était
l34 CONGRÈS DE VIENNE.
devenu commun aux autres pui^ances alliées , en vertu de la convention existante entre elles , laquelle portait : Que V allié de tune le serait aussi de F autre ; que l'Angleterre , outre l'engagement résultant de cette convention , avait accédé particulièrement au traité conclu entre les cour5 de Vienne et de Naples, en vertu de la déclaration officielle du i^^ avril, donnée par lord Bentinôk au nom et par ordre du gouvernement anglais ; -
tt Que Murât enfin avait donné la preuve la plus convaincante de sa modération et de la sincérité de ses sentimens , en remettant , avant la paix générale ,. la Toscane au grand-duc, les légations et les pays situés sur la rive droite du Pô aux troupes autrichiennes, et les États romains an pape)», etc.
liés plénipotentiaires de Murât transmirent, le ag décembre 181 4 ^ à lord Castlereagh, une note dans laquelle, après avoir récapitulé les rapports que la cour d6 Naples avait eus avec celle de Londres, depuis le traité du 11 janvier 18149 ils la sollicitaient de vouloir bien procédera la prompte conclusion d'un traité définitif entre les deux couronnes, lequel fixerait les relations politiques et commerciales, d'autant plus que l'Angleterre n'avait jamais garanti par aucun acte , le royaume de Naples au roi Ferdî-
Ll VHK- ONZiàMK. ^ 1 35
nandy tandis que, par son adhésion au traité du 1 1 janvier, elle l'avait (efFectivement garanti au roi Murât. Les roémes plénipotentiaires sollicitaient lord Castlereagh de ménager un rappro* chement entre les cours de Naples et de Sicile ; la première étant prête à concourir à procurer à la seconde, une indemnité convenable sur les étais laissés à la dù^osition du Congrès ; offre qui ne comportait aucun sacrifice de la part de l'intrus.
La cour des Tuileries continuant à manifester de l'étoignement pour celui qu'elle regardait comme un usurpateur, les plénipotentiaires de Murât , au lieu de respecter des sentiraens difficiles à vaincre , s'adressèrent au prince de Met* ternioh pour qu'il pressât la France de remplir les engagemens qu'ils déduisaient du traité du 3o mai, en &veur des alliés de l'Autriche, au nombre desquels lie plaçait leur maître. Cette démarche communiquée au prince de Talleyrand-, n'ayant produit aucun changement dans la conduite du cabinet français , Murât blessé se livra à des menaces, chercha à se ménager des intelligences dans l'armée française , et enfin , chargea le duc de Campo-Chiaro , au mois de février i8i 5, de solliciter de la cour de Vienne le passage à travers le Milanais, de quatre-vingt
1^6 GOlVGRi^S DE VIENNE.
mille horames; armée qui ae pouvait avoir en vue que la France.
Instruit de ces préparatifs que la renommée grossissait encore , le prince de Talleyrand avait écrit à Louis XYIII, « que, d'après l'agitation qui régnait en Italie, il conviendrait qu'un corps de 3o,ooo hon^mes fût réuni entre Lyon et Chambéry , pour être prêt à agir, mais que le mouvement devait se faire avec le moins d'éclat possible, afin de ne pas donner d'ombrage à l'Autricbe et au roi de Sardaigne. v £n même tems, le général français Ricard, qui était venu à Vienne peu avant la signature du traité d'alliance, du 3 janvier i8i5, av%it écrit, le a 3 février, par ordre du prince de Talleyrand , au ministre de la guerre , Soult , « que de nouveaux aperçus et « des changemens survenus dans les relations <c politiques,faisaient désirer qu'on usât de moins « de circonspection dans la réunion des 3o,ooo
<K hommes ; qu'il serait bon du contraire que
a ce mouvement fut remarqué au dehors, afin « de prévenir l'opinion que M. de Metternicli « affectait de répandre sur la nullité des forces (X de la France. » Ces mouvemens militaires dans ces circonstances présentes, ne pouvaient regarder que Murât, surtout si l'on considère qu'à l'époque du aS février, tous les différens au sujet de la Saxe et cte la Pologne , étaient réglés